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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Fluctuations hydropluviométriques du bassin-versant de l'oued Tafna à Béni Bahdel (Nord-Ouest algérien)


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Numéro 2, 115-20, avril-mai-juin 2010, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2010.0240

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Abderrahmane Nekkache Ghenim, Abdessalem Megnounif, Abdelali Seddini, Abdelali Terfous , Université Aboubekr Belkaid Faculté de technologie Département d'hydraulique BP 230 Tlemcen 13000 Algérie, Institut national des sciences appliquées de Strasbourg 24, boulevard de la victoire67084Strasbourg France.

Résumé : Situé au nord-ouest de l'Algérie, le bassin-versant de la Tafna à Béni Bahdel, d'une superficie de 1 016 km 2, reçoit une précipitation moyenne annuelle de 469 mm, calculée sur une période de 66 années (1939-1940 à 2004-2005). Ce bassin, à l'instar de l'ensemble de la région Maghrébine, subit depuis quelques décennies une sécheresse persistante. Afin de mettre en relief la sévérité de cette sécheresse, on se propose d'étudier les variations des précipitations et des débits spécifiques durant la période sus-citée. Malgré l'existence d'une période humide entre 1943-1944 et 1974-1975, le bassin-versant enregistre une décroissance pluviométrique grave après 1974-1975. Ce déficit évalué à 27 % par rapport à la période humide est responsable d'une baisse d'écoulement de 69 %. On assiste alors à une prédominance de l'évapotranspiration sur les autres termes du bilan hydrologique. Par ailleurs, il s'avère que la période sèche se caractérise par une aptitude au ruissellement superficiel plus importante que la période humide.

Mots-clés : déficit, écoulement, fluctuation hydropluviométrique, pluviométrie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Abderrahmane Nekkache Ghenim1, Abdessalem Megnounif1, Abdelali Seddini1, Abdelali Terfous2

1Université Aboubekr Belkaid Faculté de technologie Département d'hydraulique BP 230 Tlemcen 13000 Algérie
2Institut national des sciences appliquées de Strasbourg 24, boulevard de la victoire67084Strasbourg France

Très affectée par les modifications du climat qui touchent plusieurs régions dans le monde depuis déjà plusieurs décennies [1-5], l'Algérie dont les ressources hydriques sont limitées connaît une sécheresse hydro-pluviométrique sans cesse grandissante. Du fait du caractère aride à semi-aride du climat, ces ressources en eau sont dépendantes de la pluviométrie. En étudiant les données de 120 postes pluviométriques du nord de l'Algérie, Laborde [6] a mis en évidence quatre phases pluviométriques, dont une longue phase sèche qui s'est affirmée dès la décennie 1970. Le déficit pluviométrique enregistré est plus accentué à l'ouest du pays [7-9]. Aït Mouhoub l'estime à 30 % à l'est et à plus de 50 % au centre et à l'ouest [7]. Quant à Meddi et Meddi, ils l'évaluent à 20 % dans le Centre et à plus de 36 % dans le Nord-Ouest [8]. Le manque en pluviométrie a engendré une réduction dramatique dans les écoulements de surface. Meddi et Hubert estiment cette réduction à près de 55 % pour les bassins du Centre, entre 37 et 44 % pour la région est du pays alors qu'elle oscille de 61 à 71 % pour les bassins de l'Extrême Ouest [9]. Cette dernière fourchette est confirmée par Ghenim et al. pour les écoulements drainés par le bassin-versant du Meffrouche [10].

Afin d'illustrer ces mécanismes complexes d'occurrence des précipitations et d'apprécier la réponse fluviale des cours d'eau aux événements pluvieux dans une région du nord ouest de l'Algérie, on s'est intéressé à l'étude de ces phénomènes dans la partie du bassin-versant de la Tafna drainée par le barrage Béni Bahdel. Ce dernier est en service à l'aval des stations d'études depuis 1944.

