ARTICLE
La prééclampsie est une pathologie réversible, spécifique
de la grossesse, caractérisée par l'association d'une hypertension
artérielle, d'une protéinurie et d'dèmes. Elle
complique environ 10 % des grossesses avec hypertension artérielle,
et représente une des premières causes de morbidité
et de mortalité maternelles et ftales. Cette pathologie est
caractérisée par des pertubations cellulaires et humorales,
impliquant notamment les cytokines et les eicosanoïdes. La production
placentaire excessive de ces molécules semble être le principal
responsable de l'atteinte des cellules endothéliales décrite
dans ce syndrome. Lors de la grossesse normale, les adaptations du métabolisme
des lipides et des lipoprotéines, sous dépendance hormonale,
s'installent progressivement. Les acides gras insaturés sont des
cibles privilégiées de l'oxydation par les radicaux libres
oxygénés, dont la production augmente au cours de la grossesse
normale et de la prééclampsie. Dans cette revue de la littérature,
nous présentons un ensemble de résultats soulignant le rôle
important joué par les radicaux libres oxygénés,
synthétisés par plusieurs types cellulaires tels les cellules
trophoblastiques, les polynucléaires, les macrophages, et intervenant
directement ou indirectement dans la prééclampsie.
Physiopathologie de la prééclampsie
La prééclampsie se définit comme l'apparition durant
la grossesse, après 20 semaines d'aménorrhée, d'une
hypertension artérielle (supérieure ou égale à
140-90 mm de Hg) associée à une protéinurie (>=
0,5 g/ 24 h). Il s'agit d'une pathologie rapidement régressive
dans les jours qui suivent l'accouchement [1]. Le mécanisme physiopathologique
responsable de ce syndrome semble être une ischémie de l'unité
fto-placentaire, déclenchant la synthèse d'un ensemble
de facteurs comme les cytokines, les hydroperoxydes, responsables d'une
agression de l'endothélium vasculaire. L'atteinte endothéliale
favorise localement la diminution de synthèse des facteurs vasodilateurs
(prostacycline), l'activation plaquettaire avec augmentation de la production
des substances vasoconstrictrices (thromboxane A2) et une baisse de la
synthèse des anticoagulants endogènes associée à
une activation de la coagulation. L'augmentation de marqueurs de la lésion
endothéliale, comme la fibronectine et le facteur Willebrand, est
aussi retrouvée lors de la prééclampsie [2].
Plusieurs mécanismes sont évoqués dans la survenue
d'une prééclampsie : des lésions vasculaires préalables
à la grossesse, des anomalies de la placentation, des causes immunologiques,
mécaniques ou génétiques.
La préexistence de lésions vasculaires augmente le risque
de prééclampsie. Ces lésions, plus fréquemment
retrouvées chez les diabétiques ou les femmes âgés,
expliquent le risque accru de prééclampsie dans ces groupes
de patientes. Au cours de la placentation normale, les cellules trophoblastiques
migrent au niveau des vaisseaux spiralés du myomètre et
remplacent les cellules endothéliales et les cellules musculaires
lisses. Un défaut de colonisation et d'invasion trophoblastique
va favoriser la persistance d'une réponse vasculaire aux substances
vasoconstrictrices et diminuer localement le débit sanguin [3].
Cette anomalie de migration est probablement d'origine mixte immunologique
et génétique. Parmi les causes immunologiques de la prééclampsie,
la similitude entre les antigènes paternels et maternels du complexe
majeur d'histocompatibilité favoriserait les lésions vasculaires
placentaires similaires à celles observées dans le rejet
de greffe. La faible immunisation liée à la nulliparité,
au faible nombre de partenaires ou à l'usage prolongé de
préservatif avant la grossesse constituent des facteurs de risque
de prééclampsie. À l'inverse, les transfusions, en
créant une polyimmunisation, ont un effet préventif sur
la survenue de la prééclampsie. L'ischémie placentaire
peut aussi survenir par compression mécanique prolongée
de l'aorte due à un utérus trop volumineux en raison d'une
grossesse multiple ou d'un hydramnios. L'hypoplasie utérine constitue
de même un facteur de risque. La prééclampsie a une
composante génétique probable : aussi est-elle plus fréquente
si cette pathologie existait déjà dans la fratrie ou chez
les ascendants (mère, tante...) [4]. Elle a également été
retrouvée associée à un variant de l'angiotensinogène,
ainsi qu'au déficit en protéine C et à la présence
d'une mutation Leiden entraînant une résistance à
la protéine C activée [5]. Un déficit de synthèse
du monoxyde d'azote, soit par apport insuffisant de substrat, soit par
déficit en NO synthase constitutive, pourrait participer à
l'ischémie placentaire observée au cours de la prééclamsie
[6].
