ARTICLE
ocl.2012.0444
Auteur(s) : Francis Courtois francis.courtois@agroparistech.fr,
Aman Mohammad Ziaiifar, Isabelle Trezzani, Gilles Trystram
AgroParisTech,
INRA UMR1145 Ingénierie-Produits-Aliments,
91300 Massy,
France
La friture profonde peut être définie comme une cuisson par
immersion dans une huile ou une matière grasse comestible à une
température au-dessus du point d’ébullition de l’eau. C’est un
procédé rapide de transfert simultané de chaleur et de matières. Il
peut être utilisé comme une opération de séchage. Au-delà des
applications alimentaires, ce procédé est utilisé pour sécher, pour
stabiliser, des carcasses de viande, des boues d’épuration ou
encore du bois. La friture profonde reste une opération complexe à
cause des deux transferts de matière de direction opposée au sein
du matériau : pour les produits à base d’amidon, de l’eau et
quelques solutés s’échappent du produit et l’huile entre dans
l’aliment. Parfois, même de la matière grasse peut s’échapper du
produit vers le bain d’huile. C’est le cas pour des matériaux
présentant un taux de matière grasse significatif tels que la
viande ou le poisson (Oroszvari et al., 2005). De plus,
pendant la friture, le matériau est soumis à des transformations
chimiques et physiques à haute température. Finalement, à partir
d’un produit brut, la friture combine déshydratation et cuisson,
avec la gélatinisation de l’amidon, la dénaturation des protéines,
l’aromatisation et la coloration via les réactions de Maillard et
l’entrée d’huile. Ces réactions sont fortement couplées mais une
transformation peut être privilégiée en adaptant et optimisant les
paramètres du procédé. Actuellement, la prise d’huile est
considérée comme le point critique majeur, d’un point de vue
nutritionnel, en friture profonde. Ceci est dû à l’épidémie
d’obésité qui prévaut dans les régions développées et même dans les
régions en développement où les repas les plus économiques sont
riches en matières grasses et en sucre (FAO, 2002). Le défi majeur
est donc d’améliorer le procédé de friture en contrôlant et,
surtout, diminuant le taux de matière grasse finale du produit
frit. De plus, pendant la friture, des molécules potentiellement
toxiques apparaissent au sein du bain d’huile comme une conséquence
de la détérioration de l’huile en présence d’oxygène, de chaleur et
d’eau. Ces composés modifient les propriétés physico-chimiques de
l’huile et peuvent favoriser la prise d’huile. Ainsi, pour cette
deuxième raison, la qualité et la quantité d’huile entrant dans le
produit doivent être contrôlées sérieusement. De nombreuses études
sur ce sujet ont été publiées ces dernières années afin de mieux
comprendre ce phénomène. Il semble que les mécanismes de l’entrée
d’huile ont été largement mis à jour mais de nombreuses
contradictions subsistent du fait des nombreux paramètres
d’influence (Ziaiifar et al., 2008).
Aspects nutritionnels
Les produits frits sont d’une grande variété. Si on considère
les produits à base d’amidon, deux produits prédominent : les
frites de pommes de terre ou de plantain où la déshydratation est
seulement partielle. L’épaisseur du produit aura une grande
influence. En général, les produits de faible épaisseur présentent
une teneur en eau très faible. Ils peuvent donc être conditionnés
facilement pour la conservation et la distribution. Cependant comme
les produits fins présentent un taux de matière grasse élevée (30 à
40 %), la stabilité de l’huile pendant la conservation doit
être gérée avec précaution pour éviter le développement d’arômes
indésirables (rancidité) dans le produit. Les produits épais, quant
à eux, présentent une teneur en eau intermédiaire d’à peu près 30 à
50 % mais avec une faible teneur en matière grasse (inférieure
à 15 %). Typiquement, ils ont une croûte croustillante et un
cœur moelleux comme de la pomme de terre cuite.
