ARTICLE
sec.2012.0333
Auteur(s) : Benamar Bekhti bekhti60dz@yahoo.fr, Mohamed Errih
errih51@yahoo.fr, Mustapha
Sidi Adda sidi_must@yahoo.fr
Université des sciences et de la technologie d’Oran
Département d’hydraulique
BP 1505
El Mnaouar
31000 Oran
Algérie
Tirés à part : B. Bekhti
L’infrastructure hydraulique des pays du Maghreb est amputée
annuellement de 2 % à 5 % de sa capacité utile globale
(Errih et Bendahou, 1997 ; Sidi Adda, 2005). L’envasement des
retenues est l’un des facteurs les plus importants de la perte en
capacité. La réserve de stockage des ouvrages hydrauliques diminue
de façon continue pour deux raisons essentielles : la
première, d’origine naturelle, tient à l’agressivité du climat,
l’alternance des périodes sèches et humides, la fragilité des
formations géologiques et l’absence d’un couvert végétal
suffisant ; la seconde, est d’origine humaine : études et
évaluations insuffisantes, d’une part et mauvaise exploitation des
ouvrages annexes, tels que vannes de vidange et ouvrages de
soutirage, d’autre part.
Les chiffres exposés au tableau 1
illustrent l’ampleur du problème dans deux pays du Maghreb :
le Maroc et la Tunisie. En Algérie la réduction des potentialités
hydrauliques par suite de l’envasement est estimée en moyenne à
près de 20 millions de m3/an (Errih et al.,
1992 ; Errih et Bendahou, 1997). Le phénomène de sédimentation
des retenues de barrages en Algérie varie considérablement d’une
région à une autre en fonction des facteurs hydroclimatiques
conditionnant l’érosion et le transport solide. Le tableau 2 expose l’état de l’envasement de
quelques barrages situés dans différentes régions de l’Algérie
septentrionale.
Tableau 1 Envasement des retenues de barrages au Maroc et
en Tunisie (Claude et Chartier, 1977 ; Sidi Adda, 2005).
| Barrage |
Superficie du bassin-versant (km2) |
Année de mise en service |
Capacité initiale (Hm3) |
Durée d’observation (ans) |
Volume de sédiments (Hm3) |
Taux d’envasement (%) |
| MAROC |
| Nakhia |
107 |
1961 |
13 |
26 |
6.1 |
47 |
| Takerkoust |
1 710 |
1935 |
96 |
53 |
26,5 |
28 |
| Khattabi |
780 |
1981 |
43 |
8 |
7 |
16 |
| Batouta |
178 |
1977 |
43,6 |
10 |
5,6 |
13 |
| Idriss 1er |
3 680 |
1973 |
1 217 |
14 |
31 |
3 |
| TUNISIE |
| Mellegue |
10 300 |
1954 |
268 |
21 |
47,6 |
18 |
| Nebhana |
855 |
1965 |
86,4 |
10 |
12,9 |
15 |
| Bezirk |
84 |
1960 |
6,5 |
15 |
1,7 |
26 |
| Chiba |
64 |
1963 |
7,9 |
12 |
2,7 |
34 |
| Masri |
40 |
1968 |
6,8 |
8 |
1,3 |
19 |
| Kasseb |
101 |
1969 |
81,9 |
8 |
3 |
4 |
| Lakhmess |
131 |
1966 |
8 |
9 |
2 |
25 |
Tableau 2 Envasement de quelques barrages en Algérie
(Sidi Adda, 2005).
