ARTICLE
Auteur(s) : Sandrine Jauffret
Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), Boulevard du leader
Yasser Arafat, BP 31, 1080 Tunis, Tunisie
Depuis des millénaires les zones arides et semi-arides sont
caractérisées par des écosystèmes tout à fait particuliers et
originaux, tant du point de vue de la flore que de la faune, et qui
sont de fait parfaitement adaptés à des conditions climatiques
difficiles. Cependant, le développement des sociétés humaines dans
ces régions où l’on rencontre une forte croissance démographique a
eu pour corollaire l’augmentation de la pression sur les ressources
naturelles, engendrant ainsi les problèmes de désertification et
d’érosion de la biodiversité que nous connaissons.
En particulier, suite aux sécheresses intenses et récurrentes
qui ont sévi tant en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne
depuis les années 1970, la prise de conscience politique et la
mobilisation de la communauté scientifique pour enrayer les
processus de désertification et atténuer les effets de la
sécheresse ont mis en exergue le besoin de suivre et d’évaluer les
ressources naturelles afin d’en assurer une gestion durable.
De nombreuses études et recherches ont alors été menées sur la
sécheresse et l’aridité ainsi que sur leurs conséquences
écologiques (dégradation des terres, désertification) et
socio-économiques (migration, sédentarisation, paupérisation).
Cependant, malgré l’adoption du plan d’action de lutte contre la
désertification lors de la conférence des Nations unies sur la
désertification (Nairobi, Kenya, août-septembre 1977), il a fallu
attendre la création des grands réseaux d’observation comme le GCOS
(Global Climate Observing System), le GOOS (Global Ocean Observing
System) et le GTOS (Global Terrestrial Observing System) en
1991-1992 [1] et l’entrée en vigueur, en 1994, de la Convention des
Nations unies de lutte contre la désertification [2], véritable
cadre stratégique, pour mettre en place de réels dispositifs à même
de favoriser le développement de la coopération scientifique et
technique entre les institutions compétentes aux niveaux national,
sous-régional, régional et international dans les domaines de la
lutte contre la désertification et de l’atténuation des effets de
la sécheresse. De ce fait, la surveillance environnementale
constitue une réponse aux besoins exprimés par les gestionnaires
des ressources naturelles et les décideurs de disposer de données
fiables sur l’état de l’environnement, en particulier en zones
arides et semi-arides fortement affectées et/ou menacées par la
désertification. La surveillance environnementale sensu lato
concerne à la fois l’étude de la dynamique des écosystèmes, des
populations humaines, des systèmes d’utilisation des terres ainsi
que des interactions qui existent entre ces différents ensembles
[3].
La surveillance environnementale est d’autant plus importante
que l’amélioration des connaissances sur le fonctionnement des
écosystèmes, et en particulier des relations
population-environnement, doit permettre de prévenir l’impact des
changements environnementaux et de s’adapter à cette évolution
continue en adoptant des modes de gestion durable des terres.
Comme le soulignaient Dobremez et Bourjot, « toute gestion
passe par la prévision et toute prévision ne peut se construire que
par des modèles d’évolution dont les paramètres et leurs variations
sont le résultat de mesures, d’observations et d’expérimentation.
Les modèles sont d’autant plus précis que les mesures, observations
et expérimentations sont de longue durée. En effet, il faut
qu’elles rendent compte des variations et des tendances évolutives
de l’environnement. Prévision, gestion doivent se nourrir de
recherches écologiques à long terme » [4].
Ainsi, comme l’indiquent Le Floc’h et Long [5], la surveillance
environnementale à long terme doit donc être fondée sur :
- – une approche à diverses échelles d’espaces et de
temps, seules les recherches à long terme étant susceptibles de
faire émerger les tendances générales d’évolution des écosystèmes
et de fournir ainsi aux gestionnaires des éléments fondés pour la
prise de décision ;
- – l’interdisciplinarité, nécessaire pour la
compréhension du fonctionnement complexe des écosystèmes, en
particulier des interactions population-environnement ;
- – la prise en compte des connaissances
antérieures, favorisant les analyses de long terme via la
comparaison de l’évolution des données actuelles et
anciennes ;
- – la mise en œuvre d’un système de surveillance
environnementale harmonisé et à long terme, permettant la
collecte, la mise à jour régulière et le traitement des données et
informations à même de fournir des indicateurs fiables et utiles
pour la gestion des ressources naturelles. Ces dispositifs reposent
entre autres sur la mise en place d’observatoires à l’échelle
locale mais aussi sur l’utilisation des données d’observation de la
terre (télédétection) ;
- – la constitution de réseaux d’observatoires
permettant l’harmonisation des méthodologies de collecte et de
traitement des données et favorisant les comparaisons entre
sites ;
- – l’acquisition des capacités de gestion, de
diffusion et de mise en circulation des données et informations
acquises (indicateurs) pour une aide à la décision.