Données et méthode

Région d'étude

Appartenant au bassin-versant de la Tafna d'une superficie de 7 245 km2, la partie régularisée par le barrage Béni Bahdel s'étend sur 1 016 km2. Elle est occupée principalement par des montagnes dont les sommets culminent à 1 465 m d'altitude (monts de Tlemcen). Elle se caractérise par un relief abrupt où 49 % de son étendue accuse une pente supérieure à 25 %. Le bassin est sensiblement étiré latéralement, générant des crues très brusques avec un temps de montée très court [11, 12]. Sa lithologie dominée par des terrains calcaires essentiellement karstiques, comporte aussi des sols alluvionnaires au niveau de la cuvette de Sebdou d'où émergent de nombreuses sources, et des croûtes marno-gréseuses et calcairo-gréseuses sur les hauteurs des monts de Tlemcen [13].

D'une capacité de stockage de 63 millions de mètres cubes, le barrage Béni Bahdel est situé au confluent des oueds Sebdou et Khemis (qui forment l'oued Tafna), à 28 km au sud-ouest de la ville de Tlemcen (figure 1).

Collecte des données

L'étude se base sur les données de mesures collectées par les services de l'Agence nationale des ressources hydrauliques (ANRH) durant 66 années hydrologiques allant de septembre 1939 à août 2005. Ces données sont relatives à la série des précipitations mensuelles relevées à la station climatique de coordonnées (X = 01° 29’ 48” ; Y = 34° 42’ 33” ; Z = 660 m), et des débits annuels mesurés à la station hydrométrique de coordonnées (X = 01° 27’ 41” ; Y = 34° 41’ 41” ; Z = 669 m). Les deux stations sont situées à l'exutoire du bassin-versant.

Les débits sont calculés à l'aide d'une courbe de tarage (régulièrement contrôlée et actualisée). Les hauteurs d'eau sont enregistrées de façon continue au moyen d'un limnigraphe à flotteur. Elles sont aussi lues ponctuellement dans le temps sur une échelle limnimétrique. La cadence de lecture des hauteurs varie selon l'ampleur de l'événement. En période de crue, ces lectures se font à des intervalles de temps d'une heure voire même de 30 minutes en fonction de la vitesse de l'augmentation des débits. En période d'écoulement normal ou en période d'étiage, on se contente d'une lecture un jour sur deux, effectuée généralement à midi.

Méthode d'étude

L'apport liquide (transformé en lame d'eau écoulée) acheminé vers l'exutoire du bassin-versant est calculé en supposant une variation linéaire des débits entre les instants de mesure des hauteurs.

L'appréciation des variations interannuelles des précipitations et des lames d'eau écoulées est faite au moyen d'un test d'homogénéité fondé sur les variations des cumuls partiels (SKP) des cumuls des valeurs centrées réduites des apports et des précipitations.

où :

Pi représente les valeurs des précipitations interannuelles, , la moyenne interannuelle, sp, l'écart type et K, le nombre des années d'observation. Pour les lames d'eau écoulées, ces notations sont respectivement SKL, Li, et sL.

Pour conforter les résultats d'une analyse subjective du graphique, on utilise la procédure de segmentation proposée par Hubert et al. [14-16]. Elle permet de déterminer si une série est ou non homogène (stationnaire), et si elle ne l'est pas, la découpe en autant de sous-séries homogènes que nécessaire. Pour un ordre donné, la segmentation retenue est celle qui minimise l'écart quadratique entre la moyenne du segment et celle de la série.

