ARTICLE
À Pierre Drutel, Pierre Magnin, Jean-Jacques Pocidalo et Marie-Claude
Blayo qui m'ont beaucoup appris de par la qualité de leur enseignement
et leur conception des rapports humains.
Arrivé au terme d'une carrière presque exclusivement vouée
à la gazométrie sanguine et aux analytes de l'urgence, je
remercie le comité de rédaction des ABC de m'avoir
demandé d'en retracer l'évolution depuis 40 ans et d'en
établir un bilan provisoire à la veille du troisième
millénaire. Afin d'alléger le texte qui suit, nous entendrons
généralement par « gaz du sang » : pH, PCO2
et PO2.
L'état des lieux
en 1960
Lors de l'ouverture, en 1958, du premier Département de réanimation
chirurgicale de l'Assistance Publique de Paris (service du Pr J. Baumann,
hôpital Beaujon à Clichy), nous nous sommes trouvé
« responsable » d'un laboratoire des urgences, dépendant
du laboratoire d'exploration fonctionnelle respiratoire du service. Nous
ne possédions pas de compétence particulière dans
ce domaine, mais le manque d'enthousiasme des autres collègues,
médecins ou étudiants, peu intéressés qu'ils
étaient par une discipline jugée par eux comme mineure et
relevant plus du domaine de la pharmacie que de celui de la médecine,
avait plus que réduit le nombre de candidatures. Le laboratoire
central de l'hôpital était situé neuf étages
plus bas, les ascenseurs laissaient à désirer, le système
de tubes pneumatiques (mais oui !) avait été saboté,
certaines précautions pré-analytiques à respecter
(transport...) étaient déjà connues et plusieurs
des techniques que nous utilisions relevaient plus du domaine de la recherche
que de celui de la routine.
On ne parlait pas alors d'analyse délocalisée, mais, compte
tenu des circonstances et des situations géographiques respectives,
cet adjectif aurait parfaitement pu s'appliquer à notre activité.
Par analogie avec d'autres (nombreux) exemples de l'époque, on
parlait en fait de « laboratoire de service ».
Nous disposions à l'origine de deux appareils manométriques
de van Slyke pour la mesure du contenu en CO2 et en O2
du sang, d'un pH-mètre « pH3 » Radiometer avec une chaîne
d'électrodes enfermée dans une étuve à 37
°C avec sas, d'un oxymètre de Brinkman (in vitro, in
vivo, transcutané), d'un appareil de mesure de PO2
et PCO2 selon Riley, d'un appareil de mesure de résistivité
du sang, d'une batterie de fioles emplies de solutions de sulfate de cuivre
pour mesurer la densité du sang, d'un photomètre de flamme
(Na/K/Ca) et d'un appareillage de Conway destiné au dosage du lactate
par microdiffusion.
Nous avions comme « bible » l'ouvrage du Pr Hamburger [1]
et comme modèle (unique et pour cause !) le laboratoire de J.-J.
Pocidalo au sein de l'unité de recherches de réanimation
respiratoire à l'hôpital Claude-Bernard.
Suite à l'ouverture du service, cet équipement fut rapidement
complété par un pH-mètre « pH4 » Radiometer,
un analyseur de pH, PCO2, PO2 d'Eschweiler
avec double tonomètre de Laue et lecteur à méthode
d'opposition, un analyseur des gaz selon Scholander, un oxymètre
double (in vitro et à pièce d'oreille) de Hartmann
et Braun, et un capnographe Godart pour le dosage du CO2 dans
l'air expiré (volumineux mais « à roulettes »
et pouvant donc être utilisé au lit du malade...).
Nous étions donc fort bien équipés pour l'époque,
mais nombre de ces matériels étaient délicats et
difficiles à utiliser. À titre d'exemple, les électrodes
de PCO2 et PO2 (en verre) devaient
évidemment être remembranées. Un remembranage demandait
au moins 20 min à un technicien expérimenté. L'électrode
devait ensuite « mûrir » pendant 24 à 48 h avant
de pouvoir être utilisée (d'où la nécessité
de disposer en permanence de deux jeux). Une quinzaine de minutes étaient
nécessaires pour bien nettoyer un van Slyke entre deux mesures.
Nous vérifiions la composition de tous les mélanges gazeux
de calibrage à l'aide de l'appareil de Scholander (méthode
chimique, excellente mais fastidieuse). Le dosage du lactate par microdiffusion
demandait plus de deux heures, etc.
Avec cet équipement, nous étions capable de rendre, très
correctement mais dans des conditions difficiles, pH, PCO2
et PO2, Na+ et K+, lactatémie,
saturation en O2 (invasive et non invasive), contenu en CO2
et en O2, densité du sang et CO2 expiré
(réglage des respirateurs).
L'évolution
Les gaz du sang
* Les appareils
En décembre 1958 [2], Astrup présente à Londres,
lors d'un symposium Ciba consacré à la mesure du pH et des
gaz du sang, son appareil permettant la mesure du pH « actuel »
(« vrai ») d'un spécimen et celle du pH après
équilibration de ce même spécimen avec deux mélanges
gazeux de PCO2 connues (méthode d'interpolation).
