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Détection de l’adn des papillomavirus humains par hybridation moléculaire en tube : intérêt dans les dysplasies cervicales


Annales de Biologie Clinique. Volume 57, Numéro 5, 589-93, Septembre - Octobre 1999, De mémoire d'interne


Résumé   Summary  

Auteur(s) : N. Bellagra, D. Hober, Y. Idrissi, A. Dewilde, A.C. Laussel Reira, F. Boman, J.-L. Leroy, P. Wattré, Laboratoire de virologie, Institut Gernez-Rieux, CHU, 59037 Lille Cedex.

Résumé : L’ADN des papillomavirus humains (HPV) a été recherché, à partir de 79 écouvillons cervico-vaginaux provenant de 70 patientes, à l’aide d’une technique d’hybridation moléculaire en tube. Les résultats obtenus ont été comparés à ceux des examens cytologiques et histologiques. La technique d’hybridation moléculaire en tube (Hybrid Capture® I) détecte deux groupes de HPV, un groupe à haut risque pour l’apparition des lésions dysplasiques (types 16, 18, 31, 33, 35, 45, 51, 52, 56) et un groupe à bas risque (types 6, 11, 42, 43, 44). Parmi les 42 patientes avec lésions cervicales non traitées, l’ADN du HPV à haut risque a été détecté chez 50 % de celles présentant des lésions cytologiques de bas grade et chez 90 % de celles présentant des lésions de haut grade. Au total, sur les 42 patientes présentant des lésions histologiques, 32 étaient infectées par des HPV, soit 76 %. L’ADN viral a été recherché chez 9 patientes avec des dysplasies de haut grade (7/9) ou dysplasies de bas grade (2/9) avant et après traitement. L’ADN des HPV n’est détectable chez aucune des patientes traitées. La mise en évidence de l’ADN des HPV par hybridation moléculaire en tube est simple, sensible, standardisée, peu coûteuse et s’adapte bien au dépistage de routine. La détection de l’ADN des HPV peut être utile en complément du frottis cervico-vaginal, dans la surveillance des lésions équivoques et dans le suivi des traitements.

Mots-clés : HPV - Hybridation moléculaire - Lésions cervicales.

Illustrations

ARTICLE

Les papillomavirus humains (HPV), décrits en 1954 comme agents responsables des condylomes génitaux [1], sont des virus de la famille des Papovaviridae, non enveloppés, de 45 à 50 nm de diamètre, de symétrie icosaédrique (72 capsomères), dont le génome est une molécule d'ADN bicaténaire circulaire d'environ 8 000 paires de bases. Le génome viral code, entre autres, des oncoprotéines non structurales avec cinq gènes essentiels. Les gènes E5, E6 et E7 sont impliqués dans les mécanismes d'immortalisation et de transformation de la cellule hôte [2].

Les données épidémiologiques montrent que, dans plus de 80 % des cas, l'infection à HPV est asymptomatique ou se traduit par des lésions transitoires régressant spontanément et évolue vers la guérison, conférant un état d'immunité acquise. Et ce n'est que dans 10 à 20% des cas que les lésions ano-génitales vont persister et évoluer en néoplasies cervicales [3]. Les lésions bénignes sont associées à des HPV dits à bas risque (types 6, 11, 42, 43, 44) et les lésions précancéreuses et cancéreuses à des HPV dits à haut risque (types 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59, 68). Il est désormais admis que ces virus ont une transmission sexuelle prédominante [4, 5] et qu'en Europe les HPV 16 et 18 jouent un rôle étiologique dans la grande majorité des cancers du col utérin [6]. Ainsi l'infection à HPV pose un réel problème de santé publique et sa prévalence demeure élevée, en particulier chez les femmes jeunes. L'incidence du cancer du col en France est de 28 pour 100 000 femmes par an avec une mortalité de 3/100 000 [7].

Depuis l'introduction des programmes de dépistage par frottis cervico-vaginaux, une réduction majeure de l'incidence de la mortalité par cancer du col a été observée [8]. Toutefois, le diagnostic des lésions du col, reposant sur le trépied cytologie-colposcopie-histologie, est parfois mis en défaut du fait d'une couverture insuffisante de la population cible et d'une prise en charge inadaptée en cas de frottis anormaux. La sensibilité du dépistage cytologique dépend de la qualité des prélèvements et des faux résultats négatifs qui en découlent. De plus, la détection des HPV potentiellement oncogènes peut servir de marqueur de risque chez des patientes présentant des frottis anormaux.

