ARTICLE
La maladie thromboembolique veineuse touche environ 1 sujet sur 1 000
par an. De nombreux facteurs de risque acquis sont recensés, parmi
lesquels il faut citer l'immobilisation, l'insuffisance cardiaque ou respiratoire,
la maladie athéromateuse, le mauvais état vasculaire, la
prise de contraceptifs oraux, les états post-chirurgicaux... [1].
Dans ce dernier cas, la chirurgie orthopédique est particulièrement
concernée ; ainsi près de 50 % des sujets ayant subi une
intervention pour prothèse totale de hanche ont une thrombose en
l'absence de traitement préventif. Certaines affections acquises
sont fréquemment associées à la survenue d'une thrombose
; tel est le cas des néoplasies, de nombreuses maladies auto-immunes
(lupus...), ou d'affections plus rares comme les syndromes myéloprolifératifs
ou l'hémoglobinurie paroxystique nocturne. Par ailleurs, certains
états physiologiques tels l'âge avancé, la grossesse
ou le postpartum majorent également le risque thrombotique. Ainsi,
la maladie thromboembolique veineuse résulte d'un état d'hypercoagulabilité
dont les causes sont probablement multifactorielles mais également
multigéniques [2, 3]. Ces dernières décennies, plusieurs
causes génétiques ont pu être identifiées.
Il s'agit des déficits en inhibiteurs de la coagulation (antithrombine,
protéine C et protéine S) qui sont retrouvés chez
environ 10 % des sujets ayant présenté une thrombose avant
l'âge de 50 ans [2]. Alors que le déficit en antithrombine
est décrit depuis 1965, les anomalies du système de la protéine
C ne sont connues que depuis les années 1980. En 1993, la cause
génétique la plus fréquemment associée aux
thromboses veineuses est décrite par Dahlbäck [4] puis élucidée
par Bertina [5]. Il s'agit de la résistance à la protéine
C activée retrouvée chez 20 à 40 % des patients thrombophiliques,
contre 2 à 5 % dans la population générale. L'hyperhomocystéinémie,
autre facteur de risque de thrombose veineuse nouvellement décrit,
peut résulter de l'altération de différents gènes
codant des enzymes impliquées dans le métabolisme de l'homocystéine
[2].
Lorsque le diagnostic de thrombose est établi avec certitude,
la recherche de ces facteurs de risque doit être discutée
en fonction d'un certain nombre de critères : âge du patient
lors du premier accident, notion d'histoire familiale, caractère
récidivant, spontané ou disproportionné de l'accident
malgré une prophylaxie adaptée, siège inhabituel
de l'événement thrombotique [6, 7].
Le syndrome des antiphospholipides
Le syndrome des antiphospholipides est défini par l'association
d'une thrombose et la présence d'anticorps antiphospholipides [8,
9]. Le syndrome des antiphospholipides est une entité clinique
et biologique récemment décrite qui se manifeste par des
événements thromboemboliques aussi bien veineux qu'artériels,
susceptibles d'entraîner des manifestations neurologiques, des troubles
cutanés (livedo reticularis...), des avortements à
répétition chez les femmes jeunes... Une thrombopénie
modérée d'origine périphérique est retrouvée
dans 30 à 40 % des cas. Les anticorps antiphospholipides associés
à ce syndrome peuvent s'exprimer sous plusieurs formes. L'anticoagulant
de type lupique est une immunoglobuline qui neutralise in vitro
les réactions de coagulation dépendant des phospholipides,
le temps de céphaline activé étant le test de choix
utilisé pour son dépistage. Les autres anticorps antiphospholipides
sont définis par leur aptitude à se lier à des phospholipides
dans un test immuno-enzymatique de type Elisa. Il s'agit notamment des
anticorps anticardiolipine, la cardiolipine étant le phospholipide
le plus utilisé dans ce type de réactions. D'autres cibles
antigéniques ont été récemment décrites
; il s'agit de complexes phospholipides-protéines, les protéines
plasmatiques concernées étant principalement la beta2-glycoprotéine
I (beta2-GPI ou apolipoprotéine H) ou la protéine C, la
prothrombine, le kininogène... [10, 11]. Par ces méthodes
immuno-enzymatiques, il est possible de déterminer la nature IgG,
IgM ou IgA de ces anticorps mais, du fait de leur hétérogénéité,
il faut savoir que ces dosages sont encore mal standardisés et
que des taux faiblement supérieurs à la normale doivent
être interprétés avec prudence. En cas de suspicion
de syndrome des antiphospholipides, il est conseillé de demander
la recherche en parallèle d'anticoagulants de type lupique et des
anticorps anticardiolipine.