Ce matériel, commercialisé par Radiometer, connaît
un vif succès en France. Un peu plus tard, le constructeur y ajoute
un module séparé pour la mesure de la PO2
avec une électrode type Clark.
Lors du même symposium, Yellow Springs Instruments Co présente
de son côté un prototype commercial d'un bain thermostabilisé
contenant une électrode de PCO2 et une électrode
de PO2 avec leurs chambres de mesure. Un appareil de
ce type, complété d'un module de lecture adéquat,
puis d'une chaîne de mesure de pH, est commercialisé en France
à partir de 1964 (Instrumentation Laboratory).
Parallèlement, la société allemande Eschweiler
propose depuis 1958 un appareillage complet de mesure de pH, PCO2
et PO2, reposant sur les travaux de Gleichman et Lübbers
[3], d'abord avec deux lignes de mesure séparées (PCO2/PO2
- pH), puis avec une seule ligne de mesure (en verre). Elles sont immergées
dans un bain thermostabilisé à 37 °C contenant également
deux unités de tonométrie selon Laue. Celles-ci, couplées
à un jeu de quatre bouteilles de mélanges gazeux, permettent
d'effectuer un contrôle de qualité mais surtout d'ajuster
le calibrage de la chaîne de mesure de PO2, la
réponse de l'électrode de PO2 étant
à l'époque différente en phase gazeuse et en phase
sanguine (facteur gaz/sang). Il est intéressant de noter qu'aucune
mention de ces travaux et de cet appareil n'est faite dans le passionnant
ouvrage d'Astrup et Severinghaus consacré à l'histoire des
gaz du sang [2].
Il paraît indiscutable que le premier analyseur complet commercialisé
soit celui d'Eschweiler. Sa qualité analytique est irréprochable,
mais sa complexité d'emploi, malgré les progrès réalisés
(miniaturisation des électrodes, galvanomètre à mesure
directe) en limite considérablement la diffusion, au profit de
Radiometer et d'Instrumentation Laboratory.
Entre 1960 et 1970 les fabricants s'ingénient tour à tour
à simplifier et à miniaturiser leurs analyseurs, malheureusement
au prix d'une certaine détérioration de la qualité
des résultats [4].
Dans les années qui suivent, l'effort est porté sur l'automatisation,
puis sur l'informatisation. De nouveaux constructeurs apparaissent. L'analyseur
des gaz du sang peut être interconnecté à un CO-oxymètre
et/ou à un analyseur d'électrolytes. En même temps
on revient à certaines notions initiales et essentielles entre
temps négligées, afin d'améliorer la qualité
des résultats.
Enfin, au cours des 10 dernières années, l'évolution
des microprocesseurs, les exigences légales de contrôle puis
d'assurance de qualité, la redécouverte de l'analyse délocalisée,
la demande d'une plus grande praticabilité, la nécessité
de répondre aux besoins d'un marché mondial conduisent à
la création d'analyseurs combinés, intégrant, sous
une même carrosserie et avec une entrée unique de spécimen,
la gazométrie sanguine, la CO-oxymétrie, le dosage des électrolytes,
celui de certains substrats de l'urgence. Les bouteilles de gaz de calibrage
commencent à disparaître au profit d'un calibrage en phase
liquide, introduit pour la première fois sur l'ABL1 de Radiometer,
abandonné puis réintroduit par Mallinckrodt en 1989 et,
sous une forme originale, par AVL en 1995. La gestion des résultats
de patients, du contrôle de qualité, des opérations
de maintenance est intégrée ou peut être facilement
envoyée vers un ordinateur externe. Certains proposent des modules
de contrôle de qualité automatique et des systèmes
de surveillance/contrôle à distance des appareils.
Parallèlement, un concept d'appareils utilisant des cartouches
jetables contenant électrodes, réactifs et réceptacle
de déchets se développe. Afin de mieux adapter de tels analyseurs
aux besoins, on propose même des systèmes où cartouches
d'électrodes et cartouches de réactifs sont séparées.
Enfin une nouvelle génération d'appareils portables ou
portatifs (hand-held) apparaît pour répondre à
certains besoins de l'analyse délocalisée. Elle utilise
des cartouches unitaires jetables, facilitant l'emploi et éliminant
pratiquement toute maintenance, avec une technologie de mesure classique,
par électrodes miniaturisées, ou révolutionnaire
(optodes) [5-9].
Les optodes ou optrodes (optical electrodes) sont
un terme impropre (il ne s'agit pas réellement d'électrodes)
qui désigne des senseurs composés essentiellement d'un matériel
colorant spécifiquement sensible à tel ou tel analyte et
séparé du milieu à mesurer par une membrane appropriée.
Ils sont enchâssés dans une cartouche de mesure jetable.
La molécule de colorant voit sa luminescence varier en fonction
du pH (par exemple). Le lecteur est un fluorimètre. Ainsi l'AVL
Opti CCA est un fluorimètre à 6 canaux permettant la mesure
du pH, des gaz du sang et des électrolytes.
