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Comment dépister, diagnostiquer et surveiller une hépatite C ?


Annales de Biologie Clinique. Volume 56, Numéro 4, 387-9, Juillet - Août 1998, Editoriaux


Résumé  

Auteur(s) : M.Doffoël, .

Résumé : L'ampleur de la population infectée par le virus de l'hépatite C (VHC) et le risque d'évolution grave vers la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire font de cette infection un enjeu majeur de santé publique [1, 2]. Ces constatations ont amené les pouvoirs publics à encourager le dépistage et une meilleure prise en charge des malades infectés par le VHC, grâce à la création d'une trentaine de réseaux de soins « ville-hôpital » répartis sur l'ensemble du territoire national. Dans le cadre de cette activité, le médecin, qu'il soit généraliste ou spécialiste, libéral ou hospitaliser, doit connaître les examens biologiques utiles pour le dépistage, le diagnostic et la surveillance d'une hépatite chronique C afin de transmettre au biologiste des demandes d'analyses adaptées.

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ARTICLE

L'ampleur de la population infectée par le virus de l'hépatite C (VHC) et le risque d'évolution grave vers la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire font de cette infection un enjeu majeur de santé publique [1, 2]. Ces constatations ont amené les pouvoirs publics à encourager le dépistage et une meilleure prise en charge des malades infectés par le VHC, grâce à la création d'une trentaine de réseaux de soins « ville-hôpital » répartis sur l'ensemble du territoire national. Dans le cadre de cette activité, le médecin, qu'il soit généraliste ou spécialiste, libéral ou hospitaliser, doit connaître les examens biologiques utiles pour le dépistage, le diagnostic et la surveillance d'une hépatite chronique C afin de transmettre au biologiste des demandes d'analyses adaptées.

Examens biologiques utiles pour le dépistage et le diagnostic

En pratique courante, le dépistage de l'hépatite C repose sur la recherche des anticorps anti-VHC par un test Elisa de troisième génération. Le résultat du test doit être exprimé sous forme d'un ratio et non de façon purement qualitative. Selon les recommandations de la conférence de consensus qui s'est tenue à Paris en janvier 1997, un dépistage ciblé doit être préféré à un dépistage de masse pour les raisons suivantes : 1) l'incertitude persistante concernant les bénéfices thérapeutiques attendus ; 2) le coût direct et indirect prohibitif du dépistage de masse ; 3) la forte concentration de l'infection dans des groupes à risque bien identifiés (personnes transfusées avant 1991, usagers de drogue par voie intraveineuse ou par voie nasale qu'ils soient anciens ou actuels) qui suggère qu'un dépistage ciblé aurait un bien meilleur rapport coût/efficacité [3].

La positivité du test de dépistage chez une personne ayant un facteur de risque doit faire suspecter une hépatite C. Avant de pouvoir confirmer ce diagnostic, un second prélèvement sanguin est nécessaire pour un contrôle des anticorps anti-VHC par un test Elisa différent du premier et un dosage des aminotransférases sériques (ALAT et ASAT).

Dans la majorité des cas, les deux tests Elisa sont concordants et l'activité de l'ALAT est augmentée. Le diagnostic d'hépatite chronique à virus C est alors quasi certain, sous réserve de l'absence d'une autre cause possible d'élévation des transaminases, hépatique (obésité avec stéatose hépatique, alcool, médicament) ou musculaire (effort physique prolongé). Dans cette situation, la recherche qualitative de l'ARN viral par technique PCR est particulièrement utile. Elle sera positive en cas d'hépatite chronique à virus C et négative dans les autres situations.

Dans de rares cas, les deux tests Elisa sont concordants, mais l'activité de l'ALAT est normale. Des dosages répétés des aminotransférases sont alors indiqués (de façon mensuelle pendant 3 à 6 mois). Une fluctuation de l'activité des ALAT est le plus souvent observée. Elle représente un argument supplémentaire pour une hépatite chronique à virus C. Plus rarement, l'activité des ALAT reste normale. La recherche qualitative de l'ARN viral par technique PCR est alors indiquée. Sa positivité correspondra à une infection chronique par le VHC, avec, chez 85 % des malades, une atteinte hépatique allant de l'hépatite chronique persistante jusqu'à la cirrhose et chez les 15 % restants un très probable portage « sain » du VHC [4]. Sa négativité correspondra à une « guérison » de l'hépatite C sous réserve d'un contrôle ultérieur après un délai de 6 à 12 mois.

Dans des cas exceptionnels, les deux tests Elisa sont discordants. Dans cette situation, les tests de validation (Riba) sont pratiquement abandonnés au profit de la recherche qualitative de l'ARN viral qui représente la technique de référence [5]. Dans notre expérience, cette recherche est pratiquement toujours négative et une hépatite C peut être exclue. Si la recherche qualitative de l'ARN viral est positive, il peut s'agir soit d'une hépatite chronique C (l'activité de l'ALAT étant augmentée ou normale), soit d'un portage « sain » du VHC (l'activité de l'ALAT étant normale).

