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Bulletin du Cancer

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Effet analgésique préventif d’une administration périopératoire d’ibuprofène- arginine sur le syndrome douloureux postmastectomie Volume 84, numéro 3, Mars 1997

Auteurs
Institut Bergonié, Service d’anesthésie-réanimation-algologie, 180, rue de Saint-Genès, 33076 Bordeaux Cedex, France.
  • Mots-clés : analgésie préventive, syndrome postmastectomie, douleur chronique.
  • Page(s) : 259-63
  • Année de parution : 1997

L’efficacité de l’analgésie préventive sur la douleur aiguë postopératoire est débattue. L’orientation actuelle de l’analgésie préventive cherche à prévenir les modifications du système nerveux secondaires à une lésion et/ou un dysfonctionnement de ce système à l’origine de douleurs chroniques, en particulier neurogènes. Le syndrome douloureux postmastectomie (SDPM) rentre en grande partie dans le cadre des douleurs neurogènes et reste encore peu connu et sous-estimé. Dans cette étude prospective en double aveugle, nous avons évalué l’effet analgésique préventif de l’administration périopératoire d’un anti-inflammatoire non stéroïdien, l’ibuprofène-arginine, sur l’incidence du syndrome douloureux postmastectomie. Trente patientes bénéficiant d’une mastectomie totale ou partielle avec curage ganglionnaire axillaire ont été randomisées et réparties en 2 groupes : un groupe contrôle (groupe C) (n = 15) ; et un groupe recevant le traitement par voie orale (groupe I) (n = 15), 90 min avant l’intervention, 2 h après la fin de l’intervention puis toutes les 8 h pendant 32 h. À 6 mois postopératoire, les patientes étaient revues en consultation. L’interrogatoire recherchait la survenue de dysesthésies sur les premiers mois postopératoires, et le diagnostic de SDPM était posé sur l’association de critères diagnostiques cliniques précis. Quatorze patientes dans chaque groupe ont été suivies. La fréquence des dysesthésies du membre supérieur ipsilatéral à la mastectomie et/ou du sein opéré a été pour les 2 groupes de 86 % (13 patientes dans le groupe I et 11 dans le groupe C). Neuf patientes (groupe I) et 6 patientes (groupe C) ont présenté à 6 mois un SDPM. La radiothérapie postopératoire complémentaire est associée significativement au SDPM (p = 0,011) de même que le lymphœdème (p = 0,019). Nous n’avons retrouvé d’effet analgésique préventif ni sur l’incidence des dysesthésies, ni sur l’apparition du SDPM à 6 mois. Ces résultats suggèrent qu’une administration périopératoire d’ibuprofène-arginine n’entraîne pas d’effet analgésique préventif sur la symptomatologie fonctionnelle neurogène et sur le SDPM. D’autres facteurs que la lésion nerveuse initiale semblent intervenir dans la survenue de ce syndrome comme la radiothérapie, le lymphœdème et des données psychogènes.