ARTICLE
La sécheresse constitue un frein à l'amélioration
de la production agricole dans les zones sèches.
Pour mettre au point du matériel végétal adapté,
il est nécessaire de caractériser le comportement des cultures
soumises à des conditions d'alimentation hydriques variées
et contrôlées. La tolérance à la sécheresse
de trois variétés de niébé cultivées
en zone sahélienne a été étudiée à
l'aide de variables liées à la phénologie, au développement
et à la productivité. Les résultats obtenus servent
de base aux programmes d'amélioration variétale des pays
à ressources hydriques limitées.
Les espèces cultivées du genre vigna, communément
appelées niébé (Vigna unguiculata (L.)
Walp. unguiculata), se retrouvent dans de nombreuses régions
tropicales. La plus grande partie des surfaces cultivées se situe
en Afrique occidentale, où le niébé est généralement
cultivé dans les régions arides et semi-arides s'étendant
entre 10° et 15° de latitude N [1]. Les principaux pays producteurs
de niébé en Afrique sont le Nigeria, le Niger et le Sénégal.
En moyenne, les superficies cultivées au Sénégal
oscillent autour de 70 000 ha pour une production de 30 000 t. Dans cette
partie de l'Afrique située au sud du Sahara, la production de niébé
est d'un grand intérêt économique et alimentaire.
Le niébé y constitue, en tant que légumineuse annuelle,
la deuxième grande culture après l'arachide dans les systèmes
traditionnels. Grâce à sa précocité, ses gousses
vertes peuvent être consommées et/ou commercialisées
avant les autres spéculations, pendant la période dite de
soudure de fin de la saison des pluies. Mais le niébé est
surtout cultivé pour ses graines sèches et son fourrage.
La teneur élevée de ses graines en protéines (environ
25 %) lui confère un rôle important dans l'équilibre
nutritionnel des populations rurales. En outre, depuis la dévaluation
du franc CFA en 1994, le niébé se substitue progressivement
aux protéagineux importés, tels que les lentilles et les
haricots secs, qui sont devenus trop chers. Ses fanes servent également
de fourrage et constituent un aliment de valeur pour le bétail
en raison de leur haute teneur en protéines [2].
Les rendements obtenus en zone sahélienne restent toutefois faibles
comparés à ceux qui sont enregistrés aux États-Unis
ou en Australie [1]. Cette faiblesse est due à la persistance des
systèmes de cultures traditionnels et à des contraintes
parasitaires, pathologiques et/ou hydriques.
Des études physiologiques conduites au champ, à l'échelle
de la plante, sur une large gamme de variétés de niébé
cultivées dans la zone semi-aride d'Afrique n'avaient pas montré
de variations significatives des paramètres de l'état hydrique
de la plante et des échanges gazeux en conditions de déficit
hydrique. Les paramètres étudiés étaient principalement
le potentiel hydrique foliaire, le potentiel osmotique et la conductance
stomatique [3-5]. Par ailleurs, Fussel et al. [6] ont montré
qu'à l'échelle de la plante entière, les réponses
agronomiques au déficit hydrique sont plus aisées à
mesurer et constituent des critères de sélection plus fiables
et plus pertinents que les réponses physiologiques et biochimiques.
Le but de ce travail était de mettre en évidence, à
l'échelle du peuplement, les réponses agronomiques au déficit
hydrique de variétés de niébé, en vue d'identifier
des critères pour la sélection et la création de
variétés mieux adaptées à la sécheresse.
Les mécanismes étudiés ont porté principalement
sur l'adaptation phénologique et sur la réponse de l'appareil
végétatif et reproductif au déficit hydrique.
Matériel et méthode
L'essai a été conduit en 1999 sur le champ expérimental
du Centre national de la recherche agronomique (CNRA, à Bambey
(14° 42' N, 16° 28' O), dans le Centre-Ouest du Sénégal.
Le climat de cette localité est caractéristique de la zone
sahélienne, avec une saison sèche de novembre à mai,
marquée par des températures extrêmes de 19 à
40° C, et une saison des pluies de juin à octobre dont le
total médian des précipitations est voisin de 430 mm. Les
sols, d'appellation locale dior-modal, sont caractéristiques
des sols ferrugineux tropicaux faiblement lessivés. Il s'agit de
sols de type peu évolué constitués d'apports sableux
dunaires fossiles à faible teneur en argiles et limons, et dont
le pH est compris entre 6 et 6,5. La capacité de rétention
hydrique est faible en raison du pourcentage élevé de sables
(91 à 95 %) dans les horizons de surface. En moyenne, l'humidité
au point de flétrissement permanent (pF 4,2) est de 14 mm.m-
1. Elle passe à 134,5 mm.m- 1 à la
capacité au champ (pF 3), soit une réserve utile maximale
de 120,5 mm.m- 1 [7].
