ARTICLE
ocl.2012.0447
Auteur(s) : Pierre Gondé1
pierre.gonde@mccain.com, Odile
Morin2
1 Regulatory and Nutrition Manager,
Mc Cain Continental Europe – Parc Scientifique de la Haute Borne-
1 Rue Haddock,
59650 Villeneuve d’Ascq,
France
2 ITERG,
Institut des Corps Gras,
11 rue Gaspard Monge,
Parc Industriel Bersol 2,
33 600 Pessac,
France
Pouvez-vous tout d’abord nous rappeler les conditions du
procédé de friture et plus spécialement en application
industrielle ? Cette question vous conduira sûrement à faire
le lien procédé-produit.
Le principe de ce procédé très ancien et largement répandu est
bien connu : il s’agit de plonger un aliment dans un bain
d’huile porté à une température maximum de 180 ̊C
(160-180 ̊C) pendant un temps variable mais limité.
La température est un paramètre essentiel qui conditionne à la
fois la qualité du produit frit et celle du bain d’huile.
Le temps de séjour en friture du produit est un autre paramètre
important : si en cuisine ménagère ou en RHF (restauration
hors-foyer) on parle de temps de friture (quelques dizaines de
minutes en deux fois) et de nombre de cycles (limité, variable
selon les produits frits – par exemple, inférieur à 10 pour la
pomme de terre), en production industrielle continue, on parlera de
« turnover period » ou taux de remplacement
exprimé en heures et défini comme la quantité d’huile dans la
friteuse rapportée à la quantité d’huile utilisée par heure (8 à
10 heures selon les équipements et les produits
fabriqués).
La nature de l’aliment frit constitue le dernier facteur
d’influence dans la mesure où les conditions du procédé pourront
être modulées en fonction de ses caractéristiques, la qualité et la
composition de l’huile de friture pouvant être modifiée selon
l’aliment (en particulier s’il contient de la matière grasse).
Dans le cas de Mc Cain, le produit frit est la pomme de terre
pour la production de frites pré-frites surgelées soit pour
friteuse, soit pour cuisson au four. Le passage en friteuse est
adapté en fonction du produit à fabriquer, de la coupe, et de son
mode de préparation. Le couple temps/température va influencer la
matière sèche, la texture interne, la croustillance et aussi la
couleur. En général, on utilise des températures plus élevées pour
améliorer la croustillance du produit.
Quelles sont les particularités liées au procédé mis en œuvre
en friture industrielle ou au type de produit fabriqué, par exemple
ici du pré-frit surgelé ?
Le procédé industriel de fabrication des frites pré-frites
surgelées est le même que celui utilisé par la ménagère, à une
échelle juste un peu plus importante (figures 1 et
2).
La capacité des lignes de production en France varie de 15 à 26
tonnes par heure. Sachant qu’il faut 2 kg de pommes de terre
pour fabriquer un kilo de frites, cela représente 30 à 52 tonnes de
pommes de terre utilisées par heure.
Les capacités des friteuses sont liées à ces volumes de
production et au modèle. On peut trouver des friteuses avec un ou
deux compartiments. Les volumes peuvent varier de 5 à 20 tonnes
d’huile suivant les modèles utilisés.
Les temps de passage sont adaptés aux produits fabriqués et
varient de 30 secondes à une minute 30. De même, les volumes
d’huile consommés par heure se situent entre 1 et 2 tonnes d’huile.
Ceci permet un renouvellement permanent de l’huile et des
conditions très favorables pour éviter sa dégradation. L’huile est
uniquement « consommée » par les frites et peu de déchets
sont générés.
À la sortie de la friteuse, différents systèmes d’égouttage de
l’huile peuvent exister : vibrations, flux d’air chaud,
pulvérisation d’eau chaude…
Des systèmes de filtration de l’huile sont également utilisés
pour éliminer les résidus présents dans l’huile et optimiser sa
stabilité.
