ARTICLE
ocl.2012.0430
Auteur(s) : Carine Alfos c.alfos@iterg.com, Xavier
Pagès-Xatart-Parès
1 ITERG,
Institut des Corps Gras,
11 rue Gaspard Monge,
33600 Pessac,
France
L’ITERG, Centre technique industriel (CTI) des professions des
corps gras, placé sous la tutelle du ministère de l’Économie, des
Finances et de l’Emploi, s’est lancé dans le projet de construction
d’une plateforme technologique (opérationnelle début 2012) dédiée à
l’innovation et au transfert d’échelle dans le domaine de
l’oléochimie. Cette plateforme CEDOP (Centre européen de
développement des oléo-produits) offre, au sein d’une même entité,
une expertise du laboratoire à l’échelle semi-industrielle, à
l’ensemble des industriels producteurs, transformateurs,
distributeurs et acteurs des filières des oléo-produits. Ce projet
unique dans sa conception, parfaitement en phase avec les
politiques publiques en matière d’innovation et de développement de
la chimie verte, répond non seulement aux besoins des industriels
et de leurs marchés mais aussi aux attentes socio-économiques
actuelles en matière d’environnement et de développement
durable.
Histoire du projet CEDOP
Le montant de l’investissement du projet CEDOP s’élève à
8 700 000 € [bâtiments (laboratoires, hall industriel,
hall technique, bureaux) et équipements]. Après les résultats
positifs des études préliminaires (analyse de la concurrence, étude
de marchés au niveau européen, évaluation des risques, business
plan à 7 ans) et l’inscription du projet CEDOP au Contrat de
projets État-région Aquitaine, les bailleurs publics (Conseil
Régional, État, FEDER, collectivités locales) et professionnels
(ONIDOL) sollicités ont contribué pour 85 % du financement
nécessaire. L’importance de cette contribution traduit la confiance
des acteurs dans le savoir-faire scientifique et technologique et
l’esprit d’entreprise indépendant de l’ITERG mis au service des
politiques publiques et professionnelles mais aussi et surtout,
dans le vaste éventail d’entreprises clientes issues de secteurs
d’activités très diversifiés et futures utilisatrices de
l’outil.
Ce projet technologique de recherche et de transfert s’inscrit
pleinement dans la stratégie de développement et de diversification
de l’ITERG et vise à renforcer l’attractivité et le rayonnement de
son pôle lipochimie-technologie.
Le projet CEDOP dont l’idée a germé dès 2006, est né du constat
que les résultats expérimentaux des programmes menés en R&D de
Lipochimie auraient pu être validés plus avant grâce à un transfert
d’échelle permettant d’intégrer les problématiques et contraintes
industrielles (optimisation des procédés, bilans économiques, bilan
environnemental) ; jusqu’à ce jour, les produits mis au point
à l’échelle du laboratoire étaient directement développés par les
industriels avec les incertitudes, le coût et les contraintes que
représente l’absence d’une étape intermédiaire préindustrielle.
La plateforme CEDOP spécialisée dans le développement à vocation
industrielle (hall industriel équipé de réacteurs de 200 kg à
1 tonne de capacité) de bioproduits issus de l’oléochimie permettra
ainsi aux industriels d’optimiser et d’accélérer la mise sur le
marché de ces nouveaux produits tout en limitant les risques et les
coûts associés. De plus, l’outil CEDOP pourra aussi répondre à des
demandes de production de faible tonnage pour des marchés de
niche.
La plateforme CEDOP s’intègre parfaitement dans une logique de
synergie et de bioraffinerie préindustrielle avec les outils et les
moyens techniques existants du site de Pessac (figure 1), à
savoir : le CREOL, Centre de recherche et d’expérimentation
sur les oLéagineux et les protéagineux (filiale du CETIOM – Centre
technique interprofessionnel des oléagineux métropolitains – et de
SOFIPROTEOL, acteur financier et industriel de la filière française
des huiles et protéines végétales) et l’unité de raffinage ITERG,
installation permettant tout ou partie des opérations unitaires du
raffinage chimique ou physique des huiles et des corps gras. Dans
un environnement technique performant, cette unité de raffinage
offre aux industriels un site privilégié pour produire des corps
gras raffinés spécifiques avec une totale garantie de traçabilité
et de qualité.
Description de la plateforme CEDOP
La figure
2 présente les caractéristiques de superficies du nouveau
bâtiment et la figure 3 détaille
les équipements disponibles en rappelant ceux des deux autres
unités créant toute la cohérence du site rappelée sur la figure 1, chaque
plateforme offrant les deux niveaux de fabrication pilote pour
essais et industriels pour préséries.
Projets, applications et innovations produits
Le projet CEDOP constitue par son ampleur un enjeu majeur du
développement et, à ce titre, doit permettre de franchir un cap
décisif en matière de périmètre d’activité, de rayonnement
technologique et d’attractivité du territoire.
À ce jour, les nombreuses démarches entreprises depuis le
lancement du projet pour promouvoir et faire connaître la
plateforme CEDOP auprès du monde de la recherche et de l’industrie,
ont permis d’initier des projets de R&D et d’innovation. Parmi
les projets lancés en 2011 qui n’auraient pas pu voir le jour sans
l’apport des outils et de la capacité de transfert industriel de la
plateforme, on peut citer :
- –. Projet DGCIS Eco Industries 2010 – VEGALUB,
« Développement d’un lubrifiant et d’un produit de protection
éco-acceptables pour la lubrification des chaînes Galle de barrages
et chaînes d’écluses ».
- –. Projet BIP ADEME 2010 – CREABIOM, « Conception
raisonnée d’emballages alimentaires biodégradables
multicouches ».