Des modifications importantes du métabolisme des lipides et de
la balance oxydant/anti-oxydant existent pendant la grossesse normale.
La peroxydation lipidique est un phénomène normalement contrôlé
dans toutes les cellules de l'organisme et une grande variété
de mécanismes anti-oxydants limite ce processus. La peroxydation
lipidique est élevée au cours de la grossesse normale et
est de plus significativement augmentée au cours de la prééclampsie.
Un dysfonctionnement de l'endothélium vasculaire entraînerait
une sensibilisation aux agents vasopresseurs responsables des complications
observées dans la prééclampsie [2]. Ce dysfonctionnement
vasculaire pourrait être lié à une peroxydation lipidique
accrue.
Lipides, lipoprotéines
et prééclampsie
Bilan lipidique et grossesse normale
Les modifications lipidiques et lipoprotéiniques observées
au cours de la grossesse sont complexes. Une hyperlipidémie globale
existe au cours de la grossesse normale. Les concentrations en cholestérol
total, triglycérides, LDL cholestérol, apolipoprotéine
B sont augmentées. Le rapport apoB/apoAI est significativement
plus élevé que chez la femme non enceinte, mais ni le rapport
cholestérol total/HDL cholestérol, ni la concentration en
Lp(a) ne varient significativement [7]. Les modifications du bilan lipidique
sont surtout significatives en fin de grossesse. La dyslipoprotéinémie
de la femme enceinte est proche de celle observée chez les femmes
prenant des stroprogestatifs. Elle est transitoire et se normalise
après accouchement.
Utilisation placentaire des lipides
Les modifications du métabolisme des triglycérides et
des acides gras libres ne sont significatives qu'à partir du second
trimestre de la grossesse. Les triglycérides sont la source d'acide
gras utilisée prioritairement par le placenta, préférentiellement
aux acides gras libres. En cas de prééclampsie, un rôle
clé est donc joué par l'activité lipoprotéine
lipase (triacylglycérolprotéine acyl hydrolase E.C.3.1.34)
placentaire qui est augmentée. Au contraire, l'activité
lipoprotéine lipase périphérique est diminuée.
En fin de grossesse, une relative insulinorésistance et les modifications
hormonales principalement liées à l'hormone placentaire
lactogène favorisent l'activité lipasique hormonosensible
adipocytaire [8]. Le turn-over des acides gras libres d'origine
adipocytaire augmente. Dans le sang, le rapport acides gras libres/albumine
est augmenté. Il convient de noter qu'une hypoalbuminémie,
reliée à l'hémodilution, est observée au cours
de la grossesse.
L'ensemble de ces modifications se traduit par une synthèse accrue
de triglycérides par le foie, secrétés sous forme
de lipoprotéines de basse densité (VLDL). De plus, en fin
de gestation, une diminution de la beta-oxydation hépatique a été
démontrée chez la souris. Le retour à la normale
de la triglycéridémie maternelle serait influencé
par le type de lactation, la lactation naturelle entraînant une
normalisation plus rapide (6 semaines) que la lactation artificielle (18
semaines) [9].
