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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Trois méthodes simples d’amélioration et de conservation génétiques pour l’agroforesterie et la foresterie en régions arides


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 19, Numéro 4, 269-75, octobre-novembre-décembre 2008, Article de recherche

DOI : 10.1684/sec.2008.0153

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Alphonse Nanson , Rue Chapelle-Dieu 29A 5030 Gembloux Belgique.

Résumé : La désertification s’étend rapidement à cause du réchauffement global et de la pression anthropique. Beaucoup d’espèces forestières et agroforestières sont menacées et nécessitent une conservation. Plusieurs d’entre elles devraient aussi être rapidement améliorées au service des populations humaines locales, mais les ressources financières et techniques manquent. À cause du grand nombre d’espèces impliquées, les méthodes coûteuses classiques sont inadéquates. Des programmes simples et peu coûteux, mais cependant efficaces, doivent être trouvés. Les méthodes classiques actuelles d’amélioration génétique comprennent les tests de provenances, la sélection des peuplements à graines et la sélection individuelle. La stratégie proposée est composée de trois méthodes simples dont les deux premières fusionnent les trois méthodes classiques actuelles. La première consiste à mélanger soigneusement les graines de nombreuses provenances ou variétés présumées bonnes pour constituer un peuplement dans une région de culture donnée. Ce peuplement est alors soumis à des éclaircies sélectives successives qui améliorent sa valeur génétique et son adaptation. Les graines pour le reboisement sont récoltées sur ce peuplement. La deuxième est le verger à graines de semis de provenances. Elle suit le même processus, excepté que l’identité de chaque plant est conservée, ce qui permet diverses analyses scientifiques et ouvre la voie à une amélioration individuelle ultérieure plus raffinée. La troisième est celle des peuplements à graines récurrents avec deux options se combinant à la première méthode. Dans chaque cas, des populations d’amélioration hétérotiques, déjà adaptées à la région de culture considérée et dotées d’une large biodiversité génétique, sont constituées. Dans les générations suivantes, l’adaptation de ces populations continue à s’améliorer. Tout autant que l’amélioration des arbres forestiers et agroforestiers, la conservation génétique peut ainsi s’accomplir rapidement en une fois pour de nombreuses espèces, simplement et à des coûts très bas. Ces méthodes fournissent des populations robustes mieux adaptées à des milieux extrêmes et changeants. C’est un nouvel outil pour combattre la désertification.

Mots-clés : agroforesterie, amélioration, désertification, foresterie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Alphonse Nanson

Rue Chapelle-Dieu 29A 5030 Gembloux Belgique

Les zones arides sont en expansion rapide à cause du réchauffement global et de la pression de l’homme et de ses animaux domestiques. Un nombre croissant d’espèces forestières et agroforestières sont menacées et nécessitent une conservation (figure 1).

Plusieurs de ces espèces devraient aussi être rapidement améliorées au service des populations humaines locales. Cependant, les ressources financières et techniques pour le faire manquent.

À cause du grand nombre d’espèces impliquées, les coûteuses et longues méthodes classiques d’amélioration génétique sont inadéquates. Des programmes simples et peu coûteux mais cependant efficaces doivent être trouvés.

La désertification accroît la pression sélective sur les populations d’arbres et d’arbustes qui décroissent rapidement en nombre et en surface et qui finissent souvent par se résoudre en petits groupes de quelques individus. Ces derniers, en dépit du fait qu’ils sont sévèrement sélectionnés par le milieu, sont menacés par la « dérive génétique » et finalement par leur « implosion génétique » [1]. Ces petites populations isolées, parfois réduites à quelques individus, sont donc condamnées à l’extinction bien qu’elles contiennent des gènes de bonne résistance vis-à-vis de la sécheresse et de la salinité, dignes d’être sauvegardés.

Or, un des meilleurs moyens pour augmenter l’adaptabilité d’une population à un environnement changeant est d’accroître sa biodiversité génétique interne, avec un haut degré d’hétérozygotie conduisant à de possibles effets d’hétérosis sur la croissance et sur la résistance-adaptation [1]. Dès lors, de nouvelles solutions à ces défis contradictoires doivent être trouvées. C’est l’objectif de cette publication.

