ARTICLE
Le suivi pharmacologique thérapeutique dun antibiotique
consiste à vérifier chez un patient que la concentration
plasmatique de cet antibiotique se situe dans un intervalle thérapeutique
préétabli. Le principal objectif de cette approche est doptimiser
les posologies prescrites chez le patient dans le but daméliorer
lefficacité thérapeutique et de prévenir la
toxicité. Le suivi thérapeutique des antibiotiques est indiqué
quand il ny a pas de corrélation entre la dose prescrite
et la concentration plasmatique (variabilité inter- et intraindividuelle),
alors quil existe une corrélation entre la concentration
plasmatique et leffet produit par cet antibiotique. Il est nécessaire
aussi quand la marge entre la concentration thérapeutique et la
concentration toxique est étroite (faible index thérapeutique).
En pratique, le suivi thérapeutique consiste à pratiquer
un dosage : 1) soit avant le début de la perfusion (dosage à
la vallée ou Cmin) associé ou non à un dosage en
fin de perfusion (dosage au pic ou Cmax) en cas dadministration
intermittente ; 2) soit à létat déquilibre
en cas de perfusion continue, ceci afin de détecter une posologie
inadaptée et dintervenir rapidement afin de corriger un sous-
ou un surdosage. Le suivi thérapeutique intéresse principalement
les aminoglycosides, les glycopeptides et la ceftazidime pour lesquels
nous disposons de méthodes de dosage sensibles, spécifiques
et faciles à pratiquer en routine.
Aminoglycosides
Pharmacodynamie
La famille des aminoglycosides comprend plusieurs molécules qui
ont en commun leur structure et leur mécanisme daction. Les
aminoglycosides sont constitués de trois sucres aminés liés
par une fonction glycosidique à un noyau hexose. Les aminoglycosides
perturbent la synthèse protéique bactérienne en se
fixant sur les ribosomes. Il sagit de molécules à
spectre étroit, actives principalement sur les bacilles aérobies
à Gram négatif et les staphylocoques, caractérisées
par une bactéricidie forte et rapide, concentration-dépendante,
et un effet post-antibiotique pouvant atteindre plusieurs heures in
vivo.
Pharmacocinétique (tableau
1)
Les aminoglycosides sont des molécules fortement hydrophiles qui
traversent difficilement les membranes cellulaires. Après une administration
par voie intraveineuse (IV) ou intramusculaire (IM), ils se fixent faiblement
aux protéines plasmatiques et diffusent principalement dans leau
extracellulaire avec un faible volume de distribution (0,24 L/kg). Leur
élimination se fait par voie rénale, par filtration glomérulaire,
sous forme inchangée. Chez le patient à fonction rénale
normale, la demi-vie délimination est denviron 2 heures
et elle sallonge en cas dinsuffisance rénale. Cependant,
leur pharmacocinétique varie aussi avec la pathologie sous-jacente
: en cas dinfection sévère ou chez le grand brûlé
le volume de distribution augmente, nécessitant une augmentation
des doses afin dobtenir les concentrations désirées
[1]. Ladaptation posologique est donc indispensable.
Intervalle thérapeutique (tableau
1)
Les aminoglycosides ont une activité bactéricide concentration-dépendante.
Cela implique que leur quotient inhibiteur (donné par le rapport
Cmax/CMI) est corrélé à leur effet thérapeutique.
Ainsi, un quotient inhibiteur supérieur à 8-10 permet dassurer
une efficacité thérapeutique et de minimiser les risques
de sélection de souches résistantes. En revanche la Cmin,
considérée comme un témoin précoce de la toxicité,
doit être, quel que soit laminoglycoside, proche de 0 mg/L
[2]. Ladministration en perfusion de 30 minutes peut se faire de
façon pluriquotidienne. La posologie et/ou lintervalle dadministration
sont alors ajustés par rapport à la fonction rénale.
