ARTICLE
Les sécheresses météorologiques et hydrologiques
sur des périodes couvrant plusieurs dizaines d'années sont
étudiées sur le bassin semi-aride de Siliana en Tunisie.
Le constat est que la sécheresse météorologique est
un phénomène récurrent avec 63 % d'années
sèches, une fréquence d'apparition d'années sèches
successives relativement élevée et qu'enfin la sécheresse
hydrologique est plus accentuée que la sécheresse météorologique.
La Tunisie, pays semi-aride, passe depuis des années par des épisodes
de sécheresse caractérisés par des pluies faibles
qui ont des conséquences dévastatrices sur l'agriculture.
La valorisation du mètre cube d'eau et la mobilisation des réserves
constituent un impératif pressant pour gérer l'impact négatif
de la sécheresse. « Caractérisation de la sécheresse
météorologique et hydrologique dans la région de
Siliana », tel est le thème retenu pour ce travail qui vise
à déterminer les séquences déficitaires en
s'appuyant sur l'évaluation des indices de sécheresse.
La sécheresse, notion toute relative, se manifeste de plusieurs
façons : sécheresse météorologique, sécheresse
hydrologique, sécheresse agronomique et sécheresse édaphique,
liée aux conditions pédologiques, classification adoptée
par White et O'Meagher [1]. « Il y a autant de définitions
de sécheresse qu'il y a d'utilisations d'eau » [2]. La sécheresse,
phénomène conjoncturel, ne doit pas être confondue
avec l'aridité qui est un phénomène structurel climatique.
La sécheresse se manifeste dans le temps tandis que l'aridité
est un phénomène spatial [3]. Le présent travail
adopte les indices révélateurs du degré d'intensité
de la sécheresse comme approche méthodologique.
Nous proposons de faire l'étude des données pluviométriques
et hydrologiques observées au niveau du bassin versant de Siliana
afin de dégager les caractéristiques de la sécheresse
météorologique et hydrologique et d'étudier les conséquences
de la réduction des précipitations sur l'écoulement.
La sécheresse météorologique est due à la
réduction naturelle de la pluviométrie sur une région
donnée pendant une année ou sur plusieurs années
successives. Souvent, elle est définie par l'écart entre
la pluie annuelle et la pluie moyenne annuelle. C'est un phénomène
météorologique.
La sécheresse hydrologique est la réduction de l'écoulement
superficiel dans les cours d'eau et, par conséquent, elle conduit
à une diminution des volumes stockés dans les ouvrages hydrauliques
et à une baisse naturelle du niveau d'eau dans les nappes souterraines.
Le présent travail a été effectué en calculant
les indices de sécheresse, mis en évidence suite à
une synthèse bibliographique, dans le but d'identifier et de caractériser
ces deux types de sécheresses et d'étudier l'impact de la
sécheresse météorologique sur la sécheresse
hydrologique.
Indices de sécheresse
Pour caractériser et identifier la sécheresse, plusieurs
indices et méthodes sont utilisés.
Indice de l'écart à la moyenne (Em)
C'est l'indice le plus utilisé pour estimer le déficit
pluviométrique à l'échelle de l'année. L'écart
à la médiane est le plus utilisé par les agrométéorologues.
Bien évidemment, quand l'échantillon de données est
dissymétrique, la différence entre la moyenne et la médiane
est grande. L'écart à la moyenne est la différence
entre la hauteur de précipitation annuelle (Pi) et la hauteur moyenne
annuelle de précipitation (Pm).
Em = Pi - Pm (I)
L'écart est positif pour les années humides et négatif
pour les années sèches. On parle d'année déficitaire
quand la pluie est inférieure à la moyenne et d'année
excédentaire quand la moyenne est dépassée. Cet indice
permet de visualiser et de déterminer le nombre d'années
déficitaires et leur succession.
Indice de pluviosité (Ip)
C'est le rapport de la hauteur de précipitation annuelle à
la hauteur moyenne annuelle de précipitation.