| Barrage |
Oued |
Wilaya |
Année de mise en eau |
Capacité initiale (Hm3) |
Capacité en 1998 (Hm3) |
Dépôt annuel en 1998 (Hm3) |
Perte en volume utile (%) |
| Foum ElGuerza |
AlBiod |
Biskra |
1950 |
47 |
17.2 |
0,62 |
63 |
| Fergoug |
ElHamam |
Mascara |
1970 |
18 |
7 |
0,39 |
61 |
| BouAmrane |
Isser |
Boumerdes |
1988 |
16 |
7.1 |
0,89 |
56 |
| Fodda |
Fodda |
Chlef |
1932 |
228 |
101,5 |
1,92 |
55 |
| Zardezas |
SafSaf |
Skikda |
1947 |
31 |
17,3 |
0,27 |
44 |
| Bouhanifia |
ElHamam |
Mascara |
1948 |
73 |
42,5 |
0,61 |
42 |
| Boughzoul |
Nahroussal |
Médéa |
1934 |
55 |
35,6 |
0,36 |
35 |
L’intensité et la gravité du phénomène de sédimentation dans les
retenues de barrages en Algérie ont suscité depuis les années 1950
l’intérêt de plusieurs chercheurs (Duquennois, 1955 ;
Duquennois, 1956 ; Raud, 1958 ; Thévenin, 1960 ;
Hannoyer, 1974 ; Claude et Chartier, 1977 ; Belbachir,
1980 ; Bellouni, 1980 ; Demmak, 1982 ; Errih et
al., 1992 ; Kassoul et al., 1997 ; Errih et
Bendahou, 1997 ; Margat, 2002 ; Bessenasse et al.,
2003 ; Bessenasse, 2004 ; Remini et Hallouche,
2004 ; Sidi Adda, 2005). Plusieurs méthodes empiriques ont été
élaborées par différents auteurs pour l’estimation de la garde
d’envasement en utilisant soit les relations existantes entre les
concentrations et les débits liquides (Churchill, 1948 ;
Brune, 1953 ; Bogardi, 1971 ; Graf, 1971 ; Shen,
1971 ; Simons et Sentürk, 1977 ; Karaushev, 1977 ;
Murthy, 1977 ; Lapshenkov, 1979 ; Bruk, 1980 ; Morel
et Cayla, 1993 ; Bourouba, 1994), soit, le cas échéant, à
partir des estimations du taux d’abrasion moyen dans les limites du
bassin-versant considéré (Raud, 1958 ; Fournier, 1960 ;
Tixéront, 1960 ; Heusch et Capolini, 1981 ; Hudson,
1981 ; Heusch, 1982 ; Demmak, 1982 ; Gomer,
1996 ; Achite et Touaibia, 2000).
Les équations du transport solide et de l’envasement ainsi que
les lois physiques (équation de mouvement, équation d’advection
diffusion) régissant ces processus, décrivent des modèles
hydrodynamiques complets, dont l’élaboration et l’application
pratique demeurent beaucoup plus complexes (Graf, 1971 ; Yang,
2003). Le recours à des modèles simplifiés s’avère nécessaire, tels
les modèles empiriques obtenus sur la base d’approches
statistiques.
Cette dernière approche présente un intérêt économique important
permettant de prévoir les mesures nécessaires à prendre au cours de
l’exploitation dans le but d’augmenter la durée de vie des ouvrages
hydrauliques concernés.
Le barrage Es-Saada
Le bassin-versant du barrage Es-Saada se trouve situé à quelque
300 km à l’ouest d’Alger, dans l’Oranais (figure 1). Il forme
un rectangle sud-nord depuis les Hautes Plaines, du Chott Ech
Chergui au sud, jusqu’au cours inférieur de l’Oued Cheliff, sur
près de 128 km. La partie septentrionale s’insère dans le Tell
occidental et comprend la retombée sud-orientale de l’Ouarsenis, à
l’ouest. À l’est, elle est limitée par les Monts des
Béni-Chougrane. L’altitude, variant entre 1 300 m et 100 m, décroît
vers le nord. Le relief est très tourmenté, constitué pour
l’essentiel de plateaux entaillés et de versants raides ;
seuls 12 % de la surface sont occupés par des plaines.
Deux affluents principaux, correspondant à deux sous bassins de
superficie respective de 460 km2 et
4 168 km2, alimentent le barrage, après leur confluence,
soit une superficie drainée de 4 628 km2 (surface
inondée correspondante de 17 km2).
