ARTICLE
La fréquence des contaminations virales nosocomiales par l'intermédiaire
de surfaces et de matériel hospitalier incorrectement désinfectés
n'est pas connue. Des contaminations d'endoscopes par les virus des hépatites
B (VHB) et C (VHC) après un entretien mal réalisé
sont rapportées dans la littérature [1, 2], ainsi que la
transmission nosocomiale d'hépatites virales au cours d'endoscopies
[1, 3] ou de cathétérisme veineux chez des transplantés
cardiaques [4]. Des virus responsables d'infections infantiles nosocomiales
ont également été détectés dans l'environnement
des services de pédiatrie [5, 6]. Les contaminations professionnelles
accidentelles du personnel médical par du matériel souillé
sont fréquentes [7] et probablement sous-évaluées.
Les personnes en contact avec des cadavres, en particulier lors d'autopsies,
sont exposées à des prélèvements à
haut risque viral (liquide céphalorachidien, sang, moelle épinière,
cerveau, os), dans lesquels il a été montré que le
virus de l'immunodéficience humaine acquise (VIH), en particulier,
pouvait persister même plusieurs jours après le décès
[8]. Enfin, depuis 1994, le risque de maladie à prions préoccupe
largement les professionnels de santé. Ces contaminations entraînent
une majoration des dépenses de santé [9], et suscitent une
réflexion sur l'activité virucide des désinfectants
et des procédures de désinfection utilisées en milieu
hospitalier.
Cette revue se propose tout d'abord d'examiner les conditions de survie
des virus sur les surfaces ou sur l'instrumentation à usage hospitalier,
puis de présenter des procédés de désinfection
chimique décrits dans la littérature adaptés à
différents virus. Si la détermination d'une activité
virucide est décrite par l'Association française de normalisation
(Afnor), d'autres méthodes d'études, concernant notamment
le VIH ou le VHB, méritent également d'être décrites.
Survie des virus dans
l'environnement
L'environnement ou le matériel médical peuvent être
souillés par du sang ou des excrétats contenant des virus
(tableau 1). Les quantités
de virus présentes (1011 rotavirus/g de selles [10],
104 à 106 VIH/ml de sang, 106
à 109 VHB/ml de sang [11], 103 à 104
VHC/ml de sang [11]) ne peuvent que diminuer en l'absence de système
cellulaire permissif. Toutefois, le nombre de virus nécessaires
pour provoquer une infection est souvent très faible [12, 13].
Dans l'environnement, la vitesse de perte du pouvoir infectieux est influencée
par de nombreux facteurs : les caractéristiques virales et les
paramètres naturels d'ordre physique ou chimique.
Caractéristiques structurales favorisant
la survie
* L'absence d'enveloppe virale
La nucléocapside de certains virus est entourée par une
enveloppe lipoprotéique. Ces virus sont enveloppés, par
opposition aux virus nus (tableau
2). L'absence d'enveloppe virale est associée à
une plus grande résistance des virus dans l'environnement. L'enveloppe
est en effet thermolabile, sensible aux enzymes et à de nombreux
agents chimiques. Ainsi, le virus de l'hépatite A (VHA) peut survivre
30 jours à 25 °C, avec 42 % d'humidité atmosphérique,
et le VHB, juste sept jours dans les mêmes conditions [14].
* L'agrégation et l'adsorption
Dans l'environnement, les virus sont très fréquemment
adsorbés sur des matières organiques ou minérales,
ou sous forme d'agrégats [15]. Au moment de leur excrétion,
les rotavirus ou les poliovirus sont associés à des débris
cellulaires, ce qui favorise leur survie [15, 16]. Les matières
fécales amélioreraient la survie des adénovirus et
des poliovirus sur des surfaces, mais n'influenceraient pas la résistance
des rotavirus ou du VHA [17]. En revanche, pour Sattar et al. [5],
les rotavirus persistent mieux en solution fécaloïde qu'en
tampon salin. Pour le VIH, une perte d'infectiosité de 3 logarithmes
décimaux (log), en 8 heures, à 25 °C, dans l'eau du
robinet déchlorée, est observée ; après addition
de sérum humain dans l'eau, la perte d'infectiosité est
moins rapide [18]. Ces mécanismes d'adsorption ou d'agrégation
augmentent la résistance des virus, en particulier les virus situés
au centre de l'agrégat. Ainsi, en présence de sérum,
le glutaraldéhyde à 1 % n'est plus efficace sur le VIH [19].