Rappel des méthodes classiques actuelles

Pour la clarté, rappelons que les méthodes classiques actuelles de l’amélioration génétique des arbres forestiers comprennent en principe trois phases successives : les « tests de provenances », la sélection des « peuplements à graines » et enfin la « sélection individuelle »1.

Tests de provenances

C’est en principe le premier pas pour améliorer une espèce donnée. Elle consiste à récolter des lots de graines (provenances) de l’espèce, sur des populations naturelles et artificielles, à les semer en même temps mais séparément et à les comparer dans des tests comparatifs établis au sein des « régions de culture »2 prévues.

Les résultats montrent habituellement une grande variation entre provenances, en croissance, qualité (y compris pour les fruits), en résistance aux parasites et en adaptabilité. Étonnamment, le matériel local n’est pas toujours le meilleur ni en production ni même en adaptabilité.

La sélection des provenances, en vue du reboisement ou de la culture, est faite habituellement sur la base de leur productivité, de leur qualité (forme, branches, fructification, dimension et qualité des fruits, peu de défauts, etc.), de leur résistance aux parasites et de leur adaptabilité. Le gain génétique en production totale de bois, de matière sèche ou de fixation de CO2, dû aux tests de provenances et à la sélection des meilleures provenances pour le reboisement, peut être estimé à une moyenne approximative de 20 % [1]. D’autres gains sur la qualité, la résistance aux parasites et l’adaptabilité sont aussi obtenus.

Les « tests de provenances » n’exigent pas une équipe de généticiens forestiers très avancés pour être réalisés du moment que de bons schémas expérimentaux, à long terme, sont mis en œuvre d’une façon appropriée dès le début. Cependant, cette phase des tests de provenances prend habituellement quelques dizaines d’années (au moins 15-20 ans), et certains programmes d’amélioration, consciemment ou non, ont commencé directement à la deuxième phase (peuplements à graines) ou même à la troisième (sélection individuelle).

Sélection de peuplements à graines

Une fois que les meilleures provenances et « régions de provenance » pour une région de culture donnée sont déterminées, la sélection des « peuplements à graines »3 (peuplements supérieurs) peut commencer au sein des meilleures régions de provenance.

Cette sélection est faite sur la base des mêmes critères : productivité des peuplements, qualité moyenne (forme, branches, fructification, dimensions et qualité des fruits, etc.), résistance aux parasites et adaptabilité. D’autres critères sont aussi pris en considération comme le nombre effectif d’arbres aptes à fleurir (si possible quelques centaines), l’isolement par rapport à des sources inférieures de pollen, etc. Après cette sélection, des éclaircies sélectives au sein de chaque peuplement à graines sont fortement recommandées de façon à améliorer encore le phénotype moyen.

Les gains génétiques en production totale, dus à la sélection des peuplements à graines et à l’utilisation de leurs graines dans les reboisements, quoique variables à nouveau, peuvent s’estimer à environ 5-10 % en moyenne. De même, d’autres gains en qualité, résistance, et adaptabilité sont habituellement obtenus aussi. Par exemple, chez les feuillus, la pression sélective est souvent dirigée vers l’amélioration de la qualité, plutôt que vers la productivité. L’ensemble de ces gains s’ajoutent à ceux de la sélection des provenances quand les peuplements à graines sont sélectionnés dans les meilleures régions de provenance.

Cette deuxième phase peut s’exercer en quelques années seulement et à des coûts modérés par une petite équipe de forestiers supervisée par un généticien forestier capable d’intégrer, notamment, les connaissances sur l’héritabilité des différents caractères.

Sélection individuelle

En principe, pour une région de culture donnée, cette phase de la sélection individuelle ne peut commencer qu’après les deux précédentes, c’est-à-dire qu’à partir des meilleurs peuplements à graines des meilleures provenances pour cette région de culture.