Trois variétés de niébé, TN 88-63, Mouride
et Bambey 21, dont certaines caractéristiques botaniques sont présentées
au tableau I, ont été
étudiées. La photo
1 illustre les différences de longueur de cycle et de port
des trois variétés.
Mouride et Bambey 21 sont issus des travaux de croisement et de sélection
du CNRA de Bambey [8], tandis que TN 88-63 est un écotype nigérien.
Le semis a été effectué le 19 mars avec des espacements
de 25 cm entre les poquets et de 50 cm entre les lignes, soit une densité
de 444 444 plants/ha- 1. Dix jours après la levée,
les plantes ont été démariées à un
pied et une fertilisation minérale à la dose de 150 kg/ha
de N-P-K (6-20-10) a été appliquée, suivie d'un sarclo-binage.
Au cours de la culture, deux traitements phytosanitaires à base
de diméthoate (300 g/l à 1,2 l/ha) ont été
effectués pour enrayer un début d'attaque de pucerons et
de thrips.
Durant la période de culture, les températures maximale
et minimale moyennes relevées par une station météorologique
située à 300 m de l'essai, ont été respectivement
de 37,6 ± 3 °C et 19,2 ± 1,7 °C, avec une évaporation
bac (bac normalisé classe A) moyenne de 7,2 ± 1,1 mm. Au midi
solaire, le déficit de pression de vapeur à l'interface
sol/couvert végétal/atmosphère était fortement
variable au cours de l'essai, avec des valeurs allant de 21,1 à
68,4 mb. L'intensité du rayonnement photosynthétiquement
actif entre 12 et 13 h était de 2 060 ± 286 mumol.m-
2.s- 1.
Au cours de l'expérimentation, les variétés ont
été soumises à deux régimes hydriques :
- ETM, évapotranspiration maximale, d'où une alimentation
hydrique non limitante ;
- stress hydrique, de la phase végétative jusqu'à
la floraison (STR), c'est-à-dire du 32e au 52e
jour après semis (jas).
Le régime hydrique et la variété sont les deux
facteurs étudiés dans un dispositif expérimental
en split-plot, avec quatre répétitions. Le régime
hydrique constituait le facteur principal avec deux niveaux, et la variété
constituait le facteur secondaire avec trois niveaux, soit 24 parcelles
élémentaires. Chaque parcelle élémentaire
de 6,5 x 6,5 m comprenait au centre un carré de rendement de 3
x 3 m. Le déficit hydrique a été simulé par
arrêt de l'irrigation. Les apports d'eau par irrigation ont été
assurés par aspersion, au moyen de rampes oscillantes.
L'état hydrique du sol a été suivi durant tout
l'essai à l'aide d'une sonde à neutrons (Troxler 4300).
La détermination des variations des stocks entre deux dates de
mesure consécutives et des apports en eau a permis de suivre au
pas de temps hebdomadaire l'évapotranspiration réelle de
la culture (ETR). ETR est donnée par la relation :
ETR = Irr + DELTAStock ± R ± D (1)
Où :
Irr correspond à la quantité d'eau apportée par
irrigation ;
ETR est en mm.j- 1 ;
R et D correspondent respectivement au ruissellement et au drainage
de l'eau par percolation ;
et DELTAStock exprime la variation de stock d'eau mesurée
entre deux dates.
L'irrigation des parcelles a été pilotée suivant
les besoins en eau du niébé et la demande climatique dans
le site expérimental, de manière à éviter
le drainage et le ruissellement. Il en résulte que R et D ont été
négligés dans l'équation (1). Chaque semaine, l'indice
de surface foliaire (LAI) a été apprécié à
l'aide d'un analyseur de surface (Modèle LAI 2000, Licor, Nebraska,
États-Unis), par la mesure de la différence entre le rayonnement
incident mesuré au-dessus de la canopée et celui mesuré
en différents points en dessous de cette même canopée.
La profondeur maximale d'extraction racinaire et le front racinaire
des plantes (FR) ont été déterminés à
la fin de l'application du stress hydrique d'une part, indirectement par
confrontation de profils hydriques successifs séparés par
une période sans apports d'eau, et d'autre part par l'ouverture
de fosses.
