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A propos d’un cas de coma diabétique hyperosmolaire inaugural


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 6, 710-2, Novembre - Décembre 1999, Pratique quotidienne


Résumé  

Auteur(s) : B. Lepilleur, F. Gouja, Laboratoire, Centre hospitalier, rue Godard-Jeanson, 52115 Saint-Dizier cedex.

Résumé : Un homme de 55 ans d'origine maghrébine est admis aux urgences pour somnolence, altération de l'état général (amaigrissement de 9 kg en deux mois) et vomissements depuis trois jours sans fièvre. Dans les antécédents familiaux, on retrouve une mère et un oncle diabétiques insulino-dépendants.

Illustrations

ARTICLE

L'observation

Un homme de 55 ans d'origine maghrébine est admis aux urgences pour somnolence, altération de l'état général (amaigrissement de 9 kg en deux mois) et vomissements depuis trois jours sans fièvre. Dans les antécédents familiaux, on retrouve une mère et un oncle diabétiques insulino-dépendants.

À l'admission M. L. est inconscient avec un score de Glasgow évalué à huit. L'examen clinique montre des réflexes ostéo-tendineux abolis, les pupilles intermédiaires réactives sans signes de focalisation, une déshydratation globale avec une muqueuse buccale sèche, un pli cutané persistant et une tachycardie à 121 pulsations/min. La tension artérielle est normale, l'auscultation cardiopulmonaire est sans particularité et le patient est eupnéique et apyrétique.

Le bilan sanguin réalisé à l'entrée (J0) à 13 h 15 (tableau 1) montre une hypernatrémie, une hyperkaliémie, une hyperchlorémie, une osmolarité à 413 mosm/l (N = 292-308 mosm/l). Par ailleurs existent une hyperglycémie majeure, une hyperprotidémie, une élévation nette de l'urée et de la créatinine, un hématocrite élevé à 57,7 % (N = 40-54 %). Les autres éléments du bilan sont normaux : bicarbonate, gaz du sang artériels, enzymes hépatiques, pancréatiques et cardiaques, alcoolémie, protéine C réactive. L'analyse des urines à la bandelette montre une présence très importante de glucose, des traces de protéines et de sang, une absence de corps cétoniques.

Devant ce tableau d'hyperosmolarité sans acidose, ni corps cétoniques, le diagnostic de coma hyperosmolaire a été retenu. La prise en charge thérapeutique en réanimation a consisté, après mise en condition classique (voie veineuse centrale, sonde urinaire), en une réhydratation avec du sérum physiologique puis glucosé G5 (8 litres en 24 heures). Cette dernière a été couplée à une insulinothérapie intraveineuse continue démarrée à 5 UI/heure puis diminuée progressivement selon les valeurs de la glycémie capillaire.

Un bilan complémentaire de l'équilibre glycémique, fructosamine (réactif Roche au nitrobleu de tétrazolium) et hémoglobine glyquée (HbA1C par chromatographie liquide haute performance avec des colonnes Biorad), montre clairement que le patient présentait une hyperglycémie importante depuis au moins deux mois (fructosamine = 563 µmol/l (N < 350 µmol/l), HbA1C = 16 % (N = 3,5-6,2 %)). Un dosage de peptide C a été demandé et trouvé à 0,3 µg/l (N = 0,4-4,5 µg/l).

L'évolution était très favorable en 24 heures avec un réveil clinique et un retour des valeurs normales de la glycémie au bout de 48 heures. Le patient est alors transféré dans le service d'endocrinologie. Le diabète n'a pu être équilibré sous antidiabétiques oraux seuls et a été classifié comme diabète insulinodépendant (DID).

Le point de vue du biologiste

Le coma hyperosmolaire est une complication rencontrée le plus souvent chez les diabétiques non insulinodépendants (DNID) âgés de plus de 60 ans. Il est beaucoup plus rarement rencontré chez le DID surtout de façon inaugurale. Les principales caractéristiques sont une déshydratation globale majeure, une hyperosmolarité sanguine.

La dissociation urée-créatinine vient confirmer le caractère fonctionnel de l'insuffisance rénale. En effet l'augmentation proportionnelle de l'urée est beaucoup plus importante que celle de la créatinine (tableau 1). L'urée plasmatique augmente rapidement du fait de la réabsorption massive d'eau et de sel par les tubules intacts, responsable d'une concentration élevée d'urée dans les tubules et conduisant à sa réabsorption.