Pour rappel, la sélection individuelle comprend la sélection des « arbres plus », l’établissement de « vergers à graines d’arbres plus », les « tests de descendances » (très longs et coûteux), suivi de l’installation de « vergers à graines d’arbres d’élite ». Finalement, les « vergers à graines de semis de familles » ainsi que les « variétés clonales » dont les « variétés multiclonales » peuvent être produits à partir des meilleures descendances des vergers à graines ou des meilleurs croisements.

Cette phase est considérée comme la plus accomplie de l’amélioration génétique. Les gains génétiques sur la productivité sont aussi variables mais peuvent s’élever à 5 à 20 %, suivant le type de « verger à graines » (plus ou d’élite). Un gain génétique additionnel de 10-20 % peut résulter de l’emploi des « variétés (multi)clonales ». Les gains sur la qualité sont probablement supérieurs. Quand ils sont réalisés à partir des meilleurs peuplements à graines des meilleures provenances, ces gains de la sélection individuelle s’ajoutent aux précédents.

Cependant, cette phase est très longue (~ 30 ans) et coûteuse. Elle requiert une équipe stable de généticiens forestiers de haute qualité. Elle peut se poursuivre sur plusieurs générations, avec cependant le défi croissant de gains en diminution et de consanguinité en progression et, dès lors, des coûts croissants par unité de gain.

Le coût des plants améliorés, produits par multiplication végétative (variétés [multi]clonales), est particulièrement élevé : habituellement au moins deux fois le coût de plants issus de semis, ce qui peut décourager, à tort, les forestiers.

De tels programmes relativement complets mais longs et coûteux ont été développés dans des pays industrialisés, par exemple aux États-Unis pour le Pinus taeda, le Pinus elliottii, le douglas (Pseudotsuga menziesii), en Nouvelle-Zélande et en Australie pour le Pinus radiata, en Scandinavie pour le pin sylvestre (Pinus sylvestris), en Europe occidentale pour l’épicéa (Picea abies) et le douglas (Pseudotsuga menziesii), en France pour le pin maritime (Pinus pinaster).

Stratégies proposées

Avec un nombre croissant d’espèces et avec des ressources et des délais nécessairement limités, particulièrement pour les espèces agroforestières si nombreuses dans les tropiques, comment faire face à ces exigences divergentes ? Les réponses à ce défi et leurs justifications ont été décrites ailleurs par Nanson [1, 2].

Parmi celles-ci, figurent tout d’abord deux méthodes d’amélioration non conventionnelles, rapides et peu coûteuses, basées sur une combinaison simultanée des tests des provenances, de la sélection des peuplements à graines et de la sélection individuelle. Leur but est de produire en une fois des populations qui sont adaptées à l’environnement de la région de culture considérée après une forte « pression de sélection ». Ces populations sont dotées d’une large « biodiversité génétique », garantie pour une évolution ultérieure favorable dans un environnement changeant et, dès lors, pour leur survie. Une troisième méthode plus classique (peuplements à graines) mais récurrente et combinée en options à la première des méthodes non conventionnelles est exposée par la suite.

Les procédures sont données sous forme de brèves recettes, leurs justifications étant données auparavant [1, 2] ou lors de la discussion.

Méthode 1. Mélange de graines de différentes provenances (en cas de ressources très limitées)

La procédure est la suivante :
  • récoltez de nombreuses bonnes ou prometteuses provenances ou variétés bien adaptées (exemple : 20-40) ;
  • mélangez leurs graines très soigneusement. Semez ;
  • plantez leurs plants sur des sols représentatifs et assez homogènes en plantations à l’intérieur des régions de culture considérées. Archivez ces plantations ;
  • éclaircissez ces plantations très sélectivement d’après les critères de sélection choisis. Après quelques éclaircies, un ensemble de bons peuplements à bon phénotype sont obtenus et sont considérés désormais comme des « peuplements à graines » ;
  • dans ces peuplements à graines, récoltez des lots de graines commerciales (OCDE, étiquettes vertes) sur au moins 20 à 50 ou mieux sur quelques centaines (200-300) d’arbres marqués à bon phénotype et bien espacés, par exemple sur des « arbres sub-plus4 » ;
  • utilisez ces graines pour des plantations commerciales et archivez quelques-unes des meilleures et des plus diversifiées, c’est-à-dire récoltées sur un maximum d’arbres sub-plus ;
  • pour les générations suivantes, éclaircissez les meilleures plantations archivées et utilisez-les comme de nouveaux « peuplements à graines ». Et ainsi de suite…

