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La biologie moléculaire au service de la virologie médicale quotidienne 1. Principes méthodologiques


Annales de Biologie Clinique. Volume 55, Numéro 1, 25-31, Janvier - Février 1997, Revues générales


Résumé   Summary  

Auteur(s) : P. Wattré, Service de virologie, CHRU, Institut Gernez-Rieux, place de Verdun, 59037 Lille cedex.

Résumé : Les méthodes de biologie moléculaire, en étant capables de détecter quelques copies de génome, permettent de déterminer de nouveaux paramètres pour répondre aux objectifs de la virologie quotidienne moderne de diagnostic, de pronostic, de mesure de la charge virale et de détection des résistances aux antiviraux en complément ou en association avec la culture cellulaire et la recherche des antigènes et des anticorps. Les techniques, basées sur la connaissance des génomes et de la réplication intracellulaire des virus et sur l'utilisation des outils du génie génétique, comportent l'hybridation moléculaire (dot-blot, southern-blot, hybridation en phase liquide, hybridation in situ), l'amplification enzymatique (PCR, PCR nichée, RT-PCR, NASBA, ADNb, PCR in situ, PCR multiplex), la quantification des génomes (PCR ou RT-PCR quantitative, NASBA, ADNb) et le génotypage (types viraux, mutants, variants). La révélation des fragments génomiques extraits, natifs ou amplifiés avec un nucléotide marqué (dUTP biotine ou dUTP digoxigénine), est effectuée par électrophorèse en gel suivie d'hybridation ou en microplaques par test colorimétrique enzymatique ou en biochimioluminescence.

Mots-clés : Virus - Amplification enzymatique - Hybridation moléculaire - Charge virale - Génotypage.

Illustrations

ARTICLE

Depuis Louis Pasteur et l'individualisation de la notion de « maladie virale », et durant tout le xxe siècle, n'ont cessé de se développer les connaissances sur les virus, leur épidémiologie, leurs effets pathogènes, les méthodes de diagnostic et de traitement. L'avènement en 1949, grâce à Enders, des cultures cellulaires a permis les premiers isolements viraux (entérovirus, herpèsvirus et adénovirus) ; le développement, dès 1960, des méthodes d'immunomarquage et des anticorps monoclonaux a favorisé les recherches d'anticorps et la détection antigénique, réduit les délais de réponse et permis l'identification de nouveaux virus. L'apparition, aux environs de 1980, des premières médications spécifiques antivirales est venue justifier si besoin en était la recherche des virus en pathologie quotidienne pour mieux en établir l'indication thérapeutique. Enfin, depuis 1985, les méthodes de biologie moléculaire se sont imposées à juste titre en complément ou en substitution des méthodes traditionnelles dans le diagnostic viral. Dans ce domaine une importance particulière doit être faite aux techniques d'amplification génomique initialement décrites par Saïki en 1985 [1].

La virologie médicale quotidienne doit répondre à des objectifs aussi variés que l'épidémiologie des viroses, le diagnostic précoce, rapide, sensible et spécifique d'infection virale, la prédiction et la confirmation de maladie virale, l'évaluation quantitative du risque et l'adaptation et le suivi de la thérapeutique. La plupart des critères biologiques utilisés à ces effets se trouvent profondément perturbés par la sensibilité particulière des sujets immunodéprimés à développer des infections virales souvent graves et d'apparence inhabituelle, notamment par réactivation de virus demeurés latents dans l'organisme et par transactivations réciproques de virus ou d'autres agents infectieux.

La culture cellulaire, qui demeure la méthode de référence pour détecter les virions réplicatifs et l'activité des antiviraux, est lourde et nécessite un prélèvement maintenu infectieux et des délais de réponse souvent longs. Elle est en défaut pour les virus non cultivables et pour les virions inactivés. Sa sensibilité est faible dans des fluides biologiques comme le liquide céphalo-rachidien (LCR) ou l'humeur aqueuse. Les détections antigéniques par immunofluorescence ou méthode immunoenzymatique manquent de sensibilité malgré un certain aspect semi-quantitatif et peuvent être en défaut lorsqu'existent des complexes immuns. Les anticorps sont d'apparition souvent différée dans l'infection aiguë et ils ne permettent guère, à quelques exceptions près, qu'un diagnostic rétrospectif. Toutefois, les IgM ont une forte valeur diagnostique dans la primo-infection rubéolique ou dans l'hépatite B en phase aiguë. La recherche et le dosage de cytokines comme l'interféron alpha sont des éléments d'orientation complémentaires dans les méningo-encéphalites virales, de même que le dosage de la protéine MxA, protéine antivirale synthétisée par la cellule sous l'effet de l'interféron, pourrait dans l'avenir être un marqueur de l'activité du traitement par interféron.