Acides gras, lipoprotéines et prééclampsie
L'augmentation du rapport acides gras libres/albumine dans la prééclampsie
est précoce. L'hypertriglycéridémie précèderait
les symptômes cliniques de la maladie [10]. Les cytokines possèderaient
un rôle potentialisateur ou déclenchant dans ces modifications,
puisque des augmentations de la concentration sanguine en TNFalpha, IL1
et IL6 ont été décrites au cours de la prééclampsie
[11]. L'IL1 et le TNFalpha favorisent la lipolyse adipocytaire, facilitent
la synthèse des acides gras et diminuent la beta-oxydation et la
cétogenèse au niveau hépatique [12]. Tous ces phénomènes
facilitent la synthèse hépatique des triglycérides
et la synthèse de VLDL enrichies en triglycérides. De plus
l'IL6 et le TNFalpha inhibent la synthèse de la lipoprotéine
lipase périphérique et augmenteraient donc indirectement
l'hypertriglycéridémie. Ces phénomènes pourraient
également expliquer les modifications des HDL observées
au cours de la prééclampsie. Comme les HDL participent à
la détoxification des hydroperoxydes lipidiques, la diminution
des HDL pourrait indirectement favoriser l'oxydation des LDL observée
au cours de la prééclampsie [13] (voir § Marqueurs
du stress oxydatif et prééclampsie). L'augmentation des
VLDL favorise l'apparition de LDL particulières, les LDL petites
et denses qui seraient plus facilement oxydables par les radicaux libres
oxygénés. Des anticorps circulants anti-LDL oxydées
ont d'ailleurs été détectés au cours de la
prééclampsie [14]. Des concentrations plasmatiques élevées
en Lp(a) et des dépôts de Lp(a) ont été retrouvés
au cours de la prééclampsie. Comme il existe une homologie
entre la Lp(a) et le plasminogène, ces concentrations élevées
en Lp(a) pourraient interférer avec les processus de fibrinolyse
et de thrombolyse, facilitant le dépôt de fibrine dans les
artères utérines, réduisant les apports nutritifs
et augmentant l'ischémie placentaire [15].
Les perturbations du métabolisme des lipides au cours de la prééclampsie
se traduisent donc par l'apparition de lipoprotéines modifiées
qui possèdent des propriétés activatrices vis-à-vis
de différents types cellulaires. Il a ainsi été démontré
que les lipoprotéines VLDL possèdent une toxicité
endothéliale [16]. Les LDL et les LDL oxydées activeraient
les polynucléaires neutrophiles qui pourraient participer par leurs
radicaux libres et leurs protéases à l'oxydation et aux
modifications des lipoprotéines circulantes. Les LDL oxydées
favorisent, au niveau endothélial, l'expression des molécules
d'adhésion des monocytes, comme le Vecam-1, qui sont augmentées
au cours de la prééclampsie [17]. Les LDL oxydées
favorisent également l'expression des récepteurs CD11b/CD18
des neutrophiles, responsables de leur adhésion aux cellules endothéliales.
Les LDL oxydées favorisent l'adhésion plaquettaire en augmentant
la libération de thromboxane [16]. Les membranes plaquettaires
sont également modifiées au cours de la prééclampsie.
Il existe une augmentation de la fluidité membranaire, une augmentation
du cholestérol, du rapport cholestérol/phospholipides et
des diènes conjugués membranaires, résultant de l'attaque
oxydative des acides gras polyinsaturés [18]. Une représentation
de ces différentes interactions est proposée dans la figure
1.
Stress oxydatif et prééclampsie
Des preuves directes et indirectes suggèrent une augmentation
du stress oxydatif au cours de la prééclampsie. L'implication
des radicaux libres dans la prééclampsie se heurte à
l'écueil de la faible spécificité analytique et diagnostique
que possèdent les marqueurs biologiques du stress oxydatif. L'existence
d'un stress oxydatif repose sur un faisceau d'arguments, démontrant
qu'il existe conjointement une augmentation des « marqueurs oxydants
» comme les aldéhydes dérivant de l'oxydation des acides
gras insaturés membranaires, des diènes conjugués
et une diminution des anti-oxydants comme les vitamines E et C, et les
enzymes anti-oxydantes comme la glutathion peroxydase et la superoxyde
dismutase [19]. Pendant la grossesse normale, il existe des modifications
importantes du métabolisme des lipides et de la balance oxydants/anti-oxydants
[7, 20]. Dès le premier trimestre de la grossesse normale, une
augmentation des lipides peroxydés plasmatiques est retrouvée.
Si la grossesse reste normale, cette augmentation se stabilise. Parallèlement,
les concentrations plasmatiques en vitamine C et E augmentent. Il semble
donc que la notion de « balance » anti/pro-oxydant soit applicable
à la grossesse [19]. Au cours de la prééclampsie,
cette « balance » serait déséquilibrée.
