ARTICLE
Le dosage de la TSH (thyroid stimulating hormone) sérique
apparaît actuellement comme le meilleur marqueur d'un dysfonctionnement
thyroïdien. Nous disposons en pratique courante de méthodes
très sensibles, dites de « troisième génération
». Ces méthodes apportent aux cliniciens une aide précieuse
dans les états d'hypothyroïdie subclinique définie
par une élévation isolée de la TSH mais également
et surtout au cours des états d'hyperthyroïdie subclinique
où seule une diminution de la TSH est constatée.
Les données de la littérature sur l'évolution des
concentrations de TSH au cours de la vie étant divergentes, l'importance
de la prise en compte de l'âge du patient pour l'interprétation
des résultats a été évaluée par l'analyse
des résultats de TSH sérique mesurée chez 380 personnes
adultes indemnes de pathologie thyroïdienne.
Matériel et méthode
Les patients (consultants et pensionnaires d'une maison de retraite)
ont été sélectionnés après interrogatoire
et examen clinique complet, comportant, en particulier, une palpation
cervicale. Les patients suspects de dysthyroïdie du fait de leurs
antécédents familiaux, personnels ou de leur présentation
clinique ont été exclus. Ont été ainsi retenus
380 personnes de 18 à 98 ans se répartissant en 226 femmes
(59,5 %) et 154 hommes (40,5 %). Ces patients ont été arbitrairement
séparés en quatre groupes en fonction de l'âge : groupe
1 (de 18 à 35 ans), groupe 2 (de 36 à 55 ans), groupe 3
(de 56 à 75 ans) et groupe 4 (> 75 ans). Les échantillons
sanguins ont été obtenus par prélèvements
veineux sur des tubes secs sous vide de 10 ml, le matin chez des patients
à jeun depuis la veille au soir. Les dosages ont été
réalisés sur ACS 180® (Bayer). Pour les patients
présentant une concentration de TSH limite par rapport aux valeurs
usuelles du laboratoire, un contrôle biologique a été
réalisé six mois plus tard.
Résultats
Les concentrations de TSH sériques observées sont comprises
entre 0,35 et 6,9 mU/l, avec une moyenne de 1,83 ± 0,94 mU/l, une
médiane à 1,67 mU/l et un intervalle de référence
(1er et 99e percentiles) de 0,4 à 4,7 mU/l.
La comparaison des médianes des quatre groupes montre une différence
significative entre les groupes 3 et 4 (1,62 mU/l contre 2,05 mU/l) et
les groupes 2 et 4 (1,58 mU/l contre 2,05 mU/l) (figure
1). Il n'y a pas de différence significative selon le sexe,
sauf dans le groupe 4 où les concentrations de TSH sont plus élevées
chez les femmes. Cette différence est d'ailleurs en partie responsable
des valeurs plus élevées observées pour ce groupe
4.
Parmi les 380 patients, 66 (17,4 %) présentaient une TSH <
0,75 mU/l ou > 3 mU/l (valeurs choisies dès le début
de l'étude comme devant être contrôlées à
6 mois), 35 présentaient une TSH limite supérieure et 31
une TSH limite inférieure sans distribution significative particulière
dans un des quatre groupes d'âge, sauf pour les patients du groupe
4 ayant une TSH limite supérieure (p = 0,0001). Pour 40 d'entre
eux, un dosage de contrôle de TSH et de T4 libre a été
réalisé six mois après le premier prélèvement.
Pour ceux ayant une concentration initiale basse de TSH (n = 31), on observe
globalement à 6 mois une augmentation des valeurs moyennes de TSH
avec une différence statistiquement significative (p = 0,001).
Seuls 6 patients ont des valeurs plus basses au moment du contrôle
et, parmi ces 6 patients, 3 ont des valeurs inférieures au premier
percentile et des taux de TSH initiaux parmi les plus bas de la cohorte
(0,35 mU/l, 0,39 mU/l et 0,49 mU/l). Ces 3 patients ont malheureusement
été perdus de vue par la suite si bien qu'on ne peut préciser
leur statut thyroïdien actuel. Pour ceux ayant une concentration
initiale élevée de TSH (n = 35), nous ne retrouvons pas
de différence significative entre les valeurs initiales et les
valeurs observées 6 mois plus tard. On note simplement une augmentation
nette de la TSH chez 2 patients appartenant au groupe 4.