Pour retracer les fluctuations hydropluviométriques, on calcule pour la période 1939-1940 à 2004-2005, les variations interannuelles des précipitations Pi et des lames d'eau écoulées Li, centrées et réduites par rapport à leurs moyennes interannuelles respectives comme suit :

et

Enfin, le taux d'évaporation annuel est défini comme le rapport de la différence entre lames d'eau précipitée et écoulée, à la lame précipitée :

Résultats et discussion

Durant la période d'étude (1939-1940 à 2004-2005), le bassin-versant de la Tafna à Béni Bahdel enregistre un déficit pluviométrique conjugué à une baisse en apport en eau. L'ampleur de la baisse des apports hydropluviométriques est observée sur la figure 2. La droite de régression entre les précipitations et le temps indique une baisse moyenne de la pluviométrie de 2,6 mm/an. Cette valeur représente une baisse annuelle de 0,5 % par rapport à la moyenne interannuelle (469 mm). Quant aux lames d'eau écoulées, le déficit est nettement plus important que celui des apports pluviométriques. Il est estimé à 0,95 mm, soit 1,8 % par rapport à la moyenne interannuelle évaluée à 52,56 mm.

L'évolution des variables SKP et SKL (figure 3) permet d'identifier deux périodes sèches et une période humide. Les milieux des années 1940 et 1970, marquent un changement dans la tendance des apports pluviométriques et des lames d'eau écoulées. La période humide correspond à la courbe croissante (zone II, figure 3) alors que les courbes décroissantes représentent la période sèche (zones I et III, figure 3).

Sur le graphe de la figure 3, l'année 1943-1944 marque le début de la période humide pour les précipitations, alors que l'accroissement des apports hydriques n'est observé que trois ans après. L'année hydrologique 1973-1974 marque la fin de la période humide et le début d'une période sèche. Au cours de la période humide, le coefficient angulaire de la régression linéaire des variations de la série SKP en fonction du temps à l'échelle annuelle est estimé à +0,47. Pour la période sèche, ce coefficient vaut - 0,74. La valeur fortement négative indique la sévérité de la sécheresse qui règne sur larégion, confirmant ainsi la tendance globale à la baisse observée à travers lafigure 2.

La procédure de segmentation appliquée à la série des précipitations annuelles donne le même résultat à l'ordre 3 que le test des cumuls partiels ; néanmoins la séquence de 4 ans (1939-1940 à 1943-1944) est jugée trop courte pour être représentative. Une segmentation d'ordre 2 est alors adoptée (figure 4). Elle met en évidence deux séquences, l'une humide s'étalant entre 1939-1940 et 1974-1975 avec une moyenne de 535 mm et l'autre sèche, comprise entre 1975-1976 et 2004-2005 où la moyenne est de 389 mm, soit 27 % de moins que pendant la séquence humide. Pour les lames d'eau écoulées, la segmentation donne des résultats légèrement différents de ceux de la méthode des cumuls partiels. Une segmentation jusqu'à l'ordre 4 est possible, sauf que les séquences sont trop courtes pour être considérées. On opte pour la segmentation d'ordre 2 (figure 4) qui définit une séquence humide entre 1939-1940 et 1979-1980 avec une lame d'eau moyenne de 70,0 mm [9] et une séquence sèche durant la période qui l'a suivie où l'on enregistre 21,7 mm de lame d'eau, soit 69 % de diminution par rapport à la séquence humide.

De ce qui précède, on estime que les deux séries (précipitations et débits) ont le même comportement. La cassure illustrée dans la figure 4 ne peut être considérée comme une rupture instantanée, elle représente plutôt une modification de régime à la fin des années 1970. Ce genre de cassure peut apparaître plusieurs fois dans une même série sans que cela signifie une rupture définitive [17-19].

Par ailleurs, l'utilisation du test statistique non paramétré de Wilcoxon-Mann-Whitney [20] appuyée par la procédure de segmentation (figure 4) montre que l'écart dans les apports pluviométriques entre les périodes sèche et humide est très important. Néanmoins, la taille de la série (66 ans) ainsi que la représentativité insuffisante d'une seule station pluviométrique, ne permet pas d'attribuer cette rupture aux seules fluctuations du climat ou à un changement global de celui-ci [21, 22].

