Accueil > Revues > Biologie et recherche > Annales de Biologie Clinique > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Biologie et recherche
Annales de Biologie Clinique
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable

Immunofixation des protéines sériques dans les hémopathies malignes autres que le myélome multiple et la maladie de Waldenström


Annales de Biologie Clinique. Volume 60, Numéro 5, 565-70, Septembre - Octobre 2002, Articles originaux


Résumé   Summary  

Auteur(s) : L. Ramont, P.T. Ngoc, B. Pignon, F.-X. Maquart, Laboratoire central de biochimie, Hôpital Robert-Debré, Centre hospitalier universitaire, avenue du Général-Koenig, 51092 Reims cedex.

Résumé : L’intérêt de l’immunofixation des protéines dans le myélome et la maladie de Waldenström est largement connu. Il est moins bien défini dans le cas des autres hémopathies malignes. Dans le cadre de ce travail, nous avons voulu préciser la fréquence et la nature des anomalies de l’immunofixation dans les hémopathies malignes autres que myélomes et maladies de Waldenström. Pour cela, nous avons sélectionné, dans une population générale, les dossiers d’immunofixation de 61 patients porteurs d’hémopathies malignes et nous les avons comparés à une seconde population de 53 patients sans hémopathie mais atteints d’autres affections susceptibles de donner des anomalies de l’immunofixation. Nos résultats confirment la fréquence des anomalies à l’immunofixation chez les patients atteints d’hémopathies (70,5 % des cas contre 35,8 %) avec une prédominance des aspects monoclonaux dans la population de lymphomes (35,3 % des cas) et des aspects oligoclonaux dans les autres hémopathies (48,2 % des cas). Nous n’avons pas observé de différence significative concernant le type des immunoglobulines monoclonales dans les différentes populations étudiées. Au total, cette étude rétrospective démontre la fréquence élevée des anomalies de l’immunofixation dans les hémopathies malignes autres que le myélome et la maladie de Waldenström et met en évidence des caractéristiques différentes entre les lymphomes et les autres hémopathies.

Mots-clés : Immunofixation - Hémopathie - Immunoglobuline - Gammapathie monoclonale - Dysglobulinémie.

Illustrations

ARTICLE

L’immunofixation des protéines est une technique immunochimique connue depuis 1969 [1]. C’est une technique qualitative appliquée à la révélation et l’identification des immunoglobulines monoclonales dans le sérum, les urines et éventuellement le liquide céphalorachidien. Cette technique, en raison de sa simplicité et sa sensibilité, est actuellement de plus en plus utilisée dans les laboratoires d’analyses. La découverte d’une immunoglobulinemonoclonale n’est pas synonyme de malignité certaine. Il existe des productions d’immunoglobulines monoclonales en dehors de toute maladie maligne avérée (infections virales, bactériennes ou parasitaires, pathologies inflammatoires...). C’est la conjugaison de plusieurs critères, cliniques, radiologiques, hématologiques, biochimiques et immunochimiques qui permet d’affirmer le caractère malin [2]. Une immunoglobuline monoclonale est une immunoglobuline produite en quantité anormale par un clone unique de lymphocytes B. L’immunoglobuline monoclonale est constituée soit d’une seule classe de chaîne légère et de chaîne lourde (immunoglobuline entière), soit de chaînes légères isolées d’un seul type ou plus rarement de chaînes lourdes (en général fragmentaires) d’un seul type. Les modalités du diagnostic biologique ont été précisées dans une excellente revue de Lapalus et Chevailler [3]. Elles reposent sur la réalisation d’une analyse conjointe du sérum et des urines par au moins une électrophorèse (recherche et affirmation d’une homogénéité de charge), une immunofixation ou immunoélectrophorèse (identification de son isotypie), auxquelles on adjoindra le dosage pondéral des immunoglobulines pour estimer l’hypogammaglobulinémie résiduelle. L’intérêt de l’immunofixation des protéines sériques dans le myélome et la maladie de Waldenström est largement connu. Il est moins bien défini dans le cas des autres hémopathies malignes. Dans le cadre de ce travail, nous avons voulu comparer la nature des anomalies de l’immunofixation dans deux populations susceptibles de présenter de telles anomalies, en dehors des cas classiques que constituent le myélome et la maladie de Waldenström. Pour cela, nous avons sélectionné, dans une population générale de patients ayant bénéficié d’une immunofixation, les dossiers de ceux qui étaient atteints d’hémopathies malignes : lymphomes, leucémies lymphoïdes chroniques (LLC), leucémies myéloïdes chroniques (LMC), leucémies à tricholeucocytes (LT) et nous les avons comparés à une population de patients sans hémopathie mais atteints d’autres affections susceptibles de donner des anomalies de l’immunofixation.

