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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Phénologie de quelques espèces ligneuses du parc national du « W » (Niger)


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 18, Numéro 4, 354-8, 2007-10-01, Sécheresse en ligne, 4E

DOI : 10.1684/sec.2007.0113

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Ali Mahamane, Saadou Mahamane, Jean Lejoly , Laboratoire de botanique systématique et de phytosociologie, Université libre de Bruxelles (ULB), CP 169, 50 avenue FD Roosevelt, B-1050 Bruxelles, Belgique, Département de biologie, Faculté des Sciences, Université Abdou Moumouni, BP 10662, Niamey, Niger.

Résumé : La phénologie de 28 espèces ligneuses du parc national du « W » du Niger est analysée. Les phases suivies sont la feuillaison, la floraison et la fructification. Suivant leurs caractéristiques phénologiques, les espèces sont réparties en 4 groupes (espèces sempervirentes, espèces semi-caducifoliées, espèces caducifoliées à fructification brève et espèces caducifoliées à fructification prolongée). Les différents stades phénologiques sont sous le contrôle des variations de l’humidité de l’air déterminée par les flux de mousson. Aussi, les feux de brousse allumés d’octobre à décembre provoquent des repousses vertes utilisées par la faune comme nourriture pendant la saison sèche. L’importance de ces repousses est variable suivant la géomorphologie.

Mots-clés : hygrométrie, ligneux, Niger, phénologie, pluviométrie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Ali Mahamane1,2, Saadou Mahamane2, Jean Lejoly1

1Laboratoire de botanique systématique et de phytosociologie, Université libre de Bruxelles (ULB), CP 169, 50 avenue FD Roosevelt, B-1050 Bruxelles, Belgique
2Département de biologie, Faculté des Sciences, Université Abdou Moumouni, BP 10662, Niamey, Niger

Dans le parc du W, des observations courantes du paysage montrent des modifications remarquables de la physionomie des diverses formations végétales au cours de l’année à travers l’apparition et la chute progressives des feuilles, fleurs et fruits des arbres et arbustes. Ces modifications phénologiques se répercutent sur la faune qui se nourrit des différents organes des plantes. Malgré ce rôle important que peuvent jouer ces ligneux fourragers, leurs cycles phénologiques ne sont pas bien décrits. L’objectif de ce travail est de caractériser le stade phénologique de 28 essences ligneuses réparties dans 12 stations.

Matériel et méthode

Le parc national du W se situe en Afrique occidentale, entre 11° 50’ et 12° 35’ de latitude N et 2 ° et 2° 50’ de longitude E (figure 1). Au total, 1 305 arbres et arbustes, représentant 28 espèces ligneuses sont étudiés dans quatre formations végétales (tableau 1) et sur 12 stations. Le choix des essences se justifie par leur importance dans le peuplement et leur rôle présupposé dans l’alimentation de la faune. Les relevés sont réalisés tous les 15 jours du début à la fin de la saison des pluies et tous les mois en saison sèche. Le nombre d’individus suivis par espèce est fonction de la densité des arbres et arbustes dans les communautés végétales mais avoisine 12 par site. À chaque relevé, la présence des feuilles, fleurs et fruits est notée sur des fiches préétablies. Les échelles utilisées dérivent de celles qui sont connues dans la littérature [1].

Tableau I Nombre d’espèces suivies par site.

Stations (S1 … S12)

-

S1

S2

S3

S4

S5

S6

S7

S8

S9

S10

S11

S12

Nb ind./ espèces

Coordonnées géographiques (UTM)

Longitude

0435887

0436824

0437621

0441494

0442232

0443260

0443270

0433632

0431136

0433286

438063

0433609

-

Latitude

1376441

1375993

1376209

1377683

1388331

1380911

1380910

1375409

1371045

1355241

1363174

1354880

-

Formation végétale

-

SA

FC

FA

FA

SA

FC

FC

FC

SA

SA

FC

GF

-

Géomorphologie

-

G

G

Pl

Pl

G

V

V

P

P

P

V

V

-

Texture du sol

-

SL

L

SG

SG

SA

LS

LS

A

SL

S

L

A

-

Acacia macrostachya Reichenb. ex Benth.

Mimosaceae

12

12

12

12

12

-

-

10

-

12

-

-

82

Adansonia digitata L.