Le barrage d’Es-Saada, réalisé en 1978 d’une capacité de
235 Hm3 (surface inondée), est destiné principalement à
l’irrigation du périmètre de la Mina et à l’alimentation en eau
potable d’une grande partie de la ville de Relizane.
Les deux levés bathymétriques de la retenue, effectués
en 1985 et 2000 par l’Agence nationale des barrages [ANB]
(Sidi Adda, 2005), montrent qu’en 1985, le volume utile était
225,6 Hm3, soit une diminution de 4 % du volume
initial, et qu’en 2000, il aurait été réduit à
159,4 Hm3, soit une diminution de 32 % du volume
initial.
Le modèle empirique de sédimentation
La plupart des modèles empiriques de calcul de l’alluvionnement
des retenues de barrages sont basés sur des calculs
unidimensionnels de la cote du toit de vases déposées. On utilise
dans ce travail le modèle de Karaushev (1977), élaboré en 1977 à
l’Institut National d’Hydrologie de Saint Petersburg (Russie). Ce
modèle nécessite des mesures in situ de concentrations, de
débits liquides, de granulométrie des particules et de leur
densité.
Le calcul de la sédimentation dans la retenue du barrage
Es-Saada comporte deux étapes séquentielles :
- –. la première se rapporte à l’analyse des données
hydrométriques de jaugeages (débits liquide et solide) dans le but
d’établir des relations entre les débits liquides et solides à
différentes échelles de temps. Ces relations ont servi de base au
calcul des apports solides ;
- –. la seconde concerne l’application du modèle
unidimensionnel de Karaushev. La méthode se base sur le bilan des
sédiments dans une retenue de barrage. On estime les sédiments
entrants et sortants et l’emmagasinement dans un secteur de la
retenue, situé entre deux sections de calcul, aboutissant à une
distribution temporelle et spatiale du volume d’envasement et à une
distribution granulométrique des particules suivant l’axe de la
retenue.
Pour le calcul détaillé de l’envasement il faut évaluer le
transport solide de l’oued pour chaque fraction granulométrique
considérée. Aussi, pour une fraction i donnée, la
turbidité partielle moyenne Sts, i
correspondante est exprimée comme suit :
Où :
α si est le pourcentage de la fraction i de sédiments en
suspension ; Ωi représente un paramètre hydrodynamique des
sédiments théorique de Karaushev (paramètre adimensionnel)
dépendant du coefficient de Chézy (hydraulique) et des
caractéristiques morphologiques des particule solides (fraction
granulométrique), il varie entre 0,0004 et 0,9960 et Ss la
turbidité de sédiments en suspension (kg/m3).
Le débit des sédiments en suspension (kg/s) pour chaque fraction
i dans les secteurs considérés de la retenue représente le produit
de Sts, i (kg/m3) par le débit liquide Q
(m3/s).
Le calcul de l’envasement se fait indépendamment pour chaque
fraction de sédiments transportés, tout en précisant la fraction
composant les sédiments charriés. Généralement, l’expérience montre
que la majorité des sédiments charriés sont déposés dans le premier
secteur, ce qui facilite les calculs ultérieurs. Comme le
justifient les données expérimentales, selon Demmak (1982), le
charriage représente les 20 % du transport solide en
suspension entrant dans le barrage (à l’amont du premier secteur de
calcul, seulement).
Le transport solide de la fraction i à l’aval d’un
secteur durant l’intervalle j de temps
Δtj (mensuel) est estimé par la
formule suivante :
Où :
Q0, fin : débit liquide moyen à la
sortie du secteur ; Si, fin, j :
turbidité moyenne à la sortie du secteur.