Pour sélectionner l’huile à utiliser, il ne faut pas oublier la
surgélation. La vitesse de descente en température et la
température à la sortie du tunnel de surgélation sont des critères
à prendre en compte. L’objectif est de cristalliser l’huile le plus
tôt possible dans le process pour éviter une prise en masse des
produits après leur conditionnement. Ceci doit être intégré dans le
choix du profil d’acides gras et du point de fusion de l’huile.
Rappelez-nous quelles sont les teneurs en matière grasse des
principaux types de produits frits de pomme de terre (frites,
pré-frites cuisson four, … chips). Connaît-on les paramètres qui
vont jouer sur cette teneur résiduelle ?
La teneur en matière grasse est surtout liée au rapport
surface/volume. On peut donc voir une influence de la coupe :
plus les frites sont fines, plus elles contiendront de matière
grasse ; ceci explique aussi pourquoi les chips affichent des
teneurs plus élevées en matières grasses (tableau 1).
Tableau 1 Produits de pommes de terre : valeurs
moyennes de teneurs en matières grasses.
| Produit |
Teneur en matières grasses après
précuisson |
Teneur en matières grasses dans
l’assiette |
Frites classiques
coupe 9 mm |
5 % |
11 % |
Allumettes
Coupe 6 mm |
6 % |
13 % |
Frites au four
Coupe 9 mm |
6 % |
8 % |
Allumettes au four
Coupe 7 mm |
7 % |
9 % |
| Chips |
- |
25-35 % |
Comparées à des frites « maison », la teneur en
matières grasses des produits surgelés est, en tendance, légèrement
plus basse. Ceci est surtout dû au fait que la matière première est
sélectionnée et que le process de fabrication est très bien
maîtrisé.
Venons-en à présent aux principaux critères de sélection
d’une huile pour friture (pour Mc Cain). On imagine bien que la
résistance de l’huile aux conditions du procédé est un facteur
primordial ; de même que son adaptation aux contraintes
particulières de fabrication, mais on parle de plus en plus de
qualité nutritionnelle (élimination des acides gras
trans, diminution des acides gras saturés,
optimisation des apports en acides gras insaturés) ; comment
tous ces aspects sont-ils traités dans ce type d’applications
friture ?
La stabilité de l’huile aux températures et dans les conditions
de la friture est bien entendu un critère attendu. D’une manière
générale, c’est le respect de bonnes pratiques qui va conditionner
un comportement optimal des huiles végétales utilisées à chaud et
plus particulièrement en friture : pas plus de
175-180 ̊C, nombre de cycles ou taux de remplacement
limités ; faute de quoi les huiles s’altèrent
significativement et ce, d’autant plus rapidement qu’elles sont
riches en acides gras polyinsaturés (AGPI). Les huiles riches en
acides gras saturés (AGS) ou mono-insaturés (AGMI) résisteront plus
longtemps à chaud que des huiles très polyinsaturées.
D’un point de vue nutritionnel, les recommandations incitent à
réduire significativement la part des AGS de notre alimentation
après avoir pointé avec insistance et succès celle des acides gras
trans (AGT) d’origine technologique ; parallèlement,
nous sommes encouragés à augmenter la part des AGMI et à optimiser
nos apports en AGPI.
Parmi les huiles contenant peu d’AGS, certaines sont riches en
AGMI (tournesol oléique, colza oléique, olive), d’autres en AGMI
avec des AGPI (colza) et d’autres encore sont riches en AGPI
(tournesol) ; l’huile de palme contient pratiquement autant
d’AGS que d’AGMI (figure
3).
Dans le contexte d’une utilisation en friture, il s’agit de
trouver le meilleur compromis entre un profil en acides gras plutôt
insaturé ou réduit en AGS (et sans AGT) et une stabilité optimale
dans les conditions mises en œuvre ; en effet, il s’agit de
limiter au maximum les dégradations thermo-oxydatives conduisant à
la formation de différents composés d’oxydation (polaires) et
autres indésirables pouvant avoir un impact santé. La formation de
composés d’altération polaires est d’ailleurs encadrée par la
réglementation nationale (teneurs en composés polaires
< 25 % et/ou polymères de triglycérides
< 14 % ; les niveaux de ces deux catégories de
marqueurs d’altération thermo-oxydative étant corrélés - décret n̊
2008-184 de février 2008, article 8).