Bombacaceae

-

-

-

-

-

-

-

-

12

-

-

-

12

Albizia zygia (DC.) J.F. Macbr.

Mimosaceae

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

11

11

Anogeissus leiocarpa (DC.) Guill. & Perr.

Combretaceae

-

12

-

-

-

-

10

12

-

-

12

-

46

Cola laurifolia Mast.

Sterculiaceae

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

12

12

Combretum aculeatum Vent.

Combretaceae

12

-

-

7

-

-

-

-

12

12

-

-

43

Combretum collinum Fresen.

Combretaceae

12

12

-

8

12

-

12

12

12

-

12

-

92

Combretum glutinosum Perr. ex DC.

Combretaceae

12

-

12

12

12

-

12

12

12

-

12

-

96

Combretum micranthum G. Don

Combretaceae

12

-

12

12

12

-

-

12

12

12

8

92

Combretum nigricans Lepr. Ex Guill. & Perr.

Combretaceae

12

12

12

12

12

-

12

12

12

-

12

-

108

Crossopteryx febrifuga (Afz. ex G. Don) Benth.

Rubiaceae

12

9

12

12

12

12

12

12

-

12

-

105

Daniellia oliveri (Rolfe) Hutch. & Dalz.

Caesalpiniaceae

-

-

-

-

-

-

12

-

-

-

-

-

12

Dichrostachys cinerea (L.) Wight & Arn.

Mimosaceae

12

-

12

-

-

-

-

12

12

12

12

-

72

Diospyros mespiliformis Hochst. ex A. DC.

Ebenaceae

-

-

-

-

-

2

5

 -

-

-

-

12

19

Fluegga virosa (Roxb. ex Willd.) Voigt

Euphorbiaceae

12

8

-

-

12

-

12

12

-

-

12

-

68

Guiera senegalensis J.F. Gmel.

Combretaceae

9

12

12

12

12

12

12

12

12

12

12

-

129

Xeroderris stuhlmannii (Taub.) Mendonça & Sousa

Fabaceae

8

12

-

8

12

-

6

7

-

-

-

-

53

Isoberlinia doka Craib & Stapf

Caesalpiniaceae

-

8

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

8

Kigelia Africana (Lam.) Benth.

Bignoniaceae

-

-

-

-

-

-

-

-

-

-

8

3

11

Lannea acida A. Rich.

Anacardiaceae

5

-

-

-

9

-

-

-

-

-

-

-

14

Lannea microcarpa Engl. & K. Krause

Anacardiaceae

-

-

-

-

7

-

-

-

-

-

-

-

7

Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir.

Capparaceae

-

-

12

-

-

12

10

-

5

-

-

-

39

Pteleopsis suberosa Engl. & Diels

Combretaceae

-

-

12

-

-

-

12

-

-

-

-

-

24

Pterocarpus erinaceus Poir.

Fabaceae

-

-

-

-

-

 -

10

-

-

-

12

-

22

Sclerocarya birrea (A. Rich.) Hochst.

Anacardiaceae

8

-

-

-

10

11

-

-

-

-

-

-

29

Strychnos spinosa Lam.

Loganiaceae

-

-

-

-

12

12

8

12

-

-

-

-

44

Terminalia avicennioides Guill. & Perr.

Combretaceae

-

-

-

-

12

12

12

-

-

-

-

-

36

Vitellaria paradoxa C.F. Gaertn.

Sapotaceae

-

-

-

-

10

-

9

-

-

-

-

-

19

Nb d’individus/site

-

138

89

116

95

168

73

166

137

89

60

128

46

1305

Spectre phénologique global

Pour l’ensemble des espèces, les stades phénologiques varient suivant les saisons (figure 2). Le développement foliaire débute en avril-mai, juste avant les premières pluies, et est maximal en juillet, août et septembre. La chute des feuilles s’amorce en octobre et la défeuillaison est maximale en février et mars.

Des fleurs sont observées toute l’année, mais la floraison est maximale en avril, mai et juin. Quant à la fructification, elle est prépondérante en mai, juin et juillet.

