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Journée scientifique du laboratoire Marcel-Mérieux


Annales de Biologie Clinique. Volume 59, Numéro 3, 354-7, Mai - Juin 2001, Compte rendu de congrès



Auteur(s) : G. Chyderiotis, Laboratoire Marcel-Mérieux, avenue Tony-Garnier, 69007 Lyon..

ARTICLE

Résumés recueillis par : G. Chyderiotis *

* Laboratoire Marcel-Mérieux, avenue Tony-Garnier, 69007 Lyon.

Le conseil scientifique du laboratoire Marcel Mérieux a été créé en 1998 à l'initiative du docteur Charles Mérieux pour favoriser les échanges, la recherche et le développement entre les équipes hospitalo-universitaires et les biologistes du laboratoire.

Depuis, il s'est réuni à plusieurs reprises dans l'amphithéâtre Louis Pasteur du laboratoire. Cette année, l'audience de cette manifestation s'est élargie puisque, le 26 janvier 2001, dans le grand amphithéâtre de l'École normale supérieure de Lyon, ont été invités plus de 3 000 biologistes, pour la première « Journée scientifique du laboratoire Marcel-Mérieux ».

Le docteur Charles Mérieux qui devait présider cette manifestation, nous a malheureusement quitté la semaine précédente et Messieurs Alain Mérieux, Jean-Louis Oger et les conférenciers ont rendu hommage à cet homme d'exception.

Nous souhaitons que cette journée puisse, en abordant des sujets d'actualité et de prospective, devenir un moment de rencontre régulier et privilégié entre biologistes.

Les virus des fièvres hémorragiques

V. Deubel.

Centre de recherche Mérieux-Pasteur à Lyon

La plupart des fièvres hémorragiques sont dues à des virus que l'on appelle aujourd'hui émergents ou réémergents. Les virus des fièvres hémorragiques appartiennent à quatre familles différentes (Arenaviridae, Filoviridae, Bunyaviridae, Flaviviridae) mais présentent plusieurs caractéristiques communes.

Les virus se maintiennent dans un hôte animal ou dans un insecte, appelé réservoir naturel. Ils circulent généralement selon un cycle enzootique car ils infectent l'animal et n'infectent l'homme qu'occasionnellement. Les virus sont transmis à l'homme par des arthropodes hématophages (arbovirus) ou par des micromammifères, principalement des rats. Les perturbations, généralement provoquées par l'homme, des écosystèmes dans lesquels ces virus circulent sont à l'origine des émergences.

S'ils ont des structures et des stratégies de réplication et de transmission qui sont propres, ces virus des fièvres hémorragiques possèdent un génome à ARN et une enveloppe lipidique dans laquelle sont fichées des glycoprotéines virales indispensables à la reconnaissance des récepteurs cellulaires puis à leur internalisation dans la cellule.

Il existe chez les virus des fièvres hémorragiques des similitudes sémiologiques qui peuvent être à l'origine des confusions cliniques et biologiques rapportées lors de cas isolés ou au tout début d'épidémie. Après une période d'incubation de 3 à 7 jours mais pouvant atteindre 3 semaines, les virus provoquent très souvent une fièvre pseudogrippale, accompagnée ou non de manifestations éruptives ou hémorragiques, et pouvant aboutir à des complications cardiovasculaires, digestives, neurologiques, pulmonaires ou rénales. Dans les cas les plus graves, le malade meurt d'hémorragies internes, de défaillance multiviscérale, mais le plus souvent de choc hypovolémique. La mortalité lors de telles pathologies est généralement supérieure à 10 % et peut atteindre 80 %. Cependant, certains sujets infectés peuvent demeurer totalement asymptomatiques.

Les mécanismes moléculaires de la pathogenèse associée aux virus des fièvres hémorragiques sont loin d'être résolus d'une part, parce que le seul modèle animal est le primate non humain et, d'autre part, parce que les conditions d'étude de ces virus nécessitent un laboratoire de haute sécurité de type P4. Des avancées récentes dans la connaissance des marqueurs moléculaires de la virulence de certains virus et dans les mécanismes d'activation des cellules hôtes infectées indiquent que le tropisme cellulaire et la réponse inflammatoire sont des facteurs importants dans l'expression de la maladie.