Le syndrome des antiphospholipides peut être primitif, ou secondaire,
le plus souvent à une maladie auto-immune, comme le lupus érythémateux
disséminé ou un lupus like. Chez les patients lupiques,
la survenue de thromboses est quatre fois plus fréquente quand
un anticoagulant de type lupique est présent [12]. De plus, chez
ces patients, le risque de thrombose est majoré lorsque anticoagulant
de type lupique et anticorps anticardiolipine sont simultanément
présents. Toutefois, la présence isolée de l'anticoagulant
de type lupique serait plus souvent impliquée dans la survenue
de thromboses que la présence d'anticorps anticardiolipine isolé.
Le syndrome des antiphospholipides peut également être secondaire
à d'autres pathologies comme les néoplasies, les syndromes
lymphoprolifératifs, les infections virales et la prise de certains
médicaments (quinine, procaïnamide, neuroleptiques...) mais,
dans ces cas, la prévalence des thromboses est plus rare. Dans
une étude récente réalisée chez des patients
ayant présenté un infarctus du myocarde, un anticorps anticardiolipine
a été retrouvé chez 14 % des patients (contre 3 %
dans le groupe contrôle), et la persistance de ces anticorps anticardiolipine
(IgG ou IgM) serait un marqueur de risque de récidive [13].
Diagnostic des anticoagulants de type lupique
Selon les recommandations de la Société internationale
d'hémostase et de thrombose, le diagnostic biologique d'un anticoagulant
de type lupique fait obligatoirement appel à des tests de dépistage
et de confirmation [14]. Les précautions pré-analytiques
sont prépondérantes : il est impératif de centrifuger
deux fois le plasma, afin d'éliminer au maximum les plaquettes,
source de phospholipides susceptibles de neutraliser l'anticoagulant de
type lupique présent dans le plasma du patient. Au moins deux tests
de dépistage doivent être pratiqués. Le premier, le
plus souvent utilisé, est le temps de céphaline plus activateur
(TCA). En présence d'anticoagulant de type lupique, le TCA est
allongé et non corrigé par l'ajout de plasma normal, contrairement
aux déficits en facteurs de la coagulation pour lesquels l'ajout
de plasma normal corrige le TCA. Toutefois, dans certains cas, un TCA
normal n'exclut pas la présence d'un anticoagulant de type lupique.
Aussi, un test de dépistage plus sensible doit être mis en
uvre : la plupart sont des tests de coagulation mettant en présence
une faible concentration de phospholipides, comme le temps de thromboplastine
diluée (TTD), le temps de venin de vipère Russel dilué
(dRVVT)...
La suspicion d'anticoagulant de type lupique doit ensuite être
confirmée par un test visant à neutraliser spécifiquement
l'anticoagulant de type lupique à l'aide de phospholipides concentrés
: test Staclot LA® (Diagnostica Stago), test Staclot PNP®
(Diagnostica Stago), test LAC-confirm® (IL), etc.
Pathogénie des thromboses
La pathogénie des thromboses associées à la présence
d'anticorps antiphospholipides est encore mal connue, puisque l'on ignore
encore si ces anticorps sont la cause ou la conséquence de la thrombose.