Méthode 2. Verger à graines de semis de provenances (VGSP) [en cas de ressources plus importantes]

Avec la même collection de bonnes provenances ou variétés, exemple : 20-40 :
  • semez les provenances simultanément mais séparément ;
  • étiquetez tous les plants plantables avec leur numéro de provenance (exemple : de 1 à 40) ;
  • plantez-les en schéma statistique (le mieux en parcelles mono-arbres aléatoires) sur un site de plantation représentatif et assez homogène dans la région de culture considérée et cartographiez-les soigneusement, plant par plant ;
  • mesurez-les individuellement et réalisez les analyses de variance/covariance de chaque caractère [1] avec un possible index pour la sélection. Établissez la performance pour chaque provenance et pour chaque individu ainsi que la variation inter- et intraprovenance ;
  • éclaircissez les jeunes arbres très sélectivement, éventuellement avec l’aide d’index, pour en faire finalement un VGSP avec une large base génétique [3] ;
  • récoltez les graines de ce VGSP (étiquette rose de l’OCDE) pour les plantations commerciales et pour la plantation de nouveaux peuplements à graines ;
  • pour les futures générations, éclaircissez les plus belles plantations archivées et utilisez-les comme nouveaux peuplements à graines.

Autrement, recommencez la procédure (figure 2).

Le diagramme de ces deux méthodes non conventionnelles est repris à la figure 3.

Discussion

Avantages généraux des deux méthodes non conventionnelles

Les trois méthodes classiques principales (test de provenances, sélection de peuplements à graines, sélection individuelle) sont comprimées en deux méthodes similaires. Il y a ainsi des gains de temps et de coûts considérables.

Certes, les gains génétiques des variétés produites sont moindres que la somme de ceux des trois méthodes classiques, particulièrement concernant la sélection individuelle, car l’intensité de sélection est, ici, nettement moindre. Cependant, elle peut être partiellement compensée par l’augmentation de l’importance des lots de graines récoltées par provenance et par celles des plantations qui en dérivent. Les tests de descendances des arbres sub-plus de ces plantations ainsi que les éventuels vergers à graines de semis de descendances, qui peuvent en dériver, ne sont pas considérés, ici, bien qu’ils puissent être envisagés comme une option valable mais coûteuse.

En revanche, la biodiversité génétique des variétés produites est fortement augmentée par rapport à celle résultant des méthodes classiques qui sont, elles, réalisées à partir d’un nombre souvent très limité de provenances, voire d’une seule ! En effet, la diversité entre les provenances échantillonnées peut être très grande, et, même après sélection sévère dans la plantation, presque chaque provenance peut contribuer à la masse des arbres sélectionnés ne fût-ce que par quelques arbres. La variété de synthèse résultante est, à la fois, non seulement adaptée au milieu de la région de culture, mais aussi dotée d’une grande biodiversité génétique (plus grande que dans la nature), garante de son évolution favorable ultérieure dans un environnement changeant et donc de sa survie.

Dès lors, ces deux méthodes assurent une conservation génétique satisfaisante, particulièrement pour un ensemble de petites populations en disparition dont les principaux gènes sont ainsi préservés. Cela est à comparer à l’absence d’action qui aboutit à une perte génétique souvent considérable.

Un problème pourrait résulter d’un écart phénologique possible dans la floraison des individus des différentes populations considérées. Habituellement, un chevauchement partiel entre fleurs mâles et femelles a lieu entre provenances. Ainsi, une partie des individus peut se croiser avec celle d’une autre provenance tandis qu’une autre partie ne le peut pas. Cependant, à la génération suivante, les hybrides entre provenances sont souvent intermédiaires en floraison et peuvent se croiser tous azimuts, de mieux en mieux à mesure que les générations passent. De même, l’hétérozygotie va s’accroître avec les générations et, pour la croissance/adaptabilité au moins, elle va aboutir le plus souvent à des effets d’hétérosis, garantie d’une meilleure adaptation.