Ip = Pi/Pm (II)
Une année est qualifiée d'humide si ce rapport est supérieur
à 1 et de sèche s'il est inférieur à 1. Pour
situer une pluviométrie dans une longue série de relevés
pluviométriques, on utilise l'écart proportionnel à
la moyenne (Ipm) qui diffère de la pluviosité en soustrayant
1 de cet indice.
Ipm = Ip - 1 (III)
Le cumul des indices d'années successives permet de dégager
les grandes tendances en faisant abstraction des faibles fluctuations
d'une année à l'autre. Quand la somme des indices croît,
il s'agit d'une tendance humide. La tendance est de type « sèche
», dans le cas contraire.
Rapport à la normale des précipitations
(RN)
Cet indice, qui est exprimé en pourcentage, peut être obtenu
en divisant la précipitation annuelle par la précipitation
normale et en multipliant le résultat par 100 %. Il est exprimé
mathématiquement comme suit :
RN (%) = (Pi/Pn)*100 (IV)
Où :
RN : rapport à la normale des précipitations (en pourcentage).
Pi : précipitation annuelle (en mm).
Pn : précipitation normale (en mm).
Le rapport à la normale en pourcentage permet d'estimer la variation
ponctuelle des précipitations par rapport à la normale.
En Tunisie, la précipitation normale dans le Nord-Ouest est de
610 mm. Généralement, le rapport à la normale est
calculé sur une période de 30 ans.
Analyse fréquentielle
* Distribution selon les fréquences
Les pluies annuelles sont classées dans l'ordre croissant suivant
leur probabilité au non-dépassement puis divisées
en cinq classes (tableau I).
Si l'écart à la moyenne (Em) et l'indice de pluviosité
(Ip) nous indiquent simplement les années sèches et les
années humides ainsi que les tendances générales,
l'analyse fréquentielle nous permet en revanche de distinguer parmi
les années sèches celles qui sont les plus déficitaires.
* Distribution selon les déciles
Arranger les données des précipitations dans des déciles
est une autre façon d'identifier la sécheresse. En effet,
les déciles sont utilisés comme indicateurs de sécheresse
[1]. Cette technique est développée [4] afin d'éviter
les faiblesses rencontrées au niveau de l'approche du rapport à
la normale des précipitations exprimé en pourcentage. La
méthode des déciles partage la distribution des événements
de précipitation enregistrés à long terme en sections
pour chaque 10 % de la distribution (tableau
II). La médiane est le cinquième décile. La méthode
des déciles est sélectionnée comme une mesure météorologique
de la sécheresse dans le système mis en place en Australie
dans le cadre de l'Australien Drought Watch System. Il est relativement
plus simple de calculer les déciles que d'estimer l'indice de Palmer
relatif à la sévérité de la sécheresse
(Palmer Drought Severity Index - PDSI) [5]. Le calcul des
déciles nécessite une série de données pluviométriques
relativement longue.
Indices de
sévérité
En plus de l'identification des séquences sèches et de
leur caractérisation par le calcul de ces indices, il est possible
de déterminer l'ampleur de la sécheresse en termes de sévérité.
Nous présentons trois méthodes.
Indice du nombre d'écarts-types
Cet indice [6] peut être calculé par la comparaison de
la pluie moyenne annuelle (Pm) au nombre d'écarts-types (sigma),
comme indiqué au tableau
III.
sigma = [1/(N-1)] sigma (Pi-Pm)1/2
Lorsque Pi est inférieur à Pm - sigma, on parle d'une
sécheresse forte. Il s'agit d'une sécheresse très
sévère si Pi est inférieur à Pm - 2sigma.