À la récolte, le rendement en matière sèche
aérienne totale (fanes, gousses) et en graines a été
déterminé. Le poids de 100 graines a été mesuré
par comptage à l'aide d'un compteur « Numigral », suivi
de pesée. Le poids moyen d'un grain en a été déduit
de même que le nombre de grains par m2. À l'échelle
du peuplement, l'efficacité d'utilisation de l'eau, exprimée
en kg.ha- 1.mm- 1, a été
déterminée pour les gousses (WUEG), les graines
(WUEg) et la biomasse totale (WUEBt) par les rapports
des composantes du rendement sur les consommations en eau [9]. L'indice
de stress Is [10], défini par la relation (2), a été
estimé.
IS = (1 - RSTR/RETM)
(2)
Où :
RETM correspond au rendement moyen en graines des plantes
en conditions hydrique optimale ;
et RSTR correspond au rendement moyen en conditions de sécheresse.
Is traduit l'importance de l'effet du stress sur les rendements des
plantes [11]. En effet, plus il est proche de 1 plus l'effet dépressif
du stress sur les composantes du rendement est marqué. Inversement,
un Is proche de 0 traduit une bonne capacité de résistance
à la sécheresse.
Enfin, des régressions simples ont été établies
entre le rendement en grains pour des plantes stressées et en conditions
ETM, et des variables liées à la phénologie (date
de floraison et longueur cycle), au développement (LAI en début
de croissance, LAI en pleine croissance végétative, LAI
en fin de cycle, c'est-à-dire après la levée du stress
hydrique jusqu'à la maturité), et aux composantes du rendement
(biomasse aérienne sèche finale, indice de récolte,
poids 100 graines, nombre de grains par m2, etc.), afin de
mettre en évidence les paramètres agronomiques à
privilégier en sélection variétale pour la résistance
à la sécheresse.
Enfin, l'analyse statistique des résultats a été
effectuée à l'aide du logiciel SAS (Statistical Analysis
System, États-Unis [12]). Les données ont été
soumises à une analyse de variance (ANOVA) à deux facteurs
: le régime hydrique et la variété. Le test de classement
des moyennes de Student Newman-Keuls au seuil de 5 % a été
utilisé afin de déceler des différences significatives
entre les traitements.
Résultats
Les variétés ont présenté le même
niveau de développement foliaire en début de cycle. Durant
la pleine croissance végétative, TN 88-63 et Mouride en
conditions ETM ont montré un développement plus important
(figure 1). Le LAI maximal
obtenu est de 5 chez Mouride, de 6 chez TN 88-63, alors qu'il n'a été
que de 3,3 chez Bambey 21. Ce résultat s'explique par le port des
différentes variétés. Bambey 21 a un port érigé,
alors que la variété TN 88-63 a un port rampant et que Mouride
est intermédiaire. L'analyse statistique n'a cependant pas mis
en évidence de différence significative entre ces deux dernières
variétés en conditions ETM.
Le stress hydrique a limité de façon significative le
développement de la canopée chez toutes les variétés,
quelle que soit la nature de leur port. À la fin du stress, l'indice
foliaire des trois variétés est tombé en dessous
de 2. Après réhydratation, la reprise du développement
matérialisée par un feuillage redevenu plus dense a été
plus importante chez TN 88-63 et Mouride qui ont atteint un LAI voisin
de 3. Cette reprise du développement foliaire a permis une meilleure
captation de l'énergie incidente et une augmentation de la photosynthèse.
Mais il a, en revanche, entraîné l'allongement du cycle chez
les plantes stressées. La chute de l'indice foliaire chez les plantes
en conditions ETM entre 57 et 60 jas (jours après semis) traduit
l'installation plus précoce de la sénescence.
Chez les plantes en conditions ETM, on a observé une ramification
et une densification racinaires importantes dans les couches superficielles
du sol (photo 2), et une
faiblesse de la profondeur du front racinaire qui est compris entre 47
et 58 cm (tableau II).