Matériel et méthodes

Patients

À partir de 1 630 dossiers d’immunofixations des protéines sériques de patients du CHU de Reims, réalisées de janvier 1998 à avril 2001 dans le Laboratoire central de biochimie (étude rétrospective), nous avons sélectionné 114 malades (seuls les patients ayant un diagnostic de certitude ont été retenus), répartis en deux populations en fonction de leur pathologie. Il s’agissait de premiers diagnostics dans la quasi-totalité des cas. Les immunofixations ont été demandées devant un contexte clinico-biologique. La première population était composée de 61 patients (28 femmes et 33 hommes) atteints d’hémopathies malignes (maladie de Hodgkin, lymphomes malins non hodgkiniens, autres lymphomes, LLC, LMC et LT) et une deuxième population de 53 patients (26 femmes et 27 hommes) atteints de pathologies non hématologiques, mais susceptibles d’entraîner l’apparition d’une dysglobulinémie (cancers non hématopoïétiques, maladies auto-immunes, infections chroniques, cirrhoses hépatiques, immunodépressions). La répartition des deux populations est présentée dans le tableau 1.

Les âges des patients composant les deux populations n’étaient pas significativement différents (63 ans ± 15,7 contre 61 ans ± 18,2). Dans tous les cas, les pathologies dont les patients étaient atteints étaient authentifiées par des données cliniques, biologiques et anatomopathologiques.

Prélèvements

Le prélèvement a été effectué sur tube sec (BD Vacutainer systems®, Belliver Industrial Estate, Plymouth, UK). Il a été acheminé au laboratoire dans un délai maximum de deux heures. Après une centrifugation de 10 minutes à 1 300 g, l’analyse a été faite sur sérum frais ou conservé moins de deux jours à + 4 oC.

Méthodes

Pour la réalisation de l’immunofixation, nous avons utilisé la technique automatisée commercialisée par Helena® (Kit REP/SPIFE IFE 6), avec l’automate Spife Combo®, selon les recommandations du fabricant. Cette technique combine une électrophorèse à haute résolution en gel d’agarose à une détection des immunoglobulines par immunoblot à l’aide d’anticorps spécifiques (anti-IgG, -IgA, -IgM, -Kappa et -Lambda). Une plaque de six pistes a été utilisée pour chaque échantillon. Le dépôt était de 17 µL de sérum (pur ou dilué) dans chaque puits. Après 7 minutes et 15 secondes de migration sous une ddp de 650 V et une intensité de 120 mA, chaque piste était incubée pendant 10 minutes avec l’antisérum correspondant (dépôt de 52,5 µL d’antisérum/piste). Le gel était ensuite lavé puis coloré pendant 5 minutes et enfin décoloré et séché à 54 oC pendant 10 minutes.

Interprétation

Ont été considérés comme : 1) aspect normal : les immunofixations sans aucune bande mince visible ; 2) aspect monoclonal : les immunofixations présentant une seule bande mince nettement individualisée ; 3) aspect oligoclonal : les immunofixations présentant au moins deux bandes minces nettement individualisées. Des exemples typiques d’aspects normal, monoclonal et oligoclonal sont présentés sur la figure 1.

Analyse statistique

Pour nos analyses statistiques, nous avons utilisé soit un test du chi 2 bilatéral, pour comparer les fréquences des dysglobulinémies et leur aspect monoclonal ou oligoclonal, entre les populations sélectionnées, soit un test du chi 2 avec une correction de Yates, pour les petits effectifs. La population de malades sans atteinte hématologique a été considérée comme témoin. Un test de chi 2 avec un p < 0,05 a été jugé statistiquement significatif.

