ARTICLE
La surveillance biologique de l'environnement hospitalier consiste principalement
en des contrôles de surfaces, d'air et d'eau afin de détecter
les éventuelles contaminations microbiennes présentes malgré
les protocoles de ménage ou les systèmes de ventilation
mis en place. Ils peuvent aussi permettre de mettre en évidence
un réservoir environnemental de germes saprophytes responsables
d'infections opportunistes [1].
S'il a été établi l'existence d'une corrélation
entre le nombre de bactéries présentes dans l'air d'une
salle d'opération et le pourcentage d'infections postopératoires
déclarées chez des patients [2], il est cependant très
difficile d'établir au quotidien un parallélisme entre les
germes retrouvés dans l'environnement et les germes responsables
d'infections. Il est encore plus difficile de prouver que l'absence d'infection
est due à un environnement bien contrôlé [3]. Néanmoins,
les techniques de surveillance doivent avoir un pouvoir prédictif
positif suffisant autorisant la mise en uvre immédiate de
mesures correctives. Le pouvoir prédictif négatif de ces
méthodes doit pouvoir également garantir au malade une sécurité
maximale [4].
Ces contrôles ne sont intéressants que si l'environnement
répond à certaines normes et que des mesures correctives
peuvent être mises en place et évaluées lors d'une
dérive par rapport à ces normes afin de rétablir
l'état primaire défini.
Classement des zones à risque
« Une zone à risque de biocontamination est un lieu géographiquement
défini et délimité dans lequel les sujets (ou les
produits) sont particulièrement vulnérables aux micro-organismes
ou particules viables. Cette définition s'applique autant à
une salle entière qu'à un micro-environnement »
[5].
En milieu hospitalier, quatre zones à risque de biocontamination
peuvent être déterminées [5, 6] : zone 1 (risque négligeable),
zone 2 (risque modéré), zone 3 (haut risque), zone 4 (très
haut risque). Pour chacune de ces zones, le système de maîtrise
de la biocontamination et les valeurs acceptables lors des mesures de
cette biocontamination seront différents.
La répartition dans l'hôpital de ces zones à risque
n'est pas univoque (tableau 1)
; en revanche, on s'accorde pour conférer au Comité de lutte
contre les infections nosocomiales (CLIN) [7] de chaque établissement
de santé le soin de définir chaque zone et, pour celle-ci,
un niveau de risque de contamination microbienne accepté en fonction
des activités pratiquées et de l'état des patients
[5].
En général, seules les zones classées à
hauts et très hauts risques de biocontamination sont soumises au
contrôle des systèmes de traitement d'air et à des
protocoles de décontamination de surfaces, mais aucun référentiel
national ni aucune norme ou texte réglementaire n'oblige à
pratiquer des prélèvements d'environnement dans ces différentes
zones.
Pour l'organisation des contrôles de l'environnement, il est recommandé
de mettre en place une démarche fondée sur le système
HACCP (hazard analyse critical control point) [5]. Il faut alors
déterminer pour chaque paramètre de l'environnement (principalement
air et surface) des points critiques mesurables et sur lesquels il est
possible d'exercer une action corrective. Chaque établissement
doit alors établir son propre plan d'échantillonnage en
ce qui concerne les lieux de prélèvements, le nombre d'échantillon,
la date et les horaires des prélèvements, la fréquence
de ces prélèvements, en tenant compte du degré de
maîtrise de la biocontamination de la zone à risque, du type
d'activité et de l'état des patients [5].
Les techniques et le matériel à utiliser pour effectuer
ces contrôles sont en revanche bien décrits dans la norme
internationale NF EN ISO 14698 et ses annexes informatives [8] qui traitent
de la maîtrise de la biocontamination dans les salles propres et
environnements maîtrisés apparentés.
Cette norme précise que ces contrôles doivent s'effectuer
avant le début d'activité pour établir une contamination
de base et pendant l'activité pour vérifier que le niveau
de biocontamination reste acceptable. Le contrôle après activité
peut servir également pour évaluer les procédures
de biodécontamination (ventilation ou bionettoyage) [9].
Pour l'interprétation des résultats, trois types de niveaux
peuvent être définis [8, 9] : le niveau cible, le niveau
d'alerte et le niveau d'action :
le niveau cible est défini par l'utilisateur pour la poursuite
de ses objectifs, il représente le niveau de contamination autorisé
dans les conditions d'utilisation normale ;
le niveau d'alerte est établi par l'utilisateur et indique
une dérive nécessitant la mise en place d'un contrôle
pour s'assurer que la maîtrise du procédé et/ou de
l'environnement est toujours effective ;
le niveau d'action est fixé par l'utilisateur et, lorsqu'il
est atteint, des investigations et des actions correctives doivent être
mises en place.
