ARTICLE
Auteur(s) :, Salem
Dahech1, Gérard
Beltrando2, Latifa Hénia3
1Université Paris 7, UFR GHSS, 2e étage
DYNMIRIS, Esplanade des Olympiades, 105, rue de Tolbiac, Paris 13,
75013 Paris
2Université de Paris 7, UFR GHSS, 2e étage
DYNMIRIS, Esplanade des Olympiades, 105, rue de Tolbiac, 75013
Paris
3Faculté des sciences humaines et sociales, Tunis 1, 94
Boulevard 9 avril 1938, Tunis 1007, Tunisie
Le sirocco, appelé aussi « Chili » ou
« Chihili » localement, est un mot d’origine italienne
désignant un vent très chaud et très sec soufflant sur les marges
nord du Sahara. En été, ce type de vent est difficile à supporter
par l’homme, les animaux et les plantes en raison de la forte
chaleur et de la sécheresse qu’il apporte. Par ailleurs, sa
vitesse, faible à modérée, est favorable aux fortes concentrations
de polluants atmosphériques en milieu urbain et ce phénomène est
particulièrement sensible dans l’agglomération de Sfax fortement
industrialisée [1].L’étude du sirocco dans la région de Sfax
présente donc un intérêt particulier. D’abord, la zone industrielle
(ZI) « El-Maou », la plus polluante de l’agglomération,
s’étale sur 5 km de long, au sud du centre-ville. Elle est
située à 1 km des quartiers les plus peuplés de
l’agglomération qui comptait environ 500 000 habitants en 2004
(figure 1).
Cette ZI accueille la Société industrielle d’acide phosphorique et
d’engrais (SIAPE) et la décharge mitoyenne où la quasi-totalité des
ordures ménagères de toute l’agglomération est incinérée à l’air
libre. Ces deux sources de pollution émettent de grandes quantités
de polluants atmosphériques (PM10, SO2,
NOX, CO, F, CNH4…) [2, 3]. Le sirocco,
soufflant du secteur méridional, déplace ces polluants
atmosphériques vers les zones d’habitat dense du centre. Ensuite,
l’espace périurbain de Sfax se caractérise par l’importance du
secteur agricole, sensible à la chaleur advectée par le
sirocco.Avant les années 1950, le sirocco était identifié par son
effet physiologique. Puis, une méthode plus scientifique a été
adoptée par les météorologistes. Celle-ci s’obtient par le calcul
de la différence entre la température du thermomètre sec et la
température du thermomètre mouillé, à midi. En Tunisie, cette
méthode a été appliquée pour les six mois les plus chauds de
l’année et uniquement pour certaines stations [4].Dans le présent
travail, nous analysons les caractéristiques météorologiques du
sirocco, à partir de nouveaux critères d’identification, puis nous
montrons l’impact de ce vent sur l’agriculture périurbaine et sur
la qualité de l’air dans l’agglomération de Sfax.
Données et méthode
Les données météorologiques utilisées couvrent la période
1970-2004 ; elles sont issues de la station de Sfax-el-Maou,
installée sur l’aérodrome, à environ 6 km du centre-ville.
Cette station fait partie du réseau de l’Institut national de la
météorologie (INM). Les données quotidiennes utilisées ici sont les
valeurs maximales, minimales et moyennes de la température (en °C),
de l’humidité relative (%), de l’insolation (en heures), de la
pression atmosphérique moyenne (en hPa) et des mesures
tri-horaires1 de la direction et la
vitesse du vent (direction en degrés et vitesse en m/s). Un
ensemble de critères est établi pour filtrer les jours de sirocco à
Sfax, à partir des caractéristiques fondamentales de ce vent (vent
chaud et sec soufflant du Sahara). Ces filtres permettent une
détection automatique et rapide des jours de sirocco. Les seuils
choisis correspondent à ceux des paramètres météorologiques étudiés
durant les journées de sirocco, identifiés par l’INM, à Sfax, sur
une période de 35 ans (1970-2004). À partir des
indications fournies sur les bulletins météorologiques quotidiens,
couvrant la période d’étude, les jours de sirocco sont
sélectionnés. Pour ces jours-là, les paramètres météorologiques
cités ci-dessus sont étudiés et les différences de l’état de
l’atmosphère par rapport à la moyenne mensuelle sont calculées.