Ces produits peuvent être obtenus à partir d’ingrédients frais
ou surgelés, ayant souvent subi une préfriture. Cette préfriture
consiste généralement en une friture rapide pour éviter toute
action enzymatique avant l’étape de surgélation. Une deuxième étape
de friture est ensuite nécessaire pour achever la cuisson. Dans ces
produits, le taux de matière grasse final est généralement plus
élevé que dans des produits frits directement du fait des deux
étapes de friture successives. Par ailleurs, il a été démontré que,
pendant la friture certains micronutriments hydrosolubles (acide
ascorbique et potassium) du produit frit sont préservés (Rojas
et al., 2006). Ainsi, une opération à haute température et
temps court est intéressante pour la conservation de certaines
propriétés nutritionnelles.
Le résultat des réactions chimiques complexes de
thermo-oxydation et d’isomérisation est une quantité accrue de
composés lipidiques dégradés dans le bain d’huile tels que acides
gras libres, mono et diglycérides, polymères, composé trans,
composés carbonylés potentiellement toxiques, etc., qui seront
absorbés ensuite par le produit, réduisant sa qualité au niveau
nutritionnel, organoleptique et sanitaire (Gertz, 2005). Même si
une réglementation existe pour limiter les composés polaires à
25 % et la teneur en polymères à 12 %, des composés
potentiellement toxiques peuvent apparaître dans le bain d’huile.
Les principaux composés actuellement identifiés comme
potentiellement cancérigènes sont des carbonyles ou mono époxydes
et quelques aldéhydes produits à partir de l’acide linoléique.
Ainsi le 4-hydroxy-2-trans-nonenal a été montré comme étant
cytotoxique (Seppanen et Saari Csallany, 2002 ; Matthaus et
Wohrmann, 2006).
Afin d’assurer la consommation de produits de friture sains, des
huiles de friture doivent donc être choisies sur la base d’un
compromis entre leur stabilité thermique, leurs propriétés
nutritionnelles et leur coût. Les principaux types d’huiles à
l’échelle mondiale sont l’huile de soja, l’huile de palme, l’huile
de canola, l’huile de tournesol, l’huile de graines de coton,
l’arachide, l’huile de palmiste, de noix de coco, d’olive, les
huiles de maïs etc. Parmi elles, les huiles de soja, palme, canola
et les huiles de tournesol représentent 80 % de la production
mondiale (AAC, 2005). L’huile de palme a un niveau élevé d’acides
gras saturés, bienvenus de par leur stabilité thermique, mais pas
intéressants d’un point de vue nutritionnel. D’autre part, les
huiles présentant une teneur élevée en acides gras polyinsaturés
tels que le soja, le canola, et les huiles de tournesol sont
nutritionnellement intéressantes, mais sensibles à l’oxydation. En
outre, les huiles linoléiques comme l’huile de tournesol et de soja
devraient être évitées en raison du risque de production de
4-hydroxy-2-trans-nonénal. Les huiles insaturées peuvent être
partiellement hydrogénées afin d’accroître leur stabilité chimique.
Toutefois, les acides gras trans sont un sous-produit majeur de
l’hydrogénation qui peut représenter 30 % du total des acides
gras. Des études épidémiologiques ont démontré que la consommation
d’acides gras trans peut être corrélée avec le risque de maladie
cardiovasculaire (Daniel et al., 2005). Par conséquent, les
huiles de friture idéales peuvent être un mélange de différentes
huiles présentant des propriétés chimiques complémentaires ou
peuvent être produites à partir de plantes améliorées comme le
tournesol riche en acide oléique, et le canola riche en acide
oléique. Ces huiles ont une bonne qualité nutritionnelle pour la
friture, sont plus chères mais peuvent répondre à des
spécifications santé plus exigeantes.
Localisation de l’huile absorbée
L’absorption d’huile est principalement un phénomène de surface
comme le confirment les observations expérimentales. Il a été ainsi
prouvé par calorimétrie (Aguilera et Gloria, 1997) que la croûte
des frites contenait environ 6 fois plus d’huile que l’intérieur.