Les taux pour chacun de ces niveaux peuvent être définies
par des normes (eaux), par des recommandations ou par des séries
d'échantillonnage sur l'environnement étudié.
Contrôles de surfaces en milieu
hospitalier
La colonisation microbienne des surfaces peut être mise en évidence
par des techniques simples et peu coûteuses mais nécessitant
un personnel formé afin de pouvoir comparer les résultats
dans le temps.
La norme internationale NF EN ISO 14698 partie 1 et partie 2 (ou selon
l'indice de classement français les normes X 44-110 et X 44-111)
[8] décrit trois techniques utilisables pour l'analyse de la biocontamination
des surfaces :
par contact direct à l'aide de boîte contact : méthode
qualitative et quantitative,
par contact indirect à l'écouvillon : méthode
qualitative,
par sédimentation : méthode qualitative et quantitative
peu sensible.
Les prélèvements par contact direct doivent être
réalisés sur des surfaces plates et lisses à l'aide
de dispositif de contact (boîte type Rodac®) présentant
une surface accessible d'au moins 20 cm2 appliquée avec
une pression constante et uniforme (25 g/cm2) durant au moins
10 secondes. Des applicateurs existent pour standardiser ce prélèvement
[10].
Pour l'interprétation des résultats, il est possible de
déterminer trois niveaux microbiens exprimés en nombre d'ufc
(unités formant colonie) bactériennes ou fongiques par boîte
contact pour les zones à haut et très haut risque infectieux
et avec un niveau cible différent hors ou en présence humaine
(tableau 2).
Pour chaque salle ou zone à risque, la localisation exacte des
points de prélèvement doit être déterminée
et doit correspondre aux points critiques, c'est-à-dire le plus
près possible du patient ou du site d'activité (table d'opération,
d'anesthésie...) ou bien les moins accessibles au bionettoyage
(poignée, rainures, armoires...) [5, 9]. Le nombre de points de
prélèvement par salle ne doit pas être inférieur
à 5 et doit avoisiner 10 de façon à ce que les résultats
soient représentatifs de la contamination globale [11].
En pratique, le CLIN ayant déterminé le nombre et la localisation
des points de prélèvement, ces derniers doivent faire l'objet
de contrôles réguliers et fréquents de façon
à obtenir par la moyenne des observations un taux moyen de biocontamination
ou niveau cible correspondant à la flore habituelle acceptable
de la zone à prélever.
Une fois les trois niveaux déterminés (cible, alerte et
action), les prélèvements peuvent être réalisés
mensuellement et chaque résultat sera interprété
à l'aide de cette grille [11, 12].
L'isolement de certains micro-organismes (staphylocoques, Aspergillus
sp., Pseudomonas sp., levures...) nécessite des investigations
supplémentaires [9] et la fréquence des prélèvements
peut être augmentée en cas d'épisode infectieux épidémique.
La recherche ciblée de bactéries spécifiques par
une technique d'écouvillonnage qualitative peut être aussi
mise en uvre et les micro-organismes isolés chez les patients
pourront être comparés à ceux isolés des prélèvements
d'environnement [11].
Contrôles de l'air en milieu hospitalier
L'air ambiant est un vecteur de contamination intrahospitalier ubiquitaire.
Il disperse des particules support de différents micro-organismes
(bactéries, virus, spores...) pouvant par inhalation être
responsables d'infections respiratoires nosocomiales chez des patients
fragilisés [13]. La flore aéroportée peut aussi être
responsable d'infections peropératoires [2, 14].
Pour la qualité de l'air, chaque zone de l'hôpital doit
être identifiée en fonction du degré de risque pour
le patient ou pour l'acte réalisé dans cette zone. Chaque
degré de risque conduit à une maîtrise différente
de l'aérocontamination et ainsi, suivant ce degré de risque
accepté (1, 2, 3 ou 4), il sera choisi un système de maîtrise
parmi les trois types existant et offrant des performances différentes
devant être maintenues et donc maîtrisées [5, 15] :
les systèmes à flux turbulent utilisables dans
les zones 2 à risque de biocontamination modéré,
les systèmes à plafond soufflant à déplacement
d'air basse vitesse, localisés dans les zones 3 à haut risque,
voire 4 à très haut risque (bloc opératoire conventionnel,
chambre d'immunodéprimés...),
les systèmes à flux laminaire ou unidirectionnel
installés dans les zones 4 à très haut risque de
biocontamination comme les salles d'opération aseptiques qui nécessitent
une aérocontamination la plus faible possible.
Pour chaque degré de risque défini et donc pour chaque
système, il existe des normes ou des recommandations. Le problème
réside dans l'attribution de chaque lieu à une zone à
risque.
