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Interférence des solutions de remplissage vasculaire à base de gélatine sur le dosage des protéines urinaires totales : comparaison de deux techniques de dosage automatisées


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 1, 108-9, Janvier - Février 1999, Lettre à la revue


Résumé  

Auteur(s) : T. Le Bricon, S. Boudaoud, A. Chenebit, D. Viguier, D. Erlich, B. Bousquet, Laboratoires de biochimie A et B., Hôpital Saint-Louis, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75010 Paris..

Résumé : Le dosage des protéines urinaires est effectué dans la plupart des laboratoires d'analyses par des méthodes utilisant la fixation de colorants sur les protéines. Du fait de sa sensibilité, de son automatisation aisée et de son faible coût, la technique au rouge de pyrogallol-molybdate s'est rapidement imposée comme une méthode de choix [1].

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ARTICLE

Le dosage des protéines urinaires est effectué dans la plupart des laboratoires d'analyses par des méthodes utilisant la fixation de colorants sur les protéines. Du fait de sa sensibilité, de son automatisation aisée et de son faible coût, la technique au rouge de pyrogallol-molybdate s'est rapidement imposée comme une méthode de choix [1].

Cependant, des interférences sur le dosage des protéines urinaires totales par cette technique existent avec des peptones, certains antibiotiques, des acides biliaires, et en particulier avec la gélatine [2]. Cette interférence constatée in vitro pourrait rester sans conséquence pour la pratique quotidienne, mais les solutés à base de gélatine sont fréquemment utilisés en médecine d'urgence et en réanimation comme produit de remplissage vasculaire [3]. De plus, leur élimination est essentiellement rénale (75 % sont filtrés par le glomérule).

Le remplissage vasculaire a pour objet de corriger rapidement toute hypovolémie, afin de prévenir les atteintes microcirculatoires dont le risque majeur est le développement d'un syndrome de défaillance multiviscérale pouvant entraîner le décès du patient. En situation aiguë, les colloïdes artificiels (dextrans, hydro-
xyéthylamidon et gélatines) sont préférés aux cristalloïdes (Ringer, sérum salé) du fait de leur meilleur pouvoir d'expansion volémique. Les gélatines sont très utilisées en réanimation, car elles réalisent une expansion volémique égale au volume perfusé pendant 4 h (moins de 2 h pour les cristalloïdes). Elles n'ont pas les effets secondaires sur l'hémostase ou la fonction rénale des dextrans ou des hydroxyéthylamidon de bas PM (Elohes®). Le soluté le plus utilisé est le Plasmion® (Roger Bellon), solution à 30 g/l de gélatine fluide modifiée pour infusion intraveineuse (excipient Ringer). Les autres produits dérivés utilisés en réanimation sont l'Haemacel® et le Plasmagel®.

Contrairement au rouge de pyrogallol, certaines techniques de dosage des protéines urinaires n'interféreraient pas avec la gélatine, comme le bleu de coomassie adapté sur un appareil Cobas Fara II (Roche) [4]. Nous avons pour notre part évalué une technique par précipitation à l'acide trichloracétique à 20 % automatisée sur un néphélémètre laser BNII (Behring) [5]. Les prélèvements des urines de 24 h de sujets hospitalisés à l'hôpital Saint-Louis (hors services de réanimation) ont été recueillis sur des tubes Monovette® de 25 ml sans additif (Starsted). Les échantillons ont été centrifugés 5 minutes à 1 500 g (4 °C) avant analyse par la technique au rouge de pyrogallol-SDS (Merck Clevenot) adapté sur un automate Hitachi 747 (Boehringer). Nous avons sélectionné 20 échantillons urinaires dont la protéinurie était comprise entre 0 et 1 g/l (moyenne : 0,39 g/l). Ils ont ensuite été dilués au demi avec du Plasmion® et analysés en parallèle par la technique au rouge de pyrogallol-SDS et par la technique par précipitation. Les résultats sont exprimés en g/l (figure 1) et % des valeurs sans Plasmion®, après correction par le facteur de dilution.

Les résultats obtenus avec le rouge de pyrogallol se situent entre 2,6 et 3,2 g/l, avec une variation par rapport aux valeurs sans Plasmion® comprise entre + 381 % et + 1 678 %. L'intensité de cette variation (ou % d'interférence) varie bien sûr en fonction des concentrations en protéines de l'échantillon avant surcharge. Les résultats obtenus avec la technique par précipitation sont compris entre 0,3 et 1,1 g/l. Par rapport aux valeurs sans Plasmion®, la variation est comprise entre + 4 % et + 30 % (moyenne : + 13 %). Quatre échantillons ont des concentrations inférieures à la limite de détection de la méthode après dilution avec le Plasmion® (concentrations initiales < 0,15 g/l).

Nos résultats soulignent l'importance du choix de la méthode de dosage des protéines urinaires totales, en particulier en milieu hospitalier. Une protéinurie pathologique chez un malade de réanimation devra conduire à la plus grande prudence et à s'informer auprès du clinicien d'un éventuel remplissage vasculaire par des produits à base de gélatine. Leur élimination rénale est en effet responsable d'une protéinurie de surcharge exogène pouvant atteindre, dans notre expérience, jusqu'à 10 g/l lorsque le rouge de pyrogallol est utilisé. En revanche, la technique par précipitation à l'acide trichloracétique n'est pas sensible à l'interférence avec les gélatines et permet dans ce type de situation un dosage fiable de la protéinurie.

REFERENCES

1. Orsonneau JL, Douet P, Massoubre C, Lustenberger P, Bernard S. An improved pyrogallol red-molybdate method for determining total urinary protein. Clin Chem 1989 ; 35 : 2233-6.

2. Macart M, Forzy G, Gerbaut L, Vekeich AJ, Guilbaud JC. Measuring urinary protein with the new Biorad reagent kit : evaluation and comparison with five other methods. Ann Biol Clin 1994 ; 52 : 355-60.

3. 4e réunion de consensus en réanimation et médecine d'urgence. Réanimation Soins Intensifs Médecine d'urgence 1989 ; 5 : 295-336.

4. Pena C, Martinez-Bru C, Homs R, Planelle T, Cortes M. Effect of plasma replacement therapy on determinations of urine protein concentration. Clin Chem 1998 ; 44 : 359-60.

5. Le Bricon T, Erlich D, Dussaucy M, Garnier JP, Bousquet B. Dosage des protéines urinaires totales. Étude comparative des techniques automatisées à l'acide trichloracétique et au rouge de pyrogallol pour les échantillons contenant des chaînes légères monclonales. Ann Biol Clin 1998 ; 56 : 719-23.


 

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