Keller et al. (1986) ont pu visualiser directement la
distribution de l’huile dans des frites en utilisant un colorant.
Ils ont conclu que l’huile ne pénétrait pas plus profondément que
les premières couches cellulaires. Ce résultat a été confirmé en
microscopie électronique à balayage par Lisinska et Golubowska
(2005). Cette technique a permis par ailleurs d’étudier la
structure macro poreuse hétérogène qui se développe dans le produit
pendant la friture.
Des mesures au microscope confocal réalisées par Pedreschi et
al. (1999) ont montré que l’huile enveloppe la surface des
cellules de pomme de terre et est principalement prise au piège
dans les vides intercellulaires générés pendant la coupe. L’huile
ne pénètre pas dans les cellules intactes en raison de la
composition du parenchyme de la pomme de terre. En effet, la paroi
cellulaire est plus épaisse et plus solide que la lamelle
intermédiaire partagée avec les cellules environnantes. Par
conséquent, c’est une séparation des cellules qui se produit plutôt
qu’une rupture des cellules. Aguilera et al. (2001)
proposent des explications complémentaires suite à des observations
microscopiques in situ des cellules isolées de pommes de terre
pendant la cuisson. Ils expliquent que lors de la friture, la
gélatinisation et le gonflement de l’amidon se produisent très
rapidement, rendant ainsi les cellules de pommes de terre capables
de bien supporter une déshydratation et un retrait sans générer de
rupture.
Période d’absorption de l’huile
Les premières observations expérimentales de Ufheil et Esher
(1996) sur des tranches de pommes de terre ont montré que
l’absorption d’huile s’est produite pendant le refroidissement. Ils
ont effectué des expériences successives ajoutant de l’huile de
friture colorée au bain d’huile à différents moments de la friture
et quantifié la quantité d’huile colorée dans les frites avec une
méthode combinant extraction et réfractométrie. Ils ont constaté
que même si l’huile colorée est ajoutée seulement au cours de la
dernière période de la friture, la proportion d’huile colorée dans
le produit frit est encore très élevée. Par conséquent, l’huile ne
pénètre pas dans les frites pendant la friture, mais est absorbée
par la couche superficielle d’huile lorsque le produit est retiré
de la friteuse du fait de la dépressurisation du produit générée
par la condensation soudaine de la vapeur d’eau présente dans les
pores. Cependant, certains auteurs pensent que l’absorption d’un
peu d’huile a lieu lors de la friture. Bouchon et al. (2003)
ont noté qu’une petite quantité d’huile qu’ils ont appelée
« huile structurelle » (en opposition à l’huile adhérant
à la surface ou de l’huile aspirée pendant le refroidissement),
pourrait être absorbée pendant la friture. Cette petite quantité
pourrait dépendre de la vitesse de séchage et de la durée totale de
la friture. En outre, selon Saguy et Pinthus (1995), lorsque la
vitesse de déshydratation diminue pendant la friture, le taux
d’absorption d’huile augmente du fait de la réduction de la
pression de vapeur interne des pores. Mehta et Swinburn (2001) ont
montré qu’un peu de matière grasse était absorbée lorsque le
produit est immergé alors que de la vapeur est toujours en train de
s’échapper. En accord avec leurs observations, la figure 1 montre les
résultats expérimentaux de distribution d’huile pendant la friture
et le refroidissement d’une tranche de pomme de terre. Pendant la
cuisson, une petite quantité d’huile est absorbée par la pomme de
terre, alors que pendant le refroidissement, la teneur en huile
interne augmente à un rythme rapide pendant la première minute de
refroidissement tandis que l’huile de surface diminue jusqu’à ce
qu’un équilibre soit atteint après 4 min de refroidissement.
