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Variation de la TSH (thyroid stimulating hormone) en fonction de l’âge


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 6, 739-40, Novembre - Décembre 1999, Lettre à la revue


Résumé  

Auteur(s) : F. Delecourt, A. Tilly G. Forzy, Laboratoire, Centre hospitalier Saint-Philibert, 115, rue du Grand-But, 59462 Lomme Cedex.

Résumé : Le dosage de la TSH (thyroid stimulating hormone) sérique apparaît actuellement comme le meilleur marqueur d'un dysfonctionnement thyroïdien. Nous disposons en pratique courante de méthodes très sensibles, dites de « troisième génération ». Ces méthodes apportent aux cliniciens une aide précieuse dans les états d'hypothyroïdie subclinique définie par une élévation isolée de la TSH mais également et surtout au cours des états d'hyperthyroïdie subclinique où seule une diminution de la TSH est constatée. Les données de la littérature sur l'évolution des concentrations de TSH au cours de la vie étant divergentes, l'importance de la prise en compte de l'âge du patient pour l'interprétation des résultats a été évaluée par l'analyse des résultats de TSH sérique mesurée chez 380 personnes adultes indemnes de pathologie thyroïdienne.

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ARTICLE

Le dosage de la TSH (thyroid stimulating hormone) sérique apparaît actuellement comme le meilleur marqueur d'un dysfonctionnement thyroïdien. Nous disposons en pratique courante de méthodes très sensibles, dites de « troisième génération ». Ces méthodes apportent aux cliniciens une aide précieuse dans les états d'hypothyroïdie subclinique définie par une élévation isolée de la TSH mais également et surtout au cours des états d'hyperthyroïdie subclinique où seule une diminution de la TSH est constatée.

Les données de la littérature sur l'évolution des concentrations de TSH au cours de la vie étant divergentes, l'importance de la prise en compte de l'âge du patient pour l'interprétation des résultats a été évaluée par l'analyse des résultats de TSH sérique mesurée chez 380 personnes adultes indemnes de pathologie thyroïdienne.

Matériel et méthode

Les patients (consultants et pensionnaires d'une maison de retraite) ont été sélectionnés après interrogatoire et examen clinique complet, comportant, en particulier, une palpation cervicale. Les patients suspects de dysthyroïdie du fait de leurs antécédents familiaux, personnels ou de leur présentation clinique ont été exclus. Ont été ainsi retenus 380 personnes de 18 à 98 ans se répartissant en 226 femmes (59,5 %) et 154 hommes (40,5 %). Ces patients ont été arbitrairement séparés en quatre groupes en fonction de l'âge : groupe 1 (de 18 à 35 ans), groupe 2 (de 36 à 55 ans), groupe 3 (de 56 à 75 ans) et groupe 4 (> 75 ans). Les échantillons sanguins ont été obtenus par prélèvements veineux sur des tubes secs sous vide de 10 ml, le matin chez des patients à jeun depuis la veille au soir. Les dosages ont été réalisés sur ACS 180® (Bayer). Pour les patients présentant une concentration de TSH limite par rapport aux valeurs usuelles du laboratoire, un contrôle biologique a été réalisé six mois plus tard.

Résultats

Les concentrations de TSH sériques observées sont comprises entre 0,35 et 6,9 mU/l, avec une moyenne de 1,83 ± 0,94 mU/l, une médiane à 1,67 mU/l et un intervalle de référence (1er et 99e percentiles) de 0,4 à 4,7 mU/l.

La comparaison des médianes des quatre groupes montre une différence significative entre les groupes 3 et 4 (1,62 mU/l contre 2,05 mU/l) et les groupes 2 et 4 (1,58 mU/l contre 2,05 mU/l) (figure 1). Il n'y a pas de différence significative selon le sexe, sauf dans le groupe 4 où les concentrations de TSH sont plus élevées chez les femmes. Cette différence est d'ailleurs en partie responsable des valeurs plus élevées observées pour ce groupe 4.

