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Science et changements planétaires / Sécheresse
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Pourquoi la surveillance écologique à long terme dans les zones arides et semi-arides


Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 18, Numéro 4, 232-3, 2007-10-01, Introduction

DOI : 10.1684/sec.2007.0109


Auteur(s) : Sandrine Jauffret , Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), Boulevard du leader Yasser Arafat, BP 31, 1080 Tunis, Tunisie.

ARTICLE

Auteur(s) : Sandrine Jauffret

Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS), Boulevard du leader Yasser Arafat, BP 31, 1080 Tunis, Tunisie

Depuis des millénaires les zones arides et semi-arides sont caractérisées par des écosystèmes tout à fait particuliers et originaux, tant du point de vue de la flore que de la faune, et qui sont de fait parfaitement adaptés à des conditions climatiques difficiles. Cependant, le développement des sociétés humaines dans ces régions où l’on rencontre une forte croissance démographique a eu pour corollaire l’augmentation de la pression sur les ressources naturelles, engendrant ainsi les problèmes de désertification et d’érosion de la biodiversité que nous connaissons.

En particulier, suite aux sécheresses intenses et récurrentes qui ont sévi tant en Afrique du Nord qu’en Afrique subsaharienne depuis les années 1970, la prise de conscience politique et la mobilisation de la communauté scientifique pour enrayer les processus de désertification et atténuer les effets de la sécheresse ont mis en exergue le besoin de suivre et d’évaluer les ressources naturelles afin d’en assurer une gestion durable.

De nombreuses études et recherches ont alors été menées sur la sécheresse et l’aridité ainsi que sur leurs conséquences écologiques (dégradation des terres, désertification) et socio-économiques (migration, sédentarisation, paupérisation). Cependant, malgré l’adoption du plan d’action de lutte contre la désertification lors de la conférence des Nations unies sur la désertification (Nairobi, Kenya, août-septembre 1977), il a fallu attendre la création des grands réseaux d’observation comme le GCOS (Global Climate Observing System), le GOOS (Global Ocean Observing System) et le GTOS (Global Terrestrial Observing System) en 1991-1992 [1] et l’entrée en vigueur, en 1994, de la Convention des Nations unies de lutte contre la désertification [2], véritable cadre stratégique, pour mettre en place de réels dispositifs à même de favoriser le développement de la coopération scientifique et technique entre les institutions compétentes aux niveaux national, sous-régional, régional et international dans les domaines de la lutte contre la désertification et de l’atténuation des effets de la sécheresse. De ce fait, la surveillance environnementale constitue une réponse aux besoins exprimés par les gestionnaires des ressources naturelles et les décideurs de disposer de données fiables sur l’état de l’environnement, en particulier en zones arides et semi-arides fortement affectées et/ou menacées par la désertification. La surveillance environnementale sensu lato concerne à la fois l’étude de la dynamique des écosystèmes, des populations humaines, des systèmes d’utilisation des terres ainsi que des interactions qui existent entre ces différents ensembles [3].

La surveillance environnementale est d’autant plus importante que l’amélioration des connaissances sur le fonctionnement des écosystèmes, et en particulier des relations population-environnement, doit permettre de prévenir l’impact des changements environnementaux et de s’adapter à cette évolution continue en adoptant des modes de gestion durable des terres.

Comme le soulignaient Dobremez et Bourjot, « toute gestion passe par la prévision et toute prévision ne peut se construire que par des modèles d’évolution dont les paramètres et leurs variations sont le résultat de mesures, d’observations et d’expérimentation. Les modèles sont d’autant plus précis que les mesures, observations et expérimentations sont de longue durée. En effet, il faut qu’elles rendent compte des variations et des tendances évolutives de l’environnement. Prévision, gestion doivent se nourrir de recherches écologiques à long terme » [4].

Ainsi, comme l’indiquent Le Floc’h et Long [5], la surveillance environnementale à long terme doit donc être fondée sur :

  • une approche à diverses échelles d’espaces et de temps, seules les recherches à long terme étant susceptibles de faire émerger les tendances générales d’évolution des écosystèmes et de fournir ainsi aux gestionnaires des éléments fondés pour la prise de décision ;
  • l’interdisciplinarité, nécessaire pour la compréhension du fonctionnement complexe des écosystèmes, en particulier des interactions population-environnement ;
  • la prise en compte des connaissances antérieures, favorisant les analyses de long terme via la comparaison de l’évolution des données actuelles et anciennes ;
  • la mise en œuvre d’un système de surveillance environnementale harmonisé et à long terme, permettant la collecte, la mise à jour régulière et le traitement des données et informations à même de fournir des indicateurs fiables et utiles pour la gestion des ressources naturelles. Ces dispositifs reposent entre autres sur la mise en place d’observatoires à l’échelle locale mais aussi sur l’utilisation des données d’observation de la terre (télédétection) ;
  • la constitution de réseaux d’observatoires permettant l’harmonisation des méthodologies de collecte et de traitement des données et favorisant les comparaisons entre sites ;
  • l’acquisition des capacités de gestion, de diffusion et de mise en circulation des données et informations acquises (indicateurs) pour une aide à la décision.