Pour déterminer Si, fin, j, on utilise
la loi exponentielle suivante proposée par Karaushev :
Où :
ts, j indique l’indice désignant la turbidité moyenne
partielle dans la variable Sts, j ;
est la longueur relative
du secteur étudié, calculée comme suit :
Où :
Δx est la longueur du secteur (m) ;
h0 est la profondeur moyenne de la retenue
dans ce secteur (m), G*ij étant un paramètre adimensionnel,
estimé pour l’intervalle de temps j par la formule
suivante :
Où :
V0j est la vitesse moyenne du
courant dans le secteur pour l’intervalle de temps
j ; wi représente
la vitesse de chute des sédiments de fraction i ;
kij est un paramètre calculé comme
suit :
Le paramètre hydrodynamique de Karaushev (Ω) est donné
sous forme tabulée par l’auteur en fonction du paramètre G*
et du coefficient de Chézy, C (Karaushev, 1977).
La masse totale de sédimentation dans le secteur, durant
Δtj, serait égale à la somme
Rtot, ac, j des dépôts de toutes les
fractions de sédiments transportés par suspension et par charriage.
Le volume d’envasement dans le secteur étudié durant
Δtj sera :
Où :
: masse volumique
de la vase (sédiments + eau), égale en moyenne à
400 kg/m3.
L’envasement annuel dans le secteur est égal à la somme des
volumes d’envasement obtenus pour tous les intervalles de temps
Δtj. Le processus d’envasement se poursuit
continuellement d’année en année. Les paramètres hydrauliques
seront recalculés pour un changement de profondeur de 1/5
(Karaushev, 1977). Ceci permet de tenir compte de l’influence des
dépôts sur le transport solide et sur le processus de l’envasement
lui-même. Les calculs de l’envasement par cette méthode empirique
détaillée de Karaushev donnent une série de profils longitudinaux
de l’évolution du processus d’envasement de la retenue.
Pour obtenir les volumes totaux de la sédimentation dans toute
la retenue ainsi que son évolution dans le temps, il faut procéder
à la sommation par année des volumes de l’envasement obtenus pour
chaque secteur et ensuite tracer le graphe chronologique de la
sédimentation sous forme W(t)=f(t).
Application
Hypothèses de modélisation et choix des secteurs de calcul
Devant la complexité du phénomène de sédimentation dans les
retenues de barrages, il convient de procéder à des hypothèses de
simplification acceptables, dans l’optique de solutions
pragmatiques. Aussi on considère dans ce travail que :
- –. les apports solides et liquides jaugés au niveau des
stations hydrométriques situés un peu en amont (2 km, figure 1) sur les
deux oueds alimentant la retenue, sont invariants jusqu’à l’entrée
de la retenue ;
- –. les sédiments déposés dans la retenue ont pour
origine exclusivement le transport solide des oueds ; les
sédiments dont les origines sont les sapements et les éboulements
des berges ainsi que les apports latéraux, sont considérés comme
négligeables ;
- –. la granulométrie des sédiments entrant dans la
retenue est celle représentée par les échantillons de sédiments
prélevés le long de l’axe de la retenue jusqu’au mur du
barrage ;
- –. la vitesse de chute des particules solides a été
estimée par la formule de Stockes pour les particules
fines ;
- –. le transport solide par charriage représente
20 % du transport solide total ;
- –. les soutirages et les pertes en eau annuels sont
considérés invariants dans le temps, égaux aux moyennes mensuelles
et annuelles estimées à partir des données des archives de
régularisation (données de gestion de la retenue) ;
- –. les sections des secteurs de calcul sont considérées
de forme trapézoïdale ;
- –. les paramètres de sédimentation et d’écoulement
utilisés par le modèle de Karaushev sont considérés invariants dans
les limites de chaque secteur de calcul ;
- –. tous les sédiments entrant dans le dernier secteur
sont accumulés dans ce dernier (on suppose négligeable la part de
sédiments évacués en aval du barrage compte tenu de leur difficile
quantification et de la rareté d’occurrence de niveau dépassant le
seuil de l’évacuateur de crues) ;
- –. le processus de sédimentation est interrompu si le
niveau d’eau dans le secteur de calcul est inférieur à la côte du
fond du secteur (absence d’eau dans le secteur de calcul, surface
mouillée nulle) ;
- –. le coefficient de rugosité est constant le long de la
retenue, égal à un coefficient de rugosité moyen ;
- –. la largeur des secteurs est considérée très grande
par rapport à la profondeur moyenne d’eau, et donc un rayon
hydraulique estimé égal à la profondeur moyenne d’eau dans le
secteur donné ;
- –. la masse volumique des vases est considérée
invariante dans le temps, et le tassement des sédiments est
considéré achevé après un temps relativement court.