Résultats

La répartition des différentes anomalies rencontrées à l’immunofixation dans les populations atteintes d’hémopathie maligne ou d’autres pathologies est présentée dans le tableau 2. La fréquence des anomalies à l’immunofixation est significativement plus importante (p < 0,0002) dans la population atteinte d’hémopathie que dans la seconde population. Les aspects monoclonaux sont plus fréquents dans la population atteinte d’hémopathies malignes que dans la seconde population (p < 0,02). L’importance du pic monoclonal était en général faible (inférieur à 10 g/L dans 21 cas sur 22). Les aspects oligoclonaux n’ont pas une répartition significativement différente entre les deux populations, même si la fréquence de cette anomalie paraît plus élevée dans la population atteinte d’hémopathies. La répartition des différentes anomalies au sein de la population atteinte d’hémopathies malignes est présentée dans le tableau 3. L’analyse statistique des données obtenues montre une augmentation significative des anomalies de l’immunofixation dans le cas des lymphomes (p < 0,04) et des LLC (p < 0,00006) par rapport à la population atteinte d’autres affections. Parmi les leucémies, c’est dans la population atteinte de LLC que l’on trouve le plus d’anomalies à l’immunofixation. Dans les LLC, c’est l’aspect oligoclonal qui est le plus fréquemment trouvé. Dans les lymphomes, au contraire, c’est l’aspect monoclonal qui prédomine chez les patients porteurs de dysglobulinémies. Ces différences sont statistiquement significatives (p < 0,05). Il n’existe pas de différence significative entre les deux populations en ce qui concerne le type de dysglobulinémie monoclonale rencontrée (tableau IV), même si la fréquence des dysglobulinémies IgG semble plus élevée dans la population sans hémopathie que dans la population atteinte d’hémopathie. Une situation inverse est trouvée dans le cas des IgM. On notera, par ailleurs, que nous n’avons observé aucun cas de dysglobulinémie monoclonale de type IgA, IgE ou IgD dans l’ensemble de la population étudiée.

Discussion

Le diagnostic biologique d’une immunoglobuline monoclonale fait appel à un ensemble de techniques complémentaires [3], parmi lesquelles l’immunofixation tient une place importante. Celle-ci est couramment utilisée au cours du diagnostic des myélomes ou de la maladie de Waldenström. Elle est indispensable pour affirmer l’homogénéité de l’immunoglobuline monoclonale, la caractériser et la typer. L’utilisation des trousses commercialisées actuellement pour l’immunofixation offre une technique sensible, fiable, rapide, relativement simple à mettre en œuvre et d’une interprétation assez aisée par rapport à l’immunoélectrophorèse classique. Le but de cette étude rétrospective était de comparer la nature des anomalies de l’immunofixation dans deux populations susceptibles de présenter de telles anomalies, l’une composée de patients sans hémopathie mais atteints d’affections non hématologiques, l’autre de patients atteints d’une hémopathie maligne, en dehors des indications classiques que sont le myélome et la maladie de Waldenström. Aucune étude similaire n’a jamais été publiée jusqu’à présent. La détection de dysglobulinémies non liées à l’une ou l’autre de ces deux affections est pourtant devenue très fréquente en pratique courante, en raison de la sensibilité croissante des méthodologies utilisées. À partir de nos résultats, nous avons vu qu’il existait une fréquence importante d’anomalies de l’immunofixation dans la population porteuse d’hémopathies malignes. Nous observons également de fréquentes anomalies dans les cas de lymphome et de LLC. Au total, la fréquence des anomalies de l’immunofixation au cours des hémopathies malignes, parmi lesquelles les syndromes lymphoprolifératifs sont les plus fréquents [4], est significativement plus importante que dans la population atteinte d’autres pathologies.