* La régulation acido-basique
Dans les années 1950, lorsque l'on disposait (d'une manière
ou d'une autre) de deux des trois valeurs classiques de l'équation
d'Henderson-Hasselbalch, on utilisait celle-ci pour calculer la troisième,
considérant que la connaissance du pH, de la PCO2
et de la concentration en bicarbonate suffit pour évaluer correctement
l'état acido-basique d'un patient. Plusieurs auteurs s'ingénièrent
à développer des abaques, des nomogrammes, des règles
à calcul afin de déterminer facilement la PCO2
à partir des mesures de pH et de [HCO3-],
puis, dès que l'électrode de Severinghaus s'avéra
fiable, de déterminer facilement [HCO3-]
à partir du pH et de la PCO2.
En 1960, l'école danoise [10, 11], très en avance en Europe
dans ce domaine suite à l'épidémie de poliomyélite
de 1952-1953, introduisit le concept d'excès de bases, estimant
que cette donnée caractérisait mieux la composante métabolique
de l'équilibre acide-base que la valeur de [HCO3-].
En outre, une formule, proposée par Astrup, permettait de quantifier
la thérapeutique médicamenteuse à mettre en uvre
face à une acidose métabolique.
Il n'est pas question ici d'aborder les aspects théoriques et
pratiques des deux approches, mais cette controverse prit alors de telles
proportions qu'il fut nécessaire d'organiser, en novembre 1964,
une grande conférence sous les auspices de l'Académie des
Sciences de New York. Dédiée en principe aux « Concepts
actuels de la mesure de l'état acido-basique » [12], elle
visait en fait à tenter de mettre fin à ce que l'on appelait
alors le « grand débat acide-base transatlantique ».
La notion d'excès de bases et, à un degré moindre,
des autres valeurs liées (EB des liquides extracellulaires, bases
tampons) connaît à l'époque un certain succès
en France, en particulier en réanimation néonatale. Elle
a perdu aujourd'hui beaucoup de sa popularité.
* Oxygénation et CO-oxymétrie
À partir du début des années 1960, l'enthousiasme
suscité par l'accès facile à la PO2
grâce à l'électrode de Clark relègue progressivement
les oxymètres simples, in vitro, au second plan, d'autant
que dès 1958 [13] ce même auteur publie un nomogramme permettant
de calculer la saturation à partir de la PO2
(courbe de dissociation de l'oxyhémoglobine standard) en tenant
compte de la température et du pH. Ce travail est complété
par celui de Kelman et Nunn [14] qui, en outre, tiennent compte de l'excès
de bases, puis à nouveau par Severinghaus [15] qui conçoit
une règle à calcul, facile à utiliser. En 1979, il
propose une formule [16] que tous les fabricants s'empressent de mémoriser
dans leurs appareils dès que la technologie le leur permet, bien
que dès 1972 Shappell et Lenfant [17] aient attiré l'attention
sur le risque de danger d'une telle approche. Ce type de formule est toujours
utilisé sur les analyseurs des gaz du sang mesurant uniquement
pH, PCO2 et PO2.
Parallèlement, on sait depuis 1967 [18, 19] que la concentration
intra-érythrocytaire en 2,3-diphosphoglycérate (2,3-DPG)
influe, elle aussi, sur la courbe de dissociation de l'oxyhémoglobine,
ainsi d'ailleurs (depuis 1943 ! [20]) que le taux de COHb (en dehors de
la déplétion en Hb fonctionnelle entraînée
par la présence de CO) et, peut-être, la force ionique du
milieu.
En d'autres termes, le calcul de la saturation tel que décrit
ci-dessus ne tient pas compte d'anomalies possibles au niveau d'autres
paramètres que T°, pH et PCO2. Ces paramètres
ne sont pas mesurables par un analyseur des gaz du sang simple.
C'est seulement au cours des dix dernières années, grâce
au développement (enfin !) de la CO-oxymétrie, que l'on
calcule la saturation fonctionnelle comme on aurait toujours dû
le faire (SO2 = O2Hb/O2Hb + HHb).
Il est heureux que la pathologie du 2,3-DPG et les intoxications oxycarbonées
soient relativement rares (ou connues). Dans ce domaine en tout cas la
qualité globale des résultats de saturation obtenus par
l'ancien calcul a plutôt régressé pendant 30 ans par
rapport à ceux fournis par une bonne oxymétrie in vitro.
Conscient des insuffisances de la seule PO2 pour évaluer
l'oxygénation et pressentant la disparition progressive des oxymètres
simples, Instrumentation Laboratory développe et commercialise
en 1967 [21] (plus de dix ans avant son premier concurrent) le premier
oxymètre pour la mesure combinée de tHb, O2Hb
et COHb. Des abaques fournies avec l'appareil permettent de calculer saturation
et contenu en oxygène. Cet analyseur est tout naturellement appelé
CO-oxymètre (IL182). La mesure s'effectue sur sang total hémolysé.