Par contre les méthodes de biologie moléculaire permettent, dans tous types de prélèvements, la détection de quelques copies du génome viral qui s'avèrent d'excellents marqueurs d'infection. L'identification par hybridation est un élément de spécificité absolue. La mesure de la charge virale par quantification génomique apporte des arguments prédictifs et de suivi évolutif qui faisaient défaut par ailleurs. La biologie moléculaire a permis également l'amélioration des antigènes utilisés en sérologie, l'obtention d'une nouvelle génération de vaccins, le génotypage des souches virales, la détection des mutations à l'origine des résistances aux antiviraux et l'établissement de la carte génomique de nouveaux virus.

Bien que nécessitant une particulière rigueur technique, la biologie moléculaire apporte beaucoup dans le diagnostic et la surveillance quotidienne des infections virales dans la mesure où le biologiste sait l'interpréter, en adapter les indications et se souvenir de l'existence de la latence, des variations et des mutations virales.

Les méthodologies de la biologie moléculaire s'intéressent d'abord aux génomes eux-mêmes puis aux messagers premiers produits de l'expression des gènes et enfin aux protéines fruits de leur traduction. Le développement considérable des applications en virologie est directement lié à la parfaite connaissance de la structure, de l'organisation et du fonctionnement du génome viral.

Les génomes viraux

À la différence des autres micro-organismes et des eucaryotes, les virus ne possèdent qu'un seul acide nucléique, désoxyribonucléique (ADN) ou ribonucléique (ARN), support de leur information génétique. Ces acides nucléiques sont directement ou indirectement infectieux comme l'ont montré les expériences de transfection.

L'ADN viral est le plus souvent bicaténaire et sa structure est celle de la double hélice où chaque brin est un enchaînement de désoxyribonucléotides formés d'une base purique (adénine : A, guanine : G) ou pyrimidique (cytosine : C, thymine : T) et d'un désoxyribose 5'phosphate. Toutes les chaînes commencent par un nucléotide avec une extrémité 5'OH et se terminent par un nucléotide avec une extrémité 3'OH. Les deux brins d'orientation opposée, antiparallèles par complémentarité des couples A = T et G = C, forment la double hélice. Les brins sont dissociables par dénaturation (par la chaleur) et se réassocient par hybridation, deux phases majeures utilisées en biologie moléculaire. L'ordre d'enchaînement des bases définit des codons de trois bases qui représentent les codes des acides aminés (code génétique). Il faut noter que dans les oligonucléotides de synthèse, l'uracile (U) peut remplacer la thymine.

L'ARN viral est généralement monocaténaire ou diploïde (rétrovirus) ; la structure des brins est analogue à celle de l'ADN avec l'uracile à la place de la thymine et un ribose au lieu du désoxyribose. Un ARN peut être copié en ADN monobrin par une enzyme, la transcriptase inverse (reverse transcriptase ou RT) à partir d'une amorce oligonucléotidique complémentaire de l'extrémité 3' ou d'un oligo dT apparié à la queue polyA en 3'. L'ARN viral positif est messager et directement infectieux ; il comporte une extrémité 5' coiffée (cap) et une extrémité 3' polyadénylée. L'ARN viral négatif ne peut être traduit qu'après transcription en brin positif par une ARN polymérase virale. L'ARN viral peut être segmenté (8 segments pour les myxovirus ; 11 segments pour les réovirus), ce qui favorise alors les recombinaisons génétiques et l'expression d'une grande variabilité. Enfin, chez les rétrovirus, chaque brin de l'ARN diploïde est copié en un ADN double brin capable d'intégration dans un gène cellulaire grâce à des séquences d'insertion aux extrémités des brins dénommées LTR (long terminal repeat) : ces virus sont alors présents simultanément sous leur forme native à ARN et sous une forme cellulaire provirale à ADN.

Les génomes viraux sont soit circulaires (papillomavirus) avec parfois deux brins d'inégale longueur (hepadnavirus), soit linéaires (majorité d'entre eux) avec cependant possibilité de circularisation par l'intermédiaire d'une protéine (adénovirus). Certains (herpèsvirus) possèdent deux régions L (long) et S (short) comportant à chaque extrémité des séquences répétitives inversées à l'origine de la circularisation et de la formation de quatre isoformes du génome.

