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Vingt ans de contrôle de qualité


Annales de Biologie Clinique. Volume 58, Numéro 6, 659-61, Novembre - Décembre 2000, Opinion


Résumé  

Auteur(s) : P. Valdiguié, J. de Graeve, J.-X. Corberand, P. Fernet, Centre toulousain pour le contrôle de qualité en biologie clinique, CTCB-Adimep, 66, chemin du Vallon, 31405 Toulouse cedex 4.

Résumé : L’application à la biologie clinique, et plus particulièrement à la biochimie, des concepts de contrôle de qualité de l’industrie date de bien plus de 20 ans. En effet, si la notion d’étude statistique appliquée à l’industrie par Shewhart date des années 1920, c’est en 1947 que Belk et Sunderman [1] attirèrent l’attention sur l’extrême dispersion des résultats obtenus dans l’analyse d’un même prélèvement par divers laboratoires. Mais c’est seulement dans les années 1960 qu’apparaît nombre de publications sur le contrôle de qualité en biologie clinique, expliquant les vertus du suivi de la reproductibilité intralaboratoire, basé sur l’étude statistique des résultats d’échantillons de contrôle et des résultats des patients. Simultanément sont notées les importantes divergences lors d’enquêtes interlaboratoires [2, 3], qui apparaissent rapidement en France, soutenues par les syndicats de biologistes et la Société française de biologie clinique. Nous décrirons les évolutions successives du concept de contrôle de qualité en nous appuyant sur trois chapitres : historique en Europe et en France, développement multidisciplinaire du contrôle de qualité national obligatoire et apports des associations régionales de contrôle facultatif enfin, en soulignant plus particulièrement l’expérience du CTCB toulousain.

ARTICLE

Historique du contrôle de qualité en Europe et en France

La notion de contrôle de qualité statistique démarre vraiment à la suite de l'International Symposium on Statistical Quality Control in the Analytical Laboratory à Genève en 1968, présidé par H. Büttner. Les Nord-Américains Copeland de Boston [4] et Tonks de Montréal [5] y exposent leur expérience sur la répétabilité et la reproductibilité. Les problèmes concernant les échantillons de contrôle sont déjà signalés et les difficultés de contrôle et de standardisation de l'enzymologie apparaissent aussi. Tous les colloques de Pont-à-Mousson reprendront régulièrement ce thème important, en 1970, 1972 et 1975 particulièrement.

Très vite, dès 1972, la SFBC lance, avec l'aide de M. Bailly, A. Leblanc et des principaux syndicats de biologistes privés, des évaluations interlaboratoires à l'échelle nationale dont la pratique devient obligatoire, comme la loi de 1975 l'avait annoncé, par le décret du 7 décembre 1978, remplacé ensuite par celui du 2 décembre 1994.

Sous l'égide d'abord du Laboratoire national de la santé (LNS), de l'Agence du médicament, puis enfin de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), les différentes opérations nationales d'évaluation de la qualité se mettent en place en biochimie (M. Bailly), hématologie et hémostase (A. Goguel), microbiologie (M. Véron et J.-C. Petithory).

Dès cette époque des associations régionales sont créées à Paris, à Lyon (Probioqual), à Toulouse (CTCB) ou à Tours (ABO) et dans bien d'autres villes. Les concepts de contrôle journalier de la reproductibilité et de contrôle d'exactitude en aveugle interlaboratoires nés en biochimie s'étendent aux autres disciplines et les associations régionales offrent bientôt de multiples services aux biologistes : contrôles journaliers ou CQI, contrôles ponctuels en aveugle ou EEQ (évaluation externe de la qualité), lames de frottis sanguin pour la formule, suivi du temps de Quick, etc.

Quelques réflexions sur le contrôle de qualité national obligatoire (CQN)

C'est lui qui a eu 20 ans en 1999 puisque le LNS parvenait, avant la fin de 1979, à organiser deux contrôles en biochimie et en hématologie et un contrôle en bactériologie et en parasitologie.

Après quelques vicissitudes, le CQN a bien fonctionné et a pu étendre ses enquêtes aux gaz du sang, à l'hormonologie plasmatique, à l'alcoolémie, à la glyco- hémoglobine, aux anticorps anti-VIH, etc.