Mécanismes d’absorption d’huile
L’absorption d’huile est un mécanisme complexe qui n’est pas
encore clairement compris. La structure initiale du produit, les
échanges divers entre le produit et le fluide de chauffage et les
variations des propriétés des produits et des huiles sont des
facteurs qui compliquent l’étude. La plupart des auteurs
conviennent que pendant la friture, les transferts de chaleur et de
masse sont gouvernés par le transfert de chaleur à la surface du
produit. La vitesse de vaporisation est proportionnelle à la
différence de température entre l’huile et le point d’ébullition de
l’eau. Farkas et al. (1996) furent les premiers
scientifiques à proposer une description physique complète de la
friture. Ils ont considéré que ce procédé doit être décrit comme un
problème complexe de Stephan du fait des transferts couplés de
chaleur et de matière entraînant le déplacement d’un front de
vaporisation mobile qui sépare deux régions dynamiques : une
croûte déshydratée et un noyau humide. Comme la croûte présente une
faible conductivité thermique, elle ralentit le transfert de
chaleur et est en partie responsable de la diminution de la vitesse
de déshydratation. En général, on peut dire que plus l’eau est
retirée de la surface, plus l’huile est absorbée. Dans la figure 2, la
relation entre la teneur en huile et la perte d’humidité est
représentée. En effet, Gamble et al. (1987) ont constaté que
la perte d’humidité et l’absorption d’huile étaient liées entre
elles et étaient toutes deux des fonctions linéaires de la racine
carrée du temps de friture. Ils ont fait l’hypothèse que l’huile
entrant dans la tranche se situerait dans les vides laissés par
l’eau qui s’échappe. Par conséquent, en plus des aspects
quantitatifs, la perte d’eau peut devenir une variable explicative
de la transformation et l’absorption d’huile en particulier parce
que l’eau d’évacuation est à l’origine de phénomènes physiques très
divers tels que la création de porosité (Vitrac, 2000).
Ainsi, la déshydratation se produisant à une température
supérieure à 100 °C, la vapeur d’eau, pour s’échapper du
produit, doit trouver les zones de faiblesse dans l’adhérence
cellulaire. Ceci conduit à la formation de cheminements capillaires
accroissant la porosité de surface. En outre, une partie de cette
vapeur peut être piégée dans les pores du fait de la diffusion
intercellulaire limitée, puis se dilater et se surchauffer,
déformant les parois des pores et contribuant ainsi à la porosité
du produit. En conséquence, certaines études ont examiné
l’augmentation de la porosité lors de la friture et l’ont corrélée
à la quantité d’huile absorbée (Pinthus et al., 1995 ;
Moreira et al., 1997 ; Ziaiifar et al., 2010).
La caractérisation de la microstructure des produits apparaît ainsi
comme un facteur déterminant dans la description des transferts à
l’échelle macroscopique, en particulier pour l’absorption
d’huile.
Facteurs influant l’absorption d’huile
Propriétés du produit
Comme la prise d’huile est un phénomène de surface, le rapport
entre la surface d’échange huile-produit et le volume du produit va
déterminer la quantité d’huile qui peut être absorbée. Les
résultats montrent que l’absorption d’huile augmente
considérablement lorsque l’épaisseur du produit est réduite et la
surface du produit est augmentée (Guillaumin, 1983). Par exemple,
les frites absorbent moins d’huile que les chips en raison d’un
plus petit rapport surface/volume (Paul et Mittal, 1997). Une
relation linéaire a été établie entre la surface et la teneur en
huile (Gamble et Rice, 1988). Comme l’essentiel de la matière
grasse pénètre le produit à travers les pores de la croûte, les
propriétés structurales de la couche externe de l’aliment sont
importantes. En effet, les cellules rompues lors de la coupe sont
un lieu privilégié pour l’absorption d’huile (Saguy et Pinthus,
1995). L’utilisation de lames de coupe de qualité peut donc
diminuer la rugosité de surface du produit et donc la surface,
diminuant l’absorption d’huile.