La technologie électronique et optique de l'époque, ainsi
que le prix élevé du 182, ne lui permettent malheureusement
pas de rencontrer tout le succès souhaitable et d'en faire rapidement
le complément naturel d'un analyseur des gaz du sang pour l'exploration
de l'oxygénation. En outre, l'interférence de l'hémoglobine
ftale [22] (alors non connue) sur les valeurs de COHb lui donne
une fausse réputation d'appareil inexact. Pour diverses autres
raisons, les cliniciens ne sont pas immédiatement convaincus de
l'intérêt de cette technologie. Il faudra attendre plus de
20 ans pour qu'elle soit définitivement reconnue et pour que le
CO-oxymètre (le nom propre est devenu commun) soit associé
à, puis intégré dans les automates de gazométrie
sanguine.
En 1992, la société Avox [23] propose pour cette même
application une technique de spectrophotométrie de réflectance,
sans hémolyse, avec des cuvettes jetables.
Outre son très grand intérêt pour le calcul correct
de la saturation, le CO-oxymètre est le seul appareil capable de
mesurer directement la fraction d'hémoglobine réellement
oxygénée et donc de calculer correctement le contenu en
oxygène du sang alors qu'il n'existe plus à ce jour d'appareil
de mesure directe du contenu (Lex-O2-con).
Enfin, et bien entendu, le CO-oxymètre, permettant maintenant
la mesure de MetHb et de SulfHb, trouve largement sa place au laboratoire
de biochimie et de toxicologie.
La P50, marqueur de l'affinité hémoglobine/oxygène,
a été très « à la mode » dans les
années 1970, à la suite des premiers travaux concernant
le 2,3-DPG. Trois appareils au moins avaient été conçus
pour sa détermination ou plutôt pour celle de la courbe de
dissociation de l'oxyhémoglobine. La complexité du meilleur
d'entre eux (DCA1 Radiometer) liée à un marché potentiel
relativement limité a entraîné leur disparition progressive.
La P50 n'est à ce jour plus guère évaluée
que dans des laboratoires spécialisés dans l'étude
de l'hémoglobine ou de substituts, bien que plusieurs automates
proposent cet analyte dans leur programme de valeurs calculées.
* Correction en fonction de la température
Ce problème, un des « serpents de mer » de la gazométrie
sanguine, a donné lieu à de très nombreuses controverses
et fut l'objet, il y a environ 25 ans à l'hôpital Saint-Joseph
de Paris, d'un colloque animé où certains participants avaient
même été près d'en venir aux mains... Le manque
total de justification physiopathologique d'une « correction »
qui n'en est pas une (on ne corrige en principe que ce qui est incorrect...),
joint aux dangers potentiels d'une telle expression, n'est plus à
discuter. Certains cliniciens ne sont toujours pas convaincus, mais comme
tous les appareils modernes peuvent exprimer les résultats simultanément
à 37 °C et à n'importe quelle autre température,
ce problème n'en est plus un en pratique.
* Mesures transcutanées de PO2
et PCO2 (tcPO2, tcPCO2)
Apparue depuis 30 ans (tcPO2 : 1969 [24], tcPCO2
: 1973 [25], cette technologie met en uvre des électrodes
de même type que celles utilisées in vitro mais bien
entendu modifiées pour pouvoir être installées facilement
sur la peau et chauffées pour provoquer la vasodilatation locale
nécessaire. Les résultats obtenus traduisent en fait l'efficacité
de l'apport d'oxygène et de l'élimination du CO2
au niveau de la peau chauffée, ce qui ne correspond pas forcément
à PaO2 et à PaCO2, «
l'élément perturbateur » essentiel étant le
débit sanguin local. Un grand nombre de publications ont été
consacrées à des études comparatives et on est maintenant
arrivé à un consensus officieux sur ce point : les limitations
anatomiques et physiologiques inhérentes à la méthode
restreignent malheureusement son utilisation (tcPO2
surtout) à l'estimation des valeurs des gaz chez le nouveau-né.
Des électrodes combinées (tcPO2/tcPCO2)
ont été développées pour faciliter leur mise
en place (et leur déplacement nécessaire à intervalles
réguliers). Quelques tentatives ont été faites également
pour la mesure de la PO2 de la conjonctive. Elles n'ont
pas été convaincantes.
Par ailleurs, le développement de l'oxymétrie de pouls
a pratiquement éliminé l'utilisation de tcPO2
chez l'adulte [26]. Enfin, l'absence d'une électrode transcutanée
de pH a limité l'usage de tcPCO2, une évaluation
correcte de l'état acido-basique étant évidemment
impossible.
Les électrolytes
Le dosage des électrolytes est un exemple frappant d'une avancée
technologique remarquable couplée à un échec retentissant
au niveau des cliniciens.
À la fin des années 1950, sodium, potassium et, dans une
certaine mesure, calcium sont mesurables par photométrie de flamme,
avec des appareils à réponse non linéaire obligeant,
si l'on désire une bonne exactitude, à cibler progressivement
le calibrage de part et d'autre de la valeur présumée, pour
l'obtenir enfin par interpolation.