Indice de sévérité de la sécheresse
de Palmer
Palmer a développé l'indice PDSI (Palmer Drought Severity
Index) afin d'évaluer le début, l'intensité et
la fin des sécheresses passées et actuelles [7] et d'effectuer
la classification des sécheresses. McKee et al. [8] pensent
que l'indice de sévérité de Palmer est conçu
pour l'agriculture et ne représente pas exactement les effets hydrologiques
résultant des sécheresses de longue période. Le PDSI
ne peut pas être utilisé comme indicateur pour comparer l'intensité
de sécheresses entre deux régions [9]. Nous l'avons abordé
dans cette note mais il ne sera pas calculé.
Indice standardisé de précipitation
L'indice standardisé de précipitation « SPI »
(standardised precipitation index) a été développé
en 1993 [10] en vue de caractériser les déficits de précipitation
pour une période donnée. Il reflète l'impact de sécheresse
sur la disponibilité des différentes ressources en eau.
Cet indice est calculé surtout lorsque la précipitation
n'est pas normalement distribuée, notamment pour des périodes
inférieures à 12 mois. Il est exprimé mathématiquement
comme suit :
SPI = (Pi - Pm)/sigma (V)
On effectue une classification de la sécheresse suivant les valeurs
des SPI. Le SPI est établi pour quantifier le déficit des
précipitations pour des échelles de temps multiples qui
vont refléter l'impact de la sécheresse sur la disponibilité
des différents types de ressources en eau.
Cette synthèse bibliographique montre l'importance du phénomène
étudié et combien la communauté scientifique s'intéresse
à la sécheresse, principalement aux indicateurs de sécheresse
comme éléments essentiels pour la gestion de la pénurie
d'eau et celle des risques de sécheresse ainsi que pour la préparation
et l'élaboration des plans d'intervention pour la réduction
des impacts potentiels de la sécheresse. L'importance du déficit
des précipitations a des impacts différents sur l'humidité
du sol, les eaux souterraines, les écoulements de surface et le
stockage des réservoirs [10]. Dans notre cas, nous détecterons
la persistance des périodes déficitaires en cherchant à
caractériser la sécheresse par la durée des périodes
sèches, le déficit cumulé et l'intensité de
la sécheresse. En effet, selon Yevjevich [11], étudier la
sécheresse c'est caractériser sa durée, sa sévérité
et son intensité. Une caractérisation de la sécheresse
peut être obtenue par le concept d'une série d'intervalles
consécutifs de variables météorologiques ou hydrologiques.
La durée de la sécheresse - L(s) - est définie
par le nombre d'intervalles consécutifs où la variable demeure
au-dessous d'un seuil de troncature. C'est le temps entre le début
et la fin de l'événement de sécheresse, soit :
L(s) = if - ii + 1 (VI)
Où :
if = fin de l'intervalle considéré
ii = début du même intervalle considéré.
La sévérité de la sécheresse - D(s)
- est définie comme étant la somme des déviations,
par rapport au seuil de troncature, des apports durant la période
détectée comme sèche.
(VII)
L'intensité de la sécheresse en fonction de sa durée
annuelle est définie comme étant le rapport du déficit
cumulé à la durée du déficit.
Is = [D(s) / L(s)] (VIII)
Où :
D(s) = le déficit cumulé de la sécheresse (mm)
L(s) = la durée de sécheresse (j/an).
Données
Données pluviométriques
Les données pluviométriques qui ont été
collectées et analysées proviennent des stations de Bargou,
Makthar et du barrage Lakhmess. Dans l'ensemble, les données de
base ont été obtenues principalement à partir des
annuaires hydrologiques [12, 13]. Le tableau
IV montre les coordonnées des stations retenues et leurs dates
de mise en service. Le bassin versant de Siliana se caractérise
par un relief très accidenté constitué de chaînes
de montagnes, de plateaux et de plaines. Les altitudes sont variées
: de 584 m à Robaa Oled Yahia on passe à 1 357 m à
Djebel Serj.
Entre les deux stations Makthar et Bargou, pour 412 m de différence
d'altitude, la variation de pluviométrie moyenne est d'environ
106 mm. Le gradient moyen annuel d'altitude correspond à 26,5 mm
par 100 m d'altitude : c'est un gradient assez important.