La confirmation de l'étiologie virale ne peut être apportée que par l'isolement de l'agent causal, soit par inoculation à des cellules en culture et à des rongeurs, soit par la caractérisation d'éléments viraux. Les tests les plus spécifiques et rapides sont l'immunocapture d'antigènes viraux et la RT-PCR. L'apparition d'anticorps de type IgM est généralement tardive, voire absente dans les formes mortelles avec certains virus, et procure des réactions croisées au sein d'une même famille virale.

La rapidité du diagnostic virologique des fièvres hémorragiques est un élément primordial dans la prise en charge du malade par le personnel médical. Dans la majorité des cas, le traitement est symptomatique. Il est représenté par une réhydratation et un traitement du choc hypovolémique. Mis à part le traitement par la ribavirine qui a montré une efficacité certaine chez de nombreux malades atteints par la fièvre de Lassa, les traitements sont assez décevants. L'immunothérapie n'a pas montré son efficacité jusqu'à présent.

Une meilleure connaissance de la physiopathologie des fièvres hémorragiques et des mécanismes portant atteinte aux cellules cibles ou conduisant au syndrome hémorragique et au choc hypovolémique, ouvrira de nouvelles voies pour tenter de combattre efficacement ces maladies. Une approche pluridisciplinaire, rassemblant les études du virus, de ses hôtes et de son environnement, reste indispensable à l'étude approfondie de ces maladies.

Données récentes sur l'aide médicale à la procréation : du diagnostic pré-implantatoire aux cellules souches

Y. Ménézo.

Laboratoire Marcel-Mérieux, Lyon

Au tout début des années 1980, la fécondation in vitro avait d'abord pour objet de traiter l'infertilité féminine, essentiellement liée à l'obstruction des trompes. Par la suite, les anomalies plutôt mineures du sperme ont pu être corrigées par cette technique. L'ICSI, micro-injection intraovocytaire du spermatozoïde (ICSI) a permis de dépasser les stérilités d'origine masculine plus sévères, sans pour autant permettre de toutes les résoudre.

La technique de culture prolongée jusqu'au stade blastocyste permet de réaliser une sélection des meilleurs embryons in vitro. Les embryons sont alors transférés 5 à 6 jours après la mise en fécondation, ils ont 100 à 200 cellules. Cette technique a permis de réduire le nombre des embryons replacés et par là même de réduire les grossesses multiples de rang élevé.

Des facteurs maternels et paternels associés ou non (épigénétiques), à des problèmes cytogénétiques, affectent la formation des blastocystes. Cette technologie permet, pour une partie des couples porteurs de translocations, d'éviter un diagnostic pré-conceptionnel et/ou pré-implantatoire.

Le diagnostic pré-conceptionnel consiste à réaliser une étude sur le(s) globule(s) polaire(s). Le diagnostic pré-implantatoire (DPI) fait intervenir une biopsie de deux blastomères d'un embryon à 8 cellules obtenus 72 heures post micro-injection. Les blastomères biopsiés sont analysés soit par hybridation in situ fluorescente (FISH), pour les risques chromosomiques, soit par génétique moléculaire. Le DPI peut être réalisé sur des biopsies au stade blastocyste : cette technique permet, du fait du plus grand nombre de cellules prélevées, de réduire les risques d'artefacts. Près de 1 000 DPIs ont été réalisés en Europe ces trois dernières années et probablement un nombre identique pour le reste du monde.

Les blastocystes sont à l'origine des cellules souches totipotentes : elles sont dérivées des cellules du bouton embryonnaire et susceptibles de se développer et de se différencier en tous types de tissus, pour peu que les facteurs de croissance et de différenciations soient parfaitement identifiés. Elles ont été isolées et cultivées notamment par des équipes américaines, australiennes et israéliennes. Des premières différenciations en cellules nerveuses ont été ébauchées. Elles peuvent être ainsi considérées comme des outils thérapeutiques majeurs de « réparation » d'organes lésés. Elles constituent par ailleurs, des vecteurs d'intérêt capital pour la thérapie génique.