En 1962, un grand pas en avant est franchi dans ce domaine grâce
au développement et à la commercialisation par Instrumentation
Laboratory du photomètre de flamme IL143, à étalon
interne de lithium. Il fournit une réponse linéaire pour
Na+ et K+ sur une très large gamme de mesure.
Il est complété un peu plus tard par un dilueur automatique.
Cet excellent outil évolue au cours des années. Une adaptation
particulière permet le dosage du lithium en utilisant alors le
potassium comme étalon interne. Ce photomètre, utilisé
par plusieurs générations de biologistes, présente
les seuls inconvénients d'un programme analytique limité,
mais surtout de la nécessité d'une flamme au propane (gaz
que les laboratoires et les services de sécurité n'apprécient
guère). Sa structure et sa méthodologie de fonctionnement
ne lui permettent pas, en dépit de quelques expériences
heureuses (Vickers, American Monitor) d'être facilement intégré
dans les analyseurs multiparamétriques de biochimie qui font progressivement
leur apparition. Enfin, la détermination est impossible sur sang
total et nécessite une centrifugation préalable du spécimen,
d'où une perte de temps, des risques d'erreurs et l'impossibilité
de couplage aux gaz du sang.
Les progrès accomplis dans le développement de l'électrode
sélective à membrane de verre pour le sodium [27, 28] et
de celui de l'électrode sélective à membrane de valinomycine
pour le potassium [29] permettent, dès les années 1975,
de disposer d'appareils à électrodes pour le dosage de ces
analytes sur plasma dilué (ce que l'on appellera plus tard «
potentiométrie indirecte »). Des modules sont développés
pour être insérés dans les analyseurs multiparamétriques.
Dès lors « la flamme commence à s'éteindre »,
mais le problème de la centrifugation demeure.
En 1976, Orion [30] semble être la première société
à proposer un analyseur (SS/30) permettant le dosage simultané
de Na+ et K+ sur sang total. Elle est rapidement
suivie en 1979 par Nova [31], puis par de nombreux autres fabricants.
Les mesures comparatives effectuées par photométrie de
flamme d'une part et par potentiométrie directe (sans dilution)
d'autre part mettent rapidement en évidence des différences
significatives liées essentiellement au fait que l'on ne mesure
pas la même chose, ou du moins que l'on mesure les concentrations
en Na+ et K+ dans un volume donné de plasma
d'une part et dans un volume donné d'eau plasmatique d'autre part.
Comme 100 ml de plasma ne contiennent en moyenne que 93 ml d'eau plasmatique
chez un sujet normal, il est absolument logique d'observer un biais. (Dès
1969 [32] Waugh avait insisté sur l'importance de rapporter les
concentrations en sodium au litre d'eau plasmatique et non au litre de
plasma pour évaluer correctement une hyponatrémie.)
Certains « champions » de cette méthodologie et les
constructeurs [33, 34] proposent d'établir une nouvelle échelle
de valeurs normales pour cette technologie, avec des cibles respectivement
à 150,5 mmol/l pour [Na+] et 4,2 mmol/l pour [K+].
De nombreuses publications, dont quelques-unes seulement sont référencées
ici [32, 35-41], démontrent sans aucun doute le plus grand intérêt
clinique de ces mesures quand elles sont rapportées au litre d'eau
plasmatique.
Au tout début de ce débat, seuls quelques « initiés
» comprennent d'emblée le problème de ces différences,
liées à la fois aux concepts de mesures par photométrie
d'émission, par potentiométrie avec dilution ou par potentiométrie
directe, aux problèmes de l'utilisation de calibrateurs plus ou
moins appropriés, aux performances pas encore excellentes des électrodes
et des appareils utilisés. La potentiométrie, directe ou
non, n'en est encore qu'à ses débuts, la photométrie
de flamme reste la technique prépondérante. Comme il s'agit
d'un pourcentage, la différence ne « saute aux yeux »
que sur le sodium (puis sur le chlore). La logique voulant que les électrodes
sélectives et l'expression en mmol/l d'eau plasmatique finissent
par gagner, les « tenants » de cette méthodologie sont
optimistes et, dans un article de 1982 [40], nous nous permettons d'écrire
: « Il va donc être nécessaire pour le laboratoire
d'éduquer les cliniciens et de différencier les résultats
fournis par la méthode directe d'une part et par les méthodes
indirectes d'autre part, afin d'éviter tout risque d'erreur d'interprétation.
»
En janvier 2000, la situation est tout autre. S'il est vrai que les
électrodes sélectives ont pratiquement entraîné
la disparition de la photométrie de flamme pour les dosages sanguins,
s'il est vrai que cette technologie a fait des progrès considérables,
il est vrai aussi que les cliniciens, dans leur quasi-totalité,
ont tout simplement refusé ce mode d'expression, estimant sans
doute que changer des valeurs normales ne se justifiait pas au vu des
avantages apportés.