Une insuffisance rénale fonctionnelle s'installe progressivement suite à une diminution du flux sanguin rénal due à l'hypovolémie. Cette dernière peut être due à une perte hydrique abondante par voie rénale ou extrarénale. La polyurie osmotique peut être liée à une diurèse sodée massive ; l'administration excessive de salidiurétiques est en effet souvent retrouvée comme seul point de départ du coma hyperosmolaire. Il peut s'agir aussi d'un apport excessif d'osmoles par voie veineuse comme une perfusion importante de solutés hypertoniques (glucose, mannitol, électrolytes). Enfin elle peut être induite par des pertes hydriques abondantes extrarénales (digestives, cutanées ou pulmonaires). La correction de ce trouble s'effectue rapidement en rétablissant la perfusion rénale.

L'hyperkaliémie liée à l'insuffisance rénale fonctionnelle, présente ici, ne traduit pas du tout l'état potassique du patient car, dans ce type de pathologie, on observe toujours une déplétion potassique. L'administration de potassium est donc indispensable. L'hypercalcémie majeure est liée à la diminution du flux sanguin rénal entraînant une diminution de la clairance tubulaire.

Tous les patients présentant ce type de pathologie ont un déficit insulino-sécrétoire. L'hyperosmolarité une fois installée contribue à altérer l'insulino-sécrétion résiduelle et donc majore le processus [1].

La déshydratation est globale, intra et extracellulaire. La traduction biologique évidente de la première est l'hypernatrémie, celle de la seconde est l'hyperprotidémie et l'augmentation de l'hématocrite. La correction (tableau 1) par la réhydratation se fait d'abord sur le versant extra puis intracellulaire.

La diurèse osmotique que provoque classiquement la glycosurie se traduit de fait par une perte d'eau supérieure à celle d'électrolytes. Lorsque cette polyurie n'est plus compensée par la classique polydypsie, une déshydratation extracellulaire hyperosmolaire s'installe et se complique à terme, par compensation de type Gibbs-Donnan, d'une déshydratation intracellulaire, aboutissant à la déshydratation hyperosmolaire totale.

L'HbA1c, reflet du niveau glycémique sur deux à trois mois, n'est pas sujet à des variations au jour le jour comme peut l'être la glycémie. Ce paramètre permet aussi de suivre le bon équilibre d'un traitement diabétique. De grandes études prospectives [2] l'ont utilisé comme le paramètre de référence du contrôle glycémique vis-à-vis du risque de complications spécifiques et macrovasculaires. Elles ont défini des seuils de risque de complications. Il est actuellement recommandé d'utiliser une technique de dosage par HPLC ou avec un anticorps monoclonal. En l'absence de méthodes spécifiques, il est plus prudent d'utiliser la glycémie à jeun comme critère d'équilibre glycémique.

La fructosamine permet d'observer l'équilibre glycémique depuis deux à trois semaines, mais est de moins en moins utilisée. Elle est peu sensible, peu standardisable et ne figure d'ailleurs plus parmi les nouveaux critères de diagnostic et de classification du diabète sucré [2].

Le point de vue du clinicien

Le coma hyperosmolaire [3] est une complication rare du diabète mais sévère ; en effet le taux de mortalité peut atteindre 40 à 50 %. Dans notre observation, le patient n'était pas connu comme diabétique, cette complication a donc la particularité d'être inaugurale de la maladie.

Dans la classification actuelle du diabète sucré (proposée par l'OMS et par l'ADA) [2], les termes types 1 et 2 remplacent les termes DID et DNID. Le diabète type 1 correspond à la destruction des cellules B aboutissant à une carence absolue en insuline. Le diabète type 2 correspond soit à une insulino-résistance dominante associée à une insulinopénie relative, soit à une insulinopénie dominante associée ou non à une insulinorésistance. Le déficit sécrétoire en insuline peut être mis en évidence par le dosage de l'insuline ou du peptide C. Trois stades diffèrent dans l'évolution du diabète : stade I (diabète ne nécessitant pas d'insuline), stade II (diabète nécessitant de l'insuline) et stade III (diabète dont l'insuline est nécessaire pour la survie).