Le ou les facteurs responsables de ce déséquilibre ne sont
pas connus avec certitude. Un rôle important pourrait être
tenu par l'ischémie placentaire, conséquence d'une réduction
du flux sanguin utéro-placentaire. Dans ces conditions d'ischémie
ou d'hypoxie, la production d'anion superoxyde par les mitochondries et
l'activité xanthine oxydase augmentent. L'hyperuricémie
est d'ailleurs reconnue comme un des meilleurs marqueurs biologiques de
la prééclampsie. En hypoxie, l'adénosine triphosphate
est clivée en adénosine-3'-5'-monophosphate, puis en hypoxanthine
et acide urique. Au cours de la prééclampsie, l'augmentation
de l'uricémie est généralement interprétée
comme une conséquence précoce de l'insuffisance rénale.
Cependant, cette hyperuricémie pourrait également résulter
de phénomènes d'ischémie-reperfusion locaux [20].
Marqueurs du stress oxydatif et prééclampsie
Plusieurs paramètres du stress oxydatif varient au cours de la
prééclampsie. Ces variations sont retrouvées à
la fois dans le sang et les tissus (tableau
1). Ishihara et al. [21] ont été les premiers
à démontrer, chez les patientes présentant une prééclampsie,
une augmentation du dialdéhyde malonique, un produit final de la
peroxydation lipidique. Des études complémentaires ont décrit
une augmentation de ce marqueur dans les lipoprotéines. Dans une
étude récente, Hubel et al. [20] ont montré
une augmentation du dialdéhyde malonique plasmatique corrélée
aux triglycérides plasmatiques est en relation avec l'importance
de l'hypertension artérielle gravidique. Au contraire, Davidge
et al. n'ont pas montré de différence significative
entre les concentrations en dialdéhyde malonique plasmatique en
comparant les grossesses normales et les prééclampsies [22].
Cependant, ce travail montre que le dialdéhyde malonique plasmatique
se normalise après accouchement, et que cette normalisation est
synchrone de la diminution des triglycérides [22]. Toutes ces études
reposent sur des techniques de dosage utilisant l'acide thiobarbiturique,
qui sont sensibles mais peu spécifiques [23]. Ces résultats
concernent donc plus l'évolution des « substances réagissant
avec l'acide thiobarbiturique » (SRATB) que le dialdéhyde
malonique lui-même. Il a également été démontré
que les SRATB sont corrélées aux lipides plasmatiques, notamment
aux triglycérides, et à l'insaturation des acides gras dont
les concentrations sont fortement modifiées au cours de la grossesse
normale et de la prééclampsie [24].
Les diènes conjugués résultent du réarrangement
des doubles liaisons éthyléniques des acides gras polyinsaturés,
composant des membranes cellulaires. En cas d'attaque oxydative lipidique,
les diènes conjugués augmentent. Dans le plasma, ils augmentent
aussi bien au cours de la grossesse normale que de la prééclampsie
[25]. Si on utilise des méthodes spécifiques permettant
de distinguer les isomères naturels de l'acide linoléique
(C18:2; 9,12) des isomères dérivant de l'attaque oxydative
(C18:2; 9,11), une augmentation très précoce (avant la 28e
semaine) et précédant les signes cliniques a été
trouvée lors de la prééclampsie, avec un rapport
de ces deux isomères significativement augmenté [26]. Comme
dans le cas des STRAB, les diènes conjugués seraient peu
spécifiques d'un stress oxydatif, puisque les acides gras d'origine
alimentaire présentant des isomérisations conjuguées
pourraient être retrouvés dans le plasma [27].
Un des moyens d'étude du stress oxydatif consiste en l'appréciation
de la « résistance » d'un milieu, comme le plasma, vis-à-vis
des radicaux libres générés in situ. Les résultats
concernant le pouvoir protecteur plasmatique sont controversés.
Selon les systèmes générateurs de radicaux libres,
les auteurs décrivent soit une augmentation, soit une diminution
de ce paramètre au cours de la prééclampsie [22,
28]. Une diminution des concentrations plasmatiques en groupement thiol,
à la fois pendant la grossesse et la prééclampsie,
a également été décrite [29]. Ces modifications
pourraient être liées en partie à l'hémodilution
et à l'hypoprotéinémie observées au cours
de la grossesse [28].