Une journée est considérée avec sirocco dans le cas où un vent
venant du Sahara (du SSE au OSO) avec une vitesse quotidienne
moyenne ne dépassant pas 6 m/s, achemine une masse d’air
chaude et sèche : un écart positif d’au moins 4 °C par
rapport à la moyenne mensuelle au niveau des températures maximales
et une humidité relative minimale inférieure à 30 % doivent
être enregistrés.
La consultation de l’archive des réanalyses du Centre européen
pour les prévisions météorologiques moyen terme (CEPMMT)
enregistrées entre 1970 et 2004 et des cartes de la
pression en surface, a permis de distinguer les situations
isobariques favorables à l’advection du sirocco.
Les données horaires issues de la station de l’Agence nationale
de la protection de l’environnement (ANPE) entre 1997
et 2004, installée au centre-ville (figure 1), sont
utilisées pour caractériser la qualité de l’air en situation de
sirocco. Il s’agit de données météorologiques (vent, température,
humidité et pression) et de la qualité de l’air (SOX,
NOX, O3, poussières…).
Afin de cerner l’impact du sirocco sur l’agriculture et
notamment dans le domaine de l’élevage des volailles et des lapins,
une enquête de terrain a été menée dans un échantillon de
50 fermes situées à l’ouest de l’agglomération. Cette enquête
a été réalisée le 6 août 2002 après la situation de
sirocco du 5 août. L’enquête a été effectuée dans les communes
de Hajeb et Khazzanet qui renferment de nombreux poulaillers. Ces
communes sont situées entre 7 et 13 km du trait de côte et se
trouvent de ce fait moins influencées par l’effet adoucissant de la
mer. Le plan d’échantillonnage choisi est celui de
l’échantillonnage aléatoire simple stratifié (les strates dans ce
cas sont les fermes de cunicultures et celles d’avicultures, une
sélection au hasard de 25 échantillons est effectuée dans
chacune des deux strates).
Caractéristiques météorologiques du sirocco
L’advection du sirocco est liée à des situations atmosphériques
particulières, plus fréquentes en été, et son arrivée est marquée
par un changement brutal des conditions météorologiques à
différentes échelles.
Situations atmosphériques favorables aux advections du
sirocco
Le sirocco correspond à un déplacement de l’air saharien vers le
nord à travers un champ de basses pressions. Quatre situations
synoptiques types sont responsables de cette remontée à l’échelle
de la Tunisie [4, 5]. Dans le cas particulier de Sfax, après
consultation des données des réanalyses CEPMMT (carte de pression
en surface), les trois principaux types de situations sont les
suivants (figure 2), un
quatrième type correspondant à une dépression saharienne est moins
fréquent :
- 1. Les situations à col barométrique : la Tunisie
se trouve entre deux dépressions, l’une occupant la Méditerranée
occidentale et l’autre la partie est du même bassin. Sur la bordure
orientale de la première, s’écoule un flux du sud ramenant sur la
Tunisie de l’air tropical continental très chaud et très sec. Avec
ce type de circulation le sirocco souffle sur toute la
Tunisie ;
- 2. Les situations avec une cellule anticyclonique
centrée au sud-est de la Tunisie. Cette cellule génère sur son
flanc ouest un flux de secteur sud ramenant de l’air saharien vers
la dépression installée sur le reste de la Tunisie et la
Méditerranée centrale ;
- 3. Les situations avec une dépression, circulant de
l’ouest vers l’est au large des côtes septentrionales du Maghreb
(Méditerranée occidentale), alimentée par l’air saharien.
En altitude, dans ces trois cas, la situation sur la Tunisie se
caractérise par une crête chaude.
Fréquence du sirocco
En Tunisie, schématiquement, le sirocco est d’autant plus fréquent
que la région est située loin de la mer, à une altitude basse et
qu’elle est exposée aux flux sahariens. À partir des critères
précités, nous avons dénombré, à Sfax, en moyenne 13,3 jours
de sirocco par an entre 1970 et 2004. Ce chiffre est
proche de celui avancé par l’INM (13,5) pour la même période et
pour le même lieu. À Sfax, le nombre annuel minimal de jours
de sirocco est de 4 (2004) et le maximal est de 33 (1994). Le
coefficient de variation annuel moyen pour la période étudiée est
de 52,3 %. Ce nombre de jours de sirocco est relativement
faible par rapport à d’autres régions de Tunisie : dans le
secteur de Chaâl situé à environ 40 km à l’ouest de Sfax,
selon les critères de l’INM, le nombre annuel moyen de jours de
sirocco est de 38 [4].