La séparation de la description des types de diabète et de leurs stades évolutifs présente l'intérêt d'éviter d'assimiler diabète type 1 et diabète traité par l'insuline. Dans notre cas, le patient présente un diabète qui ne répond qu'à l'insuline avec une valeur de peptide C très basse. Il reste évident qu'il faut éliminer avant tout un diabète secondaire, notamment à une infection pancréatique (cancer du pancréas).

Les circonstances déclenchantes sont nombreuses. Chez notre patient, il s'agissait d'un épisode gastro-intestinal traité quelques jours auparavant. Trop souvent, cette affection mobilise l'essentiel de l'attention médicale et détourne la surveillance de l'hydratation.

Cliniquement, le coma hyperosmolaire s'installe progressivement avec des troubles plus ou moins marqués de la conscience. L'examen retrouve des signes de déshydratation globale. La biologie viendra confirmer le diagnostic en mettant en évidence une hyperosmolarité sans cétose, ni acidose.

 

La place de l'hypernatrémie dans la genèse du coma est discutée ; en effet le coma hyperosmolaire est dû à la déshydratation, ce qui le rapproche du coma par déshydratation avec hypernatrémie du nouveau-né. Il a été démontré que se constitue progressivement au sein du tissu nerveux un état d'hyperosmolarité endocellulaire qui contrebalance l'hyperosmolarité extracellulaire. L'atteinte du système nerveux central est due à l'augmentation de l'osmolarité, qu'elle soit due à une hypernatrémie ou à d'autres osmoles comme le glucose. L'état d'hyperosmolarité endocellulaire participe à la survenue d'un œdème cérébral pouvant compliquer une réhydratation hypotonique trop rapide.

La thérapeutique [4] consiste essentiellement à rétablir une volémie normale avec des solutés isotoniques. Les solutés hypertoniques sont évidemment à proscrire car ils ne font qu'entretenir la polyurie osmotique et l'hyperosmolarité. La quantité de solutés de perfusion à passer est variable et est guidée par la pression veineuse centrale et la natriurèse. En effet la reprise d'une natriurèse normale est le meilleur signe de la restauration volémique chez ces patients à diurèse le plus souvent conservée. La correction ionique, tout comme l'insulinothérapie, seront adaptées en fonction des résultats des ionogrammes sanguins et des glycémies répétés.

La réhydratation s'est faite dans les premières heures par du sérum salé isotonique, remplacé ensuite vers J0, 20 h 51 par du glucosé 5 %. En effet les contrôles biologiques à J0, 16 h 45 et 20 h 51 suggèrent un apport de sodium trop important aggravant l'hypernatrémie et l'hyperchlorémie (il est actuellement préconisé, en cas d'hypernatrémie initiale, d'utiliser du sérum salé hypotonique à 0,45 % soit directement, soit en relais de sérum salé isotonique). L'apport en eau paraît satisfaisant, comme en témoigne la correction des valeurs de l'urée et de la créatinine. Cliniquement, le patient a commencé à se réveiller à J1 et est devenu conscient et cohérent à J2.

En raison de l'hyperviscosité sanguine, les complications thrombo-emboliques sont fréquentes et imposent une héparinothérapie. L'état de choc reste la principale cause de décès. Cet état apparaît surtout au début du remplissage chez des malades non hypotendus à l'admission. D'autres complications ont été décrites tels l'œdème cérébral, pulmonaire ou les troubles du rythme.

Article reçu le 19 avril 1999, accepté le 23 août 1999.

REFERENCES

1. Fleinknecht D, Assan R, Babinet P. Principes de réanimation médicale. Flammarion médecine-sciences, 1987 : 311-8.

2. Drouin P, Blicke JF, et al. Diagnostic et classification du diabète sucré : les nouveaux critères. Diabètes & Metabolism 1999 ; 25 : 72-83.

3. Siperstein MD. Diabetic ketoacidosis and hyperosmollar coma. Endocrinal Clin North Am 1992 ; 21 : 915-21.

4. Berger A, Keller U. Treatment of diabetic ketoacidosis and non ketotic hyperosmollar diabetic coma. Bailliere's Clinical Endocrin Metab 1992 ; 1 : 1-22.


 

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