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Les hormones calciotropes, hormone parathyroïdienne, vitamine D
et calcitonine, ont un rôle essentiel dans le maintien de l'homéostasie
du calcium. Cette revue a pour objectif, plutôt que de détailler
le mécanisme d'action de chaque hormone, de rapporter certaines
données récentes et surtout de faire le point sur les indications
cliniques de l'exploration de ces hormones dans le contexte de la pratique
rhumatologique.
Rappel physiopathologique et données récentes
Hormone parathyroïdienne et peptides apparentés
L'hormone parathyroïdienne (PTH), hormone hypercalcémiante,
est sécrétée sous forme de pré-pro-hormone
par les glandes parathyroïdiennes et ensuite libérée
dans le système extracellulaire sous forme de PTH intacte 1-84
dont la partie active est la portion 1-34 de la molécule. Sa synthèse
est régulée par les concentrations de calcium ionisé
extracellulaire avec intervention d'un récepteur sensible au calcium
(calcium-sensing receptor), dont le rôle dans la régulation
de cette synthèse a été récemment démontré
[1]. Ainsi, en réponse à une hypocalcémie, la première
manifestation est une augmentation de la sécrétion de PTH
en quelques secondes, cette augmentation étant due à la
libération des molécules d'hormones stockées dans
des granules. Ensuite, du fait de la diminution de la dégradation
intraglandulaire, une libération supplémentaire est observée
en quelques minutes. Puis, en quelques heures, c'est l'augmentation de
la synthèse de pré-pro-hormone qui va permettre une sécrétion
plus importante. Si l'hypocalcémie se prolonge, une augmentation
de la prolifération des cellules parathyroïdiennes est observée.
Il existe un rétrocontrôle de la synthèse de la pré-pro-PTH
par la 1-25(OH)2D (vitamine D active) qui réduit la
synthèse et la réplication des cellules parathyroïdiennes.
La PTH agit sur les cellules rénales et osseuses par interaction
avec un récepteur situé à la surface des cellules.
Ce récepteur est synthétisé par de nombreux tissus
et appartient à la famille des récepteurs couplés
aux protéines G. Il a été mis en évidence,
pour ce récepteur, des anomalies sélectives à certains
tissus, comme par exemple dans la pseudo-hypoparathyroïdie de type
Ib (PTH élevée avec lésions osseuses). L'anomalie
serait due, dans ce cas, à un défaut de synthèse
du récepteur au niveau du rein avec une synthèse normale
au niveau de l'os [2]. Ce récepteur est commun à la PTH
et à la protéine dite PTH-related-peptide (PTHrp),
responsable des hypercalcémies tumorales humorales. Le PTHrp a
les mêmes cellules cibles que la PTH (rein et os). Il agit également
de manière auto- et paracrine sur les cellules de la peau, du sein,
de l'utérus et du cartilage. Ceci fait du PTHrp, non seulement
un agent responsable d'hypercalcémie du fait d'une homologie avec
la PTH (8 sur 13 des premiers amino-acides), mais aussi un agent impliqué
dans le développement du squelette [3]. Une mutation du récepteur
de la PTH et du PTHrp a été récemment mise en évidence
dans la chondrodysplasie hypophysaire de Jansen [4], expliquant l'importance
de l'hypercalcémie et de l'anomalie des chondrocytes dans cette
maladie.
Vitamine D
La vitamine D est en partie apportée par l'alimentation (vitamines
D2 et D3) et en partie synthétisée
par la peau (vitamine D3) à partir du 7-déhydrocholestérol.
La transformation en 25-OH-D se fait ensuite dans le foie, puis une nouvelle
hydroxylation, contrôlée par la PTH, aboutit à la
synthèse de 1-25(OH)2D dans le rein. Le rôle de
la vitamine D est de maintenir l'homéostasie du calcium et du phosphore.