Le virus n'est pas cultivable in vitro et les résultats de la sérologie présentent un intérêt diagnostique et pronostique très controversé [9]. Le diagnostic virologique repose donc essentiellement sur la recherche de l'ADN des HPV à partir d'écouvillons cervico-vaginaux et de fragments de biopsie. L'objectif de notre travail était d'une part d'évaluer une méthode d'hybridation moléculaire en tube avec amplification du signal chimioluminescent pour la détection de l'ADN des HPV et de confronter les résultats obtenus avec ceux de la cytologie et de l'histologie, et d'autre part, de mieux cerner la place de la recherche de l'ADN des HPV dans le dépistage et le suivi des cancers du col de l'utérus.

Matériel et méthodes

Patients

Soixante-dix patientes ont été incluses dans l'étude et réparties en trois groupes (tableau 1). Le premier groupe était constitué de 42 patientes présentant des lésions cervicales et qui n'avaient pas encore été traitées. Quatorze avaient des dysplasies de grade 1 et/ou des condylomes (CIN1/condylomes), 27 des dysplasies de grade 2 et/ou de grade 3 (CIN2/3) et 1 un cancer invasif. La recherche de l'ADN des HPV a été effectuée après l'obtention des résultats des examens cytologiques. Le deuxième groupe comportait 25 patientes qui avaient subi un traitement pour CIN1/condylomes (12 cas), CIN2/3 (12 cas) et adénocarcinome in situ (1 cas). Le troisième groupe comportait 3 patientes présentant des lésions extracervicales (vulvaire, vaginale et anale) et qui n'avaient pas encore été traitées.

Chez 9 patientes, nous avons pu réaliser la recherche du virus avant et après traitement.

Au total, 79 prélèvements ont été réalisés. Il s'agissait d'écouvillons cervicaux envoyés dans un 1 ml milieu de transport spécial (Digène) avec conservateur pour retarder la croissance bactérienne et pour maintenir l'intégrité de l'ADN. Les échantillons peuvent être conservés pendant deux semaines à température ambiante et transportés sans réfrigération jusqu'au laboratoire. Au laboratoire, les échantillons étaient conservés à ­ 20 °C jusqu'à la mise en œuvre de la réaction.

Méthodes

La détection de l'ADN des HPV est réalisée à l'aide de la trousse Hybrid Capture® I (HCT-I) (Digène) qui est un test d'hybridation moléculaire en tube, avec amplification du signal chimioluminescent. Les échantillons (milieu de transport avec écouvillon) sont décongélés à température ambiante et homogénéisés à l'aide d'un agitateur pendant 5 s ; 500 ml de réactif de dénaturation sont distribués dans 1 ml d'échantillon (milieu de transport avec écouvillon) et incubés à 65 °C pendant 45 min. Pendant l'incubation, les tubes d'hybridation sont préparés, en distribuant, dans le tube A 50 ml de la sonde HPV A (groupe de sondes ARN des HPV 6, 11, 42, 43, 44) et dans le tube B, 50 ml de la sonde HPV B (groupe de sondes ARN des HPV 16, 18, 31, 33, 35, 45, 51, 52, 56). Dans ces tubes sont rajoutés 150 ml d'échantillons dénaturés. Ils sont ensuite incubés à 65 °C pendant 45 min. Les échantillons sont ensuite transférés dans des tubes contenant des anticorps antihybrides ARN-ADN fixés (tubes de capture) qui sont mis en agitation à 1 100 rpm à 25 °C pendant 65 min. À ce stade, les hybrides ARN-ADN résultants sont capturés par les anticorps antihybrides. Les tubes sont ensuite décantés et essuyés ; 250 ml d'anticorps antihybrides ARN-ADN conjugués à la phosphatase alcaline sont ajoutés et incubés à 25 °C pendant 30 min. Durant cette phase, les hybrides ARN-ADN immobilisés réagissent avec l'anticorps conjugué. Et 250 ml de substrat chimioluminescent (LumiPhos® 530) sont ajoutés, puis incubés à 25 °C pendant 30 min. Les tubes sont soigneusement essuyés, puis lus au luminomètre DCR-1 (Digène) qui mesure la radiation lumineuse émise par le substrat, clivé par la phosphatase alcaline. L'intensité de la lumière émise, exprimée en unités RLU (relative lights units), est proportionnelle à la quantité d'ADN cible présente dans l'échantillon.