On admet une concentration à 15-25 mg/L au pic (avec un prélèvement
réalisé 30 minutes après la fin de la perfusion)
et une concentration inférieure à 0,5 mg/L à la vallée
(prélèvement réalisé juste avant la perfusion
suivante) pour la gentamicine et la tobramycine. Approximativement, le
double de ces valeurs est attendu pour lamikacine [2]. Lautre
mode dadministration est la dose unique journalière [3].
Elle a pour avantages dobtenir une activité bactéricide
concentration-dépendante maximale, doptimiser lutilisation
de leffet post antibiotique, de diminuer la résistance adaptative
des bactéries en cause et de diminuer le risque daccumulation
dans le rein et la cochlée [3]. Cependant, les études nont
pas permis de montrer une diminution de lincidence de la néphrotoxicité
par rapport à ladministration pluriquotidienne [4]. Selon
les recommandations légales, la dose quotidienne unique doit être
réservée aux patients de moins de 65 ans à fonction
rénale normale sans que le traitement ne dépasse une semaine.
Les infections à entérocoques ou à Pseudomonas
sp ne doivent pas être traitées par ce protocole. Les
intervalles thérapeutiques restent à définir.
Toxicité
Les principaux effets indésirables sont la néphrotoxicité
et lototoxicité. La néphrotoxicité, qui peut
atteindre 5 à 10 % des patients selon les études, dépend
de la molécule utilisée, de la durée du traitement,
de la dose injectée et de la concentration sérique à
la vallée [5]. Il sagit dun effet toxique réversible
car les tubes contournés proximaux, cibles des aminoglycosides,
sont capables de se régénérer. De plus, cette néphrotoxicité
est favorisée par la coadministration de médicaments néphrotoxiques,
par la présence de pathologies sous-jacentes (déshydratation)
ou par la présence dune diminution de la filtration glomérulaire
(insuffisant rénal, vieillard, nouveau-né). Lincidence
de lototoxicité varie selon les études et la molécule
utilisée. On estime quelle survient chez 0,5 à 3 %
des patients avec une atteinte cochléaire et/ou vestibulaire irréversible
[5].
Intérêt et méthodes de dosage
Du fait de leur faible index thérapeutique, de limportance
de leur toxicité concentration-dépendante résiduelle,
la surveillance des concentrations daminoglycosides est indispensable.
Cette surveillance est dautant plus importante que la relation pharmacocinétique/
pharmacodynamie des aminoglycosides oblige à obtenir un pic sérique
élevé pour lefficacité (bactéricidie
concentration-dépendante) suivi dune faible concentration
à la vallée afin de prévenir laccumulation.
Lorsque ladministration pluriquotidienne est choisie, le monitorage
de la concentration sérique doit débuter une fois le plateau
déquilibre atteint, cest-à-dire après
la 3e ou la 4e perfusion, et doit comporter au moins un pic et une vallée.
Le prélèvement à la vallée doit être
répété tous les 3 à 4 jours ou de façon
plus précoce en cas de changement de posologie, en cas dassociation
à des médicaments néphrotoxiques ou quand létat
clinique du patient lexige [6]. En cas dadministration en
dose unique journalière, plusieurs études recommandent de
doser la créatinine plasmatique avant linitiation du traitement,
puis tous les 2 à 3 jours [3]. Le monitorage des concentrations
sériques au pic et/ou à la vallée des aminoglycosides
nest pas nécessaire chez le patient à fonction rénale
normale, car la concentration à la vallée sera indétectable
et le pic sera 5 à 10 fois supérieur à la CMI le
plus souvent. En cas de traitement prolongé, un dosage à
la vallée permettra de mettre en évidence un éventuel
surdosage si la concentration à la vallée est supérieure
à 1 mg/L chez ces patients [7]. Dans ce cas de figure il nest
pas nécessaire dattendre un état déquilibre
pour pratiquer un dosage, chaque perfusion étant considérée
comme la première perfusion [3]. Les méthodes de dosage
actuellement utilisées sont : - pour lamikacine : immunodosage
par polarisation de fluorescence (FPIA) sur Abbott TDX™ et Roche
Intégra ™, immunoenzymatique (EMIT) sur Roche Mira™,
chromatographie liquide haute performance (CLHP) ; - pour la gentamicine
et la tobramycine : immunodosage par polarisation de fluorescence (FPIA)
sur Abbott TDX™, Abbott Axsym™ et Roche Intégra™,
immunoenzymatique (EMIT) sur Roche Mira™ et Dade Behring ACA™,
turbidimétrie sur Dade Behring Dimension™, CLHP. Actuellement,
les méthodes les plus utilisées sont la FPIA et lEMIT.