Certains auteurs privilégient l'hypothèse d'un dysfonctionnement
de la cellule endothéliale par inhibition de la synthèse
de prostacycline ou du système de la protéine C, ou par
expression accrue du facteur tissulaire... [15, 16]. Récemment,
il a été suggéré que le fragment Fc des immunoglobulines
stimulerait leur récepteur plaquettaire FcgammaRII et activerait
le système de la coagulation via la plaquette et ce, plus
particulièrement chez des individus possédant un polymorphisme
particulier pour ce récepteur [17].
Traitement
L'attitude thérapeutique est variable selon l'affection associée
au syndrome des antiphospholipides. À titre d'exemple, le traitement
des pertes ftales à répétition ne consiste
plus à administrer une corticothérapie en première
intention comme c'était le cas il y a une dizaine d'années.
En revanche, l'association héparine-aspirine semble donner les
meilleurs résultats parmi les études réalisées
[18]. En ce qui concerne la prévention secondaire des thromboses,
le traitement curatif par les héparines suivi d'un relais par les
antivitamines K reste conseillé. Dans ce cas, l'INR (International
normalized ratio) cible doit être compris entre 3 et 3,5. En cas
de prévention primaire, l'héparine reste la thérapeutique
de choix des situations à risque thrombotique. En cas de lupus
avec anticorps antiphospholipides, une prévention primaire par
l'aspirine est parfois réalisée.
Anomalies constitutionnelles
de l'hémostase et risque thrombotique
Quelques rares anomalies constitutionnelles des facteurs de la coagulation
sont associées à la survenue de thromboses récidivantes.
Il s'agit de certains déficits sévères en facteur
XII (activité coagulante inférieure à 5 %) et de
rares anomalies qualitatives du fibrinogène. La prévalence
des cas de dysfibrinogénémie dans une population ayant présenté
un accident thromboembolique est très faible, estimée inférieure
à 1 % [19].
Par ailleurs, les anomalies touchant les protéines de la fibrinolyse
n'ont pu être que rarement impliquées de manière formelle
dans ce type d'affections, tels les rares cas de déficit sévère
en plasminogène. En revanche, une élévation du taux
de l'inhibiteur de l'activateur du plasminogène (le PAI-1) est
liée à un risque accru d'ischémie coronarienne [20].
Plus fréquents sont les déficits constitutionnels en inhibiteurs
physiologiques de la coagulation dépistés à l'état
hétérozygote chez environ 5 à 15 % des sujets jeunes
présentant une thrombose inexpliquée (tableau
1). Il s'agit des déficits constitutionnels en antithrombine,
protéine C et protéine S [2]. Tous les trois sont transmis,
dans la majorité des cas, selon le mode autosomique dominant.
Depuis les cinq dernières années, de nouvelles causes
de thrombophilie familiale ont été décrites. La résistance
à la protéine C activée, liée à une
mutation du gène du facteur V, est, à ce jour, le facteur
de risque de thrombophilie familiale le plus souvent retrouvé.
Par ailleurs, en 1996, une mutation du gène de la prothrombine
a été mise en évidence par l'équipe de Bertina
chez 18 % de sujets sélectionnés ayant eu une thrombose
et chez lesquels une histoire familiale de thrombophilie a été
retrouvée, contre 1 % dans le groupe témoin [21]. Cette
mutation, située dans la région non traduite en 3' du gène
(G20210A), entraîne une élévation du taux de prothrombine
dans la circulation et son implication réelle dans la survenue
de la maladie thromboembolique est en cours d'évaluation par de
nombreuses investigations cliniques.
Connue depuis longtemps comme facteur de risque de thromboses artérielles,
l'hyperhomocystéinémie est également apparue ces
dernières années comme un facteur de risque de thrombose
veineuse. Différentes causes génétiques en sont responsables,
mais il reste à déterminer plus clairement leur importance.