Le taux de matière sèche initial du produit est un facteur qui
influe sur l’absorption d’huile pendant la friture à cause de la
relation entre la perte d’eau et l’absorption d’huile (Kozempel
et al., 1991 ; Pinthus et Saguy, 1994 ; Moreira
et al., 1997 ; Krokida et al., 2001 ;
Yamsaengsung et Moreira, 2002). En effet, pour un produit final
frit qui présente une teneur en eau intermédiaire (produit épais)
tels que des frites de plantain, de pomme de terre ou cubes
d’aubergine, plus la teneur en eau initiale est élevée, plus élevée
est la prise d’huile finale (tableau
1). Les données du tableau
1 montrent également que la perte d’humidité importante qui
se produit lors de la friture des produits minces (chips) conduit à
une absorption de graisse considérable en raison des vastes volumes
vides laissés par le départ de l’eau (Gamble et al., 1987).
Toutefois, le comportement atypique de l’aubergine pendant la
friture doit être remarqué. En effet, même si la teneur en eau
résiduelle est encore assez élevée après la friture (seulement
50 % de l’eau initiale est retirée), la prise d’huile est
aussi élevée que dans les produits totalement déshydratés comme les
frites. Ce phénomène peut être expliqué par le fait que l’aubergine
est un produit non-féculent dont la structure est très fragile et
spongieuse (Kalogeropoulos et al., 2006).
Tableau 1 Teneurs en eau et en matière grasse de divers
produits alimentaires.
|
| Teneur en eau |
Teneur en huile |
Teneur en eau |
Teneur en huile |
| Produits non frits |
(g/100 g frais) |
(g/100 g frais) |
(kg/kg*) |
(kg/kg*) |
| Plantain (Rojas et al., 2006) |
60 |
0,1 |
1,53 |
0,005 |
| Pomme de terre (Talburt, 1987) |
80 |
0,1 |
4 |
0,005 |
| Aubergine (Kalogeropoulos et al.,
2006) |
95 |
0,1 |
19,38 |
0,005 |
| Manioc (Vitrac, 2000) |
60 |
0,1 |
1,5 |
0,005 |
| Farine de maïs (Moreira et al., 1999) |
47 |
1,5 |
0,88 |
0,03 |
| Produits frits |
|
|
| |
| Frites de plantain (Rojas et al.,
2006) |
32 |
7 |
0,8 |
0,15 |
| Frites de pomme de terre (Talburt, 1987) |
44 |
13 |
1,05 |
0,3 |
| Chips de pomme de terre (Talburt, 1987) |
2 |
40 |
0,03 |
0,69 |
| Cubes d’aubergine (Kalogeropoulos et al.,
2006) |
50 |
40 |
3,85 |
2,71 |
| Chips de manioc (Vitrac, 2000) |
2 |
25 |
0,05 |
0,35 |
| Chips de maïs-tortilla (Moreira et al.,
1999) |
2 |
25 |
0,025 |
0,35 |
* kg par kg de matière sèche déshuilée
Choix de l’huile de friture
L’effet du type d’huile est très différent en fonction de
l’auteur. Kita et Lisinska (2005) écrivent que l’absorption de
l’huile est plus élevée lorsque la quantité d’acides gras insaturés
dans l’huile augmente. À l’opposé, Vitrac (2000) a montré que
l’absorption d’une huile insaturée comme l’huile de coton est plus
faible que celle de l’huile de palme en raison de sa faible
viscosité au cours du refroidissement et de sa capacité à
s’égoutter facilement. Ces contradictions pourraient s’expliquer
par le fait que la viscosité d’une huile est très influente dans le
mécanisme de son absorption, mais elle contribue à la fois à
l’adhésion et au drainage. En outre, l’huile de friture peut
contenir une partie de la graisse qui se solidifie en refroidissant
et être plus difficile à drainer hors de l’aliment tout en étant
moins susceptible de pénétrer profondément dans les pores de la
croûte. Plus la viscosité initiale de l’huile est élevée et plus sa
migration est ralentie. La viscosité de l’huile ne dépend pas
seulement du type d’huile, mais aussi de la température et de la
qualité de cette même huile. La viscosité de l’huile diminue avec
une température décroissante suivant l’équation d’Arrhenius. La
tension superficielle initiale est également un facteur important à
considérer dans les mécanismes capillaires menant à l’absorption
d’huile. Une augmentation de la tension interfaciale conduit à une
augmentation de l’absorption d’huile. Par conséquent, l’ajout de
tensio-actifs (agents tensio-actifs ou agents mouillants) tels que
Tween80 (polysorbate) et Span80 (sorbitane) dans l’huile de friture
pourrait modifier les propriétés de surface et la teneur en huile
dans le produit final (Pinthus et Saguy, 1994). Cependant, ces
produits ne sont pas largement approuvés pour un usage
alimentaire.