Le poids moléculaire des génomes viraux humains varie de 2,5 à 15.106 d pour les virus à ARN et de 3 à 160.106 d pour les virus à ADN et leur taille de 7,5 kb (entérovirus) à 150 kpb (herpès simplex virus) ou 200 kpb (vaccine). Les génomes viraux sont organisés en gènes de structure (S) codant pour les glycoprotéines d'enveloppe et les protéines de capside et de core viral et en gènes non structuraux (NS) à l'origine notamment des enzymes de réplication (pol), de protéines de régulation (tax, rex, nef...) ou de transformation (produit de v-onc). Il est également fréquent de constater que, par mesure d'économie, en raison des tailles réduites des génomes viraux, une même zone peut être transcrite selon plusieurs régions de lectures ouvertes (ORF) et donner naissance à des protéines différentes (hepadnavirus) [2].

La réplication virale intracellulaire s'effectue en plusieurs étapes successives mettant en œuvre des ARNm très précoces inducteurs de protéines initiatrices de la réplication, puis des ARNm précoces à l'origine des enzymes de réplication et des ARNm tardifs donnant naissance aux protéines structurales (herpèsvirus). Dans la cellule permissive la totalité des étapes précédentes se déroule et aboutit à la formation et à la libération de nouveaux virions alors que dans les cellules non permissives ce mécanisme peut être interrompu à tout moment et il s'établit un état d'infection latente, chronique, lente ou abortive. Dans ces dernières éventualités, on peut alors détecter soit le génome viral en tout ou partie et parfois en plusieurs copies, soit des antigènes précoces sans qu'il y ait de production de virions infectieux. La cellule hôte ainsi infectée peut néanmoins transmettre l'infection virale (cytomégalovirus).

Les outils

Les outils du génie génétique utiles à l'étude des génomes viraux vont permettre dans un premier temps l'extraction des ADN et ARN, leur découpage, leur analyse fragmentaire, et leur séquençage et, dans un deuxième temps, la mise en évidence qualitative ou quantitative de fragments soigneusement choisis.

L'extraction

Les méthodes d'extraction, à partir de fluides biologiques cellulaires on non ou de fragments tissulaires homogénéisés par appareil de Potter, utilisent des tampons détergents en présence de protéinase K pour libérer les acides nucléiques dans le milieu et digérer les protéines associées. L'extraction des ADN est habituellement réalisée par le phénol associé au chloroforme ou à l'éther, suivie d'une concentration à l'alcool. Elle peut aussi être obtenue par lyse, ou par chauffage analogue à la décomplémentation du sérum, ce qui a pour effet de détruire les inhibiteurs non spécifiques de la taq-polymérase [3]. Il existe également des minicolonnes chargées négativement qui permettent une fixation-élution de l'ADN (Quiagen). L'extraction des ARN est beaucoup plus délicate en raison de leur extrême sensibilité aux RNAses omniprésentes : il est alors nécessaire d'ajouter à la technique précédente des inhibiteurs des RNAses. On peut utiliser un réactif commercial à base de sels de guanidium et de phénol (RNAzol) ou des billes magnétiques couplées à un poly-dT ou à une sonde pour extraire les ARN (Dynal). Une suspension de poudre de verre a aussi été proposée pour extraire ARN et ADN [4].

Les enzymes-outils

Les enzymes ont une place prépondérante dans toutes ces études. Les enzymes de restriction utilisées au laboratoire sont des endonucléases d'origine bactérienne coupant l'ADN double brin au niveau de séquences palindromiques spécifiques. Les fragments obtenus sont de taille réduite et peuvent ainsi être facilement analysés. La RT codée par le gène pol des rétrovirus transcrit l'ARN en ADN complémentaire (ADNc) dans le sens 3'---> 5'. Elle a aussi une activité de type RNase H qui détruit l'ARN dans les hybrides ARN-ADN. Elle est très utilisée pour la construction de banques d'ADNc et pour les techniques d'amplification en chaîne des ARN (RT-PCR). D'autres enzymes ont un rôle important : l'ADN polymérase I et le fragment de Klenow qui en dérive et la T4 ADN polymérase sont utilisées pour copier un ADN à partir d'une matrice. Les ARN polymérases transcrivent l'un des brins de l'ADN en un brin d'ARN (T7 ARN polymérase). La taq polymérase thermostable d'origine bactérienne (thermus aquaticus) réplique l'ADN dans des cycles opératoires stricts automatisés. Enfin DNases et RNases permettent d'éliminer respectivement l'ADN ou l'ARN contaminant des préparations biologiques.