C’est ainsi qu’en 2006 à l’occasion de l’Année internationale
des déserts et de la désertification a émergé la nécessité de
diffuser les résultats des recherches scientifiques en matière de
surveillance environnementale à long terme dans les zones arides et
semi-arides où les problèmes de dégradation des terres, d’érosion
de la biodiversité et de changements climatiques se font de plus en
plus sentir.
La revue Sécheresse, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS)
et le Comité scientifique français de la désertification (CSFD) se
sont donc associés et ont appelé les scientifiques à valoriser
leurs travaux à travers les divers articles constituant ce numéro
spécial.
Les articles composant ce numéro spécial comprennent à la fois
des articles thématiques (flore et végétation, faune, climatologie,
socio-économie…), interdisciplinaires (relation
population-environnement) et qui utilisent différents outils
(système d’information sur l’environnement à l’échelle locale du
réseau Roselt1/OSS, télédétection,
modélisation mathématique).
Ce numéro est structuré en trois parties distinctes :
- 1. Études thématiques. Cette première partie
présente des études de cas thématiques, synchroniques et/ou
diachroniques approfondissant les connaissances de l’impact des
pratiques humaines sur les différentes composantes de l’écosystème
– incluant la zoocénose, la phytocénose et le biotope à travers
notamment :
- – l’étude de l’évolution de la richesse floristique et
du biovolume en fonction de la pression de pâturage au voisinage de
points d’eau dans la Tunisie présaharienne ;
- – l’étude de la distribution des populations du criquet
pèlerin en période de rémission en Algérie de 1983 à
2000 ;
- – l’évaluation de l’érosion éolienne potentielle des
sols cultivables dans le Hodna (Algérie) ;
- 2. Concept et application de la télédétection pour la
surveillance environnementale. La deuxième partie présente les
bases conceptuelles de la surveillance de la désertification et
deux exemples de l’application de la télédétection à travers :
- – l’analyse de la dynamique des surfaces enneigées du
Haut Atlas marocain ;
- – l’étude de l’évolution des recouvrements forestiers et
de l’occupation des sols entre 1964 et 2002 dans la haute
vallée des Aït Bouguemez (Haut Atlas central, Maroc).
- 3. Réseaux, observatoires et renforcement des
capacités. La troisième partie, enfin, rend compte des travaux
scientifiques menés dans le cadre de réseaux de surveillance
écologique en Afrique circumsaharienne (Réseau d’observatoires de
surveillance écologique à long terme (Roselt) de l’OSS [6]) et en
Afrique du Sud (Long Term Ecological Research (LTER) en Namibie et
le GOBABEB, centre de recherche et de formation sur les zones
arides).
Références
1 International Geosphere and Biosphere Programme (IGBP). Towards a
global terrestrial observing system (GTOS) : detecting and
monitoring change in terrestrial ecosystems. Mab Digest n°14 ;
IGBP Global Change report n°26 Paris, Unesco. Conclusions of the
workshop organized in Fontainebleau (1992). Paris :
Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) ; GCTE/IGBP ;
MAB/Unesco, 1993.
2 Texte intégral de la Convention de lutte contre la
désertification. United Nations Convention to Combat
Desertification (UNCCD), 1994. [Dernière modification :
25 mai 2001].
www.unccd.int/convention/text/convention.php.
3 Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS). Le programme
ROSELT/OSS. Un dispositif commun de surveillance de la
désertification en Afrique circumsaharienne. Acquis et regard
rétrospectif. Tunis : OSS, 2004.
4 Dobremez JF, Bourjot L. Recherches écologiques à
long terme : état de l’art et spécificité française.
Paris : ministère de l’Environnement, Comité EGPN & SCOPE,
1994.
5 Le Floc’h E, Long G. La surveillance écologique à
long terme : bases conceptuelles. Séance de l’Académie
d’agriculture de France du 12 mai 2004, « Surveillance
écologique des zones circumsahariennes », Paris, France. CR
Acad Agric Fr 2004 ; 90 : 68.
6 Réseau d’observatoires de surveillance écologique à long terme
(Roselt) ; Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
Conception, organisation et mise en œuvre de Roselt/OSS.
Montpellier : coordination régionale Roselt – IARE, 1995.
1 Roselt : Réseau d’observatoires de
surveillance écologique à long terme.
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