À l'opposé, plusieurs auteurs ont montré que l'action
des désinfectants sur les virus n'était pas modifiée
par la présence de matières organiques : l'hypochlorite
de sodium est aussi actif sur le virus respiratoire syncytial avec ou
sans sérum de veau [20], le rotavirus n'est pas protégé
de l'action d'un spray alcoolique en présence de matières
fécales [21] et le sérum n'affecte ni l'action des ammoniums
quaternaires, ni du formaldéhyde sur le VIH [22].
Facteurs naturels affectant la survie
* Facteurs physiques
- Température. À 4 °C, la persistance des
rotavirus, poliovirus, adénovirus et du VHA, sur des surfaces contaminées,
est plus grande qu'à 20 °C [17]. Le poliovirus 1 en suspension
de titre 105 NPPUC/l (nombre le plus probable d'unités
formant colonie/l) survit 296 jours à une température comprise
entre 18 et 23 °C ; à 4 °C, 10 à 15 ans sont théoriquement
nécessaires pour ne plus déceler d'infectivité [23].
Pour le VHA, un abaissement du titre viral de 0,68 log est obtenu en un
an à 4 °C, alors qu'à température ambiante,
après 360 jours, on ne détecte plus de particules virales
[24].
- Humidité atmosphérique. Ansari et al.
[16] et Sattar et al. [5] rapportent les effets bénéfiques
d'une faible (20 %) ou moyenne (50 %) humidité atmosphérique
relative sur le rotavirus. Ainsi, à 20 °C, avec 50 % d'humidité
relative, 80 % des rotavirus sont encore infectieux après 24 heures
dans un aérosol, ou après 10 jours sur un support en plastique
ou en verre [16]. Pour Abad et al. [17], la résistance des
rotavirus sur une surface poreuse est maximale avec 80 à 95 % d'humidité
relative.
- Lumière. Les longueurs d'onde de 100 à 370 nm
(ultraviolets) inactivent théoriquement la majorité des
virus. L'effet de la lumière diminue en présence de matières
organiques, car les virus se fixent sur les particules qui mettent ainsi
les virions à l'abri de l'action des rayons ultra-violets [10].
* Facteurs chimiques
- Effet du pH. Les pH alcalins détruisent les acides nucléiques.
La dégradation des poliovirus peut être obtenue en portant
le pH d'une suspension virale à 9 [25]. La résistance des
virus sera donc meilleure à pH acide, sauf pour les calicivirus
et les rotavirus [10].
- Effet des ions. Les ions di et trivalents (Al, Ca, Cu, Fe,
Ag) protègent les virus en formant des agrégats [15]. Toutefois,
les ions métalliques peuvent aussi inactiver les virus en se liant
aux électrons sur les protéines ou sur les acides nucléiques
[19]. En présence de Cu et d'Ag, une concentration en chlore deux
fois moins élevée est nécessaire pour obtenir une
chute de 4 log du titre d'une suspension de poliovirus [26]. L'association
du cuivre au peroxyde d'hydrogène s'est révélée
50 fois plus active que le glutaraldéhyde à 2 % sur le virus
Junin (arénovirus responsable de fièvre hémorragique),
par le fait d'une synergie d'action entre les deux composés [19].
- Effet de la salinité. L'inactivation virale est plus
importante en milieu salin que dans l'eau distillée. Ce phénomène
pourrait s'expliquer par la très bonne dispersion virale en milieu
salin phosphaté (PBS), qui a pour effet de désagréger
les particules virales et de les rendre plus sensibles aux facteurs inactivants
[15]. Berg et al. [27] montrent qu'en milieu tamponné, l'action
du chlore élémentaire sur le poliovirus 1 est multipliée
par 300. Cela peut s'expliquer par le fait que les cations produits par
le tampon neutraliseraient les charges négatives à la surface
du virus, facilitant ainsi l'accès des ions hypochlorites (OCl-)
sur les virus.
