ARTICLE
Une des grandes caractéristiques de l'exercice de la médecine
est la reconnaissance des formes cliniques des maladies. Ceci est particulièrement
vrai dans les maladies chroniques dont l'évolution est très
variable selon les patients. Cette observation peut être liée
à de nombreux facteurs parmi lesquels la génétique
prend une place non négligeable. Outre pour le diagnostic proprement
dit, l'intérêt pratique de la reconnaissance des formes cliniques
est une meilleure adaptation du traitement. Du fait de son rôle
dans la reconnaissance entre cellules, le système HLA fait partie
de ces facteurs pouvant logiquement influencer l'évolution des
pathologies chroniques. Nous chercherons à montrer dans cette revue
comment la détermination des allèles HLA peut présenter
un intérêt dans le diagnostic clinique et dans l'aide à
la thérapeutique en 1996.
HLA et maladie : mode d'emploi
Organisation et structure
Le complexe HLA [1], situé sur le bras court du chromosome 6
chez l'homme, occupe 1/3 000 du génome et comprend beaucoup de
gènes dont le nombre augmente régulièrement avec
les connaissances. Ces gènes se répartissent, en partant
du centromère, en gènes de classe II, III et I.
Les gènes de classe I (A, B, C allant jusqu'à H) codent
pour des protéines membranaires retrouvées à la surface
de toutes les cellules nucléées et formées d'une
chaîne alpha associée à la beta2-microglobuline.
Les gènes de classe II (DP, DQ, DR) codent pour des molécules
exprimées par les cellules de l'immunité (lymphocytes T
activés, lymphocytes B, macrophages) et formées de deux
chaînes alpha et beta codées respectivement par les gènes
A et B (figure 1) de chaque
locus DQ, DP et DR.
Les gènes de classe III, codant pour des protéines très
différentes de celles de classe I et II, n'ont pas de rôle
dans la reconnaissance immune et ne seront donc pas abordés.
Le complexe HLA est caractérisé par un très grand
polymorphisme. Ainsi chaque gène comporte un grand nombre d'allèles
codant pour des protéines HLA distinctes. Les combinaisons de ces
allèles sont nombreuses et constituent le génotype HLA.
Cette diversité explique que la probabilité est faible pour
deux individus non apparentés de présenter le même
génotype HLA. On peut ainsi dire que le système HLA fait
partie d'une carte d'identité de l'individu. Il constitue de ce
fait un marqueur de population fréquemment utilisé au même
titre que les gènes de la globine dans les études anthropologiques.
Fonctions du HLA
Décrit en 1958 par Jean Dausset, le système HLA a constitué
pendant de très nombreuses années la base de la compatibilité
tissulaire entre donneurs et receveurs de greffes d'organes. Sans perdre
de son importance en transplantation, il s'est révélé
depuis une vingtaine d'années associé à l'étude
des pathologies chroniques ayant une composante auto-immune ou non.
La reconnaissance du soi et du non-soi est la fonction essentielle du
système HLA. Le rôle naturel des protéines HLA de
classe I et II est de présenter aux lymphocytes T les antigènes
reconnus étrangers par l'organisme. La conformation tridimensionnelle
des molécules HLA décrite par cristallographie montre que
les deux chaînes formant la molécule s'associent en une poche
complémentaire de la forme du peptide antigénique à
présenter. Les mécanismes d'interaction protéine
HLA-peptides sont complexes et mettent en jeu à la fois le polymorphisme
des molécules HLA et celui des peptides présentés.
Ainsi, d'un individu à un autre, un même peptide peut être
vu différemment selon la conformation prise par les molécules
HLA (figure 2). La réponse
immune dépend de cette interaction. Les connaissances sur la présentation
du peptide sont très difficiles à résumer et sont
plus du domaine fondamental.
Ainsi, la fonction naturelle du système HLA en fait un candidat
comme marqueur de maladie auto-immune. Cependant, dans la majorité
des pathologies chroniques associées au système HLA, l'intervention
du HLA est probablement indirecte car elle ne met pas seulement en jeu
des mécanismes de reconnaissance immune.