Le déficit en antithrombine
Décrit depuis 1965, le déficit en antithrombine est le
mieux connu et il représente un modèle intéressant
d'étude des inhibiteurs. L'antithrombine appartient à la
famille des serpines (inhibiteurs des sérine-protéases),
elle neutralise les facteurs IIa (thrombine), Xa, IXa et XIa et cet effet
est considérablement amplifié par la présence de
glycosaminoglycanes, dont l'héparine. Une classification permet
de distinguer les déficits quantitatifs (type I), caractérisés
par une diminution parallèle de l'activité et de l'antigène
de l'antithrombine, des déficits qualitatifs (type II), caractérisés
par une dissociation entre l'activité diminuée de l'antithrombine
et l'antigène qui est normal [6, 7]. La prévalence des thromboses,
estimée à environ 50 % chez les sujets déficitaires
en antithrombine, est sensiblement identique chez les sujets ayant un
déficit quantitatif et ceux ayant un déficit qualitatif
lorsque l'anomalie est située sur le site actif de l'antithrombine.
Par comparaison aux déficits en protéines C et S, le déficit
en antithrombine serait plus fréquemment associé à
des complications thrombotiques sévères. Dans la plupart
des cas, l'anomalie moléculaire provient d'une mutation ponctuelle,
d'une micro-insertion ou délétion dans le gène de
l'antithrombine.
En pratique courante, pour dépister tout déficit, il est
actuellement recommandé d'utiliser une méthode permettant
la mesure de l'activité cofacteur de l'héparine (technique
amidolytique, valeurs usuelles : 80 à 120 %) [22]. La mesure de
l'antigène de l'antithrombine n'a désormais d'intérêt
que pour typer un déficit.
Les déficits en
protéine C et en protéine S
Le système de la protéine C, dont le rôle physiologique
est rappelé dans la figure
1, n'est connu que depuis le début des années 1980
[23]. Les manifestations thrombotiques veineuses et/ou artérielles
surviennent en général avant l'âge de 50 ans. Le déficit
en protéine C est fréquent dans la population générale
puisqu'il touche un sujet sur 300. De plus, l'expression clinique de la
maladie est variable au sein d'une même famille [24]. À l'âge
de 45 ans, environ 50 % des sujets déficitaires sont indemnes de
thromboses. Les anomalies moléculaires responsables des déficits
en protéines C et S sont extrêmement hétérogènes
et comprennent un large spectre de mutations ayant des effets variables
sur l'expression de l'allèle correspondant. Certains sujets homozygotes
ou hétérozygotes composites ont des complications thrombotiques
sévères à la naissance, d'autres expriment leur déficit
de façon plus tardive.
La protéine C et son cofacteur, la protéine S, sont toutes
deux des protéines dépendantes de la vitamine K ; aussi,
la recherche d'un déficit en protéine C ou en protéine
S devra être effectuée avant l'instauration d'un traitement
par les antivitamines K ou un mois au moins après son arrêt.
Les méthodes permettant la mesure de ces deux inhibiteurs restent
à ce jour délicates et réservées à
des laboratoires spécialisés. Pour la protéine C,
il est recommandé de mesurer d'emblée l'activité
anticoagulante après activation de la protéine C par un
venin de serpent, le protac [22]. D'autres mesures plus spécialisées
permettent de typer les déficits en protéine C, quantitatifs
(type I) et qualitatifs (type II). Il s'agit notamment de la mesure de
l'activité amidolytique de la protéine C vis-à-vis
d'un substrat chromogène et de la mesure de l'antigène par
une méthode Elisa. Les valeurs usuelles se situent entre 70 et
140 %, mais les valeurs à la limite inférieure de la normale
de sujets sains et celles de certains sujets déficitaires en protéine
C se chevauchent parfois, ce qui complique le diagnostic.