Sfax est implantée sur un site littoral avancé dans la mer, le
vent soufflant du SE, « le Chlouk », traverse la mer
avant d’atteindre l’agglomération, ce qui modifie suffisamment les
caractéristiques hygrothermiques du flux et contribue à rafraîchir
les températures le long de la côte orientée NE-SO. Cependant, dans
les régions continentales du pays, le « Chlouk se convertit en
sirocco » [6]. Ainsi, en juillet 2005, selon les critères
de l’INM, un seul cas de sirocco a été observé à Sfax contre 12 et
26 cas à Sidi Bouzid et Kasserine situées respectivement à 120 et
200 km au nord-ouest.
Le sirocco est plus fréquent entre mai et août. C’est durant
cette période de l’année que les situations atmosphériques
favorables à son advection sont les plus probables. Durant le reste
de l’année, et notamment en période hivernale, le vent étudié
devient rare et se caractérise par une variabilité interannuelle
élevée (coefficients de variation supérieurs à 200 %) (figure 3).
Le tableau 1 montre, pour les
différents mois, la variabilité interannuelle du nombre de jours de
sirocco. Il peut être nul ou faible pour tous les mois ; en
revanche, les maxima absolus sont élevés par rapport à la fréquence
mensuelle moyenne. Le nombre maximal de jours de sirocco par mois
oscille entre 4 et 7 de septembre à juin et il est autour de 10 en
juillet et août.
Tableau I Nombre de jours de sirocco - minimum-maximum
mensuels absolus - (période 1970-2004, données de l’Institut
national de la météorologie, INM).
|
Janvier
|
Février
|
Mars
|
Avril
|
Mai
|
Juin
|
Juillet
|
Août
|
Septembre
|
Octobre
|
Novembre
|
Décembre
|
|
0-5
|
0-6
|
0-7
|
0-5
|
0-6
|
0-6
|
0-9
|
0-10
|
0-4
|
0-5
|
0-5
|
0-4
|
Persistance du sirocco
À Sfax, si plus de la moitié des jours de sirocco sont isolés,
des séquences de quelques jours successifs peuvent apparaître.
À l’échelle annuelle (pour la période 1970-2004), 60,5 %
des jours de sirocco, en moyenne, sont isolés. Ce pourcentage varie
d’un mois à l’autre comme le montre la figure 4A. La
fréquence moyenne mensuelle des jours isolés est plus élevée durant
la saison froide. Le sirocco est plus persistant durant la saison
chaude (avril-octobre). La durée d’une séquence de sirocco est très
variable (figure 4B). Les
séquences de 2 jours sont les plus fréquentes notamment en
juillet et août.
Les longues séquences sont plus fréquentes durant le printemps
et surtout l’été où nous en observons 2 de 6 jours, l’une en
juillet 1994 et l’autre en août de la même année. Dans les stations
littorales tunisiennes comme Kélibia, Nabeul, Monastir, Zarzis et
Djerba, il n’existe pas de séquences supérieures à 6 jours sur
la période 1980-1995 [4]. Cependant, dans les régions intérieures,
les séquences estivales de sirocco sont plus longues, elles ont
atteint 18 jours à Chaâl du 8 au 25 juillet 1994 et
23 jours en juillet 2005 à Kasserine.