Elle augmente l'absorption intestinale de calcium et de phosphore et maintient
une minéralisation optimale de l'os par son action sur le couple
calcium-phosphore et par ses effets positifs sur la différenciation
et l'activité des ostéoblastes. Elle exerce un rétrocontrôle
sur la synthèse de PTH. Enfin, elle exerce un effet direct sur
le transport de calcium à travers la membrane de la cellule musculaire,
et indirect grâce au maintien d'une calcémie suffisante pour
le fonctionnement optimal des cellules musculaires. Les carences vitaminiques
D profondes peuvent en effet s'accompagner d'une myopathie qui a probablement
un rôle non négligeable dans les chutes et les fractures
du sujet âgé.
Calcitonine
La calcitonine, sécrétée par les cellules C de
la thyroïde, est une hormone hypocalcémiante et hypophosphatémiante.
À dose pharmacologique, elle entraîne une diminution de la
résorption osseuse. Le rôle de la calcitonine endogène
reste discuté car son excès (cancer médullaire de
la thyroïde) ou, au contraire, son déficit (post-thyroïdectomie)
ne sont pas responsables d'importants troubles du métabolisme osseux.
De plus, on ne note pas toujours de diminution des taux, ni avec l'âge
ni avec la post-ménopause. La mesure de la concentration circulante
de calcitonine n'est donc utile que pour le diagnostic et la surveillance
du cancer médullaire de la thyroïde.
Régulation du remodelage osseux
Le maintien de l'homéostasie du calcium est tellement vital qu'il
peut se faire au détriment du squelette, principal réservoir
d'ions calcium et phosphate. L'os est en effet un organe-cible des deux
hormones principales réglant la calcémie : la PTH et la
1-25(OH)2D. Il existe un renouvellement permanent du squelette
normal grâce à des unités de remodelage osseux pour
maintenir une architecture satisfaisante. Les unités de remodelage
fonctionnent grâce aux ostéoclastes qui assurent la résorption
couplée à une formation osseuse assurée par les ostéoblastes.
La régulation de ce remodelage osseux normal est en partie sous
la dépendance des hormones qui agissent sur la prolifération
et la différenciation des cellules osseuses et des facteurs locaux,
produits essentiellement par les ostéoblastes qui modulent la résorption
et la formation [5].
L'hormone parathyroïdienne peut être catabolisante pour l'os
lorsque son administration est excessive de manière chronique ou
anabolisante à faibles doses et de manière intermittente
[6]. Seuls les ostéoblastes et les cellules précurseurs
bordant la surface osseuse ont des récepteurs à la PTH.
Les effets de la PTH induisent une rétraction cellulaire permettant
aux ostéoclastes d'accéder à la surface osseuse et,
de plus, stimulent la production de procollagénase par les ostéoblastes.
Ce phénomène permet une dégradation de la couche
superficielle, étape préliminaire à l'adhésion
des ostéoclastes. Le mode d'action par lequel la PTH augmente la
résorption n'est pas connu précisément : il s'agit
soit d'une sécrétion de facteurs locaux par des ostéoblastes,
soit d'une action sur la différenciation des ostéoclastes.
À petites doses, la PTH augmente la prolifération des cellules
ostéoblastiques.
La 1-25(OH)2D stimule la résorption osseuse par effet
sur la différenciation des précurseurs ostéoclastiques.
L'augmentation de la formation osseuse est secondaire à l'augmentation
de la résorption. L'action sur la prolifération et la différenciation
des cellules ostéoblastiques varie en fonction du stade de différenciation
cellulaire, de la dose et de la durée d'administration de 1-25(OH)2D.