- –. Projet européen CIP-EIP-Eco-Innovation-2010 –
VOSOLUB, “New formulations of sunflower-based bio-lubricants with
high oleic acid content”.
Par ailleurs, une quinzaine de contrats industriels mobilisant
CEDOP ont été signés, impliquant des PME et des grands groupes
d’envergure mondiale.
Il faut aussi souligner que CEDOP a été l’élément-clé qui a
permis à l’ITERG de se positionner comme partenaire du projet
d’Institut d’Excellence dans le domaine des énergies décarbonnées
PIVERT (Picardie innovations végétales enseignements et recherches
technologiques) lancé dans le cadre des appels d’offre
Investissements d’Avenir. Ce projet doté d’un budget de
220 millions d’euros sur dix ans, confère à l’ITERG et à CEDOP
une dimension nationale, reconnue par les pouvoirs publics. Il
permettra aux entreprises régionales et nationales un accès
facilité aux 150 chercheurs, ingénieurs et enseignants
travaillant dans les différents laboratoires et aux pilotes
industriels impliqués, dans les domaines de la transformation de la
biomasse oléagineuse, contribuant ainsi à assurer le transfert des
innovations du laboratoire au stade préindustriel.
Plus récemment, dans le cadre des Investissements d’Avenir,
l’ADEME a lancé un appel à manifestation d’intérêt sur l’action
« démonstrateurs et plateformes technologiques en énergies
décarbonées et chimie verte ». Sur cet appel d’offres,
l’ITERG a participé au dépôt de deux projets d’envergure, pour
lesquels la plateforme CEDOP est fortement mobilisée.
D’autre part, dans le cadre de l’institut Carnot LISA dont
l’ITERG est l’un des membres fondateurs, la mise en œuvre de CEDOP
a été clairement affichée sur l’axe chimie verte du plan
stratégique de développement de l’Institut.
Les applications attendues concernent la synthèse ou la
purification d’acides gras et esters d’acides gras, d’amines et de
bétaïnes, de dimères d’acides gras, de produits hydrogénés,
d’esters d’huiles rares, d’huiles soufflées, de standolies,
d’huiles interestérifiées, de glycolipides, d’amides grasses, de
savons (liquides, secs), d’esters de polysaccharides, et de manière
générale de nouvelles biomolécules. Celles-ci obtenues et produites
en pré-séries sur la plateforme CEDOP peuvent être des synthons,
« pré-polymères », à combiner entre eux ou avec d’autres
(par exemple, ligno-cellulosiques) pour obtenir des polymères
bio-sourcés avec des procédés propres faisant appel à des
catalyseurs organiques ou aux biotechnologies.
Les secteurs industriels sont très variés et vont de
l’alimentaire aux polymères bio-sourcés, en passant par les
produits cosmétiques, les détergents, les peintures, encres et
vernis, les revêtements, les biolubrifiants, sans oublier les
biocarburants (figure 4).
L’ITERG a apporté ses compétences à l’étude des biodiesels. Sa
contribution sera dorénavant recherchée sur la mise au point des
biocarburants de troisième génération.
Le développement du portefeuille de brevets sera poursuivi dans
le cadre de la politique partenariale. Fort de ses liens avec
l’Université, l’ITERG pourra également s’appuyer sur la SATT
(Sociétés d’accélération du transfert de technologie) de Bordeaux
pour valoriser ses brevets obtenus en copropriété avec ses
partenaires académiques, dans un univers devenu très concurrentiel.
Les relations privilégiées au sein du Réseau CTI (Centre technique
industriel) et les liens des autres centres techniques avec de
nombreuses branches industrielles seront sollicités pour identifier
de nouvelles applications sectorielles de ses brevets génériques.
Dans le cadre de contrats privés, soutenus ou non par les
dispositifs d’aides de l’État, des brevets d’applications pourront
être concédés ou déposés en partenariat avec les entreprises.
L’ITERG envisage de réinvestir les retours financiers de ses
brevets dans les équipements nécessaires à l’activité d’intérêt
collectif.
Conclusion
L’ensemble de ces éléments témoigne de l’attractivité de CEDOP
vis-à-vis des industriels et du monde académique, participe à la
lisibilité technique et scientifique de l’ITERG et positionne la
nouvelle plateforme comme l’un des acteurs majeurs au niveau
national dans le domaine de la chimie verte. L’ITERG réalise
différents types de prestations de R & D privées auprès
d’industriels (PME et grands groupes). Celles-ci vont du projet
d’innovation de courte durée aux projets pluriannuels associant en
général des grands comptes industriels. Naturellement, plus la
recherche est proche du marché (recherche industrielle, a
fortiori développement expérimental), plus le caractère
économique de la prestation s’impose, avec exclusivité et transfert
complet de la valeur créée (propriété des résultats).
La possibilité de mener des projets « de l’idée au
marché » (figure 5)
est rendue possible sur un seul et même site (Pessac/Bordeaux)
concentrant les équipes de recherche (laboratoires), la mise au
point des procédés à l’échelle pilote (de 1 à 50-100 kg),
scale-up avec le hall industriel CEDOP (quelques tonnes)
et/ou l’unité de raffinage.
La plateforme technologique CEDOP étant dorénavant partie
prenante de l’IEED PIVERT, une dynamique privilégiée depuis la
recherche académique (cofinancement de thèse) jusqu’au transfert
sur équipements semi-industriels apportera une ligne directrice
forte aux travaux de recherche, avec un gradient croissant de
participation industrielle depuis la recherche amont jusqu’à la
production de préséries industrielles.
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