Il est recommandé de ne pas pratiquer les prélèvements
sanguins sur tube hépariné (inactivation des aminoglycosides)
ou sur tube avec gel de séparation (adsorption sur le gel) [8,
9]. De plus, du fait de la similitude de structure des aminoglycosides,
il peut exister des réactions croisées entre les différentes
molécules. Cependant les cas dadministration simultanée
de plusieurs aminoglycosides sont rares.
Vancomycine
Pharmacodynamie
La vancomycine appartient à la famille des glycopeptides. Dun
poids moléculaire de 1 449 Da, elle est obtenue par la fermentation
dun actinomycète, Streptomyces orientalis. Elle est
composée dune chaîne heptapeptidique avec deux unités
bêtahydroxychlorotyrosine, trois groupes phénylglycine dont
un portant un disaccharide (glucose, vancosamine), un groupe N-méthyl-leucine
et un acide aspartique amidé. Son spectre dactivité
concerne les bactéries à Gram positif. Elle agit en inhibant
la synthèse de la paroi bactérienne. Sa liaison à
D-alanyl-D-alanine terminale du muramyl-pentapeptide de la paroi, par
lencombrement stérique et par inhibition de la transglycosylation,
empêche lintégration des précurseurs dans le
peptidoglycane de la paroi bactérienne [10]. De plus, la vancomycine
inhibe la synthèse de lARN bactérien [11]. Les glycopeptides
étant des molécules fortement polaires, ils ne peuvent pas
pénétrer à lintérieur de la membrane
lipidique des bactéries à Gram négatif et sont donc
inactifs contre ces dernières [10].
Pharmacocinétique (tableau
1)
La vancomycine nest pas absorbée par voie orale et peut
être ainsi utilisée à des fins de décontamination
digestive chez limmunodéprimé. La voie IM étant
contre-indiquée, la voie IV en perfusion lente est le seul mode
dadministration préconisé. Chez le volontaire sain,
les concentrations sériques obtenues aux doses recommandées
de 500 mg toutes les 6 heures et 1 g toutes les 12 heures en perfusion
lente de une heure (Cmax respectivement de 30 et 70 mg/L) sont en faveur
dune cinétique linéaire sur 12 heures avec apparition
dun phénomène de réservoir pour les injections
multiples ce qui justifie, chez le patient à fonction rénale
normale, une injection toutes les 12 heures [12]. La liaison aux protéines
plasmatiques est de 55 % pour des concentrations sériques allant
de 10 à 100 mg/L. Le volume de distribution de la vancomycine est
de 0,4 L/kg. La distribution de la vancomycine dans les liquides biologiques
est plus importante après administration répétée
ou prolongée, suggérant une accumulation de vancomycine
dans ces liquides. La pénétration dans le liquide céphalorachidien
est variable en fonction de létat din- flammation des
méninges. Les concentrations tissulaires (cur, rein, foie,
poumons) sont en général plus élevées que
les concentrations sanguines. Cependant, la pénétration
dans les voies respiratoires et le tissu osseux est plus modeste. Lélimination
de la vancomycine se fait par filtration glomérulaire sous forme
inchangée. Sa demi-vie délimination est de 6 à
8 heures et peut sallonger jusquà 15 heures chez linsuffisant
rénal.