La calcitonine diminue la résorption osseuse par un effet direct,
les ostéoclastes possédant en effet de nombreux récepteurs
à la calcitonine. Les ostéoclastes deviennent immobiles
après s'être rétractés. Il s'agit d'un effet
transitoire qui échappe à une administration continue. Des
facteurs locaux augmentent la résorption osseuse et contrôlent
la formation osseuse. L'hormone parathyroïdienne, la 1-25(OH)2D
et la calcitonine vont, comme les stéroïdes sexuels, moduler
la synthèse de ces facteurs locaux. L'hormone parathyroïdienne
stimule ainsi la production, par les cellules ostéoblastiques,
de facteurs impliqués dans la différenciation ostéoclastique
en l'augmentant (IL6, M-CSF) ou en l'inhibant (TGFbeta). La PTH stimule
également la production d'IGF1, expliquant l'effet prolifératif
de la PTH. À l'inverse, les facteurs locaux modulent la réponse
des cellules aux hormones calciotropes. Ainsi, le TGFbeta augmente la
réponse des ostéoblastes à la PTH.
Du fait de l'intrication de tous ces facteurs, on comprend que le dosage
des hormones systémiques ne puisse être qu'un reflet tout
à fait indirect de ce qui se passe au niveau du site osseux lui-même.
Quel est l'intérêt de doser les hormones calciotropes en
pratique rhumatologique ? Il existe deux circonstances de prescription,
devant une anomalie des paramètres phosphocalciques de base et
devant une ostéopénie compliquée ou non de fracture.
Devant une anomalie des paramètres
phosphocalciques
Lorsqu'il existe une anomalie du calcium ou du phosphore, on recherchera
soit une maladie métabolique osseuse, soit une adaptation métabolique
impliquant une prise en charge thérapeutique. Les dosages sont
prescrits devant des situations cliniques variées rencontrées
en pratique rhumatologique : arthrites avec chondrocalcinose, fractures,
métastases osseuses...
Hypercalcémie
En cas d'hypercalcémie, c'est le dosage de PTH intacte qui va
orienter le diagnostic (figure
1). En effet, si la PTH intacte est augmentée, on retiendra
le diagnostic d'hyperparathyroïdie primitive et, si la PTH est basse,
ce sont toutes les autres causes d'hypercalcémie qui seront envisagées.
L'intérêt du dosage de PTH intacte 1-84 tient à
une meilleure discrimination des différentes causes d'hypercalcémie.
Ceci peut tout à fait s'expliquer du fait des différentes
étapes de la synthèse de l'hormone parathyroïdienne.
En effet, en présence d'une hypercalcémie d'origine autre
que parathyroïdienne, il y aura contrôle de la synthèse
de PTH avec augmentation de la dégradation de la PTH 1-84 stockée
à l'intérieur de granules dans la cellule parathyroïdienne
et libération de fragments. Ces fragments sont reconnus par des
techniques anciennes de dosages, en particulier par les dosages de MID-région,
expliquant de faux diagnostics d'hyperparathyroïdie. Il existe une
hypercalcémie particulière dans certaines tumeurs du fait
de la sécrétion de PTHrp, substance qui stimule l'action
de la PTH sur le rein et l'os, avec hypercalcémie et hypophosphorémie.
Le diagnostic différentiel avec une hyperparathyroïdie primitive
devant ce tableau sera aisé car le taux de PTH 1-84 sera effondré,
la PTHrp n'étant pas reconnue par le dosage de PTH 1-84 [7].
L'interprétation d'un dosage de PTH 1-84 ne peut se faire sans
dosage simultané de la calcémie. Le couple calcium-PTH 1-84
est donc fondamental pour une interprétation rigoureuse d'anomalies
des paramètres phosphocalciques de base qui peuvent n'être
que modérément perturbés. Il existe en effet des
hyperparathyroïdies authentifiées et opérées
qui se présentent avec une hypercalcémie modérée
(voire uniquement une augmentation du calcium ionisé), associée
à un taux de PTH à la limite supérieure de la normale.
Le fait que l'hypercalcémie ne s'accompagne pas d'une freination
de la PTH 1-84 témoigne qu'il s'agit d'une synthèse inappropriée
de PTH 1-84, et donc d'un dysfonctionnement parathyroïdien.