Encore plus complexe est la recherche d'un déficit en protéine
S. Comme le montre la figure 1,
la protéine S circule dans le plasma sous la forme libre, en équilibre
avec une forme liée à la protéine de liaison de la
fraction C4b du complément (C4bBP). La protéine S est une
protéine de la réaction inflammatoire, aussi, son taux peut
varier, notamment à la phase aiguë de la thrombose. Cela implique
souvent la nécessité d'un contrôle à distance
de l'épisode thrombotique. Par ailleurs, le taux de protéine
S est diminué chez la femme enceinte ou sous contraception orale,
situations qu'il faut prendre en compte lors d'une exploration. Il est
actuellement possible de mesurer l'activité de la protéine
S, cofacteur de la protéine C activée, par une technique
de coagulation ; la protéine S libre (antigène libre) et
la protéine S totale sont mesurées par des techniques Elisa
[22]. L'interprétation des résultats repose sur la mesure
de ces trois paramètres et une classification des déficits
en protéine S a été proposée [2, 24] : le
type I correspond au déficit quantitatif, le type II au déficit
qualitatif avec diminution de l'activité anticoagulante, et le
type III est caractérisé par une diminution du taux de protéine
S libre (tableau 2). Les
valeurs usuelles se situent entre 70 et 130 %.
La résistance à la protéine
C activée
Récemment, Dahlbäck et al. [4] ont identifié
une nouvelle anomalie constitutionnelle du système de la protéine
C. Il s'agit d'une mutation faux-sens du gène du facteur V, ayant
pour conséquence le remplacement de l'arginine en position 506
du facteur V par une glutamine (mutation Q506) [5]. Cette mutation altère
alors le premier site de clivage du facteur V activé par la protéine
C activée ; ce facteur V muté, ou « facteur V Leiden
», est, de ce fait, « résistant » à l'action
protéolytique de la protéine C activée [5]. Cette
anomalie serait retrouvée, selon les études, chez 20 à
40 % des sujets d'origine caucasienne ayant présenté une
thrombose : c'est donc actuellement l'anomalie constitutionnelle identifiée
la plus fréquente [2]. Toutefois, la répartition géographique
de la mutation Q506 du facteur V est extrêmement hétérogène
selon les populations et cela en raison d'un effet fondateur de la mutation.
Aussi, la mutation Q506 n'a pas été retrouvée chez
certaines populations asiatiques ou africaines. Par ailleurs, le risque
thrombotique est majoré lorsqu'un sujet est porteur de la mutation
Q506 à l'état homozygote ; il en est de même lorsque
d'autres facteurs de risque génétiques sont associés
à la mutation Q506, tels un déficit en protéine C
ou S, ces différents facteurs de risque se potentialisant [3].
Deux approches permettent d'établir le diagnostic de « résistance
à la protéine C activée ». Son dépistage
peut être facilement réalisé sur plasma par des techniques
de coagulation qui consistent à mesurer l'allongement du temps
de coagulation d'un plasma en présence de protéine C activée
exogène. Le résultat est exprimé sous forme d'un
rapport du temps de coagulation en secondes en présence de protéine
C activée sur le temps de coagulation en l'absence de protéine
C activée. Chaque laboratoire établit son seuil de normalité.
Cette méthode n'est cependant pas interprétable en cas d'anomalie
de l'hémostase : présence d'anticoagulant lupique, déficit
en facteur XII, traitement par les héparines, etc. En revanche,
la mutation Q506, résultant de la substitution nucléotidique
G1691A, peut être directement recherchée sur le gène
du facteur V, après amplification génique enzymatique (PCR)
de l'ADN du patient [25].
Traitement
La thérapeutique de la maladie thromboembolique des sujets déficitaires
en inhibiteurs de la coagulation repose sur un traitement anticoagulant
classique débuté par l'héparine suivi d'un relais
par les antivitamines K. Il existe des concentrés d'antithrombine
et de protéine C qui sont actuellement utilisés sous la
mention d'autorisation temporaire d'utilisation (ATU) et qui sont réservés
à des situations très particulières (purpura néonatal
en cas de déficit homozygote, prévention chez un sujet déficitaire
à haut risque, etc.).
En cas de prévention secondaire dans des situations à
risque (grossesse, chirurgie...), chaque cas sera discuté en fonction
des antécédents personnels et familiaux du patient (thromboses
récurrentes, massives, déficits combinés, etc.).