Toxicité
Trois principales toxicités sont décrites avec la vancomycine
: syndrome de la nuque rouge, néphrotoxicité et ototoxicité.
Le syndrome de la nuque rouge ou red-neck syndrome connu aussi
sous le nom de red-man syndrome surviendrait chez plus de 47 %
des patients. Il est dû à une libération dhistamine
à la suite dune administration IV rapide [13]. La néphrotoxicité
à été rapportée chez 5 à 7 % des patients
lorsque la vancomycine est utilisée seule, et elle peut augmenter
jusquà 35 % lorsquelle est associée à
des aminoglycosides [14]. Cependant, la néphrotoxicité survient
de façon moins fréquente lorsque la concentration sérique
à la vallée ne dépasse pas 10 mg/L [13, 14]. Lototoxicité
représente moins de 5 % de la toxicité de la vancomycine
selon les études et est plus fréquente chez linsuffisant
rénal dont le taux sérique de la vancomycine reste supérieur
à 80 mg/L [15].
Intérêt et méthodes de dosage
Compte tenu de son faible index thérapeutique, de sa néphro-
et ototoxicité et de sa forte variabilité intra- et interindividuelle,
un suivi thérapeutique pharmacologique est justifié afin
de prévenir laccumulation rénale de la vancomycine
tout en maintenant une concentration plasmatique suffisante pour être
actif et prévenir les résistances. Cependant, la pertinence
du monitorage au pic et à la vallée est débattue
[16]. La vancomycine étant un antibiotique temps-dépendant,
pour être efficace sa concentration au niveau du site daction
doit être maintenue à une concentration supérieure
à la CMI du germe en cause durant lintervalle séparant
deux administrations. Cela est obtenu dautant plus facilement que
la vancomycine est administrée en perfusion continue. Compte tenu
de son mécanisme daction et de la variabilité intra-
et interindividuelle du temps au bout duquel survient le pic, cest
la surveillance des concentrations à la vallée qui est la
plus indiquée [17, 18]. De façon occasionnelle, la pénétration
de la vancomycine dans dautres liquides biologiques tels que le
liquide céphalorachidien ou le liquide de dialyse péritonéal
peut également être évaluée par dosage. Le
monitorage de la vancomycine ne sadresse pas à tous les patients.
Les patients adultes ayant une fonction rénale normale ne nécessitent
pas un monitorage systématique. En revanche, pour les patients
ayant une fonction rénale altérée, les patients recevant
une association dantibiotiques néphrotoxiques (aminoglycosides),
ceux dont le volume de distribution est modifié (grands brûlés,
enfants, obèses) ou les patients recevant des doses supérieures
à la normale, un monitorage thérapeutique est fortement
recommandé. Pour le dosage de la vancomycine, quatre principales
méthodes sont actuellement utilisées : 1) immunodosage par
polarisation de fluorescence (FPIA) sur Abbott TDX™, Abbott Axsym™
et Roche Intégra™ ; 2) immunoenzymatique (EMIT) sur Roche
Mira™ et Dade Behring ACA™ ; 3) turbidimétrie sur Dade
Behring Dimension™ ; 4) CLHP. À 37 °C la vancomycine
se dégrade spontanément en un métabolite inactif
[19]. Laccumulation de ce métabolite lors de linsuffisance
rénale peut surestimer la concentration de la vancomycine lorsque
cette dernière est dosée par certains kits FPIA [20]. Les
méthodes les plus utilisées sont la FPIA et lEMIT.
Intervalle thérapeutique (tableau
1)
La vancomycine possède une activité bactéricide
tempsdépendante et peu deffet post antibiotique. Cest
pourquoi le critère de lefficacité thérapeutique
est le temps pendant lequel la concentration au site de linfection
reste supérieure à la CMI (T > CMI). En perfusion continue,
une concentration sérique comprise entre 20 mg/L et 40 mg/L est
recommandée [21]. En perfusion pluriquotidienne, il a été
montré que des concentrations > 50 mg/L au pic et > 20 mg/L
à la vallée, étaient associées à un
risque de toxicité plus important [16]. De ce fait, les concentrations
sériques recommandées sont entre 20 à 40 mg/L pour
la Cmax et 10 à 20 mg/L pour la Cmin, exception faite dans les
endocardites à staphylocoque doré où la Cmin doit
être maintenue entre 20 et 25 mg/L [21].