Activité des différents
produits
De nombreux produits chimiques ont une activité virucide (tableau
3). Le site d'action des désinfectants virucides est généralement
peu connu. Il s'agit de l'enveloppe virale le plus souvent, ou des protéines
de la capside virale (altération des récepteurs viraux et
impossibilité pour le virus d'infecter une cellule-hôte par
adsorption réversible ou irréversible sur les protéines
capsidales ou par changement conformationnel des protéines des
récepteurs viraux) [28], de l'acide nucléique, des enzymes
virales ou de plusieurs sites simultanément.
L'activité virucide est définie par l'Afnor comme une
réduction de 4 log de l'inoculum viral après contact avec
le désinfectant [29]. Pour atteindre cet objectif, on devra proposer
des protocoles de désinfection et non des désinfectants.
En effet, l'activité virucide dépend de plusieurs paramètres
liés au désinfectant, au virus à éliminer
et à l'objet à désinfecter (figure
1).
Les paramètres de la désinfection
* Le désinfectant
La concentration efficace du désinfectant doit être rigoureusement
respectée. La teneur en chlore libre des dérivés
chlorés non stabilisés diminue au cours de leur conservation.
Dans les bains de glutaraldéhyde, utilisables plusieurs jours,
la concentration en principe actif peut être réduite de moitié
en 14 jours [30]. Ainsi, un bain de glutaraldéhyde initialement
à 2 % n'est plus actif sur le poliovirus après 12 jours,
et après 11 jours sur le VHA [30].
L'action de l'agent de désinfection est influencée par
le pH. Selon Schwartzbrod [10], pour une désinfection utilisant
un dérivé chloré, l'effet est maximal à pH
bas, par formation d'hydroxyde de chlore. Alors que Moore et Margolin
[25] rapportent une activité du chlore sur le poliovirus cinq fois
plus élevée à pH 9 qu'à pH 6.
En général, plus la température est élevée,
plus la désinfection est efficace. Ainsi l'effet du glutaraldéhyde
à 2 % sur le VHA est plus important en augmentant la durée
de contact et la température (de 20 à 25 °C) [30].
Le temps de contact peut être variable suivant le niveau de désinfection
que l'on souhaite atteindre : perte du pouvoir infectieux viral ou destruction
de toutes les structures virales. Avec une solution contenant 0,5 ppm
de chlore actif, un contact d'une minute est suffisant pour ne plus détecter
le poliovirus par culture sur cellules, alors que 5 minutes sont nécessaires
pour ne plus déceler aucun génome viral [31].
* Les virus à éliminer
L'efficacité d'une désinfection virucide est directement
liée à la concentration virale contaminante. Celle-ci devra
toujours être préalablement abaissée dans une étape
de nettoyage. L'éthanol à 50 % est actif en 30 secondes
sur une suspension de VIH titrant 106 DICT50/ml
(pas d'antigène p24 décelable après 28 jours de culture
sur lymphocytes) ; mais si on augmente le titre viral testé d'un
log, on détecte l'antigène p24 même après un
contact de 10 minutes avec l'éthanol à 100 % [32]. La résistance
structurale (absence d'enveloppe virale) et la résistance acquise
(modifications des protéines capsidales) rendent certains désinfectants
inefficaces. Des différences de sensibilité aux désinfectants
peuvent aussi exister à l'intérieur d'une espèce
virale, d'un sérotype à un autre [33]. De plus, pour une
population virale d'une espèce donnée, la cinétique
d'inactivation n'est pas linéaire du fait de la présence
de virions plus résistants [33]. La présence de matières
organiques ne semble pas toujours altérer l'efficacité de
la désinfection comme nous l'avons déjà évoqué
[20-22], contrairement à ce qui est observé pour les bactéries.
Enfin, l'activité virucide des désinfectants sur le VHA
et le rotavirus se révèle meilleure lorsque les virus sont
en suspension par rapport aux essais réalisés avec des virus
séchés sur un support en polystyrène [34].
* La surface à désinfecter
La nature des matériaux à désinfecter influence
le choix du désinfectant, la concentration et le temps de contact.