L'homogénéisation et la reconstitution des données
ont été effectuées à l'aide de la méthode
du vecteur régional (MVR) par la Direction générale
des ressources en eaux. Ainsi, la période d'observation retenue
pour les stations de Bargou et Makthar est celle allant de 1910 à
1983. Pour la station de Lakhmess, c'est la période de 1967 à
1998 qui est analysée. La station de Makthar SM est, elle, suivie
d'une façon régulière jusqu'à aujourd'hui.
Quant à celle de Bargou, nous avons constaté qu'elle a presque
été abandonnée durant toute la période 1984-1990.
Ainsi, nous nous sommes contentés de la période de 73 ans
pour réaliser les traitements qui vont suivre. Après le
dépouillement, la saisie et une critique des données visant
à disposer de séries fiables, nous avons déterminé
les caractéristiques statistiques de base des séries pluviométriques
telles que l'effectif, la moyenne, l'écart-type, le minimum, le
maximum, la médiane, le coefficient de variation et le coefficient
d'asymétrie.
Données hydrométriques (les apports)
Les données hydrométriques sont utilisées dans
le but d'identifier et de caractériser la sécheresse hydrologique
et d'analyser les conséquences directes de la sécheresse
météorologique sur la sécheresse hydrologique, en
termes de période d'apparition, de déficit et d'intensité
et dans le but de faire la comparaison des deux types de sécheresses
dans une même région.
Nous avons d'abord travaillé sur les débits caractéristiques
d'étiage (DCE), les débits minimum annuels étant
quasiment nuls. Nous avons choisi la station hydrométrique de l'oued
Ouasafa, station proche du site du barrage Lakhmess. Malheureusement,
la station de Ouasafa a fonctionné de 1928 à 1944 seulement,
puis a été abandonnée. Nous avons cherché
à utiliser une autre station plus proche dans le but de compléter
la série des débits par corrélation et de travailler
sur la même période d'observation que celle des précipitations
observées au barrage Lakhmess. La station hydrométrique
de Laoudj, qui se trouve juste à l'exutoire du bassin versant de
Siliana, a été retenue mais les observations y sont seulement
disponibles de 1975 à 1995. En l'absence d'une période d'observation
concomitante entre les deux stations, nous avons renoncé à
notre objectif de départ (comblement de lacune, extension de la
série à Ousafa). Finalement, nous avons décidé
de fonder notre approche sur la série d'apports d'eaux observée
au site du barrage Lakhmess durant la période 1967-1998. Les données
de base utilisées pour la détermination de ces apports d'eau
ont été obtenues principalement à partir des annuaires
hydrologiques et des dossiers hydrométriques établis à
la Direction des ressources en eau (DRE), qui gère le réseau
hydrométrique de la Tunisie [12-14], et à partir des fiches
d'exploitation du barrage, établies à la Direction générale
des études de travaux hydrauliques.
Les apports mensuels au barrage Lakhmess sont calculés à
partir des éléments fournis par les bordereaux d'exploitation
de ce barrage. Le bilan de la retenue est déterminé par
la relation [15] :
A = C + P + L + F + E + D + DV (IX)
Où :
A = apports dans la retenue ;
C = variation de la capacité ;
P = pompage dans la retenue ;
L = lâchures pour l'irrigation ;
F = fuites de la retenue ;
E = pertes par évaporation ;
D = déversement par l'évacuation ;
DV = dévasements par vannes de chasse.
Résultats
Sécheresse météorologique
Les caractéristiques principales des trois séries de données
pluviométriques et de la série des apports sont récapitulées
dans le tableau V.