C’est probablement à ce niveau du meilleur compromis à
trouver qu’il vous faut évoquer d’autres critères importants et
évolutifs dont la prise en compte ont amené Mc Cain à faire évoluer
régulièrement la qualité de ses huiles de friture.
En effet, le choix d’une nouvelle huile (ou mélange d’huiles) de
friture doit composer également avec des critères portant sur la
facilité d’approvisionnement (ou la disponibilité sur le marché),
sur le prix (qui va impacter le prix de vente du produit fini), sur
l’image des huiles (respect des filières, sécurité sanitaire
garantie, OGM, empreinte environnementale, historique), sur des
contraintes technologiques particulières au produit pré-frit
surgelé (éviter la prise en masse du produit lors de la
solidification de l’huile à la surgélation) et bien entendu sur la
qualité organoleptique (goût, odeur, texture) du produit fini.
La disponibilité des huiles sur le marché dépend des volumes
produits (par part décroissante de la production mondiale des
huiles végétales brutes : palme, 33 % ; soja,
28 % ; colza, 15 % ; tournesol, 8 % ;
arachide, 3 % ; olive, 2,5 %) et/ou de la
spécificité plus ou moins grande de leurs débouchés ; ce
dernier aspect concerne en particulier les variétés oléiques
(tournesol, colza notamment).
En ce qui concerne les prix, l’huile de tournesol est 60 %
plus chère que l’huile de palme et l’huile de tournesol oléique
30 % plus chère que le tournesol conventionnel (quant à
l’huile d’olive, elle est 4 fois plus chère que l’huile de
palme) ; dans un contexte général de montée des prix des
matières premières agricoles et de spéculation…
L’image de marque des huiles n’est pas la même dans tous les
pays : ainsi en Espagne, le colza est encore perçu
négativement suite à une grave crise alimentaire ayant entraîné des
morts, survenue dans les années 1980 avec une huile de colza
dénaturée et frauduleusement remise en vente.
L’huile de palme souffre actuellement d’une image négative dans
certains pays européens à cause des problèmes environnementaux et
de biodiversité posés par la déforestation liée au développement
des palmeraies principalement en Indonésie.
En ce qui concerne les aspects organoleptiques, la qualité du
produit frit est bien perçue au niveau du goût avec les huiles de
tournesol, d’arachide ou de palme ; des odeurs agréables de
produit frit sont souvent associées aux fritures dans le tournesol
et l’arachide ; la présence d’acide linolénique (C18:3) génère
a minima une odeur de verdure au-dessus du bain de friture.
En considérant les principales huiles disponibles sur le
marché au regard de ces différents critères, peut-on retracer
l’évolution des options huiles pour friture sur les vingt dernières
années ?
Le critère de résistance aux conditions du procédé a longtemps
prévalu avec l’emploi d’huiles végétales fluides partiellement
hydrogénées (HVPH) pour les enrichir en AGS, puis (fin des années
1990 début 2000) l’emploi de l’huile de palme (50 % d’AGS,
approvisionnement aisé) lorsque s’est posée la question de l’impact
nutritionnel négatif d’une consommation excessive d’acides gras
trans apportés par notamment par ces HVPH ;
aujourd’hui, comme évoqué précédemment, les objectifs nutritionnels
ciblent les AGS qui doivent être apportés en moindre quantité au
bénéfice des acides gras insaturés.
Parallèlement, l’offre en huiles végétales a évolué et les
nouvelles variétés riches en acide oléique (AGMI), d’abord le
tournesol et plus récemment le colza (figure 3),
ont été sans conteste un moteur du développement d’options
innovantes notamment en application friture sous forme de mélanges
(avec les variétés conventionnelles ou d’autres huiles).
