ARTICLE
Auteur(s) : Bénina Touaibia
École nationale supérieure de l'hydraulique Laboratoire
d'hydrologie BP 31 09000 Blida Algérie
L'érosion, le transport des matériaux arrachés au bassin
d'alimentation et au réseau d'écoulement, leur dépôt dans les
infrastructures hydrauliques, hydro-agricoles, portuaires et
routières sont un ensemble de phénomènes dont la complexité à
l'échelle du bassin reste difficile à mettre en équation vu la
diversité des facteurs aussi bien naturels qu'anthropiques mis en
jeu. Si, dans certains pays, les stratégies développées à travers
aussi bien des techniques agronomiques (gestion conservatoire de
l'eau et du sol à l'échelle de la parcelle) [1] que des mesures
hydrauliques (à l'échelle des petits bassins) ont montré leur
efficacité, dans d'autres pays, des échecs notables ont été
enregistrés, dus essentiellement à une forte croissance
démographique et à une politique inadaptée face à l'évolution des
sociétés en pleine mutation. Cette conjoncture a créé des
déséquilibres régionaux graves amplifiant l'exode rural, et a livré
les terres au morcellement foncier, à une surexploitation et un
surpâturage intenses, engendrant ainsi leur appauvrissement et leur
dégradation. Devant cet état de fait, l'eau a trouvé son
chemin préférentiel, a modifié le relief en accentuant le phénomène
de l'érosion dont les conséquences sont graves, notamment sous les
climats semi-arides. Les changements climatiques vont
contribuer à accélérer le phénomène d'érosion surtout sur la rive
sud du Bassin méditerranéen, où des cycles d'inondations
torrentielles et de sécheresses sont observés. Pour un
développement durable, l'avenir d'un pays réside dans la maîtrise
de son patrimoine eau-sol.
Problématique
L'aspect le plus important de l'érosion est l'érosion pluviale et
plus précisément l'érosion par ruissellement. Les terrains
étant nus (déboisement, jachère, labour…), le ruissellement qui
fait suite aux averses torrentielles décape progressivement les
horizons supérieurs du sol. La lame d'eau, en mouvement le
long des versants, se divise progressivement en filets d'eau.
Concentrée, cette dernière déploie une force lui permettant
d'arracher les obstacles, augmentant ainsi la faculté d'érosion qui
se voit amplifiée avec l'épaisseur de la lame d'eau ruisselée, la
longueur et la pente du versant. Cet état de fait est illustré par
l'exemple frappant des inondations de Bab El-Oued (Alger) en
novembre 2001 où plus d'un millier de personnes ont péri,
ensevelies dans la boue. Sur 2,6 millions de mètres cubes
ruisselés, un volume de 800 000 m3 de
sédiments arrachés au bassin a transité via l'écoulement pour se
déposer dans les parties basses de la ville et atteindre plus de
3 m de hauteur par endroits [2].
En région méditerranéenne, et notamment en zone semi-aride, le
climat est le premier responsable du phénomène avec les variations
spatio-temporelles brusques des précipitations et des
écoulements, l'action du gel et du dégel, le pouvoir évaporant du
sirocco… conjugués à l'action anthropique.
En Algérie, le climat est très agressif. Les pluies
torrentielles sont fréquentes en automne, au moment où la
couverture végétale est absente. Des intensités, dépassant
45 mm/h ont été observées, provoquant des crues violentes,
rapides et chargées, ayant des répercussions directes, tant à
l'amont par des pertes de sol et des ravinements qu'à l'aval par
des inondations, des dépôts de sédiments (routes, autoroutes,
barrages, plages, etc.), des pertes matérielles et de vies
humaines.
Les facteurs anthropiques ont participé de façon remarquable à
la dégradation des sols par les incendies, les défrichements, le
morcellement du foncier, le surpâturage…, livrant les
bassins-versants au ruissellement. D'après une étude faite par
Avias [3], lorsque 800 moutons passent dans un champ un jour
de pluie, il ne reste plus d'herbe, ni même de racines d'herbes et
si la pente est suffisante, il se déclenche une érosion par
ruissellement et par ravineaux et ravins dont certains peuvent
dépasser 1 m de profondeur.
Résultats et conséquences de l'érosion
Les différents stades d'évolution du phénomène de l'érosion
hydrique (splach, griffe, strie, rigole, raveline, ravine,
ravin...) confèrent au relief des paysages très marqués par son
ampleur.
