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Intérêt des anticorps anti-endomysium, anti-réticuline et anti-gliadine dans le diagnostic de la maladie cœliaque chez l’adulte


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 6, 717-9, Novembre - Décembre 1999, Pratique quotidienne


Résumé  

Auteur(s) : I. Ghedira, R. Sghiri, M.T. Yacoubi, S. Korbi, M. Jeddi, Laboratoire de microbiologie-immunologie, CHU Farhat-Hached, 4000 Sousse, Tunisie.

Résumé : Plusieurs travaux ont montré que l'incidence de la maladie cœliaque est nettement sous-estimée [1, 2]. Cela tient notamment à l'existence de formes frustes et latentes [3, 4]. Les maladies cœliaques asymptomatiques sont totalement muettes ou limitées à quelques signes non spécifiques (asthénie, troubles dyspeptiques [5], anémie inexpliquée [6]). La détection précoce des formes atypiques permet d'éviter, d'une part les complications liées à un déficit nutritionnel secondaire à la malabsorption [7], d'autre part le développement de lymphomes ou de carcinomes digestifs [8] et de complications neurologiques [9]. Il est donc nécessaire de disposer de tests de dépistage non invasifs susceptibles de sélectionner les sujets qui devront subir des biopsies intestinales pour confirmer le diagnostic. Chez l'adulte, il a été montré que la mise en évidence d'anticorps anti-endomysium (AAE) est très sensible et très spécifique [10-14], celle d'anticorps anti-réticuline (AAR) s'avère aussi spécifique mais avec une sensibilité variable selon les études [10, 11]. La mise en évidence d'anticorps antigliadine (AGG) est sensible mais peu spécifique [11]. Cette étude a pour but d'évaluer les sensibilités et les spécificités diagnostiques des anticorps anti-endomysium de classe IgA (AAE-IgA), des anticorps anti-réticuline de classe IgA (AAR-IgA) et des anticorps anti-gliadine de classe IgA (AAG-IgA) chez des adultes atteints de maladie cœliaque et suivis dans le centre tunisien.

Illustrations

ARTICLE

Plusieurs travaux ont montré que l'incidence de la maladie cœliaque est nettement sous-estimée [1, 2]. Cela tient notamment à l'existence de formes frustes et latentes [3, 4]. Les maladies cœliaques asymptomatiques sont totalement muettes ou limitées à quelques signes non spécifiques (asthénie, troubles dyspeptiques [5], anémie inexpliquée [6]). La détection précoce des formes atypiques permet d'éviter, d'une part les complications liées à un déficit nutritionnel secondaire à la malabsorption [7], d'autre part le développement de lymphomes ou de carcinomes digestifs [8] et de complications neurologiques [9]. Il est donc nécessaire de disposer de tests de dépistage non invasifs susceptibles de sélectionner les sujets qui devront subir des biopsies intestinales pour confirmer le diagnostic. Chez l'adulte, il a été montré que la mise en évidence d'anticorps anti-endomysium (AAE) est très sensible et très spécifique [10-14], celle d'anticorps anti-réticuline (AAR) s'avère aussi spécifique mais avec une sensibilité variable selon les études [10, 11]. La mise en évidence d'anticorps antigliadine (AGG) est sensible mais peu spécifique [11].

Cette étude a pour but d'évaluer les sensibilités et les spécificités diagnostiques des anticorps anti-endomysium de classe IgA (AAE-IgA), des anticorps anti-réticuline de classe IgA (AAR-IgA) et des anticorps anti-gliadine de classe IgA (AAG-IgA) chez des adultes atteints de maladie cœliaque et suivis dans le centre tunisien.

Matériel et méthodes

Patients

Les AAE-IgA, AAR-IgA et AAG-IgA ont été recherchés dans 43 sérums prélevés chez des sujets adultes ayant subi une biopsie intestinale pour suspicion de maladie cœliaque. Ces sujets sont répartis en deux groupes :

- Maladies cœliaques non traitées : ce groupe comporte 23 sujets (15 F, 8 M) âgés de 16 et 45 ans (moyenne 22 ans). L'âge moyen du début des signes cliniques est de 11 ans 6 mois avec des extrêmes de 1 an et 27 ans. Ces malades présentaient, dans 73 % des cas, une diarrhée chronique avec retard staturopondéral ou un amaigrissement, dans 34 % des cas un ballonnement abdominal et dans 81 % des cas une anémie conséquence d'un syndrome de malabsorption. Dans tous les cas, le diagnostic a été affirmé devant l'existence de lésions caractéristiques d'atrophie villositaire totale ou subtotale à la phase initiale de la maladie.

- Groupe témoin : Il est composé de 20 sujets (14 F, 6 M) âgés de 16 et 65 ans (moyenne 27 ans). L'examen anatomopathologique des biopsies intestinales a montré une biopsie normale dans 15 cas, une atrophie villositaire partielle dans 4 cas et une inflammation chronique intestinale dans 1 cas.

Méthodes

La recherche des anticorps sériques anti-endomysium et anti-réticuline est effectuée par une technique standard d'immunofluorescence indirecte. Les substrats antigéniques (préparés dans notre laboratoire) sont des coupes à congélation (4 mm) non fixées de cordon ombilical humain pour la recherche des anticorps anti-endomysium (AAE) et des coupes à congélation (4 mm) non fixées de rein, foie et estomac de rat pour la recherche d'anticorps anti-réticuline (AAR). La détection des anticorps est effectuée sur des sérums dilués au 1/50e. Pour chaque sérum, une recherche d'anticorps de classe IgA a été effectuée en utilisant un antisérum monospécifique anti-chaîne a humaine (Sanofi Pasteur). En cas de déficit sélectif en IgA, un antisérum monospécifique anti-chaîne g humaine est utilisé (Sanofi Pasteur).