Le vieillissement de l’huile résulte aussi en une augmentation
de la viscosité à la suite de la formation de polymères et la
diminution de l’angle de contact à cause de la formation de
composés polaires. L’augmentation de la viscosité pourrait
contribuer à une augmentation de la quantité d’huile sur la surface
de l’aliment, tandis que la diminution de l’angle de contact
pourrait augmenter les propriétés de mouillage de l’huile, les deux
résultant en une teneur en huile plus élevée. Pour cette raison,
Tseng et al. (1996) ont fait valoir que l’huile de surface
sur les chips a augmenté avec la dégradation de l’huile. Pourtant,
certaines études prouvent que la teneur en huile totale finale des
chips n’est pas significativement affectée par la qualité de
l’huile après de nombreux cycles de friture (Mehta et Swinburn,
2001). Néanmoins, cette évolution chimique qui peut avoir des
effets néfastes sur la quantité et la qualité d’huile peut être
ralentie par l’addition d’antioxydants naturels ou synthétiques
(Che Man et Jaswir, 2000 ; Houhoula et al., 2004).
Paramètres procédé
Un large éventail de facteurs, y compris les conditions des
prétraitements, la friture à proprement dite et les
post-traitements sont connus pour influencer l’absorption d’huile
dans les aliments. Certains de ces éléments et leurs paramètres ont
été brevetés en tant que moyens de diminuer l’absorption
d’huile.
Prétraitements
Les méthodes les plus populaires à l’échelle industrielle sont
le blanchiment, le séchage à l’air, la déshydratation osmotique, la
cuisson à la vapeur, et le traitement de surface (enrobage). Le
blanchiment est un processus de préparation des aliments, où la
substance alimentaire est plongée dans l’eau bouillante ou la
vapeur afin d’inactiver les enzymes et micro-organismes présents.
L’effet sur l’absorption de l’huile est assez ambigu en raison des
conditions différentes appliquées. Certains auteurs (Rimac-Brncic
et al., 2004) affirment que le blanchiment avant la friture
diminue la teneur en matière sèche du produit en raison de la
migration des composants hydrosolubles du produit vers l’eau de
blanchiment. Par conséquent, ce phénomène augmente la teneur en eau
et donc la teneur en huile (Alvarez et al., 2000 ;
Pedreschi et al., 2005). D’autre part, comme l’ont souligné
d’autres études, la gélatinisation de l’amidon de surface qui se
produit pendant le blanchiment pourrait former une couche mince
ferme qui protège les aliments de l’absorption d’huile (Califano et
Calvelo, 1987). En outre, le blanchiment peut activer les enzymes
pectinestérase qui peuvent causer l’effondrement des parois des
cellules de surface, entraînant une diminution de la porosité et de
la teneur en huile du produit (Aguilera-Carbo et al.,
1999).