La calciurie est le reflet de la charge calcique qui se présente
au glomérule rénal d'une part, et de la réabsorption
tubulaire du calcium d'autre part. L'hyperparathyroïdie s'accompagne
d'une hypercalciurie moins importante que ne le laisse supposer l'hypercalcémie.
Ceci est dû principalement à l'augmentation de la réabsorption
tubulaire du calcium par la PTH. La constatation d'une hypocalciurie associée
à une hypercalcémie fera discuter le diagnostic d'hypercalcémie
hypocalciurie familiale ou syndrome de Marx. La plupart des cas sont dus
à des mutations inactivantes sur le gène du calcium-sensing
receptor [1]. La détection de la mutation peut être utile
au diagnostic quand il s'agit de cas sporadiques ou lorsque le rapport
clairance du calcium/clairance de la créatinine (ClCa/ClCr
= [Cau x V/Cas]/[Cru x V/Crs]
= [Cau x Crs]/[Cru x Cas],
où Ca est le calcium total, Cr la créatinine, Cl la clairance,
u : urinaire, V le volume, s le sérum) n'est pas effondré,
c'est-à-dire supérieur à 0,01. En effet, la parathyroïdectomie,
inefficace, est à déconseiller en cas de syndrome de Marx.
Les autres situations d'hyperparathyroïdie familiale bénéficieront
d'une parathyroïdectomie [8]. Le diagnostic génétique
pourra cependant être utile pour mettre une mutation du RET proto-oncogène
permettant de faire un diagnostic présymptomatique de polyendocrinopathie
néoplasique de type II (MEN II A) pour décider d'une chirurgie
avant l'apparition des complications (carcinome métastatique médullaire
de la thyroïde).
Hypocalcémie
Après avoir éliminé les fausses causes d'hypocalcémie
par le calcul de la calcémie corrigée (calcémie +
(1 - Alb/40), avec calcémie en mmol/l et Alb en g/l) ou, mieux
encore, par la mesure de la calcémie ionisée, le diagnostic
causal d'une hypocalcémie sera également facilement établi
par le dosage de PTH 1-84. On peut classer alors les hypocalcémies
en fonction de leur association avec une augmentation ou une diminution
de la phosphorémie (figure
2).
* Hypocalcémie avec hyperphosphorémie
Dans l'insuffisance rénale, c'est encore la PTH 1-84 qui pourra
être utile pour apprécier le retentissement osseux de l'insuffisance
rénale. Un taux élevé reflétera l'hyperplasie
parathyroïdienne. Un taux bas évoquera l'ostéopathie
adynamique qui s'accompagne d'une tendance à l'hypercalcémie
et non d'une hypocalcémie. En l'absence d'insuffisance rénale,
une PTH 1-84 basse permettra de conclure à une hypoparathyroïdie
acquise (post-chirurgicale) ou héréditaire. L'élévation
de la PTH fera porter le diagnostic de pseudo-hypoparathyroïdie ou
de résistance à la PTH [2]. La résistance peut être
d'une part associée à d'autres résistances hormonales
du fait d'anomalies soit de la voie de l'adénylcyclase (protéine
Gsa (type Ia), unité catalytique de l'adénylcyclase, phospho-diestérases),
soit de la voie de la phospholipase C ou du fait d'un défaut d'un
effecteur non spécifique de la PTH (type II). D'autre part, la
résistance à la PTH peut être isolée du fait
de l'existence d'une PTH anormale ou d'un inhibiteur de la PTH, ou du
fait d'un défaut du récepteur à la PTH (type Ib)
ou d'un défaut d'un effecteur (type II) spécifique de la
PTH.