Le calcul détaillé de l’envasement de la retenue du barrage
d’Es-Saada a été réalisé pour chaque secteur, défini par tracé de
profils transversaux suivant la morphologie de la retenue. On a
divisé la retenue du barrage Es-Saada en 10 secteurs. Le choix
des secteurs d’étude est conditionné par la morphologie de la
retenue. Cette dernière influe d’une façon directe ou indirecte sur
les paramètres hydrodynamiques, telles que la vitesse d’écoulement
et la hauteur de sédimentation.
On considère pour chaque secteur de calcul une même pente
moyenne et une même largeur moyenne pour chaque intervalle de temps
de calcul. Les autres caractéristiques des secteurs de calcul sont
présentées au tableau 3.
Tableau 3 Caractéristiques des secteurs de calcul.
| Secteur |
Longueur
(m) |
Côte du fond
(m) |
| 1 |
875 |
173,8 |
| 2 |
1 225 |
168 |
| 3 |
1 625 |
165,3 |
| 4 |
1 000 |
160 |
| 5 |
1 475 |
156 |
| 6 |
875 |
151,5 |
| 7 |
1 275 |
150 |
| 8 |
1 750 |
141 |
| 9 |
1 000 |
140,5 |
| 10 |
900 |
140 |
La granulométrie des sédiments adoptée pour le calcul de la
sédimentation a été définie à partir des résultats d’analyses
granulométriques (figure 2) faites
sur les différents échantillons de vases extraites au niveau de
chaque secteur de calcul. On a considéré 5 diamètres moyens
représentant 5 fractions de sédiments dont les
caractéristiques sont présentées au tableau
4.
Tableau 4 Caractéristiques des fractions de
sédiments.
Fractions de sédiments
(μm) |
Diamètre moyen de calcul
(μm) |
Pourcentage moyen
(%) |
| d < 1 |
1 |
49 |
| 1 < d < 4 |
3 |
17,8 |
| 4 < d < 8 |
6 |
16, 9 |
| 8 < d < 17 |
12 |
7,8 |
| 17 < d < 80 |
25 |
8,7 |
Analyse des séries hydrologiques
À partir des valeurs journalières des débits établis par
l’Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH), nous avons
déterminé pour les deux stations hydrométriques Oued El Abtal (code
ANRH 01302, contrôlant un bassin-versant de 4 168 km2 de
surface) et Sidi Abdelkader Djilali (code ANRH 01301, contrôlant un
bassin-versant de 460 km2 de surface), les variations
des débits mensuels, saisonniers et annuels.
L’analyse des hydrogrammes et turbidigrammes d’événements de
crues montre que la totalité du transport solide a lieu
essentiellement lors des crues. À l’échelle annuelle, les périodes
de crues sont de courte durée et la durée cumulée de toutes les
périodes de crues représente un faible pourcentage de temps annuel
(1 à 3,5 %). L’analyse statistique annuelle et saisonnière des
séries de débits de crues pour la station de Sidi AEK Djillali et
la station d’Oued Abtal est donnée dans les tableaux 5 et 6.
