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Bulletin du Cancer

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L’adolescent face au cancer et sa place dans la famille Volume 94, numéro 4, Avril 2007

Auteurs
Inserm U558, Faculté de Médecine, 37, allées Jules-Guesde, 31073 Toulouse Cedex

La médecine de l’adolescent se développe en Europe et une attention particulière est portée au cancer des adolescents et à ses traitements. À l’heure où des unités spécialisées pour adolescents commencent à voir le jour, il est essentiel de dresser un état des lieux et des connaissances actuelles sur les incidences psychologiques de la maladie dans cette tranche d’âge dont les limites elles-mêmes sont floues (13 à 21 ans ou 15 à 25 ans). L’adolescence est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, durant laquelle se poursuit le développement psychologique et affectif. Le cancer, par son retentissement direct sur l’adolescent mais aussi par la désorganisation familiale qu’il peut entraîner, risque d’entraver ces processus de maturation et peut être pourvoyeur de séquelles psychologiques. Sa survenue peut isoler l’adolescent et conduire à une restriction des investissements. La réalité d’une mort possible peut l’empêcher de s’opposer aux adultes qu’ils soient parents, représentants de l’autorité ou soignants et venir ainsi entraver l’accès à son autonomie, à son indépendance et à sa construction identitaire. On peut retrouver un vécu de trouble, de confusion, un sentiment d’être devenu étranger à soi-même, une impression de distance croissante entre le jeune malade et les autres. Les parents eux-mêmes se trouvent fragilisés et doivent faire appel à des suppléances. La fratrie voit son quotidien bouleversé et se trouve confrontée à des parents moins disponibles et moins sécurisants. Le retentissement sur les frères et sœurs varie en fonction de l’âge et des capacités d’adaptation des parents. L’abord des adolescents atteints de cancer nécessite une adaptation des équipes soignantes. L’information médicale, les prises de décision thérapeutiques et les contrats de soins doivent s’adresser à l’adolescent lui-même mais l’implication des parents reste indispensable. Il s’agit de créer une alliance à trois. Des conflits de rivalité éclatent fréquemment entre parents et équipes soignantes. On doit étudier la possibilité de créer des lieux de soins adaptés, un cadre souple, une prise en charge globale de l’adolescent respectant son identité, en soutenant ses investissements scolaires ou professionnels et ses intérêts personnels tournés vers le monde extérieur. Le soutien psychologique et social doit être accessible à tous les membres de la famille. Les modalités de ce soutien psychologique et matériel sont détaillées.