Les séries, pluviométriques et hydrologiques, sont relativement
dissymétriques. On note une différence significative entre
la moyenne et la médiane. La différence entre paramètres
de position (moyenne, médiane) est plus importante pour la série
des apports que pour celle des précipitations observées
à la station du barrage Lakhmess. Il y a plus de valeurs plus petites
que la moyenne dans la série. La série des apports est très
dissymétrique. L'écart entre le minimum et le maximum (Range)
est très important. Le coefficient de variation pour les séries
de précipitations est de l'ordre de 0,3. Il est de 1,19 pour la
série des apports. Il permet d'apprécier le degré
de variabilité dans une série et la dispersion des valeurs
par rapport à la moyenne. Appliqué aux séries hydropluviométriques,
il montre que la variation des écoulements est plus importante
que celle des pluviométries. La différence entre paramètres
de position (moyenne, médiane) est plus importante pour les séries
des apports que pour celles des précipitations. En se fondant sur
les données observées au niveau de la station du barrage
Lakhmess, on peut dire que les irrégularités des précipitations
à l'intérieur d'un bassin versant donné se traduisent
ainsi par des fluctuations plus importantes au niveau des écoulements
dans le même bassin versant. L'écart (différence entre
le maximum et le minimum) relatif rapporté à la moyenne
est de 5,09 pour les apports. Il est de 1,66 pour les précipitations.
Nous allons dégager les tendances en calculant le cumul des indices
(Pi/Pm - 1) d'années successives sur toute la période
d'observation. En faisant le calcul des indices de pluviosité au
niveau des trois stations (Bargou, Makthar et Lakhmess) et en traçant
les graphiques du cumul des indices (figure
1) nous remarquons :
- qu'il apparaît des périodes à tendance sèche
et des périodes à tendance humide. Ces séquences
apparaissent à la même date au niveau des stations (Makthar
et Bargou) qui ont fonctionné durant la même période
;
- que de 1910-1911 à 1947-1948, la tendance est à
la sécheresse. Elle est entrecoupée de deux courtes périodes
à tendance humide (1927-1928 et 1939-1940) ;
- que de 1948-1949 à 1974-1975, la tendance est humide.
Après, de 1975-1976 jusqu'à 1983-1984, c'est une autre tendance
à la sécheresse.
Il est important de signaler que le calcul du même indice sur
une période plus courte, données observées à
Lakhmess, fait également ressortir une période allant de
1974-1975 à 1989-1990 dont la tendance est à la sécheresse.
On peut d'ores et déjà dire que l'analyse ponctuelle, par
l'intermédiaire de l'indice de pluviosité comme indicateur
de sécheresse météorologique, semble indiquer les
mêmes tendances pluviométriques à l'échelle
de la région de Siliana.
En ce qui concerne le calcul des écarts par rapport à
la moyenne, sur les données pluviométriques observées
au niveau des trois stations, cet indice nous a permis de constater 40
% d'années humides et 60 % d'années sèches au niveau
des deux stations de Bargou et Lakhmess et 44,5 % d'années humides
et 55,5 % d'années sèches pour Makthar (tableau
VI). La succession d'années humides est de huit au maximum
; celle des années sèches est de quatre.
Le déficit le plus important enregistré durant toute la
période d'observation est respectivement de - 300, -
232 et - 227 mm à Bargou (figure
2), Makthar et Lakhmess.
* Analyse fréquentielle
Nous pouvons retenir plusieurs résultats tirés du tableau
VII.
Pour Bargou et Makthar, sur 74 années, 11 sont considérées
comme très sèches, 15 comme sèches, 22 comme normales,
15 comme humides et 11 comme très humides. Le pourcentage d'années
déficitaires est de 35 %. Il est important de signaler l'apparition
des mêmes pourcentages dans les deux sites d'observations, sur 74
ans. Il est possible qu'une seule station d'observation, avec des données
fiables, puisse suffire pour analyser la sécheresse dans une région
donnée. Les graphiques de la figure
3 représentent les variations de la pluie annuelle en fonction
des années hydrologiques. Parallèlement à l'axe des
abscisses, nous avons tracé les lignes qui représentent
les différentes classes de fréquence. Nous avons complété
cette partie de l'étude par l'ajustement d'une loi de probabilité
aux fréquences empiriques, en utilisant le logiciel Safarhy
[16], des données observées afin de déterminer les
quantiles caractéristiques en périodes sèche et humide.