La prééclampsie est également associée à
une diminution des concentrations en anti-oxydants plasmatiques, comme
la vitamine C et le beta-carotène [30]. La vitamine E est l'anti-oxydant
liposoluble majoritaire des membranes cellulaires. Au cours de la prééclampsie,
une diminution des concentrations plasmatiques de cet anti-oxydant a été
décrite [31, 32]. Par contre, une étude récente a
montré que la concentration moyenne en vitamine E était
supérieure chez les femmes présentant une prééclampsie,
alors que la consommation en vitamine E n'était pas différente
chez les femmes enceintes présentant ou non une grossesse normale
[33]. Ces résultats contradictoires pourraient s'expliquer par
le mode d'expression des résultats. La concentration en vitamine
E est corrélée aux lipides circulants, notamment au cholestérol
et aux triglycérides et comme ces paramètres sont augmentés
au cours de la grossesse normale, il importerait d'exprimer les variations
de la vitamine E par rapport aux lipides circulants [24].
Unité ftoplacentaire
et prééclampsie
Une des hypothèses physiopathologiques les plus intéressantes
concernant la prééclampsie repose sur les travaux de l'équipe
de Walsh concernant la relation entre le stress oxydatif et les modifications
de la balance thromboxane/prostacycline (figure
2). La production placentaire de ces prostanoïdes serait
modifiée au cours de la prééclampsie [30]. Il existerait
un déséquilibre en faveur du thromboxane et aux dépens
de la prostacycline. Une augmentation de la production placentaire des
hydroperoxydes lipidiques [34], qui stimuleraient la cyclo-oxygénase
et favoriseraient la synthèse de thromboxane A2, serait à
l'origine de ces modifications. L'activité glutathion peroxydase
placentaire (EC 1.11.1.9) jouerait un rôle clé dans ce phénomène.
Walsh et al. [35] ont démontré qu'il existait une
diminution significative de l'activité glutathion peroxydase placentaire
en cas de prééclampsie. Dans le placenta normal, les hydroperoxydes
seraient maintenus à des concentrations faibles par l'activité
glutathion peroxydase. En cas de prééclampsie, la diminution
de l'activité glutathion peroxydase favoriserait l'augmentation
de concentration des hydroperoxydes lipidiques, qui activeraient la PGH2
synthétase, augmentant le thromboxane et les peroxydes. Cependant,
au niveau utérin, il n'existe pas de différence significative
dans le contenu protéique ou les concentrations en ARNm de la prostacycline
synthétase et de la thromboxane synthétase. Le déséquilibre
observé entre ces deux prostanoïdes semblerait donc relever
de phénomènes post-traductionnels [36]. Il est intéressant
de noter que le sélénium, co-facteur de l'activité
glutathion peroxydase, participerait également à la régulation
de la synthèse des leucotriènes et des prostaglandines impliqués
dans l'agrégation plaquettaire [37]. Farhat et al. ont récemment
mis en évidence une carence en sélénium chez les
femmes enceintes diabétiques. Comme la glutathion peroxydase est
séléno-dépendante, cette carence pourrait participer
à la diminution de l'activité glutathion peroxydase observée
au cours de la prééclampsie [38]. Ces travaux renforcent
un rôle éventuel de facteurs nutritionnels dans la survenue
de la prééclampsie. Il est à noter également
que les LDL oxydées, augmentées au cours de la prééclampsie,
inhibent la production de prostacycline au niveau endothélial [16].
La superoxyde dismutase (EC 1.15.1.1) est un des composants enzymatiques
principaux de la défense cellulaire contre le stress oxydatif.
Cette enzyme catalyse la dismutation de l'anion superoxyde en oxygène
et peroxyde d'hydrogène. Les anions superoxydes favorisent la peroxydation,
inactivent l'action vasodilatatrice du NO et possèdent une action
hypertensive [39]. D'autre part, les anions superoxydes agissent directement
sur la contraction des muscles lisses, alors que l'injection de superoxyde
dismutase entraîne une hypotension. L'activité superoxyde
dismutase placentaire est diminuée au cours de la prééclampsie
[40]. Chen et al. ont monté qu'il n'existe pas d'anomalie
ni du gène ni de l'ARNm de la superoxyde dismutase Cu-Zn dans les
leucocytes isolés de patientes présentant une prééclampsie
[39]. La diminution de l'activité superoxyde dismutase proviendrait
de phénomènes de régulation post-traductionnels,
et l'accumulation des anions superoxydes pourrait participer à
l'augmentation de la peroxydation lipidique au niveau placentaire.