L'air peut faire l'objet de deux types de contrôles :
les contrôles physiques qui permettent de déterminer,
entre autres, la classe d'empoussièrement d'une salle et de s'assurer
de la maîtrise des paramètres physiques,
les contrôles microbiologiques qui déterminent la
classe bactériologique de l'air d'une salle propre ou d'un environnement
maîtrisé.
Les contrôles physiques
Les normes NF S 90-351 [16] et ISO 14644-1 [17] précisent les
différents paramètres à contrôler :
la température, l'hygrométrie relative, la surpression
et la propreté particulaire peuvent être contrôlées
en interne par le service technique de l'hôpital en continu pour
les trois premiers et tous les mois pour le dernier ;
le niveau sonore, la cinétique de décontamination
particulaire, l'intégrité des filtres, les turbulences ainsi
que la vitesse, le débit, le taux de brassage et le renouvellement
de l'air doivent être réalisés au moins une fois par
an par une société spécialisée extérieure.
La norme NF S 90-351 [16] qui date de 1987 (procédure de réception
et de contrôle des salles d'opération) définit les
procédures de contrôle et recommande des valeurs pour chaque
paramètre.
La nouvelle norme ISO 14644-1 (1999) [17] fixe les niveaux d'une classification
ISO caractérisant la propreté de l'air des salles propres
et environnements maîtrisés apparentés. Cette norme
remplace les normes françaises X 44-101 (1981) [18] et X 44-102
(1983) [19] ainsi que la norme américaine FS 209 E [20] définissant
les classes d'empoussièrement [15]. Elle définit neuf classes
ISO de propreté particulaire de l'air selon les dimensions et les
concentrations des particules présentes en suspension. Les correspondances
entre ces différentes normes (pour un nombre de particules >=
0,5 µm par m3) et les « zones à risque »
sont présentées dans le tableau
3.
Les caractéristiques de l'appareil permettant de compter les
particules suivant leur taille sont données dans l'annexe B normative
de la norme ISO 14644-1 [17] ainsi que le volume d'air à prélever
et le nombre minimal de points de prélèvement dépendant
du volume de la salle. En pratique, les compteurs de particules effectuent
un tri granulométrique et donnent, pour chaque taille de particule,
la valeur de la concentration particulaire. La plupart des compteurs utilisés
n'ont que deux niveaux (0,5 mum et 5 mum) et permettent de mesurer la
concentration par m3 de particules de diamètre égal
ou supérieur à ces valeurs.
Les contrôles microbiologiques de l'air
L'objectif de ces contrôles est de déterminer le niveau
résiduel d'aérobiocontamination d'un environnement protégé
pour lequel la contamination doit être faible. Ces contrôles
se limitent donc aux blocs opératoires et aux unités «
stériles ». Il faut noter qu'il n'existe pas de relation linéaire
entre les niveaux d'empoussièrement de l'air et les niveaux d'aérobiocontamination
[5].
Les prélèvements doivent être effectués avec
des appareils, échantillonneur d'air, répondant aux critères
de la norme NF EN ISO 14698-1 annexe B [8] qui précise pour la
méthode par impaction un débit (100 l/min) et une vitesse
(inférieure à 20 m/s) permettant de prélever un m3
d'air sans dessèchement de la gélose. Des études
ont comparé plusieurs appareils et ont montré une inhomogénéité
des résultats obtenus obligeant ainsi à utiliser toujours
le même appareil pour les contrôles [21].
Deux milieux de cultures doivent être utilisés, un milieu
standard pour la flore bactérienne et un milieu au malt pour les
moisissures. Il est aussi possible de doubler les échantillons
pour chaque point de prélèvement et d'effectuer ces contrôles
tous les mois. En cas de travaux ou d'accident infectieux, une augmentation
de la fréquence de ces contrôles est recommandée [9].
Le nombre et la localisation des prélèvements à
effectuer dans une salle d'opération sont précisés
dans la norme NF S 90-351 [16]. Ces paramètres peuvent varier en
fonction du système de traitement d'air mis en place, mais il est
important de prélever toujours aux mêmes endroits, en général
le plus près possible du patient ou du site d'activité,
avec le même appareil de façon à comparer les résultats
des prélèvements.
Les normes et recommandations ne sont pas consensuelles sur les niveaux
de biocontamination acceptables.
La norme NF S 90-351 [16] utilise les classes bactériologiques
B5, B20 et B100 qui donne les concentrations maximales en nombre de particules
viables par m3 d'air respectivement à 5, 20 et 100.