La loi Gamma incomplète à deux paramètres s'ajuste
le mieux aux séries de données. À Bargou, les années
hydrologiques 1920 et 1969 sont déclarées comme années
humides ; leurs périodes de retour sont respectivement de 100 ans
et 43 ans. Les années hydrologiques sèches, 1942 et 1983,
ont respectivement des périodes de retour de 30 ans et 20 ans.
En récurrences sèches et humides et pour différentes
périodes de retour, les valeurs des quantiles (Q) sont résumées
dans le tableau VIII.
Afin de faire une analyse ponctuelle au niveau des postes pluviométriques
retenus dans cette étude, et pour mieux évaluer les variations
de la pluviométrie annuelle, nous avons calculé les indices
SPI. Les résultats du calcul sont résumés dans le
tableau IX.
L'indice standardisé de précipitation classe l'équivalent
de 45 % des années en termes de sécheresse modérée.
L'année 1943 est identifiée comme une année de sécheresse
forte. On remarque l'absence de sécheresse extrême.
* Comparaison à la moyenne et au nombre d'écarts-types
Pour mesurer la sévérité de la sécheresse
on peut utiliser les critères de comparaison comme indiqué
au tableau III. De la
comparaison de la pluie Pi à la moyenne et à la moyenne
moins un ou deux écarts-types, nous n'avons pas caractérisé
de sécheresse extrême.
Sécheresse hydrologique
Comme expliqué plus haut, l'étude de la sécheresse
hydrologique en termes d'identification et de caractérisation sera
effectuée sur les apports d'eau observés au barrage Lakhmess.
Nous avons représenté dans la figure
4 les variations des écarts par rapport à la moyenne
des apports. L'évolution des écarts des valeurs d'une série
de données traduit la variation temporelle des types d'années
(humides et sèches). Sur le graphique, on remarque que le nombre
d'années sèches est plus important que le nombre d'années
humides. Ce graphique a permis de caractériser les séquences
sèches par leur durée et leur intensité. De même,
nous avons tracé la chronologie des pluies et des apports d'eau
dans le but de faire une comparaison entre les deux séries (figure
5).
Il apparaît que les fluctuations au cours des années hydrologiques
par rapport aux deux variables ne sont pas les mêmes. Depuis les
années 1972-1973, la fluctuation des apports dans le temps a nettement
diminué par comparaison avec celle des précipitations.
En examinant les pluies enregistrées au niveau du barrage de
1967 à 1998, on constate une diminution des quantités précipitées
à partir de 1973. La moyenne interannuelle passe de 440 à
392,6 mm. Le déficit pluviométrique n'explique toutefois
pas totalement la tendance décroissante des apports. Les apports
ont baissé en moyenne de 49 % alors que les pluies n'ont diminué
que de 11 %.
La région de Siliana est très touchée par le problème
d'érosion hydrique. Elle a fait l'objet d'un vaste programme d'aménagement
des versants par la construction de banquettes et de cordons pierreux
afin de freiner la vitesse de ruissellement, de favoriser l'infiltration
et de piéger les sédiments.
Il est alors envisageable que ces modifications apportées au
niveau du bassin aient contribué, par conséquent, à
la réduction des apports d'eau au barrage entraînant une
modification du comportement hydrologique du bassin versant, ce qui pose
en partie le problème de la stationnarité de la série
des apports. L'examen de la figure
5 montre que les apports importants sont déterminés
pour une pluie annuelle supérieure à 500 mm. Cette partie
sera achevée par le calcul des séquences sèches avec
la détermination, pour chacune des périodes, de la durée,
du déficit et de l'intensité de la sécheresse. Concernant
le traitement des données pluviométriques, tous les résultats
figurent dans le tableau X.
Nous obtenons huit périodes sèches. Le déficit cumulé
moyen est de 253,1 mm, la durée moyenne est de 2,25 années
et l'intensité moyenne est de 109,94 mm/an.