La séparation

La séparation et l'étude analytique des fragments d'acides nucléiques obtenus sont mises en œuvre par électrophorèse en gel de polyacrylamide de 3,5 à 15 % pour des fragments de 20 à 2 000 pb ou d'agarose, de 0,6 à 1,5 % pour des fragments de 0,2 à 20 kb. L'adjonction de bromure d'éthidium permet l'observation du gel d'agarose sous UV et les marqueurs de masse moléculaire définissent la taille des fragments. Une variante appelée électrophorèse en champ pulsé permet d'analyser des fragments d'ADN supérieurs à 50 kb.

Les sondes

Les oligonucléotides de synthèse sont des fragments d'ADN de moins de 100 bases (généralement de 20 à 50), simple brin, facilement obtenus actuellement par des automates pilotés par microprocesseur. Une purification est souvent nécessaire pour les oligonucléotides de grande taille et lorsqu'ils sont marqués. Ces oligonucléotides sont utilisés comme amorces ou comme sondes spécifiques. L'oligonucléotide peut être marqué pour assurer son repérage et sa quantification. Les sondes peuvent également être obtenues par clonage. Le marquage au 32P est valablement remplacé par un marquage en 5' par la biotine (dUTP-biotine) ligand de l'avidine ou de la streptavidine à forte constante d'affinité qui est elle-même couplée à un fluorochrome, à une enzyme ou captée par un anticorps anti-avidine dont le signal est amplifié. D'autres alternatives sont soit l'utilisation d'un marquage par la digoxigénine (dUTP-digoxigénine) révélé par des anticorps anti-digoxigénine ou par un couplage en présence de glutaraldehyde à la peroxydase qui sera révélé rapidement sur film radiographique par bioluminescence grâce au luminol [5]. Des ribosondes (sondes à ARN) sont obtenues après clonage de l'ADN dans un vecteur. Elles ont une activité spécifique supérieure à celle des sondes à ADN et sont marquées grâce à l'incorporation d'ARN triphosphate radio-actif (35S).

Les techniques

L'hybridation moléculaire

Établie sur la complémentarité des bases nucléotidiques des acides nucléiques, l'hybridation moléculaire utilise des sondes nucléotidiques marquées qui se fixent électivement à la séquence cible. L'acide nucléique doit être extrait et immobilisé sur un support comme le nylon ou la nitrocellulose. Après lavage, l'hybride est révélé en fonction du marqueur utilisé. On dispose de plusieurs techniques [6] :

- L'hybridation sur tâche ou dot-blot se réalise directement sur l'échantillon déposé sur un filtre ; elle révèle la présence du fragment génomique.

- Dans le Southern-blot, l'hybridation s'effectue après digestion enzymatique de l'extrait, électrophorèse, dénaturation et transfert sur nitrocellulose ; le southern-blot a un aspect analytique (mise en évidence de fragments modifiés, de mutations ou de délétions) et semi-quantitatif ; une technique analogue existe pour les ARN (Northern-blot).

- L'hybridation en milieu liquide est suivie d'une étape de capture des hybrides sur un support et de la mesure du signal fonction du marqueur utilisé.

Ces trois tests requièrent des sondes de 18 à 25 bases.

- L'hybridation in situ se réalise sur coupes tissulaires ou sur cellules fixées ; elle permet d'associer l'étude de la morphologie et de la localisation ; elle nécessite une sonde de 50 bases environ. L'hybridation simple est peu sensible : elle ne détecte que 104 à 105 copies.