Discussion
Les données de la littérature sur l'évolution des
concentrations de TSH au cours de la vie sont contradictoires.
Diminution avec l'âge
Plusieurs études, dont celle de Kreutzer [1] sur 230 patients,
montrent une diminution significative de TSH avec l'âge. Les raisons
en sont rarement expliquées. Il est cependant probable que la réponse
de l'axe hypothalamo-hypophysaire s'altère avec l'âge. il
ne faut donc pas mésestimer, chez les personnes âgées,
le dosage de la T4 libre pour préciser leur statut hormonal thyroïdien.
Stabilité avec l'âge
À l'inverse, de nombreuses études ne montrent pas de variation
avec l'âge, comme celle de Klee [2] portant sur 448 dosages chez
des patients euthyroïdiens de 20 à 80 ans. Certains auteurs
suggèrent qu'il existe chez la personne âgée une adaptation
métabolique au fil du temps. La réduction de l'activité
glandulaire thyroïdienne associée à une diminution
de la sécrétion de TSH et à une diminution de la
masse corporelle entraîneraient ainsi une stabilité des concentrations
de TSH.
Augmentation avec l'âge
Enfin, d'autres auteurs montrent, comme dans notre étude, une
élévation des concentrations de TSH avec l'âge. C'est
le cas de Marteau [3] qui confirme l'augmentation chez le sujet âgé
de plus de 70 ans. Il est possible cependant que, dans cette population
âgée, sélectionnée dans ces deux études
au sein de maisons de retraite, il existe une fréquence plus élevée
d'hypothyroïdie subclinique. Il est également prouvé
qu'il existe une augmentation avec l'âge de la fréquence
des thyroïdites, au moins biologiques [4]. Les anticorps antithyroïdiens
n'ont pas été recherchés dans notre étude.
Malgré la mis en évidence d'une TSH moyenne significativement
plus élevée chez les personnes âgées, la dispersion
des taux de TSH de l'ensemble de la population étudiée ne
nous permet pas de justifier l'utilisation de normes en fonction de l'âge
dans la pratique quotidienne. Néanmoins, pour les patients présentant
des valeurs de TSH « limites », un contrôle de la TSH
et de la T4 libre à 6 mois nous paraît nécessaire,
principalement pour les TSH basses quel que soit l'âge et pour les
valeurs hautes chez les patients d'âge moyen puisque la dispersion
dans cette tranche d'âge est plus restreinte. Concernant les femmes
âgées, l'attitude doit être un peu plus prudente car
il convient de prévenir l'installation d'une hypothyroïdie
toujours délétère à cet âge. Dans ces
cas, le dosage des anticorps antithyroïdiens pourrait également
représenter dans ces derniers cas une aide appréciable pour
la prise en charge pratique.
REFERENCES
1. Kreutzer HJH, Tertoolen JFW, Thijssen JHH, Der Kinderen PJ,
Koppeschaar HPF. Analytical evaluation of four sensitive assays of thyrotropin
including effects of variations in patient sampling. Clin Chem
1986 ; 32 : 2085-90.
2. Klee GG, Hay ID. Role of thyrotropin measurements in the diagnosis
and management of thyroid disease. Clin Lab Med 1993 ; 38 : 273-81.
3. Marteau C, Madre Pichon F, Chivot JJ. Étude du taux
sérique de l'hormone thyréotrope (TSH) par une méthode
ultrasensible chez 91 sujets de plus de 70 ans. Spectra Biologie
1996 ; 15 : 28-30.
4. Schlienger JL, Goichot B, Grunenberger F, Sapin R. Fonctions
et dysfonctions thyroïdiennes des personnes âgées. Rev
Med Interne 1996 ; 17 : 653-60.
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