Comparaison des deux méthodes

Méthode 1 (mélange de graines)

Elle est de loin la plus simple et la plus expéditive. Elle peut se réaliser par des forestiers aidés par des consultants en génétique forestière. Elle est très peu coûteuse et performante, procurant une nouvelle variété de synthèse, avec une très large biodiversité génétique, capable de s’adapter à des milieux variés et changeants.

Le principal défi est la récolte d’un grand nombre de provenances à la fois (exemple : 20 à 40 mais pour la méthode 2 aussi), particulièrement celles qui sont probablement les plus prometteuses pour la région de culture considérée. Il faut faire attention à ne pas commencer le mélange dans la hâte avec trop peu de provenances. Si tel est le cas, il est avisé d’attendre et d’en chercher de nouvelles. L’aide de généticiens forestiers ou de centres de graines, utilisant autant que possible le système de l’OCDE [4], est alors d’un grand secours pour trouver ou récolter ces provenances. À cet égard, la coopération internationale est donc très recommandable, voire indispensable.

Un inconvénient de la méthode 1 est la perte, dans les peuplements produits, de l’identité de la provenance de chaque arbre, en particulier de celle des futurs arbres plus sélectionnés pour une éventuelle sélection individuelle ultérieure. Un autre est l’ignorance de la variation interprovenances.

Méthode 2 (verger à graines de semis de provenances)

Elle nécessite une équipe de généticiens forestiers, principalement, pour réaliser les éclaircies sélectives adéquates. Ces dernières devraient être basées sur les mesures de tous les caractères de base (croissance, qualité, résistance, adaptation) qui interviennent dans la sélection des arbres restants. Habituellement, ces mesures sont suivies par des analyses de variance/covariance conduisant si possible à un index de sélection par arbre. À défaut ou en cas d’urgence des éclaircies forestières sélectives, ignorant le niveau provenance, peuvent avoir lieu. Éventuellement, la cartographie des plants individualisés peut être utilisée directement sur le terrain pour éviter trop de proximité entre individus de la même provenance, de façon à promouvoir les croisements entre provenances et l’anticonsanguinité (outbreeding).

Les performances des provenances sont aussi évaluées scientifiquement, ce qui est utile pour la connaissance et pour de futures récoltes. La maintenance des vergers à graines de semis de provenances en vue d’éclaircies sélectives ultérieures et le marquage des arbres semenciers à récolter devraient se faire avec l’aide de généticiens forestiers.

La méthode 2 est donc plus scientifique mais plus compliquée et coûteuse. Cependant, elle conserve l’identité des futurs arbres sélectionnés en vue d’une sélection individuelle ultérieure plus raffinée. Une discussion plus détaillée sur les avantages et inconvénients du verger à graines de semis de provenances est exposée par Nanson [3].

Méthode 3 : méthode des peuplements à graines récurrents, avec deux options

Dans un pays ou une région de culture donnée, les deux méthodes ci-dessus n’excluent pas d’exercer simultanément une troisième plus classique. C’est celle de la sélection des peuplements à graines (méthode classique no 2) mais, cette fois, récurrente d’une génération à l’autre. Elle peut s’organiser comme suit et ensuite se combiner avec la méthode no 1 en deux options (voir plus loin) :
  • subdivisez le pays considéré en régions de provenance : voir OCDE [4] ou la directive de l’Union européenne [5] ou Nanson [1] ;
  • sélectionnez des peuplements à graines et faites-les figurer dans un Catalogue national des matériels de base (mêmes références) ;
  • récoltez des graines sur au moins 30-50 (mais mieux sur 200-300) arbres sub-plus (supérieurs) bien espacés dans chaque peuplement à graines ;
  • mélangez les graines de ces arbres (du même peuplement à graines) ;
  • plantez leurs plants en plantations distinctes par peuplement à graines initial, autant que possible dans la même région de provenance. Archivez parmi ces plantations celles qui sont les plus saines et les plus diversifiées par le nombre d’arbres sub-plus dont elles sont issues ;
  • faites-y des éclaircies sélectives et ainsi transformez ces meilleures plantations en nouveaux peuplements à graines pour la génération suivante ;
  • aux générations suivantes, recommencez avec les meilleurs nouveaux peuplements à graines, etc.