L'amplification enzymatique

La polymerase chain reaction (PCR) [7] est la technique la plus utilisée (figure 1). Après extraction et dénaturation de l'ADN ou après extraction et transcription inverse de l'ARN en ADNc, des amorces synthétiques s'hybrident à chaque extrémité des deux brins. La taq polymérase provoque l'élongation des brins en présence des quatre nucléotides en concentration suffisante. Cette succession de dénaturation-hybridation-élongation constitue les trois étapes d'un cycle qui se déroulent à des températures différentes dans un thermocycler ; le cycle sera renouvelé n fois (25 à 40) et permettra d'obtenir une population homogène de 2n copies de l'acide nucléique cible initial qui sera visualisée par électrophorèse et identifiée par hybridation. Cette méthode est très sensible et détecte quelques copies du génome viral. Toutefois la variabilité de certains gènes est à l'origine de fausses réactions négatives ; la contamination par des ADN étrangers, ou par des amplicons, est responsable de faux positifs ; la taq polymérase réalise de fréquentes erreurs de copies ; le choix de la zone à amplifier est fondamental : elle doit être spécifique, de taille suffisante et se situer dans une région hautement conservée. Il est indispensable de bloquer les activités enzymatiques indésirables dans l'échantillon, d'inclure dans chaque série des témoins positifs et négatifs, un témoin d'extraction, et de vérifier l'absence d'inhibiteurs de la taq polymérase. Pour ce faire, il est habituel de co-amplifier un fragment génomique d'un gène cellulaire constamment présent dans les fluides biologiques (gène de la beta-globine ou du système HLA) ou mieux un témoin analogue présent à quelques copies. Afin d'augmenter la spécificité il est possible de réaliser une nested-PCR (PCR nichée) ou une semi-nested PCR. Le principe consiste à pratiquer sur un aliquot du premier amplifiat une deuxième PCR en utilisant des amorces internes aux premières par rapport à la cible.

La PCR multiplex permet de pallier les inconvénients des faibles quantités des échantillons. Le principe consiste à réaliser sur un seul aliquot une amplification simultanée de fragments génomiques de différents virus grâce à l'utilisation d'amorces propres à chaque cible. La taille des fragments amplifiés est choisie de telle sorte qu'ils puissent être nettement séparés et identifiés par électrophorèse. Il est en outre indispensable de s'assurer qu'il n'y a pas autohybridation des amorces entre elles, que les températures d'élongation sont proches les unes des autres et que les conditions de salinité et de quantité de réactifs sont appropriées.

Il est parfois nécessaire d'associer à la sensibilité et à la spécificité de cette technique la localisation de l'acide nucléique cible au sein de la cellule ou du tissu intacts. On réalise alors une PCR suivie d'une hybridation in situ (PCR in situ) sur coupe tissulaire en paraffine ou sur frottis cellulaires obtenus par cytocentrifugation. Les coupes tissulaires en paraffine ou les cellules fixées sont déposées sur une lame. Après déparaffinage et traitement aux protéases, l'amplification est réalisée sur la lame par adjonction des réactifs habituels dans un puits spécialement adapté du thermocycler. La révélation de l'amplification est obtenue grâce à une sonde interne selon les mêmes protocoles colorimétriques que l'hybridation habituelle. Il est aussi possible de pratiquer une co-amplification de plusieurs cibles détectables grâce à des marqueurs différents [8].

La technique NASBA (nucleic acid sequence based amplification) permet d'amplifier indifféremment ADN ou ARN sans changement de température en employant une amorce promoteur pour la T7-ARN polymérase et la RT. Le rendement est supérieur à celui de la PCR mais a un risque accru d'amplifications parasites (figure 2).

La technique de l'ADN branché est basée sur un concept différent : au lieu d'amplifier la cible, c'est le le signal qui est amplifié par l'utilisation d'une sonde ramifiée dont chacun des bras du rameau est l'objet du processus de révélation. La réaction se fait en phase solide : après extraction de l'acide nucléique, hybridation avec un mélange de sondes spécifiques d'une part de la sonde de capture du support solide et, d'autre part, de l'ADN branché amplificateur, la révélation est obtenue grâce à la phosphatase alcaline en chimioluminescence (figure 3).

L'amplification est d'environ 1 500 à 1 800 fois par molécule cible. D'autres méthodes d'amplification enzymatique ont été décrites mais n'ont pas trouvé à ce jour d'application quotidienne en virologie médicale (ligase chain reaction : LCR ; Q beta replicase...).

La quantification des acides nucléiques

Elle est essentiellement mise en œuvre par trois méthodologies.