Devant une forme non typique d'hypoparathyroïdie qui se présente
avec une hypocalcémie non associée à une PTH indétectable
ou vraiment basse et sans réduction de l'excrétion urinaire
du calcium, le diagnostic d'hypocalcémie hypercalciurie familiale
peut être facilité par la découverte d'une mutation
du calcium-sensing receptor. Cette mise en évidence peut
être importante car de tels patients ont en effet développé
des néphrocalcinoses sous traitement vitaminique D. L'absence de
traitement, quand ils sont asymptomatiques, est donc préférable
[9].
Devant une hypoparathyroïdie, la constatation d'une ostéopénie
doit être interprétée indépendamment de l'anomalie
métabolique. En effet, le turnover post-ménopausique est
atténué en présence d'une hypoparathyroïdie,
ce qui aboutit à une perte osseuse moins importante [10].
* Hypocalcémie avec hypophosphorémie
: anomalies de la vitamine D et de ses métabolites
Lorsqu'il existe une hypocalcémie associée à une
hypophosphorémie ou une phosphorémie normale, l'augmentation
de la PTH 1-84, le plus souvent en rapport avec une carence vitaminique
D, permet de conclure à une hyperparathyroïdie réactionnelle
à l'hypocalcémie. Le taux de 25-OH-D (forme circulante prépondérante
de vitamine D qui est le meilleur reflet des réserves vitaminiques
D) permettra de confirmer cette hypothèse. Il est à noter
qu'il existe une variation saisonnière des stocks vitaminiques
D ; par ailleurs, il faudra être prudent quant à l'établissement
de valeurs normales de 25-OH-D.
Si pour une ostéomalacie patente on trouve des taux constamment
effondrés (< 5 ng/ml dans notre expérience), pour des
taux inférieurs à 12 ng/ml (30 nmol/l), on note des variations
métaboliques avec des taux plus élevés de PTH, mais
restant dans la norme, et réversibles après traitement vitaminique
D [11]. On peut donc définir un statut de carence vitaminique D
(< 5 ng/ml) et d'insuffisance vitaminique D (< 12 ng/ml). À
l'inverse, en présence d'une intoxication vitaminique D symptomatique,
les taux sont supérieurs à 100 ng/ml et, entre 50 et 100
ng/ml, il peut exister une freination parathyroïdienne. On retiendra
donc comme zone de sécurité des taux entre 12 et 50 ng/ml.
Le dosage de 25-OH-D [12] doit nécessiter une étape d'extraction
pour éliminer les lipides, suivie d'une purification par chromatographie.
Les dosages peuvent être ensuite effectués selon différentes
modalités : HPLC, puis mesure d'absorbance UV (si on veut différencier
D2 et D3), radio-immunologie, radio-compétition. Du fait de ces
différentes étapes, les coefficients de variation sont relativement
élevés (de l'ordre de 10 à 15 % en intersérie
pour un même laboratoire, de 20 à 50 % lorsque les dosages
sont faits dans des laboratoires différents avec des techniques
différentes).
Le dosage de 1-25 (OH)2D, bien qu'il s'agisse du métabolite
actif de la vitamine D, n'est pas couramment pratiqué. D'une part,
ce dosage nécessite une technique de séparation encore plus
difficile que celle utilisée pour la 25-OH-D, avec impérativement
une extraction complète. D'autre part, les résultats, reflétant
l'activité de la 1-alpha-hydroxylase montrent l'existence d'une
grande variabilité en fonction de la charge phosphocalcique. Cela
nécessite donc une interprétation de la concentration en
1-25(OH)2D en fonction de la calcémie, de la phosphorémie
et de la PTH. En effet, des variations minimes des apports calciques et
phosphorés font varier la 1-25(OH)2D de manière
importante. On constate ainsi, dans la population normale, une grande
hétérogénéité des taux de 1-25(OH)2D.