Toutefois les résultats sont décevants. Déjà lors du 10e anniversaire du CQN, M. Bailly [6] disait : « L'objectif recherché sur le plan de la santé publique est dans un premier temps l'uniformisation et la transférabilité des résultats d'un laboratoire à un autre, la progression vers la valeur vraie faisant l'objet d'une entreprise à plus long terme. La recherche d'un compromis entre ces deux aspects fait partie des préoccupations des organisateurs du contrôle. »

Aujourd'hui la rapidité de rendu des résultats s'est améliorée mais, malgré beaucoup d'efforts et d'argent dépensé, il reste encore beaucoup de critiques :

­ la reproductibilité n'a pas progressé, le CV% d'une technique est difficilement décomposé en ses composantes de justesse et de reproductibilité, l'exactitude présente parfois des écarts de 50 % (apoprotéines) ;

­ les échantillons de contrôle sont souvent de qualité médiocre, avec un effet matrice toujours présent, des analyses récentes absentes des lots, des fournisseurs de moins en moins nombreux ;

­ la standardisation n'est toujours pas au rendez-vous ; en matière d'enzymologie les températures restent variables comme la présence ou l'absence de phosphate de pyridoxal pour les transaminases, le sens de la réaction pour la LDH ; la multiplicité des techniques et des unités (par exemple pour les immunodosages) rend l'interprétation des résultats, trop tardifs, parfaitement inexploitable...

Deux exemples d'analyses bien classiques illustrent ces propos :

­ Glucose : 51 techniques codées ! Seulement 24 groupes de plus de 15 utilisateurs. Un groupe de 18 laboratoires utilise une technique curieuse dont l'erreur de justesse est de 9,8 %...

­ CRP : 60 codes techniques ! Seulement 28 groupes de plus de 15 utilisateurs ; la reproductibilité à 36 mg/l est de 3,4 à 37,4 % ; la justesse va de ­ 30,8 à + 29 % !

De plus, on assiste à un glissement, du fait des contraintes budgétaires qui frappent la profession depuis plus de dix ans (C. Evin, 1989), vers l'adoption des techniques les plus faciles à mettre en œuvre ou les moins onéreuses.

Par ailleurs, le regroupement nécessaire des laboratoires privés et la restructuration des laboratoires hospitaliers modifient la répartition des tâches et l'image de la biologie de notre pays [7].

Et pourtant quelle mine fantastique de renseignements statistiques ou technologiques sur l'évolution des techniques et des appareillages, parallèle à celle de la profession et à l'avancement scientifique en matière de virologie ou de biologie moléculaire, s'est effectivement accumulée en 20 ans !

Les remarquables Annales du contrôle de qualité national essaient dans toutes les disciplines de porter ce message évolutif à beaucoup de laboratoires dont le CQN est souvent le seul exemple d'évaluation externe de la qualité...

Enfin, comme le souligne A. Leblanc [8], en charge de son organisation de 1978 à 1996, le CQN porte en lui une tare congénitale qui est d'avoir voulu être, dès le début, un outil de sanction dans le cadre rigide d'une structure administrative. Pour que l'évaluation externe de la qualité permette aux laboratoires d'améliorer leurs prestations, au même titre que les contrôles intralaboratoires, il faut d'une part qu'elle se développe dans un climat de confiance et de collaboration réciproques et que, d'autre part, ses résultats soient rendus très rapidement pour qu'ils puissent être réellement exploitables.

Cette dernière notion fait la force des associations régionales.

Les associations régionales de contrôle facultatif

Elles étaient quatre en 1973, neuf en 1989, six en 1999. Leur rôle, si important, d'accompagnement journalier du biologiste s'estompe-t-il, comme le laisse supposer la désaffection du ministère de la Santé qui ne « reconnaît » plus ces associations régionales ? En effet, elles n'apparaissent plus dans le décret du 2 décembre 1994 bien que le GBEA, dans son alinéa V-22, précise que « le laboratoire peut participer à des contrôles de qualité externes organisés par des sociétés scientifiques, des groupements de biologistes ou tout autre organisme présentant les garanties nécessaires ».

Toutes les associations régionales organisent des contrôles en biochimie. Quelques-unes seulement se sont diversifiées pour pratiquer des évaluations externes, souvent proches de la formation continue, dans d'autres disciplines.

C'est ainsi le cas de l'association toulousaine CTCB, fondée en 1973, qui a comme particularités :

­ de soumettre aux laboratoires inscrits un certain nombre d'échantillons humains frais, conditionnés sous tube plastique scellé, à l'abri de l'air, selon la technique inaugurée par Dingeon [9] ;

­ d'utiliser largement les télécommunications, minitel d'abord puis internet [10] ;

­ d'organiser des contrôles interlaboratoires en hématologie, bactériologie, sérologie virale et parasitaire, parasitologie et mycologie [11] ;

­ d'avoir réalisé un partenariat modèle avec Probioqual afin de répartir au mieux les compétences de chacun et les expériences passées. Ainsi Probioqual est l'organisateur des contrôles d'hémostase, d'immuno- analyse, de dosages urinaires, de dosages de médicaments pour les membres du CTCB intéressés.