Cette méthode pourrait être appelée une sélection récurrente simple par population. Quand elle est réalisée d’une façon correcte, avec un nombre suffisant de bons arbres semenciers à chaque génération, cette stratégie assure une conservation génétique suffisante et prévient la consanguinité à long terme des meilleurs peuplements locaux. Elle fonctionne bien avec des populations initiales suffisamment importantes et déjà bien adaptées. Cependant, elle ne produit pas une biodiversité génétique aussi grande que par les méthodes précédentes. Elle ne permet pas non plus de conserver de petites populations en extinction parce que chacune d’entre elles est trop réduite pour former un peuplement à graines de départ.

Deux options de cette troisième méthode qui se combinent avec la méthode no 1 sont présentées ci-dessous :

Option 1 de la troisième méthode

En cas de populations importantes constituant déjà des peuplements à graines :
  • mélangez les graines de nombreux (5-30 ?) bons peuplements à graines de la même région de provenance ;
  • plantez-les dans cette région de provenance. Archivez ces plantations ;
  • éclaircissez-les sélectivement en de nouveaux peuplements à graines de synthèse ;
  • récoltez-y les graines commerciales pour les plantations ;
  • pour les générations futures, sélectionnez des peuplements à graines parmi les plantations les meilleures et les plus diversifiées, etc.
N.B. Cette méthode intermédiaire engendre une bonne biodiversité génétique du mélange au niveau de la région de provenance considérée.

Option 2 de la troisième méthode

En cas de populations hétéroclites souvent déjà menacées, petites et dispersées :
  • récoltez le maximum de provenances, même celles représentées par un petit nombre d’individus (même 1 ou 2) et donc ne faisant pas nécessairement partie de peuplements à graines. Cela autant que possible dans la même région de provenance mais pas nécessairement ;
  • mélangez les graines et procédez comme ci-dessus.
N.B. Cette option peut constituer une mesure ultime pour conserver l’essentiel du « pool génétique » survivant de l’espèce considérée au niveau de la région de provenance ou même de l’espèce elle-même en cas d’extinction extrême en cours.

Conclusion

Ces trois méthodes simples et peu coûteuses fournissent rapidement des populations robustes bien mieux adaptées aux milieux extrêmes et changeants. La conservation génétique autant que l’amélioration des arbres, forestiers et agroforestiers, peut donc se réaliser rapidement en une fois simplement et d’une façon peu coûteuse pour de très nombreuses espèces à la fois qui, autrement, seraient souvent vouées à l’extinction génétique d’au moins une partie de leur patrimoine. Ces méthodes simples, rapides et peu coûteuses représentent ainsi un nouvel outil pour combattre la désertification.

Références

1 Nanson A. Génétique et amélioration des arbres forestiers. Gembloux (Belgique) : Presses agronomiques de Gembloux, 2004.

2 Nanson A. Populations’ strategies with low input breeding. IUFRO Antalya conference, Oct. 9-16, 2006, Antalya, Turkey, 11 (Ed. Fikret Isik, fisik@ncsu.edu).

3 Nanson A. The provenance seedling seed orchard. Silvae Genet 1972 ; 21 : 243-9.

4 Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Système de l’OCDE pour le contrôle des matériels forestiers destinés au commerce international. Paris : OCDE, 1997.

5 Union européenne. Directive 199/105/CE du conseil du 22 décembre 1999 concernant la commercialisation des matériels forestiers de reproduction. J Communauté Eur 2000 ; (15.1.2000, L11/17-L11/40).

1 Dans ce texte, les termes consacrés sont mis entre guillemets et sont définis par Nanson [1].

2 Région de culture : région suffisamment homogène où des provenances et variétés données peuvent être cultivées avec le même succès.

3 Peuplements à graines : appelés aussi peuplements semenciers.

4 « Arbres sub-plus » = quasi « arbres plus ».


 

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