La présence d'anticorps anti-endomysium est révélée par une fluorescence en rayons de miel autour des cellules musculaires lisses des vaisseaux.

La positivité des anticorps anti-réticuline n'a été retenue que pour les sérums donnant l'aspect typique R1. Sur coupe de rein, on observe un marquage autour des tubules et des glomérules, sur coupes de foie, fluorescence entourant les veines à la limite des hépatocytes et sur estomac, fluorescence entre les cellules pariétales gastriques.

La recherche des anticorps sériques anti-gliadine (AAG) est effectuée par une technique standard immunoenzymatique (Elisa) sur microplaques Nunc sensibilisées par une solution de gliadine (Sigma, G3375) à 10 mg/ml. Les sérums sont dilués au 1/100e et les anticorps anti-immunoglobuline humaine IgA marqués à la peroxydase (Sanofi Pasteur) sont dilués au 1/5 000e. Les résultats sont exprimés en index Elisa (IE). Celui-ci est calculé en divisant la DO moyenne de l'échantillon par la DO moyenne d'un sérum témoin fait en parallèle et à la même dilution. Ce sérum témoin est obtenu en mélangeant à quantités égales des sérums obtenus chez 50 donneurs de sang. Le test est considéré comme positif si l'IE est supérieur à 1,6.

Résultats et discussion

Les résultats de la recherche des AAE, AAR et AAG de classe IgA, dans la population étudiée sont présentés dans le tableau 1. Ils montrent que, dans la population étudiée, la sensibilité et la spécificité des AAE-IgA (recherchés par technique d'immunofluorescence indirecte sur coupes de cordon ombilical humain) pour le diagnostic de la maladie cœliaque de l'adulte, étaient respectivement de 95 et 100 %, résultats concordants avec les données de la littérature [10-14].

Le substrat antigénique habituellement utilisé pour la recherche des AAE est l'œsophage de singe [10, 11], substrat de référence relativement coûteux. La technique utilisant un nouveau substrat antigénique, le cordon ombilical humain, a montré les mêmes sensibilité et spécificité que celles des tests utilisant l'œsophage de singe [12-15]. Ladinser et al. [12], qui a le premier utilisé le cordon ombilical humain, a même trouvé une meilleure sensibilité du tissu humain (100 %) par rapport au tissu de singe (90 %). Par ailleurs, le cordon ombilical est facilement disponible.

Nous avons choisi la dilution à 1/50e comme dilution initiale pour tester les sérums en AAE. En effet, d'après Volta et al. [14], la présence d'anticorps anti-muscle lisse chez les patients atteints de maladies cœliaques non traités est fréquente et masque souvent l'aspect de fluorescence des AAE quand les sérums sont testés à des dilutions faibles (1/5e). Dans ce cas, l'aspect de marquage par les AAE devient visible à une dilution plus élevée (1/50e) [14].

Dans notre étude, la spécifité des AAR-IgA était également de 100 % pour le diagnostic de la maladie cœliaque. En revanche, leur sensibilité, 78 %, était inférieure à celle des AAE-IgA, ce qui confirme les résultats précédemment publiés [10, 11].

Pour les AAG-IgA, nous avons trouvé une sensibilité de 82 % proche de celle des AAR-IgA, mais inférieure à celle des AAE-IgA. D'autre part, la spécificité des AAG-IgA est trop faible, 65 %, par rapport à celle des AAR-IgA et AAE-IgA.

Boige et al. [10] ont inclus dans leur série des patients ayant une atrophie villositaire totale (AVT) non cœliaque. La recherche des AAE-IgA dans les sérums de ces sujets était négative. Les auteurs ont suggéré que les AAE sont un marqueur, non pas de l'atrophie villositaire, mais bien de la maladie cœliaque, et que les mécanismes immunopathologiques des atrophies villositaires non cœliaques seraient distincts de ceux de la maladie cœliaque.

Certains auteurs [10, 16] ont trouvé une positivité des AAE-IgA en l'absence d'une atrophie villositaire et ont suggéré que les AAE-IgA sont un marqueur des formes latentes de maladie cœliaque. Maki et al. [3] et Troncone et al. [4] ont suivi des patients ayant des AAE-IgA en l'absence d'atrophie villositaire et montré que ces patients développeront par la suite une maladie cœliaque. Ils ont conclu que les AAE-IgA sont le meilleur prédicteur de l'évolution vers une AVT.

Il a été montré que la transglutaminase tissulaire est l'auto-antigène majeur reconnu par les anticorps anti-endomysium. La mise en évidence d'anticorps antitransglutaminase tissulaire par technique immunoenzymatique s'est avérée un test très sensible et très spécifique de la maladie cœliaque [17-19].

Au cours d'une enquête de dépistage de la maladie cœliaque dans une population saine, Pittschieler et Ladinser [15] ont trouvé une VPP de 100 % pour les AAE (recherchés sur cordon ombilical humain) et de seulement 12 % pour les AAG-IgA. Au cours de cette enquête [15], tous les patients ayant des AAG positifs mais des AAE négatifs ont une biopsie normale.

CONCLUSION

Les anticorps anti-endomysium de classe IgA constituent le meilleur marqueur pour le diagnostic de la maladie cœliaque. Les anticorps anti-réticuline de classe IgA, bien que très spécifiques, ne nous semblent pas utiles pour le diagnostic car ils ont une bien moindre sensibilité que les anticorps anti-endomysium.

Article reçu le 21 mai 1999, accepté le 2 septembre 1999.

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