L'ensemble de cette démarche est schématisée sur la figure 1. Elle s'intègre dans une prise en charge globale de la maladie. Les examens virologiques autres que la recherche qualitative de l'ARN du VHC sont du domaine de la recherche clinique (évaluation quantitative de l'ARN du VHC, génotypage, sérotypage, caractérisation des quasi-espèces).

Examens biologiques utiles pour la surveillance

Leur étude sera limitée à ceux qui permettent de suivre l'évolution de l'hépatite chronique C, en excluant les examens utiles pour la surveillance du traitement antiviral.

Chez un malade non traité, la surveillance biologique est fonction de l'absence ou de la présence d'une cirrhose. En l'absence de cirrhose, une surveillance annuelle des tests hépatiques est recommandée [6]. Certains auteurs préconisent un contrôle mensuel des marqueurs sériques de fibrose, tels le peptide N-terminal du procollagène de type III et l'acide hyaluronique, mais l'intérêt de cette pratique n'est pas démontré [6]. Une fois la cirrhose constituée, le malade est exposé soit à la décompensation hépatique, soit à la survenue du carcinome hépatocellulaire dont le dépistage repose sur le dosage de l'alpha-fœtoprotéine sérique et l'échographie hépatique qui sont répétés tous les 6 mois.

Chez un malade traité par interféron, l'efficacité du traitement est jugée sur l'évolution de l'activité sérique des aminotransférases (en particulier de l'ALAT) (réponse biochimique) et de l'ARN viral (réponse virologique).

* L'activité des aminotransférases est mesurée tous les mois pendant la durée du traitement, puis tous les 1 à 2 mois dans le suivi post-thérapeutique sur une période d'au moins 6 mois, et 2 à 4 fois par an par la suite. Un tel suivi permet de décrire différents types de réponse thérapeutique sur le plan biochimique : 1) la réponse complète prolongée, caractérisée par la normalisation totale de l'activité sérique de l'ALAT au cours du traitement, avec persistance de cette normalisation au-delà du traitement pendant une période d'au moins 6 mois ; 2) la bonne réponse initiale avec rechute, caractérisée par une normalisation complète de l'activité sérique de l'ALAT lors du traitement, mais avec une réaugmentation à l'issue de celui-ci, habituellement dans les 6 mois après l'interruption de l'interféron ; 3) la réponse partielle, caractérisée par une diminution de l'activité sérique de l'ALAT de plus de 50 % par rapport à la valeur initiale ; 4) la mauvaise réponse au traitement caractérisée par l'absence de diminution significative de l'activité sérique de l'ALAT pendant le traitement ; 5) le phénomène d'échappement, caractérisé par une normalisation initiale de l'activité sérique de l'ALAT lors du traitement, puis une réaugmentation au-delà de la valeur supérieure de la normale alors que le traitement est toujours administré. La normalisation rapide de l'activité sérique des aminotransférases est considérée comme un élément pronostique favorable pour une bonne réponse thérapeutique [7]. Inversement, la normalisation très lente de l'activité sérique des aminotransférases au-delà du troisième mois est considérée comme un facteur de mauvais pronostic car, dans la plupart des cas, on observe une réaugmentation dès que le traitement est interrompu [7].

* La recherche qualitative de l'ARN viral sérique par technique PCR est effectuée avant le traitement, au troisième mois de traitement, à l'issue de celui-ci, 6 mois plus tard, puis 1 à 2 fois par an selon les recommandations de la conférence de consensus de Paris [3]. Une négativation de l'ARN viral témoigne de la rémission de l'infection par le VHC. La persistance de l'ARN viral après 3 mois de traitement par interféron pourrait être prédictive d'une absence de réponse à long terme ou d'une rechute [7].

REFERENCES

1. Desenclos JC, Dubois F, Couturier E, et al. Estimation du nombre de sujets infectés par le VHC en France : 1994-1995. Bull Épidemiol Hebdo 1996 ; 5 : 22-3.

2. Dubois F, Desenclos JC, Mariotte N, Goudeau A et le groupe d'étude. Séroprévalence de l'infection par le virus de l'hépatite C dans un échantillon national d'assurés sociaux volontaires à un examen de santé de la Sécurité sociale. Bull Épidemiol Hebdo 1996 ; 5 : 17-9.

3. Conférence de consensus « Hépatite C : dépistage et traitement ». Conclusions et recommandations du jury. Texte long. Gastroenterol Clin Biol 1997 ; 20 : S202-11.

4. Payen JL, Izopet J. Le statut de porteur sain du virus de l'hépatite C existe-t-il ? Gastroenterol Clin Biol 1996 ; 20 : 531-4.

5. Lunel F. Hépatite C : outils du dépistage. Gastroenterol Clin Biol 1997 ; 20 : S11-24.

6. Poupon R. Surveillance d'une hépatite C non traitée. Gastroenterol Clin Biol 1997 ; 20 : S96-8.

7. Fried MW, Hoofnagle JH. Therapy of hepatitis C. Sem Liver Dis 1995 ; 15 : 82-91.


 

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