En présence d'une hypercalcémie, le taux de 1-25(OH)2D
est bas, que ce soit dans le cas de métastases ou, paradoxalement,
d'une hypercalcémie tumorale par sécrétion de PTHrp,
les hyperparathyroïdies primitives étant au contraire responsables
de taux élevés de 1-25(OH)2D. Dans les situations
de carences vitaminiques D, où on pourrait s'attendre à
des taux bas de 1-25(OH)2D, on constate que le dosage de 1-25(OH)2D
n'est pas contributif au diagnostic. En effet, la tendance hypocalcémique
entraînant une réponse parathyroïdienne, on constate
des taux élevés de 1-25(OH)2D. Ce n'est qu'en
l'absence totale de substrat (25-OH-D) que le taux de 1-25(OH)2D
est effondré. Ce dosage est donc rarement utile devant une suspicion
de carence vitaminique D.
Le dosage de 1-25(OH)2D est cependant utile en présence
d'une hypophosphorémie. Les rares cas d'hypophosphorémie
chronique s'accompagnant d'un taux bas ou normal de 1-25(OH)2D,
inapproprié à l'hypophosphorémie, témoignent
d'un défaut de synthèse de 1-25(OH)2D, et sont
responsables de troubles de la minéralisation. La cause de l'hypophosphorémie
peut être une fuite tubulaire de phosphore, comme dans les ostéomalacies
tumorales humorales hypophosphatémiques associées à
des tumeurs mésenchymateuses. Ce dosage pourra être également
utile devant un rachitisme résistant à des doses physiologiques
de vitamine D. Le taux de 1-25(OH)2D bas confirme un défaut
de synthèse constaté dans le rachitisme vitamino-résistant
de type I et, un taux élevé, une résistance à
la 1-25(OH)2D, rachitisme vitamino-résistant de type
II. Une augmentation du taux de 1-25(OH)2D peut être
mise en évidence dans les granulomatoses comme la sarcoïdose
et les lymphomes. En dehors de ces situations exceptionnelles, le dosage
de 1-25(OH)2D n'a donc pas d'intérêt en pratique
clinique courante.
Dans ces circonstances d'anomalie des paramètres phosphocalciques
de base, la perte osseuse peut s'expliquer non seulement par des excès
d'hormone augmentant la résorption mais aussi, en l'absence de
maladie, par une nécessité absolue du maintien de l'homéostasie
calcique. Ainsi, si les apports de calcium sont insuffisants, avant l'apparition
d'une augmentation de la PTH, on constatera d'abord une adaptation de
l'organisme par une augmentation de la 1-25 OH2D qui va augmenter
l'absorption digestive du calcium. Si cette tendance persiste, on aura
alors une augmentation de la PTH qui va entraîner une hyperrésorption
osseuse. Si, malgré tout, la réponse parathyroïdienne
ne maintient pas la calcémie à un taux normal, une minéralisation
correcte de l'os ne sera pas possible du fait des taux bas de calcium
dans le milieu extracellulaire.
Devant une ostéopénie
L'autre circonstance de prescription des hormones calciotropes peut
être une ostéoporose compliquée ou non de fractures.
Un rapport récent de l'OMS a établi une nouvelle définition
de l'ostéoporose basée sur une diminution de la quantité
d'os (appréciée au mieux par l'absorptiométrie aux
rayons X) sans attendre la survenue d'une fracture. L'ostéoporose
est définie comme une réduction de masse osseuse supérieure
à 2,5 écarts-types en dessous de la valeur maximale observée
chez l'adulte jeune, c'est-à-dire un t-score inférieur ou
égal à - 2,5. Pour un t-score compris entre - 1 et - 2,5,
on parle de masse osseuse abaissée ou ostéopénie.
Lorsque la diminution de la masse osseuse s'accompagne de fracture, on
parle alors d'ostéoporose sévère ou compliquée.
La découverte d'une ostéoporose implique des explorations
biologiques minimales [13] avant de retenir le diagnostic d'ostéoporose
primitive (figure 3).
Des anomalies associées des paramètres phosphocalciques
de base impliqueront les recherches détaillées au paragraphe
précédent.