Tableau 5 Statistiques des crues : station de Sidi
Abdelkader Djilali.
|
| Saison |
| Paramètre |
Automne |
Hiver-Printemps |
Été |
Année |
| Fréquence (%) |
50 |
29 |
21 |
100 |
| Débit moyen (m3/s) |
61 |
61 |
43 |
56 |
| Débit maximum instantané (m3/s) |
171 |
149 |
193 |
193 |
| Coefficient de variation (CV) |
0,92 |
0,71 |
1,49 |
0,51 |
Tableau 6 Statistiques des crues : station de l’oued
El Abtal.
|
| Saison |
| Paramètre |
Automne |
Hiver-printemps |
Été |
Année |
| Fréquence (%) |
57 |
29 |
14 |
100 |
| Débit moyen (m3/s) |
201 |
109 |
162 |
145 |
| Débit maximum instantané (m3/s) |
660 |
341 |
590 |
660 |
| Coefficient de variation (CV) |
0,91 |
0,76 |
1,40 |
0,63 |
Sensibilité sur le coefficient de Chézy
Le diagramme de Karaushev liant le paramètre hydrodynamique de
Karaushev Ω, au paramètre G* et au coefficient de Chézy C (figure 3), permet
l’estimation de Ω connaissant G* et C. Le coefficient de Chézy
étant calculé à partir de la valeur du coefficient de rugosité
moyen défini après calage du modèle pour chaque secteur de calcul
(bathymétrie de calibration année 1985). Le coefficient de Chézy
varie d’une manière assez régulière dans l’intervalle de valeurs
correspondantes (10,0 – 65,0) donné dans le diagramme (ou tableau à
deux entrées) de Karaushev.
Le modèle de Karaushev étant un modèle simple, moyennant les
différents paramètres de sédimentation, les considérations
détaillant le phénomène de sédimentation (floculation d’éléments
fins, effet hyperpycnal et autres) n’ont pas été étudiées, puisque
nécessitant des jaugeages débits liquides-débits solides au niveau
des secteurs de calcul considérés, surtout pour l’étude des
courants de turbidité hyperpycnaux. Une étude appropriée plus
détaillée étant en projet en vue de l’estimation des proportions de
particules solides constituant par convection la sédimentation et
ceux alimentant les courants de turbidité hyperpycnaux (et/ou
bouffées turbides). Aussi, l’objectif principal de cette étude
basée sur le modèle simple de Karaushev étant l’estimation (y/c
prévisionnelle) de l’envasement global des retenues de barrages,
eut regard aux nombreux phénomènes hydrologiques et hydrodynamiques
responsables du phénomène de sédimentation des retenues de
barrages.
Analyse des relations apports liquides-apports solides
La recherche de relations liant les apports liquides aux apports
solides est incontournable dans le calcul de l’envasement d’une
retenue de barrage, compte tenu de l’insuffisance de données de
jaugeage des sédiments en suspension et charriage transportés par
l’oued alimentant la retenue étudiée, contrairement aux données de
jaugeage des apports liquides, le plus souvent, relativement
disponibles. Il advient de souligner que ces relations sont
variables dans le temps, non univoques d’une saison à une autre, de
sorte qu’un apport liquide QL de même
valeur en été ne génère pas un même apport solide
QS équivalent en hiver. Cette
non-univocité est liée à plusieurs facteurs, dont essentiellement
l’état du bassin d’une saison à une autre : les premières
pluies d’automne, ayant lieu sur un sol dégradé par le surpâturage
et le défrichement durant l’été, les labours dès l’automne et
autres, génèrent des apports relativement considérables
comparativement à ceux ayant lieu en hiver-printemps, où les sols
relativement humides, sont protégés par la végétation… Aussi selon
El Amine et al. (2009) il est nécessaire de tenir compte de
cette variation saisonnière dans les relations
(QL – QS).
Le traitement et l’analyse des données brutes ont été réalisés
pour la période d’observation s’étendant de 1970 à 2000. L’analyse
à l’échelle horaire de la chronologie des débits liquides et
solides met en évidence la covariation des deux variables
QS et QL comme le
montre la figure
4 pour la crue du 13 au 14 février 1993.