Type de temps lié au sirocco
La vitesse quotidienne moyenne du vent au cours d’une journée de
sirocco est légèrement supérieure à celle de la vitesse moyenne
mensuelle durant toute l’année. Elle est comprise entre
4,30 m/s en novembre et 3,15 en août. Les minima
hygrométriques, relevés au début de l’après midi, sont très faibles
et ne dépassent que rarement le seuil de 20 %, enregistrant
ainsi une baisse moyenne de 22 % par rapport aux moyennes
mensuelles. À la fin de la nuit, l’humidité relative de l’air
est relativement élevée : elle dépasse souvent 80 % avec
des maxima au début de l’automne et au printemps (91 % en
octobre, 89 % en avril). Au cours d’une journée de sirocco, le
ciel est clair, la durée de l’insolation est souvent supérieure à
la moyenne mensuelle : elle avoisine les 9 heures en
hiver et elle est d’environ 11 heures en été (85 % de la
durée théorique moyenne du jour des trois mois estivaux). Cette
forte insolation est à l’origine d’une amplitude thermique
quotidienne relativement élevée. Les maxima diurnes dépassent les
maxima mensuels moyens d’au moins 4 °C. L’écart moyen entre
les températures maximales au cours d’une journée de sirocco et la
température maximale moyenne mensuelle atteint 10 °C en hiver
et au début du printemps. Cet écart est de l’ordre de 7 °C
durant le reste de l’année. Cependant, les minima ne diffèrent pas
trop des moyennes mensuelles (figure 5). Ainsi, des
amplitudes thermiques diurnes de l’ordre de 20 °C sont
relevées en hiver en raison de la forte insolation lors des
situations anticycloniques à ciel clair. En automne, l’amplitude
thermique au cours d’une journée de sirocco est moins importante,
elle atteint 14,5 °C en septembre et octobre, mois
caractérisés par des durées d’insolation moins élevées qu’en hiver
(93,3 %, soit 9 heures 10 minutes en décembre contre
67 % en septembre, soit 8 heures 18 minutes) (tableau 2). Au printemps et en été,
l’amplitude thermique est d’environ 16 °C. L’amplitude
thermique moyenne mensuelle est de 10 °C approximativement
pour les quatre saisons.
Au cours du même mois, les types de temps associés aux
situations de sirocco se ressemblent. Cela se traduit par des
faibles coefficients de variation des paramètres météorologiques
(tableau 3).
Tableau II Comparaison des variables météorologiques au
cours d’une situation de sirocco à la moyenne mensuelle
entre 1970 et 2004 à Sfax-el-Maou (données de l’Institut
national de la météorologie, INM).
|
Mois
|
Vs
|
Vm
|
Ts
|
Tm
|
ts
|
tm
|
Hs
|
Hm
|
hs
|
hm
|
Ps
|
Pm
|
Ish
|
Im
|
Is%
|
|
1
|
3,80
|
3,50
|
26,80
|
16,7
|
5,00
|
5,8
|
83,00
|
88,00
|
26,00
|
44,00
|
1014,00
|
1017,67
|
8,90
|
6,39
|
92
|
|
2
|
3,40
|
3,38
|
28,97
|
18,0
|
7,50
|
6,5
|
81,33
|
88,00
|
15,67
|
41,00
|
1015,47
|
1017,36
|
9,2
|
7,15
|
88
|
|
3
|
3,60
|
3,48
|
28,70
|
19,5
|
8,94
|
8,4
|
88,25
|
88,44
|
22,80
|
41,20
|
1014,58
|
1013,90
|
8,94
|
7,71
|
78,2
|
|
4
|
4,19
|
3,49
|
30,74
|
21,8
|
14,8
|
10
|
89,00
|
87,43
|
17,07
|
40,17
|
1005,58
|
1011,29
|
7,95
|
8,60
|
65
|
|
5
|
4,05
|
3,60
|
32,90
|
25,4
|
16,44
|
14,4
|
81,67
|
85,80
|
19,11
|
39,50
|
1008,83
|
1011,48
|
10,60
|
10,00
|
78
|
|
6
|
3, 55
|
3,50
|
37,84
|
28,9
|
20,95
|
17,8
|
74,50
|
83,80
|
16,79
|
38,00
|
1011,36
|
1012,90
|
11,40
|
11,10
|
80,2
|
|
7
|
3,29
|
3,10
|
38,16
|
32,0
|
23,03
|
19,9
|
75,06
|
83,59
|
19,14
|
35,88
|
1011,11
|
1012,34
|
12,23
|
12,19
|
87,3
|
|
8
|
3,15
|
3,06
|
39,25
|
32,2
|
23,6
|
21,1
|
81,07
|
85,60
|
19,41
|
40,58
|
1011,11
|
1012,03
|
11,05
|
11,19
|
83,7
|
|
9
|
3,54
|
3,06
|
37,38
|
29,8
|
22,86
|
19,8
|
85,31
|
87,00
|
17,77
|
45,00
|
1008,78
|
1012,98
|
8,18
|
9,10
|
67
|
|
10
|
3,22
|
2,96
|
33,33
|
26,0
|
18,98
|
16,1
|
91,05
|
88,64
|
21,55
|
46,25
|
1013,23
|
1014,00
|
7,73
|
7,81
|
71
|
|
11
|
4,30
|
3,08
|
31,17
|
21,4
|
13,60
|
10,6
|
81,67
|
85,80
|
16,67
|
39,50
|
1011,37
|
1014,50
|
8,83
|
7,00
|
87,2
|
|
12
|
3,50
|
3,34
|
27,00
|
17,6
|
6,00
|
6,7
|
73,00
|
87,00
|
21,00
|
46,00
|
1013,00
|
1016,17
|
9,10
|
6,29
|
93,3
|
Tableau III Coefficients de variation mensuels moyens
(%) des paramètres météorologiques pour les cas de sirocco
enregistrés entre 1970 et 2004 (données de l’Institut
national de la météorologie, INM).