Résultats

Patientes avec des lésions cervicales non traitées

Chez les patientes présentant des lésions cytologiques intraépithéliales de bas grade (LBG), nous avons détecté dans 5 cas des HPV à haut risque, dans 1 cas des HPV à bas risque et dans 2 cas à la fois des HPV à haut risque et à bas risque. Parmi 27 patientes présentant des lésions cytologiques intraépithéliales de haut grade (LHG), nous avons mis en évidence dans 23 cas des HPV à haut risque et dans 1 cas à la fois des HPV à haut risque et à bas risque (tableau 2). Ainsi, des HPV à haut risque sont retrouvés chez près de 50 % des patientes avec des LBG et chez 90 % des patientes avec des LHG. Au total, sur les 42 patientes présentant des lésions histologiques, 32 étaient infectées par des HPV, soit 76 % (tableau 2).

Patientes avec des lésions cervicales traitées

Le tableau 3 présente les résultats obtenus dans le groupe des 25 patientes dont les lésions cervicales ont été traitées. Les résultats cytologiques et virologiques sont ceux obtenus après traitement ; en revanche, les résultats histologiques ont été obtenus avant traitement. Chez les 17 patientes présentant aux frottis des résultats cytologiques normaux, nous avons détecté, dans 2 cas, à la fois des HPV à haut risque et à bas risque et dans 1 cas des HPV à bas risque. La détection à la fois de HPV à haut risque et à bas risque a été faite chez 1 patiente infectée par le VIH et chez 1 patiente de plus de 65 ans.

Nous avons détecté des HPV à haut risque chez 2 patientes parmi les 4 présentant des altérations cellulaires malpighiennes de signification indéterminée (Ascus) (tableau 3).

Chez 1 patiente sur 3 avec des LBG et chez 1 patiente avec des LHG, nous avons mis en évidence à la fois des HPV à haut risque et à bas risque. Les 2 patientes porteuses d'HPV étaient infectées par le VIH (tableau 3).

Patientes avec des lésions extracervicales

Dans le groupe des 3 patientes ayant des lésions extracervicales, nous avons détecté chez 1 patiente des HPV à bas risque et chez 2 patientes des HPV à haut risque (tableau 4).

sultats après traitement

Neuf patientes ont bénéficié de la recherche de l'ADN viral avant et après traitement. Après traitement, l'examen cytologique des frottis était normal et la détection des HPV était négative chez 7 patientes qui avaient des dysplasies CIN3, et chez 2 autres qui avaient des dysplasies CIN1, associées soit à des HPV à bas risque, soit à des HPV à haut risque, soit aux deux types d'HPV à la fois (tableau 5).

Discussion

Dans notre étude, nous avons montré que 76 % des patientes présentant des lésions à l'histologie étaient infectées par des HPV (32/42). L'infection à HPV à haut risque est corrélée dans 90 % des cas aux LHG et aux dysplasies CIN2/3, et dans 50 % des cas aux LBG et aux dysplasies CIN1/condylomes. Ces résultats sont en accord avec ceux de la littérature [10, 11] qui indiquent que l'infection à HPV à haut risque constitue un facteur étiologique important dans la survenue des dysplasies cervicales. En effet, Cox et al. [12] ont montré que la sensibilité de l'Hybrid Capture® est de 86 % (43/50) dans les dysplasies cervicales de grade 1 et de 93 % (14/15) dans les dysplasies cervicales de grades 2 et 3, alors qu'un test cytologique répété ne présente respectivement qu'une sensibilité de 60 % (30/50) et de 73 % (11/15). D'autres études prospectives ont montré qu'environ 30 % des patientes avec des LBG, porteuses d'HPV à haut risque, ont développé des LHG dans les 3 ans, à l'inverse de celles présentant des résultats HPV-négatifs ou des LBG avec HPV à faible risque [11]. Par ailleurs, Franco [13] a montré que, chez des femmes ayant des frottis normaux, 49 à 70 % des porteuses d'HPV à haut risque vont développer une LBG contre 3 à 14 % chez des non-porteuses.