Cette interdépendance permet la quantification possible d’une
variable par rapport à l’autre au moyen d’outils statistiques de
régression (figure
5).
Les modèles de régression apports liquides-apports solides de
crues observées, à l’échelle mensuelle et annuelle, au niveau des
oueds alimentant la retenue ont été établis à partir du modèle de
régression simple obtenu par transformation par anamorphose
logarithmique de la relation exponentielle liant les apports
solides aux apports liquides.
Les valeurs des coefficients de corrélation obtenus entre les
apports liquides et solides varient entre 0,90 et 0,94, témoignent
d’une bonne relation entre les apports solides et liquides
analysés. Les modèles apports solides-apports liquides utilisés
pour la simulation de l’évolution de l’envasement de la retenue
sont exprimés par les équations suivantes :
Où :
MS (kg) et
VL (m3)
expriment, respectivement, les masses et les volumes des apports
solides et liquides.
Modélisation de la sédimentation
Le code de calcul SEDIM 1.0
Le calcul de l’évolution du phénomène de l’envasement des
retenues de barrages requiert l’utilisation d’un grand volume de
données relatives aux apports solides et liquides analysés dans
leurs interrelations à l’échelle mensuelle et annuelle, d’où
l’intérêt de l’élaboration d’un code de calcul approprié. Ainsi le
code de calcul SEDIM 1.0 a été mis au point dans le cadre de ce
travail. Les objectifs devant être atteints, concernent :
- –. calcul, à partir d’un modèle prédéfini, de la
concentration et du débit solide d’un oued alimentant une retenue
de barrage ;
- –. calage du modèle de Karaushev de calcul du dépôt de
vases dans la retenue de barrage ;
- –. simulation de l’envasement le long de la retenue pour
une période d’exploitation donnée ;
- –. détermination de la distribution granulométrique des
sédiments suivant l’axe de la retenue ;
- –. prévision du profil longitudinal de l’envasement de
la retenue pour un horizon projeté.
Le code de calcul SEDIM 1.0 a été écrit en langage Delphi ™. Le
choix du langage de programmation a été fait compte tenu de la
souplesse et de la facilité d’exploitation des logiciels
travaillant sous environnement Windows™ ainsi que des avantages de
la technique de programmation orientée objet.
Calage du modèle d’envasement
Le volume de l’envasement de la retenue est estimé en tenant
compte du profil du fond de la retenue représentant la surface
naturelle du sol. On a utilisé pour le calage du modèle de
Karaushev le profil réel de sédimentation obtenu par le premier
levé bathymétrique effectué en 1985.
Les profils longitudinaux du toit de la vase varient d’un
coefficient de rugosité (coefficient de Chézy) à un autre. Le
coefficient de Chézy, et donc celui de rugosité, représente le
deuxième paramètre important après le paramètre G* permettant
l’estimation du paramètre hydrodynamique Ω utilisé dans le modèle
de Karaushev. Aussi le choix du coefficient de rugosité optimal de
la retenue s’avère indispensable. Le calcul de la précision de
calage du modèle pour l’ensemble des secteurs n de la retenue, a
été effectué en utilisant la relation suivante :
Où :
hcal est la hauteur moyenne calculée du
toit de la vase ; hm la hauteur
moyenne mesurée (1985) du toit de la vase.
Calcul de la sédimentation
Le modèle de Karaushev a été utilisé pour le calcul de la
sédimentation dans la retenue jusqu’à l’année 2000. Le profil de
sédimentation obtenu correspond plus ou moins à celui obtenu par
bathymétrie (figure
6). On constate un bon accord entre les deux volumes
calculé et mesuré de sédiments cumulés pour la période
d’exploitation de 1978 à 2000. L’erreur, représentant le décalage
entre les deux profils longitudinaux du toit de la vase (profil
obtenu par levé bathymétrique en 2000 et profil obtenu par
simulation), peut avoir comme origine plusieurs facteurs, dont on
peut citer essentiellement :
- –. la considération d’une seule distribution
granulométrique moyenne des sédiments entrant dans la
retenue ;
- –. la représentation des sections transversales des
secteurs par une forme géométrique régulière (trapèze) ;
- –. l’utilisation d’un seul modèle de régression à
l’échelle mensuelle des apports solides et liquides ;
- –. des intervalles de temps de calcul relativement
grands (30 jours).