Suivant la densité des feuilles, les espèces sont classées en trois groupes phénologiques principaux :

  • 1. Espèces caducifoliées, subdivisées en deux sous-groupes :
    • espèces caducifoliées à fructification brève : Lannea acida A. Rich., L. microcarpa Engl. et K. Krauze, Xeroderris stuhlmannii (Taub.) Mend ;
    • espèces caducifoliées à fructification prolongée : Adansonia digitata L., Daniellia oliveri (Rolf.) Hutch. et Dalz., Strychnos spinosa Lam. et Vitellaria paradoxa C. F.Gaertn.L’initiation du développement foliaire et floral chez ces essences démarre en mai-juin avec l’augmentation de l’humidité atmosphérique et se prolonge pendant une grande partie de la saison des pluies.Ces espèces se caractérisent par la formation précoce de bourgeons floraux en avril-mai à la suite de l’augmentation de la teneur en eau de l’air qui avoisine 43 % en mai et 55 % en juin.
  • 2. Espèces semi-caducifoliées, qui sont défeuillées une partie de l’année seulement : Combretum aculeatum Vent., C. micranthum G.Don., C. nigricans var elliotii (Engl. ex Diels) Aubrev., Crossopteryx febrifuga (G.Don.) Benth., Acacia macrostachya Reich. ex Benth., Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. et Perr. et Dichrostachys cinerea (L.) Wight et Arn.Ces espèces se caractérisent par une chute plus tardive des feuilles comparativement aux deux premiers groupes. L’initiation foliaire et florale a lieu en fin de saison sèche et début de saison des pluies en juin.
  • 3. Espèces sempervirentes, qui gardent leurs feuilles toute l’année : Combretum glutinosum Perr. ex DC., C. collinum, Guiera senegalensis J.G. Gmel., Boscia senegalensis (Pers.) Lam. Ex Poir., Diospyros mespiliformis Hochst. ex. A. DC., Cola laurifolia Mast., Kigelia africana (Lam.) Benth., Isoberlinia doka Craib. et Stapf. et Terminalia avicennioides Guill. et Perr.

Ces espèces continuent à puiser l’eau des nappes phréatiques en saison sèche. En plus, B. senegalensis et G. senegalensis développent un système racinaire profond pouvant atteindre 20 à 30 m leur permettant de prospecter les couches profondes du sol [2]. Les feuilles sont également très sclérifiées afin de réduire les pertes en eau par transpiration. Pour ces essences, la défoliation est graduelle dans le temps.

Différence interstations

Dans l’écosystème du parc du W, on observe un décalage de la mise en place de phases phénologiques des individus d’une même espèce sur des sites présentant des différences de texture de sol. Les individus de A. leiocarpus de la station 8 sur sol argileux présentent un retard dans le débourrement des feuilles par rapport à ceux de la station 2 sur sol limono-sableux. Ce décalage est de l’ordre de 3 semaines. À l’inverse, en fin de saison des pluies, les populations de A. leiocarpus ont tendance à garder plus longtemps leurs feuilles sur la station argileuse. Les sols à texture fine présentent une bonne réserve en eau utile mais un point de fanaison permanente plus élevé.

Variation interannuelle

Sur le site d’étude, la variation interannuelle de la phénologie est déterminée d’une part par la variation du degré d’hygrométrie, en fin de saison sèche et de saison des pluies, et d’autre part par le régime des précipitations. Le déficit pluviométrique entraîne un retard et une diminution du taux de réalisation des différentes phases phénologiques. L’impact des précipitations sur la croissance et le développement de la végétation au Sahel a été décrit par Hiernaux et al. [3]. Cette variation interannuelle peut être illustrée par A. leiocarpus et C. febrifuga au sein d’une forêt claire sur un sol à texture limono-argileuse de 0 à 17 cm et argileuse de 18 à 50 cm de profondeur au cours des années 1998 et 1999 (station 8). Les deux espèces présentent un comportement différent suivant l’importance et la répartition de la pluviométrie annuelle qui était de 863 mm en 1998 et 643 mm en 1999, soit un déficit de 221 mm. Sur les sols argileux peu approvisionnés en eau, on note une régression progressive dans l’établissement des phénophases aussi bien dans le temps que dans leur taux de réalisation.