Nomenclature
La nomenclature des gènes et molécules HLA a beaucoup
évolué ces quinze dernières années. Jusqu'au
9e Workshop HLA (1990), la nomenclature était essentiellement
fondée sur une définition sérologique et cellulaire
des produits HLA. Depuis, l'application des techniques de biologie moléculaire
[2, 3, 4] s'adressant directement aux allèles a révélé
le formidable polymorphisme du système HLA et donc imposé
la mise en place d'une nomenclature adaptée [5, 6]. Une correspondance
entre les différents types de nomenclatures a ensuite été
établie (tableau 1).
Depuis 1990, les workshops HLA ont « officialisé » ces
données [6].
En prenant pour exemple la spécificité sérologique
DR1, son correspondant cellulaire est Dw1 et ses correspondants alléliques
sont multiples DRB1*0101, *0102, *0103.
La palme de la complexité revient au DR4 qui comprend près
de 24 allèles répertoriés. Ceci est d'autant plus
important que la description allélique est plus informative que
ne l'étaient les spécificités sérologiques.
Cependant il faut être très prudent lorsque l'on assimile
spécificité sérologique et génotype car on
ne peut déduire d'un gène une protéine du fait des
nombreux phénomènes post-transcriptionnels. Autrement dit,
un typage génomique ne reflète pas exactement ce qui se
passe à l'échelon cellulaire. La tendance actuelle dans
la stratégie d'étude des associations HLA-maladies, après
l'accroissement du nombre de données obtenues par les techniques
de biologie moléculaire, est donc de trouver un équilibre
entre les approches génétiques et immunologiques, les renseignements
donnés par le gène et la protéine étant complémentaires.
Association HLA et maladies.
Quelle mesure pour quelle informativité ?
Notion de marqueur de risque
Le système HLA est défini comme marqueur de susceptibilité
d'une maladie donnée lorsque certaines spécificités
ou allèles se retrouvent avec une plus grande fréquence
chez les sujets atteints par rapport à la population saine. Inversement,
on peut également parler de marqueur de résistance lorsque
ces fréquences sont diminuées.
Il ne faut pas confondre marqueur et gène candidat à une
maladie. Dans les pathologies chroniques ne mettant pas en jeu un dysfonctionnement
immunitaire, le système HLA serait associé de manière
indirecte. Cela peut s'expliquer par l'existence d'un déséquilibre
de liaison entre les allèles concernés (qui jouent alors
le rôle de marqueur) et un ou plusieurs gènes candidats qui,
dans la plupart des cas, ne sont pas identifiés.
Les gènes HLA sont présents chez tous les individus. On
ne peut pas parler de mauvais allèles ! En effet, les allèles
associés aux pathologies sont observés avec une fréquence
non négligeable dans la population saine. Inversement, un pourcentage
parfois important de sujets atteints ne présente pas les marqueurs.
La spécificité du système HLA en tant que marqueur
de maladie est donc limitée.
Mesure du risque : les approches méthodologiques
Deux approches différentes permettent d'aborder l'implication
du système HLA dans les maladies [7, 8, 9, 10] : les études
cas-témoins et les études familiales. Dans le premier cas,
on pratique un test d'association, dans le deuxième un test de
liaison.
Le test d'association est fondé sur la comparaison des distributions
des fréquences des allèles du marqueur chez les malades
et dans un groupe témoin non apparenté. La valeur statistique
de cette comparaison se fait le plus souvent par un test du Chi2. On quantifie
le risque en termes de risque relatif (RR) qui est le rapport entre la
proportion de malades chez les individus exposés au risque et la
proportion de malades chez les non exposés. Lorsqu'il diffère
significativement de 1, le facteur de risque est associé à
la maladie. Actuellement, on donne une importance particulière
à l'intervalle de confiance dans lequel se trouve le RR, car il
représente une valeur plus informative que le test statistique
Chi2.
Dans les études de pathologies peu fréquentes, on utilise
une autre mesure : l'odd ratio (OR) qui est en fait une approximation
du risque relatif [11]. Ainsi, l'OR mesure de manière simple la
force d'association entre une maladie et un facteur estimé à
risque.
Le test de liaison familial est la méthode des paires de germains
(sib pairs) [12, 13]. En cas de liaison génétique,
la distribution du nombre d'haplotypes identiques par descendance chez
les couples de germains atteints (2, 1, 0) s'écartera significativement
de la distribution attendue mendélienne (1/4, 1/2, 1/4).