La figure
6 illustre l’évolution de la sédimentation pour les années
1980, 1985, 1990, 1995 et 2000.
Il faut souligner que l’utilisation des levés bathymétriques
néglige les sédiments évacués en aval de la retenue, suite aux
lâchers d’eau, même peu fréquents, que ce soit celles
d’exploitation ou celles liées aux excédents de crues à travers
l’évacuateur de crue.
Prévision de la sédimentation
La prévision à un horizon donné du processus d’envasement de la
retenue, suppose au préalable la prévision des apports liquides, à
partir desquels les apports solides peuvent être estimés en
appliquant les modèles de régression apports solides-apports
liquides. Pour ce faire, plusieurs approches peuvent être
utilisées, dont plus particulièrement la méthode de Monte Carlo
couplée au modèle de Markov. La méthode de Monte Carlo permet la
simulation stochastique des apports liquides pour une période
donnée en se basant sur la courbe de distribution des apports
liquides. Les modèles de Markov tiennent compte de
l’interdépendance annuelle ou mensuelle des apports liquides.
Conclusion
L’équation du bilan sédimentaire de Karaushev (1977) débouche
sur l’élaboration d’un modèle simple unidimensionnel de calcul de
la sédimentation le long d’une retenue de barrage, et ce en se
basant sur la décomposition de cette dernière en secteurs
relativement uniformément répartis. La retenue du barrage Es-Saada
présente un bon exemple pour la validation du modèle d’envasement,
et ce au vu des conditions morphométriques et hydrologiques.
Les modèles de régression obtenus liant les apports solides aux
apports liquides des affluents alimentant la retenue du barrage
Es-Saada, sont considérés adéquats, avec des coefficients de
corrélation acceptables, toutefois non représentatifs et
approximatifs quand on considère le volume réel de vase accumulé
dans la retenue, calculé à partir du levé bathymétrique. Aussi, et
pour les corriger, ces modèles ont été calés aux données
bathymétriques afin d’obtenir un volume de vase estimé égal au
volume mesuré par levé bathymétrique (1985). Le calage des modèles
établis tient compte aussi du coefficient de rugosité. La
comparaison des différents coefficients obtenus par simulation avec
ceux obtenus par levé bathymétrique permet le choix d’un
coefficient de rugosité moyen pour toute la retenue. Ce dernier
peut être utilisé pour la prévision du processus d’évolution et la
date de comblement total de la retenue.
Cette approche méthodologique de simulation de l’envasement des
retenues de barrages a rendu nécessaire l’élaboration du code de
calcul SEDIM pour la validation des modèles et la simulation du
processus de l’envasement. Le logiciel prend en charge toutes les
étapes de calculs en commençant du calcul des débits solides et des
concentrations correspondantes, jusqu’au calcul de la sédimentation
à une date fixée.
En conclusion et au vu des résultats obtenus, on peut dire que
la méthodologie utilisée aboutit à des résultats fiables et
acceptables d’estimation du processus d’envasement de la retenue du
barrage Es-Saada : l’erreur moyenne de calcul de la
sédimentation est de l’ordre de 5 % par rapport aux données
d’observation (bathymétrie année 2000).
Il est souhaitable dans l’avenir de développer cette approche
méthodologique à l’échelle régionale, en vue de la délimitation de
régions homogènes du point de vue sédimentation, en mettant en
exergue les foyers sédimentogènes, à l’origine du processus
d’envasement à travers l’enchaînement des phénomènes complexes
érosion-transport solide ; le calcul automatique aidant, grâce
au développement correspondant du code de calcul SEDIM, cet
objectif pourrait être atteint.
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