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Bulletin du Cancer

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Traitement adjuvant des cancers du sein par radiochimiothérapie concomitante : étude de faisabilité d’une nouvelle alternative stratégique dans les stades I et II Volume 84, numéro 3, Mars 1997

Auteurs
Unité de traitement des cancers du sein, Clinique Sainte-Catherine, BP 846, 84082 Avignon Cedex, France.
  • Mots-clés : cancer du sein, traitement adjuvant, radiochimiothérapie concomitante.
  • Page(s) : 247-53
  • Année de parution : 1997

Le traitement conservateur du cancer du sein fait nécessairement appel à une radiothérapie adjuvante. Parallèlement, une chimiothérapie adjuvante comportant une anthracènedione est préconisée en cas d’envahissement ganglionnaire ou de facteurs de mauvais pronostic. La séquence optimale de ces 2 modalités thérapeutiques n’est pas encore clairement établie, et idéalement leur mise en œuvre respective ne devrait pas être retardée. C’est dans cette optique que nous avons réalisé un essai de faisabilité de radiochimiothérapie adjuvante concomitante incluant une anthracènedione. De mai 1990 à octobre 1994, 154 patientes porteuses d’un cancer du sein de stade I ou II traité par chirurgie initiale conservatrice ou radicale ont bénéficié d’un traitement adjuvant concomitant. La radiothérapie a été délivrée à la dose de 50 Gy en 5 semaines et 25 fractions à la paroi thoracique ou au globe mammaire et aux chaînes ganglionnaires sus-claviculaire et mammaire interne. Une surcharge de 15 Gy a été délivrée au niveau du foyer opératoire lorsque cela était indiqué (n = 75). Au cours de la première semaine d’irradiation, une polychimiothérapie par 5 fluoro-uracile/mitoxantrone/cyclophosphamide a débuté. Quatre à 6 cycles ont été administrés à 21 jours d’intervalle. L’adhérence au traitement a été excellente. La dose moyenne de la radiothérapie a été de 49,5 Gy pour le sein ou la paroi thoracique et les chaînes ganglionnaires, et de 14,2 Gy pour la surcharge au niveau du foyer opératoire. Les doses de chimiothérapie n’ont pas été modifiées dans plus de 80 % des cas, et l’intervalle de 21 jours entre les cures a été respecté dans 31 % des cas. Pour 45 % des patientes, l’intervalle a dû être prolongé de 1 semaine en raison de la toxicité, et pour le restant d’entre elles au moins un intervalle supérieur à 28 jours a été nécessaire. Les toxicités enregistrées ont été essentiellement d’ordres digestif et hématologique, avec 20,8 % de vomissements et 12,3 % de neutropénies de grade 3-4. Une toxicité cutanée de grade 1 est survenue dans 62,3 % des cas, mais seulement 4,5 % des patientes ont présenté une radiodermite de grade 3 imposant une interruption momentanée du traitement. Aucune autre complication sévère n’est survenue en dehors d’un cas de toxicité cardiaque aiguë de grade 3. En conclusion, cette étude pilote démontre la faisabilité de la radiochimiothérapie concomitante incluant une anthracènedione en situation de traitement adjuvant des cancers du sein de stades I et II. Il reste à démontrer qu’une telle approche thérapeutique permet de maintenir des taux de survie sans récidive et de survie globale comparables voire supérieurs à ceux obtenus lors des traitements séquentiels, ce dont seule une étude randomisée pourra juger.