Teicoplanine
Pharmacodynamie
La teicoplanine est un autre antibiotique appartenant à la famille
des glycopeptides. Elle est produite par la fermentation dun actinomycète,
Actinoplanes teicomyceticus. La teicoplanine est une association
de cinq composés dits majeurs (TA2-1 à TA2-5) avec un poids
moléculaire variant de 1 875 à 1 891 Da et dun composé
dit mineur (TA-3) de 1 562 Da qui constitue la substance la plus polaire
de la molécule. Comme la vancomycine, elle possède une structure
heptapeptidique sur laquelle se greffent des groupements hydroxyles. Elle
comprend également trois sucres : D-mannose, N-acétylglucosamine
et un N-acylglucosamine sur lequel se fixe un substitut acyl différent.
La structure et la longueur du substitut acyl caractérisent les
cinq différents membres du complexe majeur. La teicoplanine a le
même mécanisme daction et le même spectre dactivité
que la vancomycine.
Pharmacocinétique (tableau
1)
La teicoplanine nest pas absorbée par voie orale, mais peut
être administrée par voie intraveineuse ou intramusculaire.
La biodisponibilité de la teicoplanine est équivalente dans
les deux cas de figure. En comparant ladministration intraveineuse
(IV) unique (6 mg/kg) à ladministration intramusculaire (400
mg) chez 23 volontaires sains, les Cmax sont respectivement 43,2 mg/L
après 30 minutes et 12,3 mg/L quatre heures après la fin
de ladministration [22]. Ladministration IV de doses croissantes
(15, 20 et 25 mg/kg) est associée à une augmentation croissante
de Cmax (194, 197 et 253 mg/mL) sans que le volume de distribution à
létat déquilibre soit modifié [23]. Cela
est en faveur dune pharmacocinétique linéaire de la
teicoplanine avec labsence de phénomène de réservoir
pour ces doses. Lemploi dune dose de charge paraît indispensable,
compte tenu de la longue demi-vie de la teicoplanine, afin dobtenir
rapidement des concentrations sériques efficaces lors dune
administration quotidienne [24]. Trois administrations IV de 6 mg/kg à
12 heures dintervalle puis une administration quotidienne permettent
dobtenir des concentrations à la vallée de 10 mg/L
au bout de 48 heures et 14 mg/L à létat déquilibre
[25]. Le taux de fixation protéique de la teicoplanine est denviron
90 %. Il sagit dune fixation de faible affinité et
donc rapidement réversible. Cette fixation se fait essentiellement
à lalbumine et elle est constante jusquà des
concentrations de 300 mg/L. Le volume de distribution de la teicoplanine
est de 1 L/kg et est identique pour une injection IM ou IV. La pénétration
cardiaque, bronchopulmonaire et digestive de la teicoplanine est importante
avec des concentrations dépassant les CMI des germes sensibles.
En revanche, sa pénétration dans le liquide céphalorachidien
est faible. Le métabolisme de la teicoplanine est faible (environ
3 %). Les métabolites sont des produits de lhydroxylation
de la chaîne latérale dacide gras du composé
TA2-3. La clairance totale de la teicoplanine, après une administration
IV de 3 à 30 mg/kg, varie de 10 à 13 mL/h/kg et la clairance
rénale de 8 à 12 mL/h/kg. Elle indique une élimination
sous forme inchangée essentiellement rénale par filtration
glomérulaire selon une diffusion passive. La demi-vie délimination
de la teicoplanine est de lordre de 70 à 100 heures pour
la voie IV et de 180 heures pour la voie IM. Chez linsuffisant rénal,
la diminution de la clairance rénale et de la clairance totale,
augmente la demi-vie de la teicoplanine pour atteindre 280 à 667
heures.