Le pré-séchage est un autre moyen utilisé pour créer une matrice
sèche très solide autour du produit. Cette technique diminue la
teneur en eau totale du produit et limite l’absorption d’huile
(Lamberg et al., 1990 ; Moreira et al.,
1999 ; Vitrac, 2000). En outre, le retrait qui se produit
pendant le séchage réduit la surface totale et diminue par
conséquent le transfert de masse. Enfin, ce procédé est intéressant
à deux titres : il diminue l’absorption d’huile, tout en
améliorant les propriétés organoleptiques du produit en augmentant
son croquant (Debnath et al., 2003). Semblable au séchage
convectif, la déshydratation osmotique, décrite comme une
déshydratation partielle par immersion du produit brut dans une
solution concentrée (habituellement sucrée ou salée), diminue la
teneur en huile en diminuant la teneur en eau initiale du produit.
Krokida et al. (2001) a montré que les frites trempées dans
une solution de sucre (40 % en masse) ont présenté une
réduction de 60 % de la teneur en matières grasses et, en
trempant dans du NaCl (20 % en masse) et dans des solutions de
maltodextrine (20 % en masse), pour le même temps de
traitement, on peut obtenir des réductions de la teneur en huile de
35 % et 15 %, respectivement.
Enfin, la cuisson à la vapeur, comme le blanchiment et le
séchage à l’air, peut être utilisée pour former une barrière
étanche à la surface extérieure du produit en raison d’une sévère
gélatinisation de l’amidon. Cette couche extérieure présente une
forte résistance à l’entrée d’huile dans le produit. Par
conséquent, la teneur en huile interne finale est plus faible dans
ces produits et l’essentiel de l’huile reste à la surface du
produit (Rajkumar et al., 2003).
L’enrobage est une autre technique de préfriture qui consiste à
plonger un produit brut dans une suspension pendant une courte
période immédiatement avant qu’il soit frit. Ce traitement de
surface réduit la porosité de la surface et crée également une
barrière contre l’absorption d’huile. En effet, l’enrobage diminue
non seulement l’absorption de graisse, mais aussi la perte d’eau
pendant la friture. Les propriétés les plus importantes pour de
bons hydrocolloïdes sont la capacité de formation d’un film, la
stabilité à la chaleur, les propriétés de transfert d’eau et de
lipides, l’aspect organoleptique et les qualités nutritionnelles.
Certains des hydrocolloïdes les plus couramment utilisés et
efficaces sont dérivés de la cellulose comme
l’hydroxypropylcellulose (HPC), la méthylcellulose (MC), et
l’hydroxypropylméthylcellulose (HPMC) (Albert et Mittal, 2002).
L’enrobage semble être une méthode efficace pour réduire
l’absorption de l’huile : certaines études expérimentales ont
démontré que l’absorption d’huile pourrait être réduite de
40 % dans les frites en utilisant des enrobages de cellulose
avant de les frire, bien que leur teneur en eau soit plus élevée
(Garcia et al., 2002 ; Mellema, 2003).
Température de l’huile et le couple temps de friture.
La température de friture dépend du type de produit, de sa
taille et de sa composition. Elle varie souvent de 120 à
190 °C. Des températures élevées d’huile (160-190 °C)
peuvent permettre le transfert rapide de la chaleur, un
brunissement rapide et un temps de cuisson court. Pour cette
raison, mettre une trop grande quantité de nourriture froide dans
l’huile chaude est préjudiciable à la qualité des produits et à
l’efficacité du procédé, car cela entraîne une diminution
spectaculaire de la température de l’huile et un temps de cuisson
plus long. A l’échelle industrielle, une bonne charge en produit
pour l’huile est généralement dans un ratio de 1/6 (Mehta et
Swinburn, 2001). Une augmentation de la température de l’huile
déclenche une augmentation des vitesses de déshydratation et de
réaction couplées. Par conséquent, des températures élevées vont
limiter le temps de friture. Toutefois, pour la même teneur
résiduelle, l’effet de la température de friture est marginal et
certains auteurs avancent même que les températures comprises entre
140 et 190 °C n’ont pas d’influence sur l’absorption d’huile
(Gamble et Rice, 1987 ; Moreira et al., 1997).