Turazza et al. [14] ont rapporté que des HPV à faible risque pour le développement de cancers génitaux tels que les types 6 et 11 ont été retrouvés isolément dans 4 cas de tumeurs génitales. Par ailleurs, dans notre étude, nous avons détecté des HPV à bas risque chez 2 patientes présentant des dysplasies CIN2/3 et chez une autre ayant une lésion vulvaire de grade 1 et des condylomes. Les HPV à bas risque peuvent être impliqués dans la survenue de ces lésions ; cependant, le rôle d'HPV à haut risque ne peut être exclu car leur non-détection peut être une conséquence du manque de sensibilité du test HCT-I, ou de l'absence de détection de certains types d'HPV. Des travaux complémentaires réalisés à l'aide de techniques de PCR ou de southern-blot sont nécessaires pour clarifier le rôles des HPV à haut risque dans ces lésions.

L'hybridation moléculaire en tube est une méthode simple, sensible, standardisée, bien adaptée à la routine et les résultats peuvent être rendus dans la journée. Ce test permet de détecter 14 types d'HPV différenciés en bas risque et en haut risque en utilisant deux mélanges de sondes distinctes. En revanche, ce test peut donner des résultats faussement négatifs lorsque les prélèvements sont incorrects et/ou parce que la valeur seuil de 10 pg /ml d'ADN d'HPV est faible comparée à celle de la PCR ou du test de deuxième génération HC-II (0,2 pg/ml). De plus, le test HCT-I ne détecte pas certains HPV à haut risque tels que les types 39, 58, 59 et 68. Un nouveau test de deuxième génération Hybrid Capture® II Digène HPV test en microplaque (HC-II) remplace désormais le premier et détecte ces types. Ferris et al. [15] ont montré que le test HC-II est plus sensible et qu'il détecte des HPV à haut risque chez 90 % des patientes présentant des dysplasies CIN2/3, alors que l'HCT-I ne détecte des HPV à haut risque que chez 62 % des patientes avec de telles lésions. De plus, ce test présente une sensibilité et une spécificité comparables à celles de la PCR [5].

Des auteurs ont montré que parmi les techniques les plus couramment utilisées pour la détection des HPV, le southern-blot est considéré comme la méthode de référence. Il permet de distinguer l'état de l'ADN viral (épisomique ou intégré) et a une très bonne spécificité, mais il est long et nécessite une quantité importante de matériel biologique ; l'hybridation in situ présente une faible sensibilité (45 %) mais permet de localiser l'ADN viral à l'échelon cellulaire ; la PCR est très sensible (90 à 100 %) mais présente une faible valeur prédictive en raison des résultats positifs discordant avec la clinique ; l'Hybrid Capture® Digène présente un bon rapport coût/efficacité, les résultats concordent souvent avec la clinique et, de plus, il s'adapte bien aux dépistages de routine [16, 17].

Par ailleurs, un nouveau système de prélèvement en milieu liquide, la méthode ThinPrep® Pap testTM (Cytyc Corporation), devrait permettre de standardiser les modalités de prélèvement et d'améliorer ainsi les résultats des examens cytologiques. Selon des études récentes, il permet une amélioration de 50 à 100 % de la détection à la fois des LBG et des LHG [18, 19] et réduit considérablement le taux de faux résultats négatifs [20].

Une étude a montré que la combinaison de la détection des HPV et des résultats cytologiques présente une sensibilité de plus de 95 % pour détecter des dysplasies CIN2/3 et une valeur prédictive négative de 98 % pour ne pas détecter des néoplasies intra-épithéliales cervicales [21]. La détection des HPV à haut risque est donc utile dans la prise en charge des patientes présentant au frottis des lésions de type Ascus ou équivoques car elle permet aux gynécologues de sélectionner les patientes nécessitant une colposcopie et de standardiser le suivi des lésions.

En conclusion, la détection des HPV par hybridation moléculaire peut être utile en complément du frottis cervico-vaginal pour le diagnostic et le suivi des lésions et leur traitement.

Article reçu le 3 février 1999, accepté le 23 avril 1999.

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