La soude normale réduit de 2 log une suspension titrée de
poliovirus en 30 secondes, et détruit tous les acides nucléiques
en 3 minutes [31]. Mais ce produit accélère la dégradation
du matériel et est dangereux pour le personnel. Pour désinfecter
une surface poreuse, une concentration en chlore 10 fois plus élevée
que celle nécessaire pour traiter une surface non poreuse, est
recommandée [14]. La complexité de l'objet à désinfecter
intervient dans le temps de contact avec le désinfectant. En effet,
la désinfection d'une paillasse de laboratoire ne peut pas être
assimilée à la désinfection d'un instrument médical
aussi complexe qu'un endoscope.
Protocoles de désinfection virucide
Une revue de la littérature de différents protocoles testés
sur des virus enveloppés et des virus nus, et leur activité,
est présentée dans les tableaux
4 et 5.
* Virus des hépatites
Ce sont des virus peu résistants, à l'exception du VHA
et du VHE, et dont la transmission accidentelle se fait le plus souvent
par contact direct (piqûre d'aiguille, coupure, éclaboussures
sur les muqueuses). Une transmission indirecte à partir de surfaces
souillées ou d'instruments tels que les endoscopes a également
été rapportée [3]. Les virus des hépatites
les plus étudiés sont le VHA et le VHB : le premier, parce
qu'il s'agit d'un virus résistant, cultivable (difficilement) :
un contact de 10 min à 20 °C avec le glutaraldéhyde
alcalin à 2 % [30] conduit à une inactivation de 99,9 %
des virus, le second, car il représente un problème de santé
publique par sa gravité et sa prévalence élevée.
Le tableau 5 présente
des protocoles de désinfection. Un résultat sous forme de
pourcentage de virus inactivés (ou abaissement logarithmique) n'est
généralement pas possible, car on ne peut pas cultiver le
VHB sur cellules. Des essais peuvent être réalisés
avec le VHB du canard pour lequel la culture sur hépatocytes de
canard est possible [40, 41]. Les virus des hépatites C, delta
et E ont été peu étudiés. Leur résistance
serait voisine de celle de Mycobacterium tuberculosis subsp. bovis,
mais inférieure à celle du poliovirus et très inférieure
à celle des spores bactériennes [14]. Pour le matériel
et les surfaces en contact avec les virus des hépatites B, C, delta,
on peut utiliser des désinfectants actifs sur Mycobacterium
tuberculosis subsp. bovis ou sur le poliovirus, à la
même concentration et avec un temps de contact identique [14]. Un
contact pendant 20 min avec une solution alcaline de glutaraldéhyde
à 2 % permet d'assurer, dans l'état actuel des connaissances,
une activité virucide vis-à-vis des virus des hépatites
[43].
* Virus de l'immunodéficience humaine
acquise
Virus enveloppé, fragile, il est sensible à de nombreux
agents chimiques, dont les composés à pH très acides
ou très basiques, et tous les désinfectants présentés
dans le tableau 5. Dans
tous les protocoles cités, plus de 99,999 % des virus sont inactivés.
Cette grande efficacité des désinfectants est à mettre
en parallèle avec les faibles titres viraux généralement
présents dans les liquides biologiques. Toutefois, des variations
de l'efficacité virucide peuvent être observées selon
que le VIH est en milieu liquide ou séché sur une surface,
ou selon que l'on teste une souche résistante ou sensible aux désinfectants
[14].
À propos des procédés utilisant
des produits chlorés
L'efficacité des traitements utilisant le chlore varie suivant
les auteurs. Abad et al. [26] obtiennent un abaissement de 2 log
pour le rotavirus en 30 min avec une concentration en chlore actif de
1 ppm, alors que, pour Vaughn et al., 3 log sont inactivés
en 30 secondes avec une concentration en chlore actif 10 fois plus faible
[38]. Pour le VHA, un abaissement de 2 log est obtenu avec 1 ppm de chlore
actif, deux fois plus rapidement (15 min) que pour le rotavirus [26].
Alors que pour Grabow et al. [44], 150 secondes et 0,4 ppm de chlore
actif suffisent pour obtenir une diminution de 4 log pour le VHA. Ces
variations dans les résultats sont vraisemblablement dues à
des divergences dans les méthodologies ou dans les souches virales
testées.