En revanche, le FR des plantes stressées a oscillé autour
d'une valeur moyenne de 60 cm pour Bambey 21 et Mouride et 70 cm pour
TN 88-63. Le stress hydrique a provoqué une élongation de
la racine principale, conduisant à une meilleure exploration par
les racines des horizons profonds, et par là à une meilleure
absorption de l'eau des couches profondes du sol (photo
3a). Cette dynamique d'enracinement des plantes stressées a
été mise en évidence par de nombreux auteurs [13,
14], et constitue un des mécanismes d'évitement de la sécheresse
souvent utilisé par les plantes. On a remarqué également
chez TN 88-63, l'arrêt de la ramification racinaire et de la nodulation
dans les couches sèches du sol, et l'apparition de ces phénomènes
dans les horizons profonds plus humides (photo
3b). L'optimisation de l'absorption de l'eau par les racines est en
effet liée à un ensemble complexe de caractères morphologiques
comprenant la longueur, le volume et la masse racinaires, ainsi que la
ramification [15]. L'allongement du pivot et l'apparition d'une ramification
secondaire dans les couches profondes et humides ont permis à la
variété TN 88-63 de supporter plus longtemps l'arrêt
de l'irrigation dans les conditions de cette expérimentation. Ce
comportement est favorisé lorsque les plantes sont cultivées
en champ plutôt qu'en pot. En effet, dans ce dernier cas, l'allongement
et la ramification racinaires sont limités par le volume du pot
et du substrat utilisé [16]. Le développement préférentiel
du système racinaire au détriment du système aérien,
caractérisé ici par la baisse de l'indice foliaire, est
considéré comme un caractère adaptatif favorable
en conditions de sécheresse [17].
Le stress hydrique appliqué a un effet dépressif très
marqué sur les paramètres du rendement de Bambey 21. En
effet, la perte relative a été de 25 % sur le rendement
en matière sèche totale, de plus de 50 % sur le rendement
en graines et de 60 % sur le rendement en gousses (tableau
II). Il existe une interaction entre le régime hydrique et
la variété, pour le rendement en gousses et graines. Mouride
a en effet les meilleures performances en conditions de stress et les
plus mauvaises en conditions ETM. En revanche, la variété
Bambey 21 est plus productive en conditions ETM mais produit moins en
gousses et graines en conditions de stress. Cette forme de sécheresse
appliquée, longue et sévère, a davantage touché
les organes reproducteurs de la variété Bambey 21, à
cycle court. Des travaux antérieurs [4, 18, 19], ont montré
que les variétés précoces mettent en jeu des mécanismes
d'esquive leur permettant de réaliser leur cycle de vie avant l'apparition
de déficits hydriques. Cependant, ces variétés sont
très affectées par le déficit hydrique survenant
au cours de la phase végétative et reproductive [19]. Ainsi,
lorsque l'hivernage est à la fois marqué par une période
de stress hydrique longue et sévère et par un raccourcissement
de sa durée utile, la précocité de Bambey 21 peut
constituer un handicap.
Au niveau de la production de biomasse sèche totale, l'analyse
statistique n'a pas révélé d'interaction, mais un
effet significatif du régime hydrique et de la variété.
TN 88-63, Mouride et Bambey 21 ont des productions respectives de 3 110,
2 180, 1 699 kg.ha- 1. L'ensemble de ces résultats
doit être mis en relation avec les observations faites tant au niveau
des parties aériennes que racinaires, notamment chez TN 88-63 et
Mouride. Il faut préciser que TN 88-63 a été plutôt
sélectionné pour la production de fanes, ce qui explique
son comportement fourrager.
Pour la variété Bambey 21, les Is relevés sont
les plus élevés, quelles que soient les variables utilisées.
Is est respectivement de 0,31, 0,54 et 0,61 pour la biomasse totale, les
gousses et les graines (figure
2). Chez la variété Mouride, l'impact du stress est
peu marqué aussi bien sur les rendements de graines (Is = 0,13)
que sur les rendements de gousses (Is = 0,21) et de matière sèche
totale (Is = 0,08). Chez TN 88-63, l'effet dépressif sur les gousses
et les graines est relativement important, avec des indices de stress
respectivement égaux à 0,29 et 0,35. En revanche, cet effet
est quasi nul pour la biomasse totale. L'évapotranspiration réelle
cumulée sur le cycle de culture des plantes en conditions ETM est
de l'ordre de 305 mm ; elle est significativement différente de
celle des plantes stressées dont le cumul est de 232 mm (tableau
II). Les valeurs de WUE indiquent que la production de biomasse végétative
atteinte par les plantes Mouride et TN 88-63 a augmenté en conditions
de stress hydrique. La meilleure WUEBt de l'ordre de 12,8 kg.ha-
1.mm- 1, a été réalisée
par TN 88-63 en conditions de stress, contre 10 pour la même variété
en conditions ETM. Cela traduit une bonne rentabilisation de l'eau par
ces plantes, essentiellement dans la production de fanes. En revanche,
les valeurs de WUEBt et surtout WUEg observées
chez B21 en conditions de stress ont été les plus faibles.