Ainsi, aujourd'hui, le diagnostic des anomalies constitutionnelles de
l'hémostase comporte des méthodes d'activité fonctionnelle,
immunologiques et de biologie moléculaire, mais certaines d'entre
elles demeurent réservées à des laboratoires spécialisés.
Idéalement, l'exploration doit être effectuée avant
l'instauration d'un traitement anticoagulant. Toute anomalie doit être
confirmée à distance de l'épisode thrombotique et
doit s'accompagner d'une enquête familiale.
L'hyperhomocystéinémie
L'homocystéine, acide aminé soufré formé
au cours du métabolisme de la méthionine, peut suivre deux
voies métaboliques. Elle peut être transformée à
nouveau en méthionine grâce à une réaction
catalysée par la méthylène tétrahydrofolate
réductase (MTHFR) en présence de folates et de vitamine
B12. Elle peut également être transformée en cystéine,
sous l'action de la cystathionine beta-synthase en présence de
vitamine B6 (figure 2).
L'accumulation d'homocystéine ou hyperhomocystéinémie
(> 18 µM) serait un facteur de prédisposition aux thromboses
veineuses et/ou artérielles grâce à des mécanismes
non encore élucidés qui pourraient inhiber en partie les
fonctions antithrombotiques naturelles de l'endothélium vasculaire
[26].
Parmi les causes génétiques les plus fréquentes
conduisant à une hyperhomocystéinémie, il faut citer
les déficits en cystathionine beta-synthase et en MTHFR. Un tiers
des patients présentant une homocystinurie due à des mutations
à l'état homozygote touchant les gènes cystathionine
beta-synthase et MTHFR développent, dès leur jeune âge,
des thromboses veineuses et artérielles [27]. En outre, l'incidence
des thromboses serait majorée chez les sujets déficitaires
en cystathionine beta-synthase ou en MTHFR, et porteurs de la mutation
Q506 du facteur V [3, 27]. L'apport de vitamine B6 fait alors partie du
traitement.
Chez l'adulte, l'hyperhomocystéinémie modérée
est favorisée par un déficit hétérozygote
en cystathionine beta-synthase ou en MTHFR. Récemment, une mutation
ponctuelle, C677T, a été identifiée sur le gène
de la MTHFR, à l'origine d'un variant thermolabile de cette enzyme.
Dans ce dernier cas, l'administration de folates réduirait l'hyperhomocystéinémie.
De plus, il existe des causes acquises d'hyperhomocystéinémie
qui résultent de carences en vitamine B6, B12 ou en folates et
qui se corrigent par supplémentation.
Les relations entre hyperhomocystéinémie et pathologie
athéroscléreuse sont bien établies, y compris dans
les cas acquis d'hyperhomocystéinémie lors de carences vitaminiques
[28]. En ce qui concerne la pathologie thromboembolique veineuse, la Leiden
thrombophilia study a rapporté une fréquence d'hyperhomocystéinémie
(> 18 µM) de 10 % chez des patients ayant présenté
des thromboses veineuses contre 5 % chez les témoins. Toutefois,
l'exploration des hyperhomocystéinémies reste encore réservée
à des centres spécialisés car le dosage de l'homocystéine
plasmatique est long et délicat à réaliser. La recherche
de la mutation à l'origine du variant thermolabile de la MTHFR
est facilement réalisable par des techniques de biologie moléculaire.
Le risque thrombotique lié à ce variant est actuellement
en cours d'évaluation clinique car plusieurs résultats contradictoires
ont été publiés.
CONCLUSION La
demande d'un bilan biologique de thrombose ne doit en aucun cas être
systématique et doit être réservée, indépendamment
de l'âge, aux patients présentant une pathologie thromboembolique
récidivante et/ou « insolite ». Il est désormais
admis que c'est l'accumulation de facteurs de risque cliniques et/ou biologiques
(figure 3) qui doit être
prise en compte. La recherche d'une anomalie biologique constitutionnelle
ou acquise fait partie intégrante du bilan étiologique de
la thrombose, l'objectif étant d'instaurer dans les situations à
risque un traitement antithrombotique adapté. REFERENCES
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