Adénovirus et poliovirus sont beaucoup plus sensibles à
l'action du chlore, puisque pour le premier une diminution de 2 log est
obtenue en 1 min avec 1 ppm, et pour le second une chute de 3 log est
atteinte avec une concentration en chlore actif de 0,5 ppm en 1 min [26],
et de 4 log avec une concentration en chlore actif et une durée
de contact 10 fois plus élevées, mais en milieu tamponné
[27]. Moore et Margolin [25] mettent l'accent sur le fait que le chlore
élémentaire et le dioxyde de chlore permettent l'inactivation
d'une suspension de poliovirus en 10 min à pH 6 et 7, et en 2 min
à pH 9. Toutefois, après une heure de contact, et quel que
soit le pH, l'ARN du poliovirus reste détectable.
Dans le cas des virus enveloppés, au regard des données
de la littérature, un titre de 10 000 ppm et une durée de
contact de 5 min, dans certains cas à pH alcalin (parainfluenzavirus
3, coronavirus), sont de nature à garantir une diminution de la
charge virale toujours supérieure à 3 log (tableau
5). Pour le VIH et le VHB, il semble même exister une relation
entre la concentration en hypochlorite de sodium et la durée de
contact. Si pour une concentration donnée, il faut un temps de
contact T, pour une concentration 10 fois supérieure, la durée
du contact peut être réduite à 0,1 T.
Méthodes d'étude
: détermination de la virucidie
Une norme d'essai a été adoptée en 1986 pour la
détermination de l'activité virucide des antiseptiques et
des désinfectants utilisés à l'état liquide,
miscibles à l'eau, vis-à-vis des virus des vertébrés
[29]. Certains désinfectants sont présentés comme
virucides (ou virulicides) car ils satisfont à cette norme ; pour
d'autres produits, on peut lire la mention « actif sur le VIH »
ou « actif sur le virus de l'hépatite B ».
La norme Afnor T 72-180
* Principe
Elle décrit un test in vitro pour déterminer, pour
un produit donné, à 20 °C, la concentration et le temps
de contact minimaux permettant un abaissement de 4 log d'une suspension
virale [29]. Ce résultat doit être obtenu au minimum pour
trois souches virales : poliovirus 1 (non enveloppé, à ARN),
adénovirus 5 humain (non enveloppé, à ADN) et orthopoxvirus
de la vaccine (à ADN, très résistant bien que possédant
une enveloppe). Ces virus se cultivent sur cellules en produisant un effet
cytopathogène, et sont titrés par calcul de la dose inhibant
50 % des cultures cellulaires (DICT50). La suspension virale
contenant 106 à 109 unités infectieuses
par ml est mise en contact avec le désinfectant à la concentration
préconisée par le fabricant, à 20 °C, pendant
15, 30 et 60 min, et avec de l'eau stérile dans le tube témoin.
L'action du produit est stoppée après ces délais,
et l'infectiosité virale résiduelle est titrée. L'arrêt
de l'action désinfectante peut se faire selon trois méthodes
: dilution simple du mélange réactionnel dans une solution
saline tamponnée [19, 20, 35-37], dilution-ultrafiltration-reconcentration
qui consiste à éliminer le désinfectant par filtration
sur un séparateur moléculaire, ou tamisage moléculaire
qui permet une élimination du désinfectant par filtration
sur gel [30]. Ces essais doivent toujours être précédés
d'une recherche de la dilution subcytotoxique du désinfectant testé
[20, 45]. Il s'agit de la plus faible dilution du désinfectant
ne produisant pas d'effet toxique sur les cellules utilisées pour
la détection des virus. Le désinfectant résiduel
doit être suffisamment dilué afin qu'un effet toxique n'interfère
pas avec l'effet cytopathogène des virus ayant survécu à
la désinfection. L'inactivation virale dans le tube témoin
doit être négligeable afin de garantir que la méthode
utilisée pour neutraliser l'activité du désinfectant
n'altère pas l'infectiosité des virus tests, et donc n'entraîne
pas une surestimation de l'activité virucide du désinfectant.
La méthodologie de la norme est applicable à d'autres virus
cultivables, tels que l'herpès simplex virus, le VRS ou certains
entérovirus. Le Comité européen de normalisation
(CEN) devrait proposer, en mai 2000, un test en suspension de virucidie
de phase 2/étape 1 (classification du comité technique 216
du CEN), c'est-à-dire un essai en suspension dans des conditions
représentatives de celles de la pratique hospitalière pour
la détermination de la concentration efficace.