Une tendance, qui se dessinait déjà dans une publication
française [42], s'est confirmée depuis, aboutissant à
un phénomène relativement unique en biologie analytique
:
a) Les premiers analyseurs fonctionnant en potentiométrie directe
rendent leurs résultats exprimés en mmol/l d'eau plasmatique.
b) Sous la poussée de leurs clients les fabricants calculent
des « facteurs de correction » (il s'agit en fait de facteurs
de corrélation...) pour rendre en « équivalent flamme
» (mmol/l de plasma) des résultats obtenus à l'origine
en mmol/l d'eau plasmatique. Les premiers appareils de ce type affichent
d'abord la vraie valeur puis, à l'aide d'un commutateur approprié,
la « valeur flamme ».
c) Comme cela ne suffit pas, les appareils de troisième génération
(et depuis lors tous les appareils) affichent d'abord la « valeur
flamme » puis, à la demande (rarissime), la vraie valeur.
d) La plupart des analyseurs combinés gaz du sang/électrolytes
d'aujourd'hui ne permettent plus l'accès aux valeurs vraies.
Or il est bien évident, comme l'a souligné Truchaud [43],
que « si les résultats sont corrigés par un facteur
constant, de façon automatique ou sur la demande de l'opérateur,
ils (ne) seront équivalents à ceux de la photométrie
de flamme (que) dans la zone de protidémie et de lipidémie
normales. Si les résultats ne sont pas corrigés, ils seront
équivalents (à la photométrie) pour des concentrations
très basses en protides, supérieurs pour des concentrations
normales ou élevées ». L'auteur ajoute : «
Le choix (d'une correction à la demande) permet d'utiliser les
avantages apportés par la potentiométrie directe dans les
hyperlipidémies et hyperprotidémies, tout en conservant
pour les cliniciens les résultats qu'ils ont l'habitude de manipuler.
» En réalité, le choix est de moins en moins offert.
L'idéal dans ce domaine aurait été de disposer
d'un analyseur d'électrolytes par électrodes sélectives
en potentiométrie directe, avec deux canaux pour la mesure des
protides totaux et des lipides totaux (ou une connexion appropriée
avec des analyseurs dédiés) et un logiciel de traitement
de l'équation de Waugh. Était-ce possible ? Y aurait-il
eu un marché pour un appareil de ce type ?
Le calcium ionisé constitue un cas un peu particulier car son
utilité clinique est plus limitée et sa mesure un peu plus
délicate. Malgré tous les efforts développés,
la mise au point d'analyseurs excellents et l'incorporation dans des chaînes
de mesures complètes, il reste encore un analyte « confidentiel
».
La détermination de Ca++ entre vraiment dans le laboratoire
grâce au développement d'une électrode sélective
par Ross en 1966 [44]. Le premier analyseur, manuel, est commercialisé
en 1967 (Orion 99-20). Comme pour les gaz du sang, mais plus lentement,
cette technologie passe par une étape de semi-automatisation pour
être ensuite automatisée avec l'adjonction dès 1981
(ICa1 Radiometer) d'une chaîne de mesure de pH pour obtenir, comme
il est souhaitable, la valeur de Ca++ exprimée à
pH = 7,40. Le lecteur intéressé trouvera un rappel historique
complet sur ce sujet dans une des nombreuses publications que C. Sachs
a consacrées à cet analyte [45].
Malgré le développement de bonnes électrodes sélectives
et d'appareillages adéquats (la mesure doit être couplée
à celle de Ca++, de Na+ et idéalement
du pH), le dosage du magnésium ionisé reste encore du domaine
de la recherche. Plusieurs problèmes techniques et méthodologiques
restent encore à résoudre [46], mais certains auteurs [47,
48] le considèrent comme l'électrolyte du nouveau millénaire.
Les métabolites de l'urgence
Il est évidemment très intéressant de pouvoir doser
les métabolites de l'urgence sur le spécimen servant à
la mesure des gaz du sang et en même temps que ceux-ci. Encore faut-il
s'entendre sur la liste de ces métabolites et les règles/habitudes
des différents pays sont assez différentes à ce niveau.
Si un consensus semble s'établir pour le lactate, il n'en va pas
de même pour les autres métabolites (glucose, urée,
créatinine...) dont l'absence empêche toute vente dans certains
pays alors qu'ils sont jugés parfaitement inutiles dans d'autres...
Si, bien entendu, des techniques biochimiques classiques autorisaient
jadis ces dosages et les permettent aujourd'hui dans d'excellentes conditions,
c'est là encore grâce au développement fantastique
des électrodes sélectives (enzymatiques cette fois) qu'ils
ont pu être incorporés dans un programme analytique de l'urgence.
Le principe de la mesure est identique pour le glucose et le lactate.
Dans un premier temps l'enzyme de la membrane transforme le métabolite.
Dans un second temps l'H2O2, produit de la réaction,
est mesuré par ampérométrie (électrode de
PO2). Ainsi pour le lactate par exemple :
lactate-oxydase
Lactate + O2 + H2O > pyruvate +
H2O2 H2O2 diffuse jusqu'à
l'anode de platine de l'électrode de PO2. La
tension de polarisation de l'électrode provoque l'oxydation d'H2O2
et la réaction suivante intervient :
H2O2 --> 2H+ + O2
+ 2e-
La libération d'électrons génère un courant
proportionnel à la concentration d'H2O2 donc
de lactate dans le spécimen.