Ainsi, pour Mc Cain, l’optimisation des huiles de friture débute
dès 1995 avec l’engagement 1 % d’AGT, se poursuit avec une
stratégie de réduction de 40 % des AGS à partir de 2006
(diminution à 50 % de l’huile de palme consommée) et
depuis 2008, l’engagement à poursuivre l’augmentation de la part
des acides gras insaturés qui se traduit depuis 2011 (figure
4), par l’emploi exclusif d’huiles de tournesol
(variétés conventionnelle et oléique). La suppression progressive
de l’huile de palme de nos approvisionnements s’inscrit donc avant
tout dans une logique de baisse de la part des AGS dans nos
huiles.
Vous avez cité le colza parmi les nouvelles variétés oléique
arrivant sur le marché. Pourquoi n’avez-vous pas envisagé
d’utiliser cette option ?
Notre politique nutritionnelle est une politique européenne et
nous souhaitons qu’elle soit identique dans tous les pays où nous
commercialisons nos produits. C’est pour cela que nous avons choisi
une seule huile pour l’ensemble de nos gammes, qu’elles soient
vendues en grande distribution ou en restauration hors foyer. Dans
ce cadre, étant donné l’historique de l’huile de colza en Espagne,
nous nous devions de ne pas incorporer cette huile dans notre
mélange.
D’autre part, l’huile de colza classique présente quelques
inconvénients, en particulier l’odeur qu’elle peut développer au
chauffage.
En ce qui concerne les variétés de colza à faible teneur en
acide linolénique qui commencent à apparaître sur le marché, leur
disponibilité est à ce jour insuffisante pour satisfaire la
demande. C’était le cas il y a quelques années pour le tournesol
oléique, ce qui nous a en partie obligés à patienter pour changer
notre huile.
Avez-vous envisagé de n’utiliser que du tournesol
oléique ?
Non car nous souhaitions que notre mélange contiennent une part
encore significative d’AGPI (acide linoléique, C18:2 oméga-6) mais
aussi pour une question de comportement à la cristallisation lors
de la surgélation créant une agglomération des frites entre elles
dans les sachets, comme évoqué précédemment.
Ce nouveau mélange d’huiles de tournesol est donc utilisé
pour toutes vos fabrications en Europe. Avez-vous perçu une
appréciation différente de vos produits par les
consommateurs ? Avez-vous constaté des différences d’évolution
des produits au stockage ?
Cette nouvelle huile est dédiée à tous les produits de pommes de
terre commercialisés en Europe continentale.
Avant de décider définitivement le changement de notre mélange
d’huiles, nous avons réalisé des tests consommateurs pour un
ensemble de produits commercialisés dans différents pays. Nous
avons aussi suivi l’évolution de la dégradation éventuelle de
l’huile au cours de la conservation des produits. Les résultats de
ces tests ont montré que les consommateurs ne détectaient pas de
modification organoleptique de ces produits. D’autre part, l’huile
choisie étant très stable, elle ne subit pas de modification au
cours du stockage.
Vous maîtrisez la qualité des frites pré-frites surgelées à
cuire au four mais que recommandez-vous pour la préparation des
frites pré-frites surgelées pour friteuse (en restauration
collective ou à la maison) ?
En effet dans ce cas, la qualité de l’huile absorbée par la
frite dépend davantage de l’huile que va utiliser le consommateur
ou le restaurateur que de celle du fabricant. En gros, 80 % de
l’huile présente dans les frites de l’assiette du consommateur
provient de l’huile choisie par l’utilisateur de nos produits et
20 % de l’huile utilisée en usine.
Nous recommandons d’utiliser de préférence un mélange d’huiles
pour friture (à base de tournesol conventionnel et de tournesol
oléique) qui se rapprochera au mieux de l’huile de nos
fabrications.
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