Pour les données d'apports, le déficit cumulé moyen
est de 466,5 mm pour une durée moyenne de 6,67 années et
une intensité moyenne de 71,8 mm/an. Les caractéristiques
des périodes sèches sont portées dans le tableau
XI. La durée moyenne élevée indique la non-stationnarité
de la série d'apports en raison du changement de l'état
de surface du bassin versant. L'analyse statistique exploratoire de la
série des apports annuels peut être faite à l'aide
de représentations graphiques et de tests d'hypothèse. On
peut faire l'analyse des moyennes successives. La stationnarité
est rompue si les moyennes diminuent d'une manière quasi linéaire.
La cause de cette diminution pourrait être expliquée par
la présence d'une tendance.
La figure 6 où
est représentée la chronique des apports montre que nous
sommes en présence d'une tendance négative.
Conséquences de la sécheresse météorologique
sur la sécheresse hydrologique
La comparaison entre les paramètres d'identification de la sécheresse
météorologique et de la sécheresse hydrologique fait
apparaître les résultats suivants :
- les paramètres moyens de la sécheresse hydrologique
sont plus grands que ceux de la sécheresse météorologique.
Suite aux travaux de conservation des eaux et des sols, le comportement
hydrologique du bassin versant a certainement été modifié.
La sécheresse subie par une région donnée met en
relief une des principales caractéristiques des séries :
« la persistance » [17] ;
- une année sur deux, voire sur trois, peut être retenue
comme non déficitaire en termes de sécheresse météorologique.
Cette durée pourrait être de trois ou quatre années
pour la sécheresse hydrologique. Il est vrai que, suite à
l'analyse fondée sur l'étude de l'écart entre les
valeurs d'une variable hydrologique et un seuil fixe, les résultats
sont affectés par la présence d'une tendance dans le cas
de la non-stationnarité de série ;
- les périodes détectées sèches du
point de vue météorologique sont de courte durée.
Pour les années de pluviométrie annuelle inférieure
ou égale à 500 mm, les apports sont très faibles.
Du point de vue hydrologique, ces années sont déficitaires
: pas d'écoulement. Nous avons identifié une période
sèche, sans apports, relativement longue malgré l'apparition
d'années pluviométriques proches de la moyenne. D'après
l'analyse des caractéristiques statistiques des séries,
on peut conclure que la variation dans les écoulements de surface
est plus importante que celle des pluviométries, montrant ainsi
que la sécheresse météorologique se trouve amplifiée
dans les écoulements.
} CONCLUSION La
sécheresse météorologique étant caractérisée
par un déficit pluviométrique, la sécheresse hydrologique
se manifeste par une réduction de l'écoulement superficiel.
Plusieurs indices de sécheresse sont proposés et calculés
dans cet article. D'après les résultats et analyses qui sont
présentés, en s'appuyant sur trois stations de la région
de Siliana, nous pouvons retenir que la sécheresse est un phénomène
récurrent. La méthode des écarts à la moyenne
donne un pourcentage de 60 % d'années sèches. L'analyse fréquentielle
montre que la sécheresse est de classe modérée et le
pourcentage se trouve réduit à 35 %. La fréquence d'apparition
d'années successives sèches est relativement élevée
: 55 % d'années sèches sont formées de deux, trois
ou cinq années sèches consécutives. Entre deux sécheresses,
la durée et l'intensité varient considérablement. On
ne peut pas mettre en évidence une tendance bien définie dans
le temps. En s'appuyant sur les données observées à
la station du barrage Lakhmess, il se dégage que la sécheresse
hydrologique est plus accentuée que la sécheresse météorologique.
L'analyse de la médiane confirme la dissymétrie des apports
et la tendance générale des phénomènes hydrologiques
à la faible hydraulicité. La sécheresse peut se produire
à l'échelle de l'année comme elle peut durer deux ou
plusieurs années consécutives. REFERENCES
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