L'intérêt du dosage des hormones calciotropes à
l'échelon individuel dans l'ostéoporose peut également
venir de situations où l'ostéoporose, qu'elle soit densitométrique
(t-score < - 2,5) ou compliquée de fractures, est discordante
par rapport aux facteurs de risque : par exemple, ménopause substituée
correctement ou ménopause récente. On peut être amené,
malgré des taux normaux des paramètres phosphocalciques
de base, à doser la parathormone.
Dans une étude personnelle de 70 patients qui répondaient
à ces critères, parmi 319 patients ayant bénéficié
d'une exploration du métabolisme phosphocalcique de janvier à
mai 1996, seuls 15,7 % n'avaient aucune anomalie biologique. Les anomalies
le plus souvent retrouvées, et qui débouchent sur une conduite
thérapeutique, sont les insuffisances vitaminiques D (31 %), les
hyperparathyroïdies primitives asymptomatiques (9 %, l'ostéoporose
constituant une indication chirurgicale), les hypercalciuries accompagnant
une intoxication vitaminique D (4 %).
Est-il utile de faire de manière plus systématique des
dosages des hormones calciotropes dans des populations non ciblées
? Il est difficile de répondre à cette question. On a pu
remarquer, dans différentes études, une grande hétérogénéité
des taux de PTH. Ceci peut s'expliquer par les différentes situations
physiopathologiques impliquant la parathormone dans le métabolisme
osseux aux différents âges de la vie [14]. Tout d'abord,
la diminution de la vitamine D entraîne une hyperparathyroïdie
réactionnelle, avec une perte osseuse survenant chez les sujets
âgés (classique ostéoporose de type II). Certains
auteurs suggèrent l'existence d'une diminution de la sensibilité
du squelette à la PTH avec des taux normaux, voire élevés.
Les arguments en faveur de cette hypothèse physiopathologique sont
relativement faibles comme le montre l'absence de réponse des marqueurs
osseux à une perfusion de PTH 1-34 dans une population ostéoporotique
par rapport à une population non ostéoporotique [15]. Une
autre hypothèse est la suppression de la fonction parathyroïdienne
du fait de la résorption excessive, entraînant une diminution
de la PTH. Ceci est constaté en cas de carence strogénique
(ostéoporose de type I), avec augmentation de la résorption
donc augmentation de la calcémie et diminution de la PTH. Une dernière
hypothèse est l'altération de la réponse parathyroïdienne
à certains stimuli, aboutissant à un taux de PTH normal
ou diminué. Ceci a été mis en évidence par
Silverberg [16] chez des patients traités par du phosphore (le
phosphore entraînant une diminution de la calcémie et de
la 1-25(OH)2D). Chez des sujets âgés normaux,
on constate une augmentation importante des taux de PTH, alors qu'elle
est beaucoup moins nette chez l'ostéoporotique. Parallèlement,
chez les sujets âgés normaux, on constate un taux de 1-25(OH)2D
inchangé, reflet des effets contraires de la PTH augmentant la
1-25(OH)2D par la PTH et de celle du stimulus phosphore diminuant
la 1-25(OH)2D. Chez l'ostéoporotique, le constat d'une
diminution de 1-25(OH)2D tend à prouver que le stimulus
phosphore prévaut et témoigne aussi d'une altération
de la réponse parathyroïdienne.
Il existe en pratique une intrication entre la carence strogénique,
qui peut être responsable chez certaines femmes d'une perte osseuse
importante et prolongée, et la perte osseuse liée à
l'âge favorisée par la carence vitaminique D qui peut même
être présente chez les femmes encore proches de la ménopause.