C’est ainsi qu’en 2006 à l’occasion de l’Année internationale des déserts et de la désertification a émergé la nécessité de diffuser les résultats des recherches scientifiques en matière de surveillance environnementale à long terme dans les zones arides et semi-arides où les problèmes de dégradation des terres, d’érosion de la biodiversité et de changements climatiques se font de plus en plus sentir.

La revue Sécheresse, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) et le Comité scientifique français de la désertification (CSFD) se sont donc associés et ont appelé les scientifiques à valoriser leurs travaux à travers les divers articles constituant ce numéro spécial.

Les articles composant ce numéro spécial comprennent à la fois des articles thématiques (flore et végétation, faune, climatologie, socio-économie…), interdisciplinaires (relation population-environnement) et qui utilisent différents outils (système d’information sur l’environnement à l’échelle locale du réseau Roselt1/OSS, télédétection, modélisation mathématique).

Ce numéro est structuré en trois parties distinctes :

  • 1. Études thématiques. Cette première partie présente des études de cas thématiques, synchroniques et/ou diachroniques approfondissant les connaissances de l’impact des pratiques humaines sur les différentes composantes de l’écosystème – incluant la zoocénose, la phytocénose et le biotope à travers notamment :
    • l’étude de l’évolution de la richesse floristique et du biovolume en fonction de la pression de pâturage au voisinage de points d’eau dans la Tunisie présaharienne ;
    • l’étude de la distribution des populations du criquet pèlerin en période de rémission en Algérie de 1983 à 2000 ;
    • l’évaluation de l’érosion éolienne potentielle des sols cultivables dans le Hodna (Algérie) ;
  • 2. Concept et application de la télédétection pour la surveillance environnementale. La deuxième partie présente les bases conceptuelles de la surveillance de la désertification et deux exemples de l’application de la télédétection à travers :
    • l’analyse de la dynamique des surfaces enneigées du Haut Atlas marocain ;
    • l’étude de l’évolution des recouvrements forestiers et de l’occupation des sols entre 1964 et 2002 dans la haute vallée des Aït Bouguemez (Haut Atlas central, Maroc).
  • 3. Réseaux, observatoires et renforcement des capacités. La troisième partie, enfin, rend compte des travaux scientifiques menés dans le cadre de réseaux de surveillance écologique en Afrique circumsaharienne (Réseau d’observatoires de surveillance écologique à long terme (Roselt) de l’OSS [6]) et en Afrique du Sud (Long Term Ecological Research (LTER) en Namibie et le GOBABEB, centre de recherche et de formation sur les zones arides).

Références

1 International Geosphere and Biosphere Programme (IGBP). Towards a global terrestrial observing system (GTOS) : detecting and monitoring change in terrestrial ecosystems. Mab Digest n°14 ; IGBP Global Change report n°26 Paris, Unesco. Conclusions of the workshop organized in Fontainebleau (1992). Paris : Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) ; GCTE/IGBP ; MAB/Unesco, 1993.

2 Texte intégral de la Convention de lutte contre la désertification. United Nations Convention to Combat Desertification (UNCCD), 1994. [Dernière modification : 25 mai 2001]. www.unccd.int/convention/text/convention.php.

3 Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS). Le programme ROSELT/OSS. Un dispositif commun de surveillance de la désertification en Afrique circumsaharienne. Acquis et regard rétrospectif. Tunis : OSS, 2004.

4 Dobremez JF, Bourjot L. Recherches écologiques à long terme : état de l’art et spécificité française. Paris : ministère de l’Environnement, Comité EGPN & SCOPE, 1994.

5 Le Floc’h E, Long G. La surveillance écologique à long terme : bases conceptuelles. Séance de l’Académie d’agriculture de France du 12 mai 2004, « Surveillance écologique des zones circumsahariennes », Paris, France. CR Acad Agric Fr 2004 ; 90 : 68.

6 Réseau d’observatoires de surveillance écologique à long terme (Roselt) ; Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS). Conception, organisation et mise en œuvre de Roselt/OSS. Montpellier : coordination régionale Roselt – IARE, 1995.

1 Roselt : Réseau d’observatoires de surveillance écologique à long terme.


 

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