Toutefois, l’idée de limiter la température d’huile afin de
limiter sa dégradation a motivé l’étude de températures de friture
inférieures à 140 °C. Ces travaux ont montré qu’une
température telle que 120 °C nécessite un temps de friture
plus long et engendre finalement une absorption d’huile plus
élevés, pour une même teneur en eau résiduelle (Talburt,
1987 ; Pedreschi et Moyano, 2005 ; Moyano et Pedreschi,
2006 ; Rojas et al., 2006). Ce phénomène peut être
expliqué par le temps de friture allongé et le flux évaporatoire
plus faible de l’eau en surface ou par le développement de
structures différentes (porosité en particulier). En effet, lors de
la friture à une température d’huile très faible, telle que
120 °C, la croûte est plus souple et pourrait laisser l’huile
pénétrer facilement dans le produit (Blumenthal et Stier,
1991).
La friture sous vide permet quant à elle de fonctionner à une
concentration en oxygène inférieure et à une température inférieure
(sous vide la température d’ébullition est très basse). Ce procédé
peut donc conserver les couleurs naturelles et les saveurs et
limiter la dégradation d’huile. Ainsi, Garayo et Moreira (2002) ont
démontré que la teneur en huile finale est inférieure pour les
frites frites sous vide pour une même déshydratation. Plus
récemment, Liu Ping et al. (2005) ont affirmé que la perte
d’humidité et l’absorption d’huile augmentent tandis que le degré
de dépression augmente pour les chips de carottes et Tan et Mittal
(2006) ont trouvé que l’absorption d’huile est plus élevée dans les
beignets frits sous vide que ceux frits à la pression atmosphérique
pour une humidité finale identique. En conclusion, la friture sous
vide a été insuffisamment étudiée et son effet sur l’absorption de
l’huile n’est pas clairement connu.
Post-traitements
Lorsque le produit est retiré du bain de friture, la température
commence immédiatement à diminuer. En dessous de 100 °C, la
vapeur d’eau se condense et provoque une chute de pression interne,
ce qui entraîne une différence de pression favorisant l’entrée
d’huile. La température influe sur la viscosité et la tension
interfaciale qui sont impliquées dans les phénomènes d’absorption
d’huile. Matz (1993) a affirmé que si le produit est retiré de la
friteuse alors que sa température est toujours en augmentation,
l’absorption de l’huile sera plus faible. L’hydrodynamique de
refroidissement sont également importants : en agitant
vigoureusement le panier de produits frits immédiatement après le
retrait de la friteuse, on peut drainer l’huile de surface si elle
est encore liquide et n’a pas encore été aspirée dans les pores.
L’huile qui serait en mesure de pénétrer dans les pores est donc
limitée dans ce cas (Thanatuksorn et al., 2005).
On peut combiner cela avec un séchage (à l’air ou à la vapeur
d’eau surchauffée) après friture pour réduire la teneur en huile
finale en réduisant le temps de contact entre le produit et l’huile
(Topin et Tadrist, 1997 ; Li et al., 1999). Par
exemple, Myers et Loewe (1990) ont rapporté une technique de
retrait prématuré du produit à haute teneur en humidité suivie d’un
séchage ultérieur à l’aide de vapeur surchauffée. Cette combinaison
a entraîné une réduction de 30 % de l’absorption d’huile selon
eux. Toutefois, le principal inconvénient du séchage à la vapeur
surchauffée est sa température élevée pouvant causer des dommages
aux produits thermosensibles. Enfin, une finition aux micro-ondes
après la friture peut aussi être une solution de rechange pour
obtenir une faible teneur en huile (Blau et al., 1965).
Cependant, cette technique est difficile à introduire à l’échelle
industrielle en raison de difficultés à le contrôler.
Conclusion
La friture, et plus particulièrement l’interaction entre l’huile
et le produit, constitue une thématique de recherche riche et très
active. Si l’opération unitaire est simple à comprendre, les
phénomènes sous-jacents sont particulièrement complexes et font
l’objet parfois de conclusions contradictoires. Le challenge reste
entier : des produits frits croustillants, gouteux et
optimisés sur le plan nutritionnel.
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