Comme démontré dans de nombreux travaux [23-25], la sécheresse favorise le ruissellement superficiel au détriment des infiltrations vers les nappes phréatiques. Des ruissellements superficiels importants peuvent se produire sans que pour autant le sous-sol retienne de l'eau. Ainsi, la relation liant les lames d'eau aux précipitations à l'échelle annuelle, révèle que l'aptitude à l'écoulement exprimée par le coefficient angulaire de la droite de régression est plus importante en période sèche qu'en période humide (figure 5).

Le changement de comportement hydrologique observé entre les deux périodes, n'est probablement pas dû aux prélèvements d'origine anthropique. En effet, le taux d'évapotranspiration moyen pour les 2 périodes (figure 6) est de même ordre (0,98 pour la période humide et 0,77 pour la période sèche). Ces valeurs confirment le résultat de la figure 5.

Les caractéristiques climatiques (pluies agressives) et la configuration du bassin-versant (pente supérieure à 25 % sur 49 % de la superficie, sévérité de la pente des profils fluviaux, couvert végétal discontinu et présence de formations bien karstifiées) justifient la rapidité des écoulements et les irrégularités des apports en eau. En effet, pour la période allant de 1939-1940 à 2004-2005, la lame d'eau moyenne annuelle estimée à 52,5 mm correspond à la hauteur interannuelle moyenne des précipitations de 469 mm. Le coefficient d'écoulement interannuel moyen est alors de l'ordre de 11 %. Par ailleurs, on relève que les lames d'eau écoulées annuelles sont très contrastées. Elles varient entre 5,8 et 175,6 mm, ce qui correspond à des apports annuels en eau estimés à 5,9 et 178,4 millions de m3 respectivement en 1996-1997 et 1973-1974. Au cours de ces années, la pluviométrie annuelle respective relevée est de 342 et 729 mm.

Par ailleurs, le fonctionnement hydrologique du bassin-versant de la Tafna à Béni Bahdel est complexe [26, 27]. Les lames d'eau écoulées dépendent essentiellement de l'intensité des précipitations et des réserves en eau dans le sol. L'amplitude relative de leur variation interannuelle est nettement plus importante que celle des précipitations (figure 7). La capacité d'infiltration à travers les failles et microfissures ainsi que la présence de formations karstiques bien développées provoquent des transferts d'eau vers et à partir des réservoirs souterrains et induisent une certaine compensation dans les régimes d'écoulement. Durant la période sèche survenue après 1974-1975, le niveau des nappes aquifères s'est nettement abaissé, d'où la rétention des eaux par ces dernières. Par ailleurs, durant la période humide de 1943-1944 à 1974-1975, les réserves souterraines sont suffisamment importantes et induisent une certaine compensation dans les régimes d'écoulement. À la fin de la longue période excédentaire (zone II, figure 3), la succession des années humides fait que les écoulements sont les plus importants enregistrés durant la période d'étude.

Conclusion

Les fluctuations interannuelles des précipitations et des débits liquides durant la période 1939-1940 à 2004-2005 enregistrées au niveau du bassin-versant de la Tafna à Béni Bahdel ont permis de mettre en évidence deux périodes principales : une période humide entre 1943-1944 et 1974-1975 et une autre sèche entre 1975-1976 et 2004-2005. La décroissance pluviométrique débutée en 1975-1976 et mise en évidence par le test d'homogénéité fondé sur les variations des cumuls partiels et par la segmentation de Hubert, a induit une modification du régime hydrologique dès la fin des années 1970 (1975-1976 pour le test des cumuls partiels et 1979-1980 pour la segmentation). Pendant cette période sèche où l'on enregistre 27 % de diminution de la pluviosité par rapport à la période humide, on assiste à une diminution de l'écoulement de 69 %. Cet écoulement se produit dans un espace temporel très réduit et provient souvent d'orages violents donnant naissance à des crues brèves et intenses.

Références

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