Génétique, hémostase et thromboses veineuses

M. Samama.

Laboratoire LCL, Paris

L'essor des techniques moléculaires appliquées à la génétique humaine remonte au début des années 1980 et a permis en moins de 20 ans d'aboutir au séquençage complet du génome humain. Dans le domaine clinique, les connaissances qui découlent du séquençage du génome humain seront à l'origine de nouveaux tests génétiques qui modifieront profondément les pratiques médicales. Ces tests génétiques permettent déjà de confirmer un diagnostic ou d'anticiper la survenue d'une maladie. L'hémostase et la thrombose ont bénéficié de ces progrès.

Le caractère génétique et l'expression particulière dans le sexe masculin de maladies hémorragiques telles que l'hémophilie étaient déjà bien connues bien avant les lois de Mendel datant de 1866. En revanche, dans les thrombophilies héréditaires, le rôle d'une altération de la coagulation, longtemps soupçonné, n'a pu être affirmé pour la première fois qu'en 1965.

La biologie moléculaire a fait son entrée en hémostase et thrombose avec la découverte de la mutation homozygote du fibrinogène Detroit en 1968 responsable d'une dysfibrinogénémie.

Depuis, de nombreuses mutations et polymorphismes ont été décrits pour chaque facteur de la coagulation rendus souvent responsables de phénotypes pathologiques avec une altération qualitative et/ou quantitative de la synthèse de ces différentes glycoprotéines. Ces travaux ont apporté une aide appréciable au diagnostic et ont, souvent, permis de comprendre le déterminisme d'observations aussi surprenantes que l'hémophilie féminine ou le caractère sporadique de certaines hémophilies.

Plus récemment, une douzaine d'altérations génétiques responsables d'une prédisposition aux accidents thrombo-emboliques veineux a été identifiée permettant d'expliquer plus d'un tiers des accidents jugés souvent insolites. D'autres mutations restent à découvrir.

La mutation porte sur les gènes des inhibiteurs physiologiques de la coagulation, antithrombine, protéine C, protéine S ou sur les gènes des facteurs procoagulants, soit en diminuant leur sensibilité aux inhibiteurs physiologiques (facteur V), soit en entraînant une synthèse exagérée (facteur II ou prothrombine, facteur VIII, facteur IX, facteur XI). Toutefois, une origine génétique n'a pas été prouvée à l'heure actuelle pour les facteurs VIII, IX et XI.

Dans leur ensemble, l'expression clinique des thrombophilies est liée à l'existence d'anomalies monogéniques ou multigéniques présentes à l'état hétérozygote ou homozygote. La présence soupçonnée de gènes protecteurs, à côté des mutations prothrombotiques, pourrait expliquer l'hétérogénéité de l'expression clinique des thromboses aussi bien veineuses qu'artérielles.

Une nouvelle avancée de la biologie moléculaire a permis de résoudre une véritable énigme relative au double déficit héréditaire en facteur V et en facteur VIII. En effet, la fréquence de ce double déficit était supérieure à celle attendue compte tenu de la rareté de chacun de ces deux déficits isolés ; par ailleurs, aucune anomalie sur le gène des facteurs V et VIII n'était observée. Dès 1998, la biologie moléculaire apporte une solution en impliquant une mutation au niveau d'une lectine chaperon, ERGIC 53 (endoplasmic reticulum Golgi intermediate compartment). Celle-ci joue un rôle important, quoique non exclusif dans le trafic intracellulaire des protéines. Ainsi, pour la première fois, un déficit héréditaire en facteur de la coagulation n'est pas lié à une altération de son gène spécifique, mais à une mutation d'un gène différent intervenant dans le transport de glycoprotéines (facteur V et facteur VIII) véhiculés dans le compartiment intracellulaire avant d'être sécrétés hors de la cellule.

D'un point de vue très pratique, en laboratoire d'analyses spécialisées, deux groupes d'altérations doivent être distingués :

- celles dont la localisation invariable sur le gène considéré, telles les thrombophilies facteur V Leiden ou facteur II, rend le diagnostic aisé ;

- celles dont les mutations nombreuses telles l'antithrombine, la protéine C ou la protéine S pour lesquelles l'aide diagnostique, quoique essentielle, dans l'interprétation des niveaux plasmatiques en zone douteuse relève encore de rares laboratoires de recherche.