Informativité pour qui ?
Les groupes étudiés doivent être importants en taille
du fait du polymorphisme étendu des gènes HLA. Par ailleurs,
les fréquences et les combinaisons des allèles HLA présentent
des variations importantes selon l'origine ethnique et géographique.
Il faut donc tenir compte de ces facteurs dans l'interprétation
des résultats. Pour plus de simplicité, nous nous limiterons
à l'évaluation du risque dans les populations caucasiennes.
Il est délicat, lorsqu'on pratique une étude d'association
(étude cas-témoin), de tirer des conclusions à l'échelon
individuel. Il faudra tenir compte des autres critères de diagnostic
et du contexte clinique et familial de l'individu. Ainsi, un marqueur
HLA pris isolément n'a pas de signification.
Informativité différente entre
classe I et classe II
Dans les études d'association entre gènes HLA et pathologies,
les informations apportées par les gènes de classe I et
II sont différentes. Pour les gènes de classe I, les OR
sont importants, le plus souvent supérieurs à 20. C'est
le cas du HLA-B27 dans la spondylarthrite ankylosante et des gènes
HLA A3 dans l'hémochromatose [14]. Cette force d'association est
probablement due à un rôle direct du système HLA.
Il n'en est pas de même pour les OR observés dans les tests
d'association entre les gènes HLA de classe II et les maladies
(OR < 20 le plus souvent). Ceci est lié à deux aspects.
Le premier concerne le mode d'implication du système HLA dans la
maladie. Le deuxième est d'ordre statistique. En effet, il est
important de bien différencier des résultats statistiques
obtenus en fonction de la technique d'identification du polymorphisme
du système HLA. Les méthodes sérologiques, peu discriminatives,
aboutissaient facilement à des OR plus élevés que
les méthodes génotypiques actuellement employées.
Par exemple, pour une même spécificité sérologique
DR4 selon la nomenclature de 1994 [7], 19 allèles ont été
décrits. Le très grand pouvoir discriminant des techniques
de biologie moléculaire a eu pour conséquence de diminuer
la force statistique des tests de comparaison lors des études cas-témoins.
Il est probable que cette notion s'appliquera également aux gènes
de classe I. C'est pourquoi ceux-ci ne sont pas significatifs. L'interprétation
des résultats se limite alors à parler de tendances qui
devraient être prises en compte lorsqu'elles sont décrites
par plusieurs équipes.
Peut-on considérer HLA comme marqueur
diagnostique ?
Le nombre d'associations décrites entre gènes des loci
HLA et pathologies chroniques est important [14], mais seul un petit nombre
d'entre elles présente un risque relatif important (tableau
2). C'est pourquoi, l'intérêt diagnostique du typage
HLA est restreint.
Le génotypage HLA apporte un argument diagnostique dans la suspicion
de narcolepsie [3, 15]. Dans cette maladie, l'OR est de 23 environ (entre
300 et 400 pour les Chinois et Japonais). Ceci signifie en fait que la
presque totalité des patients DR2 présente la combinaison
haplotypique DRB1*1501-DQA1*0102 DQB1*0602
(98 à 100 % des patients suivant les ethnies) pour une fréquence
de 15 à 20 % dans la population témoin. Le génotypage
intervient ici en complément des obervations cliniques (cataplexie)
et électroencéphalographiques.
La maladie cliaque représente un autre cas où le
génotypage HLA apporte une information clinique [16, 17, 18]. Sur
des données statistiques, il apparaît que la maladie est
liée aux allèles DR3 (associés aux allèles
DQA1*0501-DQB1*0201) ou DR7 (DQA1*0201-DQB1*0201)
et que l'allèle DR5 initialement décrit n'est pas impliqué
[18]. En fait, d'autres gènes HLA (dont le gène DRB4) seraient
associés à l'apparition de la maladie. Le mode d'intervention
du système HLA dans cette pathologie est ici connu puisque, expérimentalement,
on a pu isoler des clones lymphocytaires restreints au sérotype
DR3-DQ2 reconnaissant le peptide gliadine. Ainsi, le génotypage
peut ici participer à la confirmation d'un diagnostic rendu douteux
par sa forme clinique atypique.
