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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Problématique de l'érosion et du transport solide en Algérie septentrionale


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Numéro 4, 333-5, octobre-novembre-décembre 2010, Sécheresse en ligne, 21 (1e)

DOI : 10.1684/sec.2010.0271

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Bénina Touaibia , École nationale supérieure de l'hydraulique Laboratoire d'hydrologie BP 31 09000 Blida Algérie.

Résumé : Les pertes en sols des terres, leur transport et leur sédimentation dans les infrastructures hydrauliques, hydro-agricoles, portuaires, routières… ont poussé les décideurs à examiner de plus près cette problématique, vu son ampleur et les conséquences qu'elle engendre face aux changements climatiques attendus. Des outils d'investigation ont été mis en œuvre pour tenter de maîtriser le phénomène, malheureusement les sols continuent à se dégrader malgré une lutte antiérosive intensive entreprise à l'échelle des bassins-versants des barrages en exploitation, dans une première phase. Le phénomène a atteint un stade parfois irréversible. Toutes les formes d'érosion y sont associées, laissant des paysages désolés. Le phénomène s'est accru et s'amplifie aussi bien dans l'espace que dans le temps, aggravé en maints endroits par le changement climatique. Des alternances d'inondations torrentielles et de sécheresses prolongées sont observées Conjuguées à une action anthropique non contrôlée (incendies, défrichement, surpâturage…) elles rendent le bassin d'alimentation et le réseau d'écoulement très vulnérables au phénomène érosif. Cette problématique complexe reste difficile à quantifier. Si à l'échelle de la parcelle ce phénomène est maîtrisable, il l'est moins à l'échelle du bassin-versant. L'insuffisance ou l'absence de données de jaugeage et de teneurs en sédiments rend plus complexes la connaissance et l'identification du phénomène. Seules des synthèses régionales et des études bathymétriques peuvent permettre d'identifier les zones productrices de sédiments et d'élaborer des cartes ou des abaques d'aide à la décision. Tous nos travaux de recherche sont axés sur ce type d'approche et cet article propose une synthèse des résultats obtenus dans le contexte algérien en zone semi-aride.

Mots-clés : bassin-versant, envasement, érosion, pertes en sols, transport solide

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Bénina Touaibia

École nationale supérieure de l'hydraulique Laboratoire d'hydrologie BP 31 09000 Blida Algérie

L'érosion, le transport des matériaux arrachés au bassin d'alimentation et au réseau d'écoulement, leur dépôt dans les infrastructures hydrauliques, hydro-agricoles, portuaires et routières sont un ensemble de phénomènes dont la complexité à l'échelle du bassin reste difficile à mettre en équation vu la diversité des facteurs aussi bien naturels qu'anthropiques mis en jeu. Si, dans certains pays, les stratégies développées à travers aussi bien des techniques agronomiques (gestion conservatoire de l'eau et du sol à l'échelle de la parcelle) [1] que des mesures hydrauliques (à l'échelle des petits bassins) ont montré leur efficacité, dans d'autres pays, des échecs notables ont été enregistrés, dus essentiellement à une forte croissance démographique et à une politique inadaptée face à l'évolution des sociétés en pleine mutation. Cette conjoncture a créé des déséquilibres régionaux graves amplifiant l'exode rural, et a livré les terres au morcellement foncier, à une surexploitation et un surpâturage intenses, engendrant ainsi leur appauvrissement et leur dégradation. Devant cet état de fait, l'eau a trouvé son chemin préférentiel, a modifié le relief en accentuant le phénomène de l'érosion dont les conséquences sont graves, notamment sous les climats semi-arides. Les changements climatiques vont contribuer à accélérer le phénomène d'érosion surtout sur la rive sud du Bassin méditerranéen, où des cycles d'inondations torrentielles et de sécheresses sont observés. Pour un développement durable, l'avenir d'un pays réside dans la maîtrise de son patrimoine eau-sol.

Problématique

L'aspect le plus important de l'érosion est l'érosion pluviale et plus précisément l'érosion par ruissellement. Les terrains étant nus (déboisement, jachère, labour…), le ruissellement qui fait suite aux averses torrentielles décape progressivement les horizons supérieurs du sol. La lame d'eau, en mouvement le long des versants, se divise progressivement en filets d'eau. Concentrée, cette dernière déploie une force lui permettant d'arracher les obstacles, augmentant ainsi la faculté d'érosion qui se voit amplifiée avec l'épaisseur de la lame d'eau ruisselée, la longueur et la pente du versant. Cet état de fait est illustré par l'exemple frappant des inondations de Bab El-Oued (Alger) en novembre 2001 où plus d'un millier de personnes ont péri, ensevelies dans la boue. Sur 2,6 millions de mètres cubes ruisselés, un volume de 800 000 m3 de sédiments arrachés au bassin a transité via l'écoulement pour se déposer dans les parties basses de la ville et atteindre plus de 3 m de hauteur par endroits [2].

En région méditerranéenne, et notamment en zone semi-aride, le climat est le premier responsable du phénomène avec les variations spatio-temporelles brusques des précipitations et des écoulements, l'action du gel et du dégel, le pouvoir évaporant du sirocco… conjugués à l'action anthropique.