|
V
|
h
|
H
|
t
|
T
|
P
|
I
|
|
Janvier
|
10,0
|
19,0
|
19,0
|
8,6
|
3,2
|
0,1
|
6,8
|
|
Février
|
7,8
|
22,4
|
23,0
|
8,3
|
3,1
|
0,1
|
7,4
|
|
Mars
|
22,8
|
17,9
|
11,9
|
18,7
|
6,5
|
0,5
|
19,1
|
|
Avril
|
29,6
|
28,5
|
4,6
|
18,2
|
6,9
|
0,4
|
31,6
|
|
Mai
|
21,1
|
32,2
|
10,1
|
19,8
|
8,2
|
0,5
|
17,3
|
|
Juin
|
25,6
|
34,8
|
14,3
|
15,5
|
12,1
|
0,4
|
24,6
|
|
Juillet
|
27,2
|
30,6
|
14,9
|
11,8
|
9,0
|
0,2
|
8,0
|
|
Août
|
20,7
|
30,9
|
12,6
|
7,9
|
6,0
|
0,3
|
15,8
|
|
Septembre
|
18,3
|
28,7
|
8,0
|
2,7
|
3,8
|
0,1
|
23,5
|
|
Octobre
|
35,9
|
22,8
|
11,6
|
14,9
|
6,0
|
0,5
|
33,3
|
|
Novembre
|
18,6
|
21,1
|
12,7
|
19,3
|
3,7
|
0,1
|
2,8
|
|
Décembre
|
9,3
|
21,4
|
18,0
|
8,4
|
3,3
|
0,1
|
6,4
|
Impact du sirocco sur l’agriculture et la qualité de l’air
Dans la région de Sfax, le sirocco correspond à un aléa associé à
une forte vulnérabilité. En plus des effets divers sur la santé
humaine qui ne sont pas abordés ici, le sirocco a des effets
indirects, il favorise les fortes concentrations de polluants
atmosphériques et les dirige vers les zones les plus peuplées de
l’agglomération. La chaleur excessive et la sécheresse de l’air
associées au sirocco sont aussi à l’origine de graves nuisances
pour le secteur agricole.
Impact du sirocco sur l’agriculture
Dans le domaine agricole, les températures excessives et la
sécheresse de l’air engendrent le stress hydrique de la plante. En
saison sèche et chaude (été), l’arboriculture est très touchée par
ce type de vent, notamment durant les mois de juillet et d’août et
secondairement en juin. Cette influence se manifeste sur les
oliviers et les amandiers (deux essences dominantes à Sfax) par une
chute des feuilles et la dégradation de tout l’appareil végétatif
de l’arbre suite à sa déshydratation extrême. En effet, la quantité
d’eau évaporée quotidiennement en situation de sirocco, dépasse le
double de la quantité moyenne (figure 6). Durant la
saison chaude, l’évaporation Piche, dépasse 10 mm par jour,
mais elle se caractérise par sa forte variabilité interannuelle. Le
coefficient de variation de l’évaporation quotidienne en situation
de sirocco dépasse 25 % entre avril et octobre où des valeurs
maximales quotidiennes supérieures à 18 mm sont relevées entre
juin et août (figure 6).