Prééclampsie et prévention
par les anti-oxydants
L'implication des radicaux libres dans la physiopathologie de la prééclampsie
a suggéré l'utilisation des supplémentations en anti-oxydants
dans le traitement de cette affection. Dans une étude récente,
l'équipe de Hofmeyr a étudié l'effet de l'administration
d'un mélange d'anti-oxydant à dose élevée
(vitamine E, vitamine C et allopurinol) ou de placebo chez des femmes
enceintes (24 à 32 semaines de grossesse) présentant une
prééclampsie. L'effet du traitement était apprécié
par le dosage des concentrations placentaires en SRATB et en glutathion
après accouchement [41]. Ces auteurs confirment l'augmentation
des SRATB placentaires et trouvent une augmentation du glutathion total
placentaire chez les patientes présentant une prééclampsie.
Ce dernier résultat est à mettre en relation avec le déficit
en glutathion peroxydase placentaire, et pourrait représenter un
mécanime de défense du placenta contre le stress oxydatif.
Cependant, le traitement anti-oxydant ne normalise pas les SRATB placentaires.
Ce résultat est à rapprocher des études réalisées
dans d'autres pathologies où le stress oxydatif est impliqué,
comme les pathologies cardiovasculaires où l'administration de
vitamine E seule diminue de manière non significative l'incidence
des décès d'origine cardiovasculaire [42], ou le «
sepsis » où le(s) traitement(s) anti-oxydant(s) ont une efficacité
variable [43]. Chez les patientes en prééclampsie, la courte
durée du traitement pourrait expliquer en partie l'effet non significatif
observé. Ces résultats souligne indirectement l'intérêt
de disposer de marqueurs prédictifs de la prééclampsie
afin d'instituer des mesures thérapeutiques très précoces.
CONCLUSION Au
cours de la prééclampsie, se juxtaposent des altérations
du métabolisme des lipoprotéines et un stress oxydatif. L'ischémie
placentaire semble être à l'origine du stress oxydatif. Un
rôle déclenchant probable serait joué par l'activité
glutathion peroxydase placentaire, qui favorise à la fois une production
de thromboxane A2 et un excès de lipoperoxydation. Associés
à une carence (nutritionnelle ?) en facteur anti-oxydant, ces hydroperoxydes
en excès pourraient directement ou indirectement, par le biais des
lipoprotéines, entraîner une attaque des cellules endothéliales,
une activation des neutrophiles et des plaquettes, responsables à
distance des lésions vasculaires, hémodynamiques et organiques
observées au cours de ce syndrome. L'hyperlipidémie pourrait
amplifier ce phénomène en facilitant l'augmentation de lipoprotéines
oxydées responsables à distance des anomalies endothéliales.
La prééclampsie peut donc être considérée
comme une maladie présentant une anomalie transitoire du métabolisme
lipidique. Le rôle direct ou indirect de cette anomalie dans d'autres
complications de la grossesse, comme la stéatose ou le Hellp syndrome
(association d'une hémolyse, d'une élévation des activités
transaminase et d'une diminution des plaquettes), reste à établir
[11]. Une meilleure connaissance du métabolisme des lipoprotéines
au cours de la grossesse, notamment en ce qui concerne la relation triglycérides-acides
gras-placenta, est nécessaire afin de comprendre si l'augmentation
des concentrations en VLDL est pathologique ou représente une adaptation
de l'organisme à la prééclampsie. Si ces différentes
hypothèses sont confirmées, elles pourraient permettre d'établir
des actions préventives ou thérapeutiques. La correction précoce
des anomalies lipidiques, le maintien d'un apport adéquat en oligoéléments
et/ou en vitamines anti-oxydantes pourraient être préconisés
dans la prévention de ce syndrome qui reste une cause majeure de
morbidité de la grossesse. REFERENCES
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