En Algérie, le climat est très agressif. Les pluies torrentielles sont fréquentes en automne, au moment où la couverture végétale est absente. Des intensités, dépassant 45 mm/h ont été observées, provoquant des crues violentes, rapides et chargées, ayant des répercussions directes, tant à l'amont par des pertes de sol et des ravinements qu'à l'aval par des inondations, des dépôts de sédiments (routes, autoroutes, barrages, plages, etc.), des pertes matérielles et de vies humaines.

Les facteurs anthropiques ont participé de façon remarquable à la dégradation des sols par les incendies, les défrichements, le morcellement du foncier, le surpâturage…, livrant les bassins-versants au ruissellement. D'après une étude faite par Avias [3], lorsque 800 moutons passent dans un champ un jour de pluie, il ne reste plus d'herbe, ni même de racines d'herbes et si la pente est suffisante, il se déclenche une érosion par ruissellement et par ravineaux et ravins dont certains peuvent dépasser 1 m de profondeur.

Résultats et conséquences de l'érosion

Les différents stades d'évolution du phénomène de l'érosion hydrique (splach, griffe, strie, rigole, raveline, ravine, ravin...) confèrent au relief des paysages très marqués par son ampleur.

Les résultats de l'érosion pluviale se manifestent par des paysages empierrés, des glissements de terrains, des mouvements de masse, un ravinement intense et des envasements des infrastructures de mobilisation d'eau. Les conséquences sont d'autant plus graves que l'érosion est active dans les régions exemptes d'aménagements, engendrant des pertes économiques très importantes (inondations et asphyxies des terres cultivées, envasement de barrages….) en provoquant un régime d'écoulement torrentiel. Sur le bassin d'alimentation, le transport solide provoque un colmatage superficiel des sols (sols lourds) et augmente le ruissellement aux dépens de l'infiltration. L'érosion va contribuer au changement progressif du relief, en accentuant les pentes, en provoquant des ravinements intenses et en accélérant la formation du réseau hydrographique au profit des surfaces arables.

L'envasement des barrages, l'affouillement et le comblement des lits d'oued sont spectaculaires en Algérie. La vitesse de colmatage des ouvrages d'art est variable d'un barrage à un autre selon la force de l'érosion et de la lame ruisselée alors que la durée de vie d'un barrage est estimée à une trentaine d'années [4].

Un cas frappant de sédimentation a été étudié (figure 1). Au cours des mois de juin et juillet 2002, 45 000 m3 de vase consolidée ont été enlevés d'un barrage de prise, après avoir mobilisé toutes les infrastructures du périmètre d'irrigation de la Mitidja ouest [5].

La forme la plus grave de l'érosion en Algérie est l'érosion par ravinement du réseau d'écoulement qui peut représenter à elle seule plus de 50 % de l'apport solide annuel. Des lâchers d'eau de barrage peuvent facilement augmenter l'apport de sédiment ; c'est le cas du barrage de Bakhadda, où nous avons observé pour la seule année 1994-1995 au droit de la station de l'oued El-Abtal, un apport de sédiment représentant cinq fois l'apport moyen interannuel. Vu la gravité du phénomène, une étude a été entreprise en 2001 sur 15 barrages en exploitation, dont la capacité dépasse 100 Mm3 et ce, pour déterminer leur durée de vie. La perte en capacité au profit de la vase, sur une période d'exploitation d'une dizaine d'années, est estimée à 734 millions de m3, ce qui correspond à 25 % de la capacité totale de la totalité des barrages et touche plus de 50 % d'entre eux.

Conclusion

De tous les travaux menés en Algérie sur le phénomène érosif, compte tenu de l'insuffisance de données, il ressort que, sans une approche ou une synthèse régionale pour estimer l'érosion hydrique en termes d'érosion spécifique, il est impossible d'apporter un aménagement approprié aux bassins-versants très vulnérables et très affectés par le phénomène. De ce fait, la modélisation des écoulements liquides et solides à l'échelle du bassin s'avère une étape incontournable pour les actions de remédiation à l'envasement des barrages.

Texte intégral à paraître à l'adresse :

http://www.secheresse.info/spip.php?article11892

Références

1 Roose E. Introduction à la gestion conservatoire de l'eau de la biomasse et de la fertilité des sols (GCES). Bulletin pédologique FAO 1994; (70) : 420 p.

2 ANRH. Note technique sur l'événement pluvieux du 9 et 10 Nov. 2001. Document interne. Alger : ministère des Ressources en eau, 2001.

3 Avias JV. Sur quelques mécanismes de l'érosion d'origine anthropique dans le massif du Coiron. Ardèche (Etude de cas), et sur leur évolution depuis la fin du 19e siècle. Bulletin Réseau Erosion 1997 ; (17) : 76-82.

4 Kadik B. L'érosion des sols en Algérie : problèmes et perspectives. Séminaire sur le bilan de l'efficacité des techniques et l'aménagement des bassins versants. Médéa : INRF, 1987.

5 Touaibia B, Benlaoukli B, Bouheniche S. Approche quantitative de l'envasement au droit de 15 barrages en exploitation dans l'Algérie du Nord. Conférence internationale « Hydrologie des régions méditerranéennes et semi-arides ». Montpellier : IRD, 2003.


 

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