L’influence du sirocco sur les oliviers et les amandiers est très
marquée à Sfax en raison du climat aride de la région qui reçoit
moins de 250 mm/an de pluie en moyenne (épuisement de la
réserve hydrique en été) et de l’âge de la plupart de ces arbres
qui datent du début du XXe siècle. Le phénomène
devient plus grave à la fin d’une séquence d’années sèches, comme
ce fut le cas en 2001, après la période déficitaire entre 1991
et 2001, dans les régions de El Amra et de Maharès
situées à 30 km, respectivement au nord et au sud de Sfax.
Dans le passé, le sirocco était souvent accompagné de
sauterelles des régions tropicales. Aujourd’hui, ce fait devient
rare, suite aux efforts de lutte contre les invasions d’acridiens.
Aucun cas n’a été signalé depuis 1995, d’après les archives du
bulletin mensuel sur le criquet pèlerin produit par le Centre
d’intervention antiacridien d’urgence de la FAO2.
Le sirocco présente aussi des conditions favorables au
développement de certaines maladies chez les végétaux (notamment le
raisin) et les animaux (notamment les volailles et les lapins). Le
sirocco est responsable durant la saison chaude de la mort
partielle ou totale des volailles et des lapins dans certaines
fermes de la campagne sfaxienne. Selon une enquête que nous avons
réalisée en été 2002 sur 50 fermes dans les communes de Hajeb
et Kahazzanet (environ un tiers des fermes de ces deux communes),
45 % des volailles et 65 % des lapins élevés en cages ont
trouvé la mort, à cause de la chaleur excessive ramenée par le
sirocco du 5 août. Les jeunes générations sont les plus
affectées et notamment les nouveau-nés. Les volailles et les lapins
élevés dans des bâtiments à toit de tôle (ce qui est souvent le cas
dans la région) sont plus affectés que ceux élevés en galeries
(élevage essentiellement artisanal), dans lesquels les dégâts sont
nettement moins importants. D’après notre enquête, sur quelques
commerçants du marché central de Sfax, cet événement a entraîné,
dans les jours qui ont suivi, une hausse moyenne de près de
50 % du prix des volailles. Les chiffres avancés ici ne
concernent que l’événement du 5 août 2002. Les
agriculteurs affirment que des conséquences similaires et parfois
mêmes plus importantes sont apparues durant d’autres cas de sirocco
estival.
Impact du sirocco sur la qualité de l’air
Le temps associé au sirocco se caractérise par une forte stabilité
de l’air et une insolation élevée. Ces caractéristiques
météorologiques sont favorables aux fortes concentrations de
polluants et à la naissance de polluants secondaires comme l’ozone
troposphérique (O3). Des taux élevés de ce polluant sont
enregistrés en situation de sirocco au milieu de la journée, à
l’heure où les températures maximales sont relevées (vers
16 heures) (figure
7AB). Ainsi, une hausse de 32 % par rapport à la
moyenne mensuelle a été enregistrée à 16 heures le
13 juin 1997. À Sfax, la zone industrielle El-Maou
est localisée à la périphérie sud du centre-ville (figure 1). Cette zone
héberge l’usine la plus polluante de la ville, la Société
industrielle d’acide phosphorique et d’engrais (SIAPE), qui est à
l’origine de 47 % des SO2 et de 95 % du fluor
émis dans la ville [2, 3]. Le sirocco, soufflant du secteur sud,
achemine les émissions vers le cœur de l’agglomération. Par
conséquent, des taux élevés de SO2 sont enregistrés par
un vent soufflant du S au SO en situation de sirocco (figure 7C). La comparaison
entre les taux horaires des polluants enregistrés dans la station
de l’ANPE en situation de sirocco et les taux moyens mensuels donne
une idée sur l’impact de ce vent sur les polluants atmosphériques
(figure 7B et
D). Le 12 et le 13 juin 1997, des taux horaires
moyens de SO2 de l’ordre de 26 ppb ont été
enregistrés, soit le double de la moyenne horaire de juin. Les taux
horaires les plus élevés ont été enregistrés entre 21 h et
1 h. La nuit, le ciel est clair et le vent est faible à nul.