Les résultats de l'érosion pluviale se manifestent par des
paysages empierrés, des glissements de terrains, des mouvements de
masse, un ravinement intense et des envasements des infrastructures
de mobilisation d'eau. Les conséquences sont d'autant plus
graves que l'érosion est active dans les régions exemptes
d'aménagements, engendrant des pertes économiques très importantes
(inondations et asphyxies des terres cultivées, envasement de
barrages….) en provoquant un régime d'écoulement torrentiel. Sur le
bassin d'alimentation, le transport solide provoque un colmatage
superficiel des sols (sols lourds) et augmente le ruissellement aux
dépens de l'infiltration. L'érosion va contribuer au changement
progressif du relief, en accentuant les pentes, en provoquant des
ravinements intenses et en accélérant la formation du réseau
hydrographique au profit des surfaces arables.
L'envasement des barrages, l'affouillement et le comblement des
lits d'oued sont spectaculaires en Algérie. La vitesse de
colmatage des ouvrages d'art est variable d'un barrage à un autre
selon la force de l'érosion et de la lame ruisselée alors que la
durée de vie d'un barrage est estimée à une trentaine d'années
[4].
Un cas frappant de sédimentation a été étudié (figure 1). Au cours
des mois de juin et juillet 2002,
45 000 m3 de vase consolidée ont été enlevés
d'un barrage de prise, après avoir mobilisé toutes les
infrastructures du périmètre d'irrigation de la Mitidja ouest
[5].
La forme la plus grave de l'érosion en Algérie est l'érosion par
ravinement du réseau d'écoulement qui peut représenter à elle seule
plus de 50 % de l'apport solide annuel. Des lâchers d'eau de
barrage peuvent facilement augmenter l'apport de sédiment ;
c'est le cas du barrage de Bakhadda, où nous avons observé pour la
seule année 1994-1995 au droit de la station de l'oued
El-Abtal, un apport de sédiment représentant cinq fois
l'apport moyen interannuel. Vu la gravité du phénomène, une étude a
été entreprise en 2001 sur 15 barrages en exploitation,
dont la capacité dépasse 100 Mm3 et ce, pour
déterminer leur durée de vie. La perte en capacité au profit
de la vase, sur une période d'exploitation d'une dizaine d'années,
est estimée à 734 millions de m3, ce qui correspond
à 25 % de la capacité totale de la totalité des barrages et touche
plus de 50 % d'entre eux.
Conclusion
De tous les travaux menés en Algérie sur le phénomène érosif,
compte tenu de l'insuffisance de données, il ressort que, sans une
approche ou une synthèse régionale pour estimer l'érosion hydrique
en termes d'érosion spécifique, il est impossible d'apporter un
aménagement approprié aux bassins-versants très vulnérables et très
affectés par le phénomène. De ce fait, la modélisation des
écoulements liquides et solides à l'échelle du bassin s'avère une
étape incontournable pour les actions de remédiation à l'envasement
des barrages.
Texte intégral à paraître à l'adresse :
http://www.secheresse.info/spip.php?article11892
Références
1 Roose E. Introduction à la gestion conservatoire de l'eau de la
biomasse et de la fertilité des sols (GCES). Bulletin pédologique
FAO 1994; (70) : 420 p.
2 ANRH. Note technique sur l'événement pluvieux du 9 et 10
Nov. 2001. Document interne. Alger : ministère des Ressources en
eau, 2001.
3 Avias JV. Sur quelques mécanismes de l'érosion d'origine
anthropique dans le massif du Coiron. Ardèche (Etude de cas), et
sur leur évolution depuis la fin du 19e siècle. Bulletin
Réseau Erosion 1997 ; (17) : 76-82.
4 Kadik B. L'érosion des sols en Algérie : problèmes et
perspectives. Séminaire sur le bilan de l'efficacité des techniques
et l'aménagement des bassins versants. Médéa : INRF, 1987.
5 Touaibia B, Benlaoukli B, Bouheniche S. Approche quantitative
de l'envasement au droit de 15 barrages en exploitation dans
l'Algérie du Nord. Conférence internationale « Hydrologie des
régions méditerranéennes et semi-arides ». Montpellier : IRD,
2003.
|