Parmi les 380 patients, 66 (17,4 %) présentaient une TSH < 0,75 mU/l ou > 3 mU/l (valeurs choisies dès le début de l'étude comme devant être contrôlées à 6 mois), 35 présentaient une TSH limite supérieure et 31 une TSH limite inférieure sans distribution significative particulière dans un des quatre groupes d'âge, sauf pour les patients du groupe 4 ayant une TSH limite supérieure (p = 0,0001). Pour 40 d'entre eux, un dosage de contrôle de TSH et de T4 libre a été réalisé six mois après le premier prélèvement. Pour ceux ayant une concentration initiale basse de TSH (n = 31), on observe globalement à 6 mois une augmentation des valeurs moyennes de TSH avec une différence statistiquement significative (p = 0,001). Seuls 6 patients ont des valeurs plus basses au moment du contrôle et, parmi ces 6 patients, 3 ont des valeurs inférieures au premier percentile et des taux de TSH initiaux parmi les plus bas de la cohorte (0,35 mU/l, 0,39 mU/l et 0,49 mU/l). Ces 3 patients ont malheureusement été perdus de vue par la suite si bien qu'on ne peut préciser leur statut thyroïdien actuel. Pour ceux ayant une concentration initiale élevée de TSH (n = 35), nous ne retrouvons pas de différence significative entre les valeurs initiales et les valeurs observées 6 mois plus tard. On note simplement une augmentation nette de la TSH chez 2 patients appartenant au groupe 4.

Discussion

Les données de la littérature sur l'évolution des concentrations de TSH au cours de la vie sont contradictoires.

Diminution avec l'âge

Plusieurs études, dont celle de Kreutzer [1] sur 230 patients, montrent une diminution significative de TSH avec l'âge. Les raisons en sont rarement expliquées. Il est cependant probable que la réponse de l'axe hypothalamo-hypophysaire s'altère avec l'âge. il ne faut donc pas mésestimer, chez les personnes âgées, le dosage de la T4 libre pour préciser leur statut hormonal thyroïdien.

Stabilité avec l'âge

À l'inverse, de nombreuses études ne montrent pas de variation avec l'âge, comme celle de Klee [2] portant sur 448 dosages chez des patients euthyroïdiens de 20 à 80 ans. Certains auteurs suggèrent qu'il existe chez la personne âgée une adaptation métabolique au fil du temps. La réduction de l'activité glandulaire thyroïdienne associée à une diminution de la sécrétion de TSH et à une diminution de la masse corporelle entraîneraient ainsi une stabilité des concentrations de TSH.

Augmentation avec l'âge

Enfin, d'autres auteurs montrent, comme dans notre étude, une élévation des concentrations de TSH avec l'âge. C'est le cas de Marteau [3] qui confirme l'augmentation chez le sujet âgé de plus de 70 ans. Il est possible cependant que, dans cette population âgée, sélectionnée dans ces deux études au sein de maisons de retraite, il existe une fréquence plus élevée d'hypothyroïdie subclinique. Il est également prouvé qu'il existe une augmentation avec l'âge de la fréquence des thyroïdites, au moins biologiques [4]. Les anticorps antithyroïdiens n'ont pas été recherchés dans notre étude.

Malgré la mis en évidence d'une TSH moyenne significativement plus élevée chez les personnes âgées, la dispersion des taux de TSH de l'ensemble de la population étudiée ne nous permet pas de justifier l'utilisation de normes en fonction de l'âge dans la pratique quotidienne. Néanmoins, pour les patients présentant des valeurs de TSH « limites », un contrôle de la TSH et de la T4 libre à 6 mois nous paraît nécessaire, principalement pour les TSH basses quel que soit l'âge et pour les valeurs hautes chez les patients d'âge moyen puisque la dispersion dans cette tranche d'âge est plus restreinte. Concernant les femmes âgées, l'attitude doit être un peu plus prudente car il convient de prévenir l'installation d'une hypothyroïdie toujours délétère à cet âge. Dans ces cas, le dosage des anticorps antithyroïdiens pourrait également représenter dans ces derniers cas une aide appréciable pour la prise en charge pratique.

REFERENCES

1. Kreutzer HJH, Tertoolen JFW, Thijssen JHH, Der Kinderen PJ, Koppeschaar HPF. Analytical evaluation of four sensitive assays of thyrotropin including effects of variations in patient sampling. Clin Chem 1986 ; 32 : 2085-90.

2. Klee GG, Hay ID. Role of thyrotropin measurements in the diagnosis and management of thyroid disease. Clin Lab Med 1993 ; 38 : 273-81.

3. Marteau C, Madre Pichon F, Chivot JJ. Étude du taux sérique de l'hormone thyréotrope (TSH) par une méthode ultrasensible chez 91 sujets de plus de 70 ans. Spectra Biologie 1996 ; 15 : 28-30.

4. Schlienger JL, Goichot B, Grunenberger F, Sapin R. Fonctions et dysfonctions thyroïdiennes des personnes âgées. Rev Med Interne 1996 ; 17 : 653-60.


 

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