Dans ce cas-là, la situation est de type « radiatif »
(les advections sont faibles) et une inversion thermique apparaît
favorisant la concentration des polluants [7].
Le sirocco peut entraîner avec lui des volutes de poussières
d’origine anthropique (industrielle) et éolienne (arrachées au sol
par le vent) qui rendent l’air difficile à respirer. En milieu de
journée, quand sa vitesse dépasse 5 m/s (7,5 % des cas
entre 1970 et 2004), le sirocco est capable de soulever
les particules sableuses, très abondantes dans le Sud tunisien et
relativement meubles en saison sèche. Dans ce cas, la visibilité
diminue et des vents de sable peuvent se former. Ces poussières
éoliennes présentent un risque pour la santé [8] et comme le
sirocco souffle du secteur sud, il ramène aussi les poussières et
les aérosols issus de la ZI. El-Maou vers le centre-ville où est
implantée la station de l’ANPE (figure 7D).
Conclusion
Le sirocco est un vent peu fréquent à Sfax (environ 13 jours
par an), mais il suscite un grand intérêt en raison de son impact
sur l’homme et ses biens. La méthode utilisée pour détecter les
jours de sirocco s’est avérée performante et bien adaptée à Sfax,
mais pour l’appliquer ailleurs, quelques ajustements, notamment en
ce qui concerne la direction des flux, seraient nécessaires. Ce
vent se caractérise par une variabilité interannuelle importante et
les jours de sirocco sont souvent isolés, sauf en juillet et août
où il peut persister plus de six jours consécutifs. En saison
estivale, ce flux soufflant du SSE à l’OSO est associé à un type de
temps difficile à supporter, car il est caractérisé par des
températures quotidiennes maximales toujours supérieures à
38 °C et une humidité relative inférieure à 30 % au
milieu de journée.
La sécheresse de l’air et la chaleur excessive affectent
l’agriculture durant la saison estivale. Une déshydratation des
oliviers et des amandiers est observée ainsi que la mort d’environ
la moitié des volailles et des lapins dans les fermes situées à
l’ouest de l’agglomération. Les élevages industriels (en cages) et
sous des toits en tôles sont plus vulnérables que les élevages
traditionnels.
Le sirocco est aussi un vent qui achemine les polluants
atmosphériques émis dans la zone industrielle sud (El-Maou) vers le
centre-ville et les quartiers les plus denses de l’agglomération.
Sa faible vitesse, notamment durant la nuit, limite fortement la
dispersion des émissions.
Références
1 Zouari K, Bouzid J, Bousnina A, Chayeb M,
Karray N, Bradai N. Implication des changements
climatiques sur la zone côtière de Sfax (Tunisie). Athens :
UNEP, 1996.
2 Azri C. Contribution des sources mobiles et fixes à la
pollution atmosphérique dans la région de Sfax (Tunisie). Thèse de
l’université de Tunis II, faculté des sciences de Tunis, 2000.
3 Belguith M. Étude physico-chimique des aérosols atmosphériques
en milieu urbain côtier : cas de la région de Sfax influence
des conditions météorologiques locales et synoptiques. Thèse de
l’université de Tunis II, faculté des siences de Tunis, 1999.
4 Hénia L, Mougou R. Contribution à l’étude des
phénomènes atmosphériques à risque en Tunisie : Le cas du
sirocco. Publication de l’Association Internationale de
Climatologie 1997 ; 10 : 84-90.
5 Hénia L. Le sirocco et les types de circulation à sirocco
en Tunisie. Rev Tunis Geogr 1980(5) : 61-87.
6 Ben Boubaker H. Les flux de sud-est maritimes (Chlouk) et
ses incidences topothermiques en Tunisie. Publication de
l’Association Internationale de Climatologie 1998 ; 11 :
401-8.
7 Oke TR. Boundary layer climate. 2e edition.
London New York : Methuen, 1987.
8 Coudé-Gaussen G. Les poussières éoliennes
présentent-elles un risque pour la santé ? Sécheresse
1992 ; 3 : 260-5.
2
http://www.fao.org/news/global/locusts.1
Mesures à 0h, 3h, 6h, 9h, 12h, 15h, 18h et 21h.
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