Ceci permet d'expliquer la grande hétérogénéité
des taux de PTH et la difficulté de statuer sur l'utilité
de ces dosages en pratique clinique. Une étude épidémiologique
lyonnaise [17] a permis ainsi de constater des taux de PTH significativement
différents, en l'occurrence plus élevés chez les
femmes ménopausées depuis plus de vingt ans que chez des
femmes en préménopause. On note, dans ce groupe, une corrélation
négative entre les taux de PTH et de 25-OH-D, et une corrélation
positive entre les taux de PTH et les marqueurs du remodelage. Ainsi,
le taux de PTH aurait surtout une influence sur les marqueurs osseux du
fait de la carence vitaminique D à distance de la ménopause,
mais la PTH n'expliquerait que 10 % de la variance de ces marqueurs osseux,
ce qui semble minime pour expliquer la perte osseuse.
En ce qui concerne l'utilité des dosages de vitamine D, le dosage
de la 1-25(OH)2D semble de peu d'intérêt en post-ménopause.
La carence en strogènes est la cause de la perte osseuse
post-ménopausique. En l'absence d'strogènes, l'absorption
digestive du calcium diminue du fait, probablement, d'une résistance
digestive à la 1-25(OH)2D. En cas d'insuffisance vitamino-calcique,
pour compenser ce défaut d'absorption digestive de calcium, l'augmentation
du taux de 1-25(OH)2D serait responsable d'une surconsommation
du substrat vitaminique D, aggravant ainsi la réponse parathyroïdienne
[11]. Y a-t-il donc un intérêt à doser le stock vitaminique
D en post-ménopause ? En dehors de grands déficits vitaminiques
D exposant à l'ostéomalacie, on sait qu'on peut avoir des
déficits modérés qui exposent à l'hyperparathyroïdie
réactionnelle.
L'importance du retentissement spécifique sur l'os de ce déficit
reste difficile à cerner. Mais certains auteurs [11, 18] ont mis
en évidence, dans une population carencée en vitamine D,
une corrélation entre la masse osseuse et le taux de PTH ou celui
de 25-OH-D suggérant l'intérêt d'identifier ce facteur
de risque. Pour Lips, le taux d'insuffisance en vitamine D (< 30 nmol/l
ou 12 ng/ml) retenu, car responsable de modifications métaboliques,
est d'ailleurs le seuil en dessous duquel il constate une corrélation
positive entre la masse osseuse du col fémoral et le taux de 25-OH-D.
Cette constatation est à rapprocher de l'effet bénéfique
du traitement par calcium et vitamine D sur la prévention de la
fracture du fémur [19]. La correction du déficit vitaminique
D pourrait agir non seulement sur la perte osseuse mais aussi sur la myopathie,
réduisant les chutes chez les patients âgés. On sait
en effet que, chez le sujet âgé [20], les facteurs de risques
liés aux chutes sont aussi importants que les mesures de perte
osseuse pour la prédiction du risque de fracture du col fémoral
[21]. La fréquence du déficit vitaminique D en France [22]
suggère de le rechercher pour le corriger. Reste alors la difficulté
du dosage de 25-OH-D dont le pouvoir de discrimination des carences dépendra
de la qualité de la technique d'extraction. Faut-il traiter par
vitamine D à doses physiologiques tous les sujets ou faire des
dosages d'interprétation aléatoires ? Le problème
reste posé.
Enfin, certaines thérapeutiques, en particulier antirésorptives
comme les bisphosphonates, sont responsables d'une diminution de la calcémie
avec réponse parathyroïdienne [23], reflet du mécanisme
d'action et donc de l'efficacité du traitement. L'existence d'une
hypocalcémie contre-indique ces thérapeutiques mais on ne
connaît pas l'effet des bisphosphonates sur un déficit vitaminique
D asymptomatique. Il est donc, là encore logique, de corriger les
carences vitamino-calciques pour ne pas s'exposer à une inefficacité
des thérapeutiques.
CONCLUSION En
résumé, si le dosage des hormones calciotropes est fondamental
dans l'évaluation des anomalies des paramètres phosphocalciques
de base, les dosages de PTH et de 25-OH-D ont aussi leur place dans l'exploration
de l'ostéoporose post-ménopausique et du sujet âgé.
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