La réduction en conditions de stress hydrique a été
de moitié par rapport aux conditions ETM, soit 3,27 contre 6,41
kg.ha- 1.mm- 1. Cela pourrait traduire
une capacité adaptative limitée de Bambey 21 dont les mécanismes
de résistance s'avèrent insuffisants en conditions de déficit
hydrique (DH) sévère.
Le stress hydrique s'est traduit par un accroissement du poids moyen
des grains des trois variétés, qui est passé de 0,15
g en conditions ETM, à 0,17 g en conditions de DH. Cette augmentation
du poids des grains a été observée par Nautiyal et
al. [20] chez d'autres légumineuses telles que l'arachide.
Elle compense probablement en partie la réduction du nombre de
gousses et du nombre de grains par m2 chez les plantes stressées.
Chez les variétés stressées, le nombre de grains
par m2 est réduit de moitié par rapport aux plantes
en conditions ETM, soit 538 contre 1 094 grains par m2.
Les variables étroitement liées à la production
en grains en conditions ETM et en conditions de sécheresse sont,
de façon générale, très différentes
pour les deux situations (tableau
III).
En conditions hydriques non limitantes, la phénologie (date de
floraison et longueur du cycle), la production totale de biomasse aérienne
et l'indice de récolte (P < 0,05) sont les principales variables
explicatives du rendement. En revanche, en conditions de stress hydrique
sévère et appliqué de la phase végétative
à la floraison, le rendement en grains est positivement et significativement
corrélé avec le nombre de grains par m2 (P <
0,001), la production de biomasse sèche aérienne et le développement
foliaire en fin de cycle.
Discussion
Arjunan et al. [21] ont montré également sur d'autres
légumineuses telles que l'arachide en conditions de stress hydrique,
une étroite relation entre la production en grains d'une part,
le développement foliaire en fin de cycle et la production de biomasse
aérienne d'autre part. La capacité de la plante à
maintenir le nombre de grains par m2, en raison probablement
de la capacité de reprise de son développement foliaire
et de sa production de biomasse, constitue ainsi un critère intéressant
de tolérance à la sécheresse. Selon Fussel et
al. [6], le maintien du nombre de grains par m2 en conditions
de stress hydrique est un critère potentiellement utilisable en
sélection pour l'amélioration de la résistance à
la sécheresse chez le mil. Le type de sécheresse appliqué
induit de faibles performances agronomiques chez les variétés
de niébé les plus précoces [19]. Ainsi, le rendement
et ses composantes de Bambey 21, variété la plus précoce,
sont plus affectés par le stress hydrique (tableau
II). Il est apparu à travers l'étude de l'Is des composantes
du rendement que la variété B21 est la plus sensible à
l'effet du stress hydrique (figure
2). La précocité de la floraison permet en effet de
mettre en évidence des mécanismes d'esquive en conditions
de sécheresse de fin de cycle. En revanche, TN 68-88 et Mouride
dont la reprise du développement foliaire après le stress
est significativement plus importante que Bambey 21 (figure
1), ont la capacité de mettre en place de nouveaux sites fructifères,
d'où un nombre de grains par m2 et un rendement en grains
plus important (tableau II).
CONCLUSION
Les trois variétés ont des comportements très différenciés
par rapport au stress hydrique. En particulier, leur durée de cycle
de culture et le développement des appareils aérien et souterrain
des plantes semblent avoir une incidence sur les stratégies et
WUE. L'allongement racinaire et la ramification secondaire dans les couches
profondes humides favorisent l'optimisation de l'absorption hydrique tandis
que la néogenèse des organes aériens après
réhydratation, matérialisée par un feuillage dense,
concourt à une meilleure captation de l'énergie incidente.
Ces facteurs semblent expliquer le maintien de la productivité
chez TN 88-63 et Mouride. En conditions de sécheresse, les résultats
ont montré également l'étroite dépendance
du rendement en grains avec la capacité de reprise du développement
foliaire, le maintien de la production de biomasse et du nombre de grains
par m2. Ces variables, notamment le maintien du nombre de grains
par m2 en conditions de DH sont observées principalement
sur les variétés les plus tardives à port rampant
ou semi-rampant et peuvent être utilisées, moyennant une
validation, dans les programmes de sélection variétale en
zones sèches.
Remerciements
Ce travail a été réalisé au Centre d'étude
régional pour l'amélioration de l'adaptation à la
sécheresse (Ceraas), dont nous remercions l'équipe scientifique
pour la relecture du document et l'équipe technique qui a contribué
à la réalisation des mesures et des observations.
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