Le troisième domaine diagnostique est celui du diabète
insulino-dépendant (DID). On connaît depuis longtemps l'association
du DID avec les spécificités sérologiques DR3 et
DR4 [19, 20, 21]. De nombreuses études ont montré un excès
d'hétérozygotes pour la combinaison des sérotypes
DR3/DR4. Les techniques de biologie moléculaire ont permis en 1988
la mise en évidence d'un site polymorphe informatif situé
en 57 de la chaîne DQbeta [19]. Une particularité biochimique
commune aux allèles associés au DID est la présence
d'une alanine en position 57 de la chaîne DQbeta. À l'opposé
les allèles DQB1 codant pour un aspartate en position 57 de la
chaîne DQbeta sont protecteurs (DQB1*0602). Mais réduire
la susceptibilité du DID aux seuls gènes HLA DQ et DR serait
une erreur connaissant le caractère polygénique de cette
pathologie. Ainsi des études récentes impliquent 20 loci
différents. HLA-DQ-DR ainsi que la région promotrice de
gène de l'insuline (INS) expliqueraient à eux seuls 60 %
de la part génétique. Du fait du caractère polygénique
et multifactoriel du DID, les marqueurs HLA présentent un intérêt
de prédiction limité dans la population générale.
Par contre, le terme prédiction prend toute sa signification dans
les familles. Deux notions doivent être prises en compte : la nature
des allèles HLA DQ-DR porté par l'enfant atteint et le degré
d'identité HLA de la fratrie étudiée. Si, dans la
famille, le risque est en moyenne de 6 %, il varie de 1 % si aucun allèle
HLA n'est partagé avec l'enfant atteint à 20 % en cas d'identité
et de présence de la combinaison la plus à risque (DR3/DR4).
La non-identité HLA joue ici un rôle protecteur et permet
donc de rassurer les familles. Le dépistage familial du prédiabète
de type I existe en France depuis quelques années et associe l'analyse
de marqueurs génétiques, immunologiques et métaboliques.
Les allèles HLA marqueurs
d'évolutivité
Le génotypage HLA a un grand intérêt pour l'étude
des modes évolutifs de la maladie une fois déclarée.
Comme nous l'avons signalé précédemment, l'abord
de ce sujet est rendu délicat par les tests statistiques utilisés
et la plupart des variations cliniques induites par la présence
de tel ou tel allèle HLA ne sont que des tendances à la
limite de la signification mathématique. Ceci aboutit le plus souvent
à expliquer l'hétérogénéité
des pathologies chroniques. Cependant, ces résultats peuvent être
considérés comme une information dont il faudra tenir compte
dans l'attitude thérapeutique.
Âge de survenue, sexe et HLA
L'exemple des données observées dans la polyarthrite rhumatoïde
est le plus illustratif, avec l'identification de deux pathologies «
distinctes » suivant le sexe [22]. Dans l'hypothèse d'un épitope
commun (structure peptidique HLA commune retrouvée dans la maladie),
le sujet présentant deux épitopes identiques à risque
(homozygote) a plus de risque de faire la maladie qu'un sujet hétérozygote
(un épitope à risque, l'autre neutre ou protecteur). Cette
caractéristique est observée chez la femme mais non chez
l'homme. Ainsi, chez l'homme, le risque maximal est vu chez les sujets
hétérozygotes pour DR4 (DRw4/DRw14 soit DRB1*0401/DRB1*0404).
On peut mettre en parallèle cette observation avec les formes cliniques
qui montrent que les hommes présentent une maladie avec plus de
nodules sous-cutanés et une mauvaise réponse à la
thérapeutique alors que les femmes présenteraient des formes
plus précoces.
Dans la polyarthrite juvénile [23], une association avec l'allèle
DR8 a été décrite dans les cas les plus précoces,
les formes plus tardives étant associées au groupe d'allèles
DR4. Il semble de plus que cette forme précoce soit particulière
puisque pauci-articulaire.
Notre étude sur l'association entre les allèles HLA et
la maladie de Crohn [24 et résultats personnels] a montré
un rôle protecteur de l'allèle DR3 et un risque lié
aux allèles DR1 et DR7. Ces observations sont nettement plus marquées
chez l'homme (figure 3a).