* Problèmes posés par la norme
Afnor
Elle ne prend pas en compte les virus non cultivables ou des virus qui
se cultivent dans des conditions différentes de celles décrites
dans la norme. La neutralisation de l'effet désinfectant résiduel
se fait généralement par dilution au centième du
mélange réactionnel. Les concentrations virales utilisées
dans les tests doivent donc être élevées, afin de
pouvoir mesurer un abaissement d'au moins 4 log, même en diluant
100 fois l'échantillon. Or il est parfois difficile pour certains
virus (VIH par exemple) d'obtenir des titres viraux de l'ordre de 107
à 108 unités formant plage (ufp) par ml [22].
Le problème majeur est celui de la cytotoxicité des désinfectants,
et certains d'entre eux (ammoniums quaternaires, aldéhydes) sont
tellement toxiques pour les cellules, que même des traces suffisent
à provoquer une altération des cellules sur lesquelles les
virus résiduels sont détectés [22]. Les essais rapportés
dans la littérature sur d'autres virus que ceux mentionnés
dans la norme précisent rarement les résultats des essais
préliminaires de cytotoxicité [30, 36]. On est donc en droit
de s'interroger sur la réalisation effective de ces déterminations
préalables, et donc sur la validité des résultats
présentés.
Autres méthodes d'étude
* Méthodes d'étude de l'activité
sur le VHB
Plusieurs expérimentations ont été décrites,
dont l'inoculation intraveineuse au chimpanzé du virus traité
ou non par le désinfectant, et le suivi des marqueurs sérologiques
(antigène HBs, anticorps anti-HBs, anti-HBc, anti-HBe) et biochimiques
(transaminases), ainsi que l'étude anatomo-pathologique d'une biopsie
de parenchyme hépatique. Les marqueurs restent négatifs
si le désinfectant est actif sur le VHB [41].
Le test d'altération morphologique et de désintégration
consiste à analyser au microscope électronique et à
coter les stades d'altération et de désintégration
des particules virales après qu'elles ont été mises
en contact avec le désinfectant [41]. Ainsi, s'il y a des changements
dans l'ultrastructure de l'enveloppe externe, les sites de fixation ne
sont plus reconnus par les récepteurs cellulaires, et le virus
ne peut plus s'attacher à la surface des hépatocytes, ni
être internalisé.
Une méthode consiste à utiliser le VHB du caneton de Pékin,
à le traiter avec le désinfectant, puis à l'inoculer
sur une culture d'hépatocytes de canard. Après contact et
pénétration du virus dans les hépatocytes s'il n'a
pas été dégradé par le désinfectant,
l'ADN viral est extrait des hépatocytes, puis détecté
par hybridation avec une sonde radioactive [41]. Un résultat positif
signe l'inefficacité du désinfectant.
Des tests sont également réalisés uniquement sur
l'antigène HBs et non plus sur la particule virale intacte. L'antigène
est mis en contact avec le désinfectant, puis la diminution de
l'affinité de l'Ag HBs pour son anticorps spécifique est
mesurée et rapportée à l'activité virucide
du désinfectant sur le VHB [41].
Un test mesurant l'inhibition de l'activité de l'ADN-polymérase
du VHB après exposition à un désinfectant a aussi
été utilisé pour étudier l'activité
d'un dérivé bichloré de l'acide isocyanurique. Une
exposition de 2 min à environ 1 000 ppm de chlore disponible inhibe
complètement l'activité ADN-polymérase [46].
* Méthodes d'étude de l'activité
sur le VIH
Dans le cas du VIH, les virus traités par un désinfectant
sont mis en culture sur une suspension de lymphocytes, et les deux principales
méthodes utilisées pour déceler l'efficacité
désinfectante sont les suivantes.
Le VIH possède une enzyme indispensable à la transcription
de son ARN en ADN, la transcriptase inverse (RT). La mesure de l'activité
RT est une méthode couramment utilisée pour tester l'activité
virucide d'un désinfectant sur le VIH [22, 32]. Si le désinfectant
est actif, l'activité RT est diminuée ou nulle, par comparaison
avec un échantillon témoin de VIH, non traité par
le désinfectant. Toutefois, cela ne préjuge pas de son activité
sur le provirus (virus intégré dans le lymphocyte T).