Toxicité
Lincidence de la néphro- et de lototoxicité
est plus faible que celle de la vancomycine [26].
Intervalle thérapeutique (tableau
1)
Compte tenu de la longue demi-vie de la teicoplanine, lutilisation
dune dose de charge suivie dune seule administration quotidienne
est préconisée. De plus, son index thérapeutique
important permet une bonne tolérance à des fortes concentrations
sériques. Étant donnée la bactéricidie temps-dépendante
de la teicoplanine, son efficacité thérapeutique est fonction
du temps durant lequel sa concentration plasmatique reste supérieure
à la CMI des germes en cause. Un taux résiduel > 10 mg/L
(méthode CLHP), obtenu par une dose de charge (3 injections de
6 mg/kg à 12 heures dintervalle) suivie dune injection
quotidienne (6 mg/kg) en labsence dinsuffisance rénale,
est préconisé pour la plupart des infections à germes
sensibles (CMI < 4 mg/L). Chez les patients ayant des antécédents
de toxicomanie par voie intraveineuse et en cas dendocardite à
staphylocoque doré, le taux résiduel doit être obligatoirement
maintenu > 20 mg/L (méthode CLHP) [27].
Intérêt et méthodes de dosage
Le monitorage des concentrations plasmatiques au pic nest pas nécessaire,
compte tenu du large index thérapeutique de la teicoplanine. En
revanche, la détermination des concentrations sériques résiduelles
permet de sassurer de lobtention dun taux résiduel
efficace supérieur à la CMI des germes en cause couvrant
lintervalle entre deux injections malgré la variabilité
interindividuelle des patients [28]. Le premier dosage est habituellement
préconisé à la fin de la dose de charge, cest-à-dire
juste avant la quatrième injection. Le monitorage doit être
occasionnel et ciblé. Il est particulièrement recommandé
chez les enfants, les patients neutropéniques, les grands brûlés
et les insuffisants rénaux, les toxicomanes, ainsi quen cas
de septicémie ou dendocardite [28]. Deux principales méthodes
sont actuellement utilisées : la chromatographie liquide haute
performance (CLHP) qui constitue la méthode de référence
avec une valeur requise pour le taux résiduel > 10 mg/L et limmunodosage
par polarisation de fluorescence (FPIA) sur Abbott TDX™ avec une
valeur requise pour le taux résiduel > 15 mg/L. La méthode
de dosage par FPIA sur TDX™ représente une technique particulièrement
adaptée au dosage de la teicoplanine en routine de par sa spécificité
et la bonne corrélation obtenue avec la méthode de référence
[29]. Cependant, il a été montré quen dépit
dune bonne corrélation avec la technique CLHP pour des valeurs
de lordre de 12 mg/L, la FPIA ne constitue pas la technique de dosage
adapté pour des concentrations < 12 mg/L [30].
Ceftazidime
Pharmacodynamie
La ceftazidime est une céphalosporine de 3e génération
appartenant à la famille des bêtalactamines. Comme les autres
membres de la famille des céphalosporines, la ceftazidime, en se
fixant sur les protéines de liaison à la pénicilline
(PLP), inhibe lintégration des peptidoglycanes au niveau
de la paroi bactérienne. La ceftazidime possède un large
spectre antibactérien vis-à-vis des bactéries aérobies
à Gram négatif et certaines bactéries à Gram
positif. La présence dune chaîne latérale aminothiazolyl
lui confère une forte affinité pour les PLP des bactéries
à Gram négatif. Le groupement carboxypropyl lui confère
une stabilité contre la bêtalactamase bactérienne
et une activité anti Pseudomonas. Le groupement pyridine
est responsable dune pénétration intrabactérienne
rapide de la molécule.