Certaines opérations de « contrôle de qualité » du CTCB sont en réalité de véritables sessions de formation continue des biologistes. C'est le cas de l'hématologie cellulaire qui, depuis 1984, propose des frottis sanguins issus de pathologies diverses et qui a réussi à évoluer vers un produit, Hématimage, très sophistiqué où l'image numérique de frottis colorés est transmise par internet [12]. Un cas clinique est présenté avec les données de la numération sanguine et un frottis, qui est remplacé, pour Hématimage par un mur d'images représentatif de la composition cellulaire. L'utilisateur doit alors établir sa formule leucocytaire accompagnée des commentaires cytologiques qui lui paraissent les plus pertinents et proposer son diagnostic. Après avoir validé sa réponse, le laboratoire a immédiatement accès à la solution, comme pour tous les contrôles du CTCB utilisant les télécommunications, accompagnée d'informations sur la pathologie en cause. Chaque « solution » avec ses images répertoriées et commentées constitue alors une page supplémentaire d'un atlas, consultable à la demande, qui s'enrichit en outre chaque année des neuf dossiers sélectionnés pour couvrir toute la pathologie ayant une expression sanguine (hémopathies ou non) avec substratum morphologique.

Ce type de contrôle/formation est ouvert à toutes les spécialités de la biologie ayant un substratum morphologique ; déjà un second logiciel a vu le jour, appliqué à la parasitologie-mycologie (Parasitimage). D'autres domaines sont en cours d'exploration.

Enfin, le dispositif comprend un logiciel spécifique permettant à l'utilisateur doté d'une caméra vidéo de créer ses propres dossiers, lesquels peuvent être conservés en archives ou être transférés vers un confrère ou un référent. On est alors dans le champ de la télé-médecine.

CONCLUSION

Les bons résultats de quelques associations régionales sont donc à opposer aux difficultés rencontrées pour l'organisation du contrôle national. Cela est désolant quand on considère les avantages que peut procurer une grande masse de données [13] pour identifier les erreurs (résultats hors des limites de la norme américaine CLIA 88) qui, dans 60 % des cas, sont d'origine analytique...

Enfin il est regrettable de se priver d'un outil performant de surveillance du marché par les données du CQN, quand notre réglementation nationale en matière d'enregistrement des réactifs aura définitivement fait place aux règles européennes sur les dispositifs médicaux de diagnostic.

REFERENCES

1. Belk WP, Sunderman FW. A survey of the accuracy of chemical analyses in clinical laboratories. Am J Clin Pathol 1947 ; 17 : 853-61.

2. Rice EW, Grogan BS. 1960 survey of clinical chemistry procedure used by members of the American association of clinical chemists. Clin Chem 1962 ; 8 : 181-3.

3. Copeland BE, Blake WJ, Muelling RJ, Skendsel LP. A report of the standards committee of the College of American Pathologists. Am J Clin Pathol 1967 ; 48 : 104-26.

4. Copeland BE. A quality control system for clinical chemistry and its applications. Z Anal Chem 1968 ; 243 : 754-9.

5. Tonks DB. A dual program of quality control for clinical chemistry laboratories with a discussion of allowable limits of error. Z Anal Chem 1968 ; 243 : 760-5.

6. Bailly M. Dix ans de contrôle de qualité en biochimie. Rev Fr Lab 1989 ; 18 : 66.

7. Valdiguié P, De Graeve JS, Guerre JP. Laboratory medicine in France : a jeopardized situation. Clin Chim Acta 1997 ; 267 : 51-62.

8. Leblanc A. Le contrôle de qualité dévoyé. Option/Bio 2000 ; 20 : 248.

9. Dingeon B, Monnet L, Later R. Use of airless sealed plastic tubes in interlaboratory quality control of various protein profiles. J Clin Chem Clin Biochem 1990 ; 28 : 287-8.

10. Valdiguié P, Fernet P. Rapid collection of quality assurance data using telecommunications. Scand J Clin Lab Invest 1988 ; 48 (suppl. 190) : 13-7.

11. Valdiguié P, Corberand JX, Fernet P, Arressy V. Les activités du CTCB de 1973 à 1993 : un exemple de l'aide apportée par le contrôle de qualité interlaboratoire à la biologie clinique libérale et hospitalière. Rev Fr Lab 1993 ; 22 : 103-7.

12. Corberand JX. Hématimage : logiciel de formation continue en hématologie cellulaire avec transfert d'images numériques. Feuillets de Biologie 1999 ; 40 : 49-54.

13. Jenny RW, Jackson-Tarentino KY. Causes of unsatisfactory performance in proficiency testing. Clin Chem 2000 ; 46 : 89-99.


 

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