De plus, alors que les variations des allèles DR1 et DR3 sont retrouvées
aussi bien chez l'adulte que chez l'enfant, l'allèle DR7 n'est
associé à la maladie qu'à l'âge adulte (figure
3b) et avec une augmentation particulière chez l'adulte
jeune. On pourrait ainsi estimer que la maladie associée à
l'allèle DR7 représente le tableau typique décrit
dans la littérature (adulte jeune).
En fait, les allèles HLA, ou tout au moins leur produit d'expression,
pourraient intervenir non pas en tant qu'élément protecteur
ou à risque mais en tant que bon ou mauvais outil pour lutter contre
une agression. Des études sur la pneumoconiose chez les mineurs
de charbon en Allemagne illustrent cette observation en montrant l'association
entre l'allèle DR8 et la survenue rapide de la maladie (moins de
15 ans) [25]. Par contre, les sujets présentant l'allèle
DR1 semblent protégés.
Gravité et formes cliniques particulières
Il peut être intéressant de pouvoir prédire l'évolutivité
de la maladie chronique afin d'adapter au mieux le traitement. Ici encore,
les résultats ne sont pas tous parfaitement clairs selon les pathologies
étudiées. Un des principaux arguments est l'aggravation
de la maladie lorsque le sujet est homozygote pour un allèle à
risque. Cette notion a été proposée pour la polyarthrite
rhumatoïde, les sujets à risque étant DR4/DR4. Cependant,
après une étude plus précise, il apparaît que
le risque le plus élevé existe pour des sujets hétérozygotes
au sein du groupe d'allèles DR4 (sujets DRB1*0401/DRB1*0404)
[26]. Les résultats initiaux tendant à montrer le faible
risque évolutif lié à DR1 (autre allèle à
risque pour la polyarthrite rhumatoïde) ne sont pas confirmés.
Toutes ces notions sont très difficiles à évaluer
car même avec une taille suffisante de chaque sous-population étudiée
[27] (en fonction de l'âge d'apparition, du sexe, etc.), l'implication
des allèles HLA reste d'interprétation limitée. Ainsi,
pour certains auteurs, le facteur de gravité d'une maladie serait
plus le fait de la présence ou de l'absence du facteur rhumatoïde
que d'allèles HLA à risque [28, 29].
Dans le cas de la maladie de Crohn, les résultats de notre laboratoire
montrent que les patients porteurs de l'allèle DR3 (évalué
comme protecteur pour la maladie) présentent une forme clinique
peu grave d'après certains critères thérapeutiques
(corticothérapie, interventions chirurgicales). Inversement, les
sujets à risque DR1 et DR7 ayant développé la maladie
présenteraient des formes plus sévères [24, résultats
personnels].
Les allèles HLA DR3 et DR4 sont retrouvés à risque
dans les hépatites auto-immunes mais les sujets DR3 déclarant
la maladie présentent une forme moins sévère, plus
tardive et avec peu de rechutes [20, 31].
La plupart de ces résultats sont des tendances qu'il faudra confirmer
par l'utilisation d'autres méthodes statistiques ou par l'étude
de populations plus importantes de malades.
De toutes ces maladies chroniques, les maladies de système révèlent
une particulière hétérogénéité
associée aux allèles HLA. Le fait que plusieurs équipes
retrouvent les mêmes tendances confortent ces associations. Dans
ces pathologies, les anticorps retrouvés chez les patients sont
souvent associés avec un allèle HLA spécifique. Ainsi,
dans la sclérodermie, la maladie n'est associée à
l'allèle DR1 que dans les formes présentant des anticorps
(Ac) anticentromères, les Ac antiribonucléoprotéines
sont retrouvés associés aux allèles DR5, les Ac anti-Ro
(Ssa) associés à DR3 [32, 33].
Toutes ces données sont à l'heure actuelle très
descriptives et toutes n'amèneront probablement pas à des
applications cliniques. Elles tendent surtout à illustrer un rôle
actif du patient dans la réaction à une agression qui le
plus souvent n'est pas connue. Dans une étude longitudinale, menée
sur plus de 10 ans, d'une cohorte de sujets présentant une connectivite
mixte, Gendi et al. [34] ont montré que l'évolution
vers une connectivite mieux définie (lupus, sclérodermie
ou polyarthrite rhumatoïde) dépend du génotype HLA.