Après infection, les lymphocytes produisent l'antigène
p24. Un autre procédé consiste donc à mesurer la
production de l'Ag p24, pendant les 28 jours qui suivent l'inoculation
des lymphocytes avec la suspension de VIH traitée par un désinfectant
[22, 32]. Une surveillance longue de la production d'Ag p24 est nécessaire,
car le VIH peut avoir été uniquement « choqué
» par le désinfectant, et une production tardive d'antigènes
peut survenir.
* Études de l'activité virucide
sur d'autres virus
Des tests sont décrits pour le rotavirus. Certains rotavirus,
en particulier bovins, sont adaptés à la culture sur cellules.
Des essais de virucidie analogues au modèle décrit dans
la norme Afnor peuvent donc être réalisés avec ces
souches. En revanche, les souches responsables de pathologie humaine sont
généralement difficiles ou impossibles à cultiver.
Des expérimentations peuvent alors être réalisées
chez le volontaire sain. Ward et al. [21] rapportent un essai consistant
à sécher des rotavirus sur une cupule puis à pulvériser
un désinfectant sur certaines cupules et à laisser en contact.
Ensuite le volontaire lèche la cupule et la contamination est surveillée
par les signes cliniques caractéristiques de gastro-entérite
ou par la séro-conversion. Sur 100 volontaires qui ont léché
une cupule non traitée par le désinfectant, 93 développent
une infection, alors qu'aucun des volontaires ayant léché
une cupule traitée ne fait l'infection. Ce qui permet de conclure
à l'activité virucide du désinfectant sur le rotavirus.
Les outils de la biologie moléculaire ouvrent également
des perspectives intéressantes pour étudier l'effet des
désinfectants sur les virus. Ainsi, Ma et al. [31] exposent
le poliovirus 1 à divers désinfectants, et mesurent d'une
part l'infectiosité résiduelle sur culture cellulaire, et
d'autre part la persistance des acides nucléiques viraux par amplification
génique (PCR). Par rapport aux résultats de la culture,
un temps de contact plus long, neuf fois, six fois et trois fois plus
long respectivement avec HCl, NaOH et chlore, est nécessaire pour
ne plus détecter d'acide nucléique. La PCR a également
été employée pour détecter une contamination
persistante dans des endoscopes digestifs, après utilisation chez
des patients ayant une PCR plasmatique positive pour le VHC, suivie d'un
écouvillonnage et d'un lavage manuels et d'une désinfection
dans un lave-endoscope avec du glutaraldéhyde à 2 % pendant
20 min. L'ARN viral (VHC) a été détecté par
PCR dans des prélèvements internes de l'endoscope suite
à une erreur dans l'application de la procédure d'entretien
des endoscopes. Lorsque la procédure était correctement
effectuée, les PCR étaient toujours négatives [2].
Un résultat similaire a été obtenu avec des endoscopes
expérimentalement contaminés avec des plasmas de patients
contaminés par le VHC fortement virémiques [47]. Les méthodes
de biologie moléculaire (hybridation moléculaire des acides
nucléiques avec sondes moléculaires spécifiques des
ADN, amplification génomique) semblent également une alternative
intéressante pour l'étude de l'inactivation des papillomavirus
humains non cultivables sur cellules et susceptibles de contaminer du
matériel de gynécologie [43].
Commentaires
Des essais de bactéricidie, fongicidie ou sporicidie sont régulièrement
réalisés pour les formulations désinfectantes mises
sur le marché. La virucidie est plus rarement déterminée.
L'Afnor décrit une procédure pour tester l'activité
virucide d'un produit sur trois souches virales. Cet essai est facilement
transposable à d'autres virus. Toutefois, certains industriels
préfèrent montrer une activité de leur produit sur
le VIH ou les virus des hépatites. Les tests réalisés
sur ces virus ne sont pas normalisés et difficilement reproductibles
d'un laboratoire à l'autre.