La méthode de PCR quantitative par compétition avec standard interne pour les ARN consiste à amplifier simultanément avec les mêmes amorces l'échantillon extrait et un standard interne synthétique ayant les mêmes séquences terminales que la cible mais une région centrale différente et plus courte et dont les détections différentielles pourront être obtenues par des sondes spécifiques. Il se produit alors une amplification compétitive entre la cible et le standard qui peut être mesurée et exprimée de façon linéaire. Dans le test Amplicor Monitor est incluse avant extraction une concentration unique de standard interne ARN. Après amplification (RT-PCR) des dilutions sériées des produits amplifiés sont hybridées en microplaques avec une sonde spécifique de la cible d'une part et une sonde spécifique du standard d'autre part. Après révélation par Elisa (peroxydase), le résultat est calculé en fonction des densités des signaux obtenus avec la cible et le standard et exprimé en nombre de copies d'ARN/ml ou en logarithme décimal (log10). La sensibilité du test est de 200 copies/ml.

Dans la méthode NASBA quantitative la quantification est réalisée en introduisant dans la réaction trois contrôles internes de séquences propres différentes de la cible et reconnues par des sondes spécifiques. Les signaux obtenus par luminescence permettent le calcul du nombre initial de copies de l'échantillon. La sensibilité de la technique est de l'ordre de 400 copies/ml.

La méthode de l'ADN branché est adaptée à la quantification en comparant le signal obtenu avec la cible à une courbe d'étalonnage établie à partir de témoins compris entre 104 et 107 copies. Un test plus sensible avec seuil de détection à 500 copies/ml a été développé.

Quelle que soit la méthode utilisée, l'extraction doit permettre l'élimination de tout inhibiteur ; la procédure doit être parfaitement standardisée sur des appareils d'excellente qualité de reproductibilité ; il doit exister une relation linéaire entre la quantité du produit amplifié et le nombre initial de copies et le test de détection doit assurer une relation linéaire entre la quantité du produit et la valeur du signal. Enfin le prix de revient de ces tests est élevé.

Le génotypage

Il est réalisé sur un fragment génomique isolé par PCR ou RT-PCR. Plusieurs protocoles sont utilisables :

- La PCR spécifique de type est réalisée sur une région choisie pour comporter les séquences spécifiques des types viraux connus avec une amorce universelle et une amorce type-spécifique et pour amplifier un fragment de taille différente pour chaque type. La technique peut être effectuée en un temps en mélangeant les réactifs ou, mieux, en autant de tests que de types recherchés. La révélation se fait par électrophorèse. Cette méthode ne prend en compte que les types connus ; elle est lourde à mettre en œuvre lorsqu'existent de nombreux types et sous-types.

- La PCR universelle consiste à faire une amplification avec des amorces universelles prenant en compte tous les types connus ou inconnus. Divers modes de révélation sont alors possibles : le produit d'amplification marqué à la biotine est hybridé sur un support contenant des sondes spécifiques des types connus et révélé par un conjugué streptavidine phosphatase alcaline ; le produit d'amplification est soumis à l'action d'endonucléases choisies pour obtenir des fragments de tailles différentes et séparables par électrophorèse pour chaque type ou sous-type ; les produits d'amplification sont séquencés par méthode de Sanger. On obtient une résolution au niveau du nucléotide. C'est la méthode de référence encore réservée à la recherche.

REFERENCES

1. Saïki RK, Scharf S, Faloona F, Mullis KB, Horn GT, Erlich HA. Enzymatic amplification of beta-globine genome sequences and restriction site analysis for diagnosis of sikle cell anemia. Science 1985 ; 230 : 1350-4.

2. Girard M, Hirth L. Viro1ogie moléculaire, Paris, Doin éd., 1989.

3. Frickhofen N, Young NS. A rapid method of sample preparation for detection of DNA viruses in human serum by PCR. J Virol Methods 1991 ; 35 : 65-72.

4. Yamada O, Matsumoto T, Nakashima M, Hagari H, Kamahora T, Ueyama H, Kishi Y, Uemura H, Kurimura T. A new method for extracting DNA and RNA for PCR. J Virol Methods 1990 ; 27 : 203-10.

5. Champiat D, Larpent JP. Biochimiluminescence. Principes et applications. Paris, Masson édit, 1993.

6. Kaplan JC, Delpech M. Biologie moléculaire et médecine. 2e édition, Paris, Médecine Sciences Flammarion édit, 1993.

7. Innis MA, Gelfand DH, Sninsky JJ, White JJ. PCR protocols. A guide to methods and applications. London, Academic Press edit, 1990.

8 Nuovo GJ. PCR in situ hybridization. Protocols and applications. 2nd edit, New York, Raven Press, 1994.


 

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