Facteurs de variation de la phénologie

Pour les communautés végétales du parc, deux périodes sont capitales pour le suivi phénologique des essences ligneuses : la fin de la saison sèche et celle de la saison des pluies. La transition de la saison sèche à la saison des pluies se caractérise par une augmentation de la teneur en eau dans l’air due à la remontée du Front intertropical (FIT). Il se produit des phases successives de bourgeonnements foliaires et floraux. La chute des feuilles initiée en octobre est maximale en février et mars pour toutes les espèces caducifoliées. Au cours de cette période, l’hygrométrie est inférieure à 20 %. Ainsi, les phases de défoliation et de foliation sont sous la dépendance étroite des conditions climatiques notamment de l’humidité atmosphérique. Pendant la période de décembre à février, le Front intertropical occupe sa position la plus méridionale et de juillet à septembre, sa position la plus septentrionale [4]. Corrélativement à la baisse de l’humidité relative, on note une augmentation de la température et de l’évapotranspiration potentielle (ETP). Ces changements se caractérisent généralement par une chute brutale des feuilles en réponse au stress hydrique [5]. Le dessèchement accentue l’évaporation et contraint la végétation à réagir, le plus souvent par la perte des feuilles. Ainsi, la forte évaporation provoquée par l’harmattan est l’élément clé du déclenchement de la chute des feuilles. De sorte que les espèces caducifoliées comme C. micranthum présentent une activité photosynthétique principalement en saison des pluies.

C. glutinosum présente une floraison et une fructification décalées par rapport aux autres espèces. Sur des sites non perturbés, elles ont lieu essentiellement en saison sèche.

Le stress hydrique est le plus perceptible sur les points élevés de toposéquence [1]. Aussi, G. senegalensis comporte une grande flexibilité de la phénologie au niveau des individus en fonction de la situation topographique, ce qui a favorisé l’espèce dans les jachères du Sud-Ouest du Niger [1].

Chez les espèces sempervirentes, les pertes en eau sont souvent compensées de deux façons : par l’alimentation à partir des nappes phréatiques pour les stations des galeries forestières et par un système racinaire très développé doublé de feuilles fortement sclérifiées pour limiter les pertes en eau dans le cas des stations sèches [2].

L’allumage des feux doit se faire en fonction de la situation géomorphologique des sites. Pour les savanes arbustives à C. nigricans, C. micranthum, G. senegalensis, P. suberosa et L. microcarpa sur plateaux gréseux ou cuirassés, les feux précoces en octobre sont les mieux indiqués. En effet, ces milieux sont caractérisés par des sols peu profonds et s’assèchent donc très tôt après la saison des pluies. En revanche, l’allumage des feux doit être décalé dans le temps en fonction de la profondeur des sols le long de la toposéquence. Sur les sols lourds de bas-fonds, l’allumage des feux en novembre ou décembre permet d’obtenir des résultats plus intéressants.

Conclusion

Les différents stades phénologiques sont corrélés avec les paramètres climatiques. Cette synchronisation des phénophases correspond à une adaptation des formes de vie des plantes. Les facteurs du milieu (sol et topographie) et les feux de brousse, allumés en novembre et décembre, induisent des variations dans l’expression des phénophases. Ces feux entraînent en particulier l’apparition de nouvelles feuilles et fleurs qui constituent une source importante de nourriture pour la faune au cours de la période de soudure alimentaire de la saison sèche.

Texte intégral à paraître à l’adresse : http://www.secheresse.info/article.php3?id_article=5412.

Références

1 Devineau JL. Seasonal rythms and phenological plasticity of savanna woody species in fallow farming system (south-west Burkina Faso). J Trop Ecol 1999 ; 15 : 497-513.

2 Saadou M, Mahamane A. Écologie, chorologie et rôle de Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir. dans les écosystèmes sahéliens et sahélo-sahariens du Niger. XVIIe Congrès de l’AETFAT, Nairobi, 2003.

3 Hiernaux PHY, Cisse MI, Diarra L, De Leew PN. Fluctuation saisonnière de la feuillaison des arbres et des buissons sahéliens. Conséquence pour la quantification des ressources fourragères. Rev Elev Med Vet Pays Trop 1994 ; 47 : 117-25.

4 Monnier Y. La poussière et la cendre : paysages, dynamique des formations végétales et stratégies des sociétés en Afrique de l’Ouest. Paris : ministère de la Coopération et du Développement ; Agence de coopération culturelle et technique, 1990.

5 Borchert R. Soil and stem water storage determine phenology and distribution of tropical dry forest trees. Ecology 1994 ; 75 : 1437-49.


 

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