Par ailleurs, elle fixe à 4 000 000 la classe d'empoussièrement
maximale pour les salles d'opération « classiques »,
ce qui correspond à la classe ISO 8 selon la nouvelle norme ISO
14644-1 [17]. Cela équivaudrait à ranger les salles d'opérations
conventionnelles dans une zone 2 de risque modéré alors
qu'elles sont généralement classées en zone 3 [5,
6]. Devant ces divergences, il est donc indispensable, dans chaque hôpital
et pour chaque zone, de réaliser un grand nombre de mesures rapprochées
et de définir un niveau cible de contamination propre à
chaque salle.
La recherche spécifique d'Aspergillus sp. dans l'air doit
être effectuée en cas de travaux [1, 22], mais aucune norme,
ni recommandation n'existe en ce qui concerne la technique. La présence
de quelques colonies d'Aspergillus sp. dans un air non traité
n'est pas anormale alors que, dans une zone aérocontrôlée,
la présence d'une seule colonie est anormale [9, 22].
Les zones aérocontrôlées des services de stérilisation
centrale (zone de vérification textile et zone de conditionnement)
constituent un cadre spécifique qui doit répondre aux normes
des bonnes pratiques de fabrication [23].
Contrôles d'eaux en milieu hospitalier
Au sein de l'hôpital, plusieurs types d'eau sont utilisés
qui doivent répondre à des exigences microbiologiques différentes
selon leurs usages.
Eau du réseau
* Eau de consommation
Les exigences générales de potabilité et les contrôles
à effectuer sont fixés et réglementés par
le décret 83-3 du 3 janvier 1989 [24] et par la circulaire du 8
avril 1975 [25] et ne seront volontairement pas traités ici.
L'eau des fontaines réfrigérantes est réglementée
par la circulaire n° 2058 du 30 décembre 1986 [26]. Le contrôle
bactériologique de cette eau peut être complété
une fois par trimestre d'une recherche de germes psychrophiles (Yersinia
sp., Listeria sp.] ou autre en fonction de l'écologie de
l'établissement (Pseudomonas aeruginosa, Aeromonas sp.,
Staphylococcus aureus...) [29].
* Eau chaude sanitaire
Cette eau ne doit jamais être utilisée pour un usage alimentaire
ni pour le remplissage des appareils produisant des aérosols.
La surveillance et la prévention ainsi que la conduite à
tenir en cas de légionellose ont été fixées
par la circulaire DGS n° 97/311 du 24 avril 1997 [30] et le mode
opératoire de recherche est donné par la norme NF 90-431
de novembre 1993 [31].
La circulaire DGS n° 98/771 du 31 décembre 1998 [32], bien
que précisant que « la périodicité et le
choix des sites de prélèvement ne peuvent être définis
une fois pour toutes », recommande d'effectuer les contrôles
au moins une fois par an dans tous les réservoirs, ballons d'eau
chaude et installations à risque, ainsi qu'au niveau de deux points
d'usage par tranche de 100 lits avec au minimum dix prélèvements
aux points d'usage pour les établissements de moins de 500 lits.
Elle précise qu'une enquête approfondie doit être menée
devant tout cas de légionellose suspect d'être nosocomiale.
Les mesures à prendre en cas de contamination sont exposées
dans la circulaire DGS n° 97/311 du 24 avril 1997 [30].
En revanche, il n'y a pas de texte réglementaire fixant un seuil
maximal de Legionella sp. dans les réseaux d'eau chaude
sanitaire et cette circulaire précise simplement que le risque
d'apparition de cas de légionellose est très faible en dessous
de 103 ufc/l. Il est ainsi classiquement recommandé
de fixer le niveau d'action à 103 ufc/l dans les zones
3 à hauts risques de biocontamination et de l'abaisser à
102 ufc/l dans les zones 4 à très hauts risques
[9, 15], le niveau cible étant fixé à moins de 50
ufc/l.
Eaux à usage médical
* Eaux pharmaceutiques (soluté versable,
eau pour préparation injectable, eau pour hémodialyse)
Cette eau est réglementée par la Pharmacopée
européenne (3e édition, 1997) [33] qui précise
les contrôles microbiologiques, physico-chimiques, toxicologiques
et les dosages d'endotoxines bactériennes.
* Eaux bactériologiquement maîtrisées
(eau microfiltrée)
Cette eau n'étant pas conditionnée, elle n'est pas considérée
comme stérile et il n'existe aucun texte officiel pour fixer sa
qualité.
Pour toutes les eaux, il est possible de recueillir le premier ou le
deuxième jet après décontamination du robinet et
purge du réseau. L'analyse du premier jet permet d'évaluer
la contamination de l'eau stagnante et du robinet. L'analyse de l'eau
du réseau se fait après une purge d'au moins une minute
et une désinfection du col de cygne.
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