ARTICLE
ocl.2012.0428
Auteur(s) : Guillaume Chollet1, Benoit Gadenne1, Carine Alfos1 c.alfos@iterg.com, Henri Cramail2
1 ITERG,
Institut des Corps Gras,
11 rue Gaspard Monge,
33600 Pessac,
France (www.iterg.com)
2 Laboratoire de Chimie des Polymères Organiques,
UMR 5629 CNRS-Université Bordeaux1-IPB,
16, Avenue Pey-Berland,
33607 Pessac Cedex,
France (www.lcpo.fr)
À l’heure actuelle, la dépendance de l’industrie chimique aux
ressources fossiles reste très importante (95 % des produits
chimiques sont d’origine fossile) et constitue, à terme, des
risques économiques (augmentation des coûts), écologiques
(augmentation de l’émission des gaz à effets de serre) et
politiques. De plus, la raréfaction de ces ressources non
renouvelables fait partie, avec le changement climatique, la
pollution, l’augmentation de la population, les ressources limitées
en eau et l’érosion de la biodiversité, d’un ensemble de
problématiques qui constituent l’enjeu même du développement
durable. L’utilisation des ressources renouvelables s’inscrivant
aussi dans cette démarche de développement durable, apparaît comme
une alternative, voire une priorité, afin de répondre au mieux aux
problématiques de durabilité (Rapport PIPAME, 2010).
L’industrie chimique française est un secteur très actif avec un
PIB d’environ 18 milliards d’euros et 1,3 milliard d’euros
d’investissements en recherche et développement. Cependant ce
secteur doit aussi faire face à un certain nombre de difficultés
dues, entre autres, à la diminution de l’activité pétrochimique et
de ses filières et aux phénomènes de délocalisations et de
concentrations. Le développement de nouveaux matériaux biosourcés
constitue donc un enjeu majeur pour l’industrie chimique en France.
En 2010, la capacité annuelle mondiale de production de
« résines » bio-sourcées était de 0,72 million de tonnes,
à comparer aux 265 millions de tonnes pour la production mondiale
de « matériaux plastiques », ce qui montre à la fois la
part très faible que représente actuellement la chimie du végétal,
mais aussi l’ampleur des marchés potentiels.
Les huiles végétales sont, sur le plan industriel, d’une
importance significative et sont couramment utilisées pour de
nombreuses applications, parmi lesquelles la synthèse de polymères
biosourcés. Les huiles de palme, de soja et de colza représentent
les trois quarts de la production mondiale d’huiles végétales
(figure
1). Elles sont considérées comme l’une des sources
de matières renouvelables les plus importantes du fait de leur
faible coût, de leur abondance et des nombreuses possibilités de
transformations chimiques qu’elles offrent. La production d’huiles
végétales est destinée principalement au secteur alimentaire. La
transformation de ces huiles par l’industrie représente 24 %
du marché mondial (figure
2).
Matières premières biosourcées
L’amidon, la cellulose, la lignine, les sucres et les huiles
végétales constituent les principales matières premières
bio-sourcées et sont déjà présentes dans les secteurs de l’énergie,
de l’industrie, de la chimie fine, de la pharmacie, des cosmétiques
et dans l’alimentaire.
Les polysaccharides
1) L’amidon se trouve dans de nombreuses
ressources végétales telles que la pomme de terre, le blé, le maïs,
le manioc, etc. L’amidon est un polysaccharide composé de
l’enchaînement covalent d’unités D-glucose. Son hydrolyse acide
complète libère de 98 à 99 % de D-glucose. Il est
constitué de deux homopolymères, l’amylose, macromolécule
essentiellement linéaire et l’amylopectine, macromolécule ramifiée.
L’amylose constitue 20 à 30 % de l’amidon et
l’amylopectine 70 à 80 %. La fraction non glucidique
représente, quant à elle, 1 à 2 % de la masse totale des
amidons (figure
3).
La structure chimique de l’amidon lui confère des propriétés
intéressantes en termes de réactivité. L’amidon peut subir un
certain nombre de modifications chimiques au niveau des fonctions
alcool primaires et secondaires des unités glycosyle par le biais
des réactions d’oxydation, d’estérification, d’éthérification, et
au niveau de la liaison glycosidique et de la fonction
pseudo-aldéhydique avec des réactions d’hydrogénation. Le procédé
d’extrusion réactive est parfaitement adapté à ce type de
transformations. L’amidon peut également subir des modifications
physiques, physico-chimiques (dextrinisation) ou biologiques
(hydrolyse).
Les capacités de production en 2010 de résines à base
d’amidon étaient de 288 ktpa1 et
représentaient pas moins de 40 % des capacités mondiales de
production des résines biosourcées.
Les principaux producteurs de résines à base d’amidon se situent
en Europe avec Novamont (80 ktpa), Biotec (50 ktpa), Rodenburg
(40 ktpa), Biop (20 ktpa) et Bioresins (20 ktpa). On peut également
citer Cereplast aux États-Unis avec 22 ktpa et Earthsoul India en
Inde avec 20 ktpa (Rapport ADEME 2011) (figure
4).
2) La cellulose est le polysaccharide le plus
abondant sur terre. Il se trouve principalement dans le bois
(50 %) mais également dans le coton (97 %). Des sources
alternatives comme les algues, les membranes de champignons et de
bactéries sont en cours de développement.
La structure de la cellulose consiste en l’enchaînement covalent
d’unités de répétition de type cellobiose, les unités élémentaires
glucosidiques étant liées entre elles par des liaisons β-(1→4)
(figure
5).
La formation de nombreuses liaisons hydrogène intra- et
intermoléculaires entre les groupements hydroxyle confère une forte
cristallinité à la cellulose entraînant son insolubilité dans