Le caractère malin de ces proliférations est souvent marqué et leur évolution généralement défavorable. Leur diagnostic précoce est donc d’autant plus important, permettant de mettre en route sans délai une thérapeutique efficace [5, 6]. L’immunofixation peut y apporter une contribution non négligeable, ce qui pourrait justifier sa prescription plus large dans les hémopathies malignes, en particulier lorsque le diagnostic est difficile. L’aspect des anomalies rencontrées est très différent d’une pathologie à l’autre. L’aspect monoclonal est plus fréquemment rencontré dans la population porteuse d’hémopathies malignes que dans la population atteinte d’autres pathologies. Cette fréquence plus élevée d’immunoglobulines monoclonales est également trouvée chez les patients porteurs de lymphomes. La production d’immunoglobuline monoclonale circulante est cependant inconstante dans ces affections, comme si, dans certains cas, les lymphocytes proliférants étaient bloqués au stade de petits lymphocytes, non sécrétants. Au contraire, l’aspect oligoclonal est plus fréquemment observé dans les cas de LLC. La fréquence de l’aspect oligoclonal dans les cas de LLC que nous avons étudiés est similaire à celle rapportée par Pangalis et al. [7] et par Deegan et al. [8]. Dans les LMC et les LT, les aspects oligoclonaux et monoclonaux paraissent également répartis, même si les effectifs plus faibles empêchent toute interprétation statistique. Notre étude n’a pas pu montrer de différence statistiquement significative entre les différents types d’immunoglobulines monoclonales présentes dans la population atteinte d’hémopathies malignes et la population atteinte d’autres pathologies. Il semble qu’il n’y ait donc pas de sélectivité entre les clones prolifératifs, mais l’échantillonnage est assez faible. Aucun patient de notre étude n’était porteur de dysglobulinémie de type IgA, IgD, IgE, ou de chaînes légères libres. La plus faible fréquence de ce type de dysglobulines est bien connue dans les populations porteuses de myélome [9]. Nos résultats indiquent que cette constatation peut être étendue à l’ensemble des hémopathies malignes. Enfin, nous n’avons pas pu mettre en évidence de lien entre le type de pathologie hématologique impliquée et le type de la dysglobulinémie. Il est cependant possible que les effectifs de chaque sous-groupe aient été trop faibles pour démontrer une signification statistique (tableau 4).

CONCLUSION

La mise en évidence d’une immunoglobuline monoclonale, traduction biologique d’un phénomène de transformation cellulaire, constitue l’un des plus anciens, et pourtant toujours actuels, domaines d’intérêt du biologiste. Conjointement, l’électrophorèse, l’immunofixation des protéines du sérum puis celle de l’urine permettent la mise en évidence rapide et objective de toutes les anomalies de la sécrétion des immunoglobulines. Les résultats rapportés dans cette étude rétrospective confirment l’intérêt de l’immunofixation dans le diagnostic des hémopathies malignes, en complément des autres arguments (cliniques et paracliniques). La présence d’une anomalie à l’immunofixation peut permettre une orientation diagnostique et une prise en charge plus rapide des patients.

REFERENCES

1. Alper CA, Johnson AM. Immunofixation electrophoresis: a technique for the study of protein polymorphism. Vox Sang 1969 ; 17 : 445-52.

2. Pontet F, Doche C, Bienvenu J. Projet de recommandations pour l’étude des immunopathies monoclonales au laboratoire. Ann Biol Clin 1997 ; 55 : 486-90.

3. Lapalus E, Chevailler A. Diagnostic biologique d’une immunoglobuline monoclonale. Rev Fr Lab 2000 ; 327 : 67-74.

4. Porcheron M, Gourmelin Y. Syndromes lymphoprolifératifs. Option Bio 60 : I-VIII.

5. Portlock CS. Lymphomes non-hodgkiniens. In : Bennet JC, Plum F, eds. Cecil’s Traité de Médecine Interne (édition française). Paris : Flammarion- Médecine Sciences 1997 : 942-6.

6. Portlock CS, Yahalom J. Maladie de Hodgkin. In : Bennet JC, Plum F, eds. Cecil’s Traité de Médecine Interne (édition française). Paris : Flammarion-Médecine Sciences, 1997 : 947-55.

7. Pangalis GA, Moutsopoulos HM, Papadopoulos NM, Costello R, Kokkinou S, Fessas P. Monoclonal and oligoclonal immunoglobulins in the serum of patients with B-chronic lymphocytic leukemia. Acta Haemat 1988 ; 80 : 23-7.

8. Deegan MJ, Abraham JP, Sawdyk M, Van Slyck EJ. High incidence of monoclonal proteins in the serum and urine of chronic lymphocytic leukemia patients. Blood 1984 ; 64 : 1207-11.

9. Kyle RA. Maladies des cellules plasmocytaires. In : Bennett JC, Plum F, eds. Cecil’s Traité de Médecine Interne (édition française). Paris : Flammarion-Médecine Sciences, 1997 : 958-68.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]