Ainsi, l'avancée de la médecine est étroitement liée à celle de notre discipline. Le rôle du biologiste ne doit pas se limiter à la mesure de paramètres biologiques. Il est valorisé par sa participation incontournable au diagnostic de certaines affections.

Génétique et cancer : « Qu'avons-nous appris par l'étude génétique dans les formes familiales du cancer du sein et de la thyroïde ? »

G. Lenoir.

IRC, Lyon ; Institut Gustave-Roussy, Villejuif

Entre la génétique et le cancer, les liens sont indissociables : tous les cancers résultent de l'accumulation de mutations somatiques conduisant un clone cellulaire à proliférer de façon anarchique. La grande majorité des cancers sont considérés comme sporadiques. La notion de prédisposition génétique au cancer doit être considérée dans trois grands cadres. Le premier est celui des syndromes héréditaires prédisposant au cancer. Pour ces syndromes clairement identifiés phénotypiquement et génétiquement, le cancer peut être soit l'élément primordial, soit une complication de la maladie héréditaire. Les exemples les mieux connus sont : la neurofibromatose de type 1 (ou maladie de von Recklinghausen), la polypose adénomateuse familiale, les néoplasies endocriniennes multiples de type 1 ou 2, mais aussi le xeroderma pigmentosum, ou l'ataxie télangiectasie. Le deuxième cadre est celui des formes familiales de cancer. Il s'agit le plus souvent d'agrégations de cancers fréquents dans la population générale. Parfois un seul type de cancer est impliqué, dans d'autres cas, des localisations extrêmement variées sont associées.

Par comparaison aux syndromes, la difficulté vient ici du fait que l'on ne dispose pas d'autres associations phénotypiques, d'autres indicateurs de la prédisposition héréditaire. Pour la plupart des cancers, des agrégations familiales pouvant résulter d'une prédisposition génétique ont été rapportées. C'est le cas en particulier pour les cancers du sein, de l'ovaire, du côlon, de la prostate et aussi du mélanome. Le troisième cadre des prédispositions génétiques au cancer est celui correspondant à la notion de terrain, de « susceptibilité » : dans ces cas, pas d'aspect familial pouvant servir d'indicateur à la prédisposition héréditaire. Parmi les mécanismes de prédisposition impliqués dans ce cadre, on peut citer les polymorphismes des systèmes métaboliques de détoxification des carcinogènes ou de réparation de l'ADN, qui feront que pour une exposition donnée à des carcinogènes, deux individus pourront subir des conséquences néfastes à des degrés très divers.

Au cours des 10 dernières années, les bases moléculaires et génétiques des syndromes héréditaires prédisposant au cancer et d'une grande partie des formes familiales majeures de cancer ont été élucidées. D'un point de vue fondamental, cela a conduit à revoir complètement les voies essentielles du déterminisme du cancer. Quelles sont les implications médicales ? On peut tout d'abord espérer que l'identification des bases moléculaires des prédispositions au cancer puisse conduire à des démarches thérapeutiques nouvelles, mais c'est surtout dans le domaine du dépistage et de la prévention que les retombées sont immédiates. Un nouveau volet de la génétique médicale prend une importance certaine : l'oncogénétique. Les découvertes des gènes de prédisposition au cancer du sein, au cancer du côlon, ont permis de définir de nouveaux syndromes.

On peut alors, dans certains cas, par la recherche de mutations germinales délétères, proposer aux individus appartenant à des familles à haut risque une surveillance adaptée, basée sur une quantification du risque qui n'est plus empirique.

La compréhension des bases physiopathogéniques des prédispositions pourra-t-elle conduire aussi à des stratégies de chimioprévention rationnelles : cela n'est pas impossible. Ce nouveau volet de la génétique voit juste le jour. À l'aide d'exemples comme ceux des formes familiales de cancer médullaire de la thyroïde, ou de cancer du sein, nous aborderons l'intérêt et les limites du dépistage génétique pour ces pathologies.


 

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