Le choix d'un virus test pour les essais de virucidie, en suspension
ou sur support, repose sur plusieurs points : le virus doit être
résistant, facile à obtenir à des titres élevés,
cultivable sur cellules, nécessitant des mesures de sécurité
peu contraignantes, représentatif des virus nosocomiaux, et il
est souhaitable qu'un traitement ou un vaccin existe, ou que le virus
soit inoffensif pour l'homme. Dans un proche avenir, le CEN devrait s'appuyer
sur de tels critères pour définir des souches virales pour
les tests de virucidie. Des virus tels que rotavirus, pestivirus ou coxsackievirus
ont été suggérés. Les essais d'efficacité
de phases 2 et 3 (essais en laboratoire et sur le terrain reproduisant
la pratique et destinés à confirmer la concentration efficace)
dans la classification du CEN/CT 216 devraient prochainement se substituer
aux essais de phase 1, tests en suspension qui étudient l'activité
de base d'un désinfectant. Par ailleurs, une procédure pour
réaliser les prélèvements de surface ou de matériel
hospitalier destinés à l'analyse virologique et une solution
pour effectuer ces prélèvements par rinçage ou trempage
sont à ce jour inexistantes. Leur conception et validation pourraient
s'inspirer de travaux proposés pour les bactéries végétatives
et les levures [48]. La méthodologie retenue devra être sensible,
reproductible, facile à mettre en uvre et adaptée
à la majorité des virus nosocomiaux.
Des essais de virucidie peuvent conduire à l'absence d'effet
cytopathogène alors que des acides nucléiques sont encore
détectables. L'amplification génique (PCR) est une méthode
sans doute plus sensible que la culture et particulièrement adaptée
aux virus qui se cultivent mal. Réalisée en parallèle
d'une culture, lorsque celle-ci est possible, la PCR permet de dire si
l'absence de pouvoir infectieux est corrélée à la
destruction des acides nucléiques. Toutefois si un résultat
positif en PCR signe la persistance des acides nucléiques, il permet
mal d'évaluer le risque d'infection sans les résultats de
la culture ou sans quantification des génomes détectés.
Il apparaît à travers cette mise au point une difficulté
d'approche globale de la désinfection virucide dans une perspective
d'application pratique. De nombreux paramètres influencent l'activité
des désinfectants, et parfois de façon opposée selon
les virus considérés. Les matériaux constituant l'objet
ou la surface à désinfecter peuvent jouer un rôle
très important dans l'aptitude des virus à s'agréger
sur les parois et donc sur l'efficacité de la désinfection.
Toutefois, l'analyse des travaux présentés dans la littérature
semble indiquer qu'une activité virucide intéressante vis-à-vis
d'un large panel de virus nus et enveloppés peut être obtenue
par contact d'une minute avec l'hypochlorite de sodium à 10 000
ppm (1 %), ou par contact de 10 min avec le glutaraldéhyde à
2 %, un ammonium quaternaire à 0,1 % ou un dérivé
phénolique à 0,5 %. Une très bonne activité
du peroxyde d'hydrogène utilisé à l'état de
gaz plasma pendant 30 min à 1,211 ppm sur un large éventail
de virus (Picornaviridae, Caliciviridae, Reoviridae, Orthomyxoviridae,
Paramyxoviridae, Herpesviridae...) est également rapportée,
sans aucun effet néfaste pour le matériel artificiellement
contaminé (abaissement de l'inoculum viral contaminant l'objet
de 5,5 à 8 log) [49]. Toutefois bien qu'utilisant un désinfectant
liquide, il s'agit ici d'un procédé de stérilisation
et non de désinfection. Une étude approfondie du dossier
technique de chaque produit doit donc être effectuée, afin
de vérifier s'il répond bien aux exigences que l'hygiéniste
se fixe en termes de spectre d'activité (bactéries, spores,
souches fongiques, virus, voire même prions). Cette analyse s'inscrit
dans une démarche plus globale qui passe par l'isolement des malades
contagieux, la formation du personnel hospitalier aux notions d'hygiène,
le respect des règles d'asepsie, le nettoyage rigoureux des instruments
et surfaces devant être désinfectés, et le strict
respect des procédures de désinfection.
Article reçu le 28 octobre 1997, accepté le 19 septembre
1998.
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