Selon les fabricants, les interférences sont éliminées
par une membrane supplémentaire qui empêche les interférents
de parvenir jusqu'à l'électrode (Radiometer ou AVL) [49]
par une seconde électrode de mesure, identique à la première,
mais ne contenant pas l'enzyme. On mesure alors par méthode de
soustraction. Une mesure complète demande environ 2 min, contre
2 heures en 1960...
L'oxymétrie de pouls
Bien qu'il ne s'agisse pas vraiment d'une technique de laboratoire,
il nous faut en parler car elle lui est liée. C'est en tout cas
dans ce domaine que les applications ont été les plus marquantes
dans la période que nous avons connue.
Le développement important de l'oxymétrie non invasive
est stimulé par les besoins militaires pendant la dernière
guerre mondiale. Ainsi, en 1960, l'oxymètre de Brinkman, équipé
d'un « il de mesure », est déjà capable
de mesurer la saturation artérielle transcutanée (tcSaO2).
Il s'agit toutefois d'une technique délicate et peu fiable, dont
le développement reste limité.
Peu après, nous utilisons à Beaujon un oxymètre
double de Hartmann et Braun permettant à la fois l'oxymétrie
in vitro et l'oxymétrie par pièce d'oreille. Cette
pièce est assez volumineuse et extrêmement fragile. S'il
faut la remplacer, tout l'appareil doit être renvoyé au fabricant
pour réétalonnage... L'appareil et la technique, trop en
avance par rapport à l'électronique disponible à
l'époque, tombent dans l'oubli.
En 1964 R. Shaw, chirurgien et chercheur, met au point un oxymètre
d'oreille à 8 longueurs d'onde, fonctionnant donc comme un CO-oxymètre
non invasif. L'appareil est commercialisé par Hewlett-Packard (HP
47201A). La pièce d'oreille est volumineuse et peu pratique, l'appareil
est très coûteux. Sa diffusion se trouve donc limitée
aux laboratoires de physiologie et de cathétérisme cardiaque.
Cette technologie est reprise plus tard pour le développement d'un
appareillage avec cathéter à fibres optiques pour la mesure
de Sv-O2.
L'histoire de la véritable oxymétrie de pouls, excellent
exemple d'occasion manquée par un industriel, est parfaitement
racontée par Severinghaus [50]. Elle commence en 1974 au Japon,
lorsque Aoyagi [51], ingénieur chez Nihon Kohden et travaillant
sur la mesure non invasive du débit cardiaque a, au décours
de ses recherches, l'idée de combiner les techniques de photométrie
de transmission à 2 longueurs d'onde et de photopléthysmograpie
pour concevoir le premier oxymètre de pouls.
Il utilise la photopléthysmographie pour synchroniser les mesures
spectrophotométriques de la saturation avec le pic de l'onde de
pouls et profite de cette dernière pour isoler exclusivement la
composante pulsatile de la saturation. En d'autres termes, l'oxymétrie
transcutanée n'est en fait prise en considération que dans
la variation d'épaisseur de tissu correspondant au DELTA systolo-diastolique,
éliminant ainsi la plupart des artefacts liés à l'absorption
variable de lumière par les tissus, les os, la peau, etc.
Nihon Kohden mesurant mal l'importance de cette avancée technologique,
l'appareil n'est que brièvement commercialisé au Japon en
1975. Entre temps l'invention d'Aoyagi, bien que brevetée, est
copiée. On la retrouve plus tard, améliorée et brevetée
aux États-Unis et commercialisée par Biox (vendu plus tard
à Ohmeda). Biox n'entrevoit l'intérêt de l'appareil
que dans le domaine de l'exploration fonctionnelle pulmonaire. Parallèlement,
un anesthésiste, W. New, devenu industriel, contribue fortement
à l'explosion de l'oxymétrie de pouls dans le monde (New
est le Ne de Nellcor). Il existe à ce jour environ
40 sociétés commercialisant ce type de produit !
Comme la technologie est facile à mettre en uvre, d'innombrables
publications comparatives paraissent à son propos, mettant en évidence
la bonne corrélation avec les résultats de l'oxymétrie
in vitro. Malheureusement, beaucoup d'entre elles mettent aussi
en évidence les limites de l'appareillage (indiquées le
plus souvent par le constructeur...) : manque de précision en général,
précision inacceptable au-dessous de 70 %, problèmes liés
à la présence de COHb et/ou de MetHb dans le sang, contre-indication
chez le malade en collapsus, influence de la lumière ambiante,
etc. Elles présentent donc de ce fait un intérêt limité.
Le terme « oxymétrie de pouls » n'étant sans doute
pas assez noble, on va même parfois utiliser (et publier) celui
« d'oxymétrie pulsée » !
Nul doute que d'ici quelques années quelqu'un réinventera
l'oxymètre de Shaw.
De grands progrès sont réalisés au niveau des capteurs,
des alarmes, de la mémorisation, de la miniaturisation et il existe
maintenant (au moins) un oxymètre de pouls de la taille d'une montre-bracelet
avec alarme, mémoire, etc.