Tous les patients ayant évolué vers une polyarthrite rhumatoïde
possédaient l'allèle DR4, ceux présentant une sclérodermie
étaient majoritairement DR5. L'allèle DR3 était surexprimé
chez les sujets ayant évolué vers un lupus bien que la liaison
ne soit pas statistiquement significative. Ainsi, les sujets atteints
de connectivite mixte ont montré une évolution vers des
connectivites plus spécifiques en accord avec les risques portés
par les allèles HLA. Cette description illustre bien l'hypothèse
de modulation des maladies chroniques par des facteurs génétiques,
et en particulier par le système HLA. La même observation
a été faite avec les pathologies chroniques du foie pour
lesquelles les formes de type I (hépatite auto-immune) sont associées
à DR3 ou DR4 alors que les formes de type II (cirrhose biliaire
primitive) le sont avec l'allèle DR8.
Une bonne connaissance de la modulation des maladies chroniques par
des facteurs génétiques représente une voie possible
pour une meilleure adaptation du traitement. Deux hypothèses peuvent
expliquer ces modulations :
- soit ces gènes interviennent directement sur la maladie : dans
ce cas, nous sommes en présence de maladies chroniques à
composante génétique comme le diabète insulino-dépendant
ou la maladie cliaque ; la part génétique est ici
facile à déterminer par le taux de concordance entre jumeaux
monozygotes pour la pathologie ;
- soit ces facteurs génétiques interviennent lors de la
réponse à une agression et modulent les caractéristiques
cliniques de la pathologie : dans ce cas, il est beaucoup plus difficile
de déterminer l'importance des facteurs génétiques.
Étant donné leur fonction, les gènes du système
HLA interviennent probablement dans les deux cas, par des mécanismes
complexes impliquant non seulement la notion d'allèles à
risque ou protecteurs mais également le taux d'expression de ces
molécules ainsi que leur expression aberrante au niveau de cellules
ne les exprimant pas normalement. On peut donc comprendre que les observations
rapportant des associations HLA-maladies soient difficiles à interpréter.
Malgré cela, il semble possible actuellement dans certaines pathologies
d'utiliser l'identification des allèles HLA en tant que marqueur
d'aide au diagnostic, à la prédiction d'évolution,
voire à l'indication thérapeutique.
Il n'y a certainement pas de mécanisme unique permettant d'expliquer
l'intervention du système HLA. Néanmoins, quelques observations
semblent intéressantes. Tout d'abord, certains allèles semblent
être associés à des pathologies présentant
des caractères communs d'organe ou de fonction. Ainsi, l'allèle
DR2 est associé à des pathologies neurologiques (sclérose
en plaque, narcolepsie, névrite optique). L'allèle DR7 semble
intervenir dans les pathologies liées à un contact avec
l'environnement direct (pathologies cutanées : psoriasis, dermatites
herpétiformes) ou indirect (pathologies digestives : maladie de
Crohn, maladie cliaque, pulmonaires comme certains asthmes). Les
associations aux allèles DR3 et DR7 sont particulièrement
intéressantes car elles se retrouvent le plus souvent mises en
parallèle. La plupart des pathologies associées à
DR3 le sont avec DR7, soit dans le même sens pour le risque (maladie
cliaque, pathologies thyroïdiennes par exemple), soit en opposition,
le cas le plus marquant étant la réponse à la corticothérapie
dans les syndromes néphrotiques. Enfin, il faut noter le rôle
particulier de l'allèle DR3 qui regroupe la majorité des
associations décrites (tableau
2). Sans pouvoir expliquer la raison de cette association fréquente,
que ce soit dans le risque ou dans la protection, cette observation est
à rapprocher de deux caractéristiques concernant cet allèle
: d'une part, c'est un allèle peu polymorphe et ne possédant
qu'un registre limité dans la présentation des peptides,
d'autre part, d'un point de vue phylogénétique, il s'agit
d'un allèle qui pourrait être ancestral [3].
CONCLUSION Les
associations entre allèles HLA et pathologies évoquées
dans cette revue ne sont que descriptives. Les « marqueurs » du
système HLA doivent être utilisés plus pour rendre compte
de l'expression variable d'une même maladie que comme marqueurs de
prédiction. Ils peuvent néanmoins être une aide pour
le clinicien dans sa démarche clinique et thérapeutique, dans
la mesure où le système HLA permet d'anticiper l'évolutivité
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