Pharmacocinétique (tableau
1)
La ceftazidime peut être administrée en IM, en perfusion
intermittente ou en perfusion continue. Après une administration
IM, la ceftazidime est complètement absorbée. La Cmax survient
3 heures après linjection IM. La liaison aux protéines
plasmatiques est faible (10 à 17 %) et le volume de distribution
est de 0,2 L/kg. Aucun métabolite de la ceftazidime na été
identifié. Sa demi-vie délimination est denviron
2 heures et lélimination est principalement rénale
par filtration glomérulaire (> 95 %) [31]. Par conséquent,
toute diminution de la fonction rénale influence la pharmacocinétique
de la ceftazidime avec une accumulation de la molécule dans lorganisme.
Lune des indications de la ceftazidime est le traitement de la surinfection
bronchopulmonaire chez les patients atteints de mucoviscidose de par son
effet bactéricide sur Pseudomonas aeroginosa.
Toxicité
Dans une étude chez 1 134 patients traités par ceftazidime,
lincidence des troubles neurologiques (céphalées,
paresthésie, vertige) était de 4 % [32]. Dautres manifestations
telles que la crise convulsive généralisée, lencéphalopathie
ou les hallucinations ont également été rapportées.
Les manifestations hématologiques telles quhémorragie,
hyperéosinophilie et leuco-neutropénie sont plutôt
rares et transitoires. En théorie toutes les céphalosporines
peuvent induire une néphropathie interstitielle, cependant la ceftazidime
nest pas considérée comme une molécule potentiellement
néphrotoxique.
Intérêt et méthodes de dosage
En raison de son activité bactéricide temps-dépendante,
de labsence deffet post antibiotique sur les bactéries
à Gram négatif et afin daugmenter leffet bactéricide
sur P. aeroginosa, certains préconisent une administration
de la ceftazidime en perfusion continue, dautant plus que ce mode
dadministration a montré son efficacité par rapport
à la perfusion intermittente [33, 34]. La perfusion continue permet
de maintenir de façon efficace et durable une concentration systémique
supérieure à la CMI du germe en cause. En outre, elle permet
de diminuer les quantités dantibiotique injectées
et de diminuer le temps de préparation des injections. Chez les
patients atteints de mucoviscidose, les paramètres pharmacocinétiques
diffèrent de ceux observés dans la population témoin.
Le volume de distribution et la clairance totale de la ceftazidime sont
supérieurs à ceux observés dans une population témoin
[35]. Cest pourquoi un monitorage du taux sérique de la ceftazidime
chez les patients atteints de mucoviscidose peut être dune
aide précieuse. La méthode de référence est
la CLHP.
Intervalle thérapeutique (tableau
1)
On préconise en administration continue chez ladulte, une posologie
de 4 à 6 g/24 h précédée dune dose de
charge de 2 g, et chez lenfant 100 à 200 mg/kg/j après
une dose de charge de 80 mg/kg/j. Lobjectif est dobtenir des
concentrations sériques quatre à cinq fois supérieures
à la CMI de Pseudomonas avec des concentrations à létat
déquilibre entre 25 à 40 mg/L en fonction de la posologie.CONCLUSION
Du fait de leur faible index thérapeutique et de leur toxicité
concentration-dépendante résiduelle, le monitorage des taux
sériques des aminoglycosides est indispensable. Celui de la vancomycine
doit être réservé aux patients à fonction rénale
altérée, aux patients recevant une association dantibiotiques
néphrotoxiques ou aux patients dont le volume de distribution est
modifié, alors que celui de la teicoplanine et de la ceftazidime
est restreint aux centres permettant le dosage de ces molécules.
Dans tous les cas, le suivi thérapeutique pharmacologique, lorsquil
est mis en place précocement, apporte une aide précieuse
au clinicien et permet de prévenir une toxicité et de détecter
une posologie inadaptée.
Article reçu le 6 avril 2002, accepté le 27 mai 2002 REFERENCES
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