Les applications sont innombrables en anesthésiologie, soins
intensifs, exploration fonctionnelle pulmonaire, diagnostic des apnées
du sommeil, surveillance de l'oxygénation à domicile. L'oxymétrie
de pouls n'est pas une panacée universelle. Elle ne peut pas rivaliser
avec la précision et l'exactitude des méthodes in vitro
mais rend des services énormes dans ces domaines. Une très
bonne revue (bien qu'un peu ancienne) de l'état de l'art a été
publiée en 1989 [52].
L'état des lieux en l'an 2000
Pour les gaz du sang, les technologies de base n'ont pas changé.
On mesure toujours la PO2 par ampérométrie,
le pH et la PCO2 par électrométrie, etc.
Toutefois la miniaturisation des capteurs a permis une réduction
considérable (en moyenne de 10 à moins de 1 ml) du volume
de spécimen nécessaire pour une gazométrie étendue.
Les Chemfet's et les Isfet's dont on faisait grand cas au début
des années 1980 sont pour l'instant tombés aux oubliettes.
Seules les optodes, faisant appel à une mesure finale en fluorimétrie,
constituent une avancée technologique indiscutable. Les mesures
ex vivo et in vivo restent pour le moins « confidentielles
» et l'on peut penser qu'il continuera à en être ainsi
dans un environnement où l'on souhaite prévenir tout risque
pour le patient et où le concept même de l'utilisation du
cathéter intra-artériel est un sujet de controverse [53,
54], comme celle du cathéter de Swan-Ganz. Une technique de mesure
transcutanée correcte du pH est encore à développer,
faute de quoi tcPCO2 restera elle aussi peu utilisée.
La CO-oxymétrie a enfin réussi à trouver sa place
et continue à se développer. Elle commence à faire
l'objet d'autres applications intéressantes [55], mais personne
n'a encore réussi à améliorer suffisamment ses performances
d'exactitude et de précision dans les valeurs basses pour élargir
les applications de la mesure de COHb à d'autres domaines.
L'oxymétrie directe, in vitro, a pratiquement disparu.
L'oxymétrie non invasive a littéralement explosé.
Le dosage des électrolytes par électrodes sélectives
a supplanté et pratiquement éliminé la photométrie
de flamme (Na+, K+) et la coulométrie (Cl-).
La mesure de Ca++, bien que parfaitement au point, reste encore
réservée à des applications particulières.
Le dosage de Mg++ souffre encore de « maladies de jeunesse
» et n'est pas passé dans les murs.
Les appareils ont progressé de façon fantastique, tant
en multiplicité des informations mesurées et calculées
qu'ils fournissent qu'au niveau de leur praticabilité. Ils sont
souvent reliés à des systèmes de contrôle et
de commande à distance, ainsi bien entendu qu'aux systèmes
de gestion informatique des laboratoires ou des établissements
hospitaliers. Tout cela est lié en partie aux progrès réalisés
sur les capteurs mais surtout à ceux de l'électronique et
de l'informatique. En matière de praticabilité, les progrès
réalisés peuvent donner à certains utilisateurs une
fausse et dangereuse idée de simplicité et de facilité
de la gazométrie sanguine. Toutefois, on élimine de nombreux
risques d'erreurs en respectant scrupuleusement les précautions
pré-analytiques, décrites depuis plus de 100 ans en gazométrie
sanguine et « remises en selle » grâce aux nombreuses
publications justement consacrées depuis quelque temps à
ce thème. Néanmoins, accepter certains appareils portables
ou portatifs nettement moins exacts et moins précis que les appareils
de paillasse sous le prétexte que ces risques d'erreur sont largement
compensés par la diminution de l'erreur pré-analytique est
un raisonnement qu'un bon analyste accepte difficilement.
La notion de contrôle de qualité, volontaire puis obligatoire
en France, n'est toujours pas appliquée de façon satisfaisante
en gazométrie sanguine, hormis chez ceux qui utilisent la tonométrie.
Pour la PCO2 et la PO2 en tout cas,
les ampoules ne constituent qu'un contrôle de troisième niveau,
acceptable seulement pour évaluer la précision et il est
dommage de ne pas leur préférer, au moins de temps à
autre, une technique de référence, évaluant à
la fois précision et exactitude des résultats. Pour le contrôle
interlaboratoires (Proficiency Survey), la solution idéale reste
à trouver et certains y travaillent.
Lorsque l'on connaît (par exemple) les sommes considérables
engagées depuis des années par certains industriels pour
mettre au point la glycémie transcutanée (sans résultat
concret à ce jour) et qui a au plan commercial un énorme
potentiel, nous ne pouvons qu'être en admiration la plus vive devant
ceux qui nous promettent pour demain des technologies de rêve et
souhaitons simplement qu'ils aient raison pour le bien des malades et
de ceux qui les soignent.
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Colloque national des biologistes des hôpitaux, 1999.
Note : Certains de ces textes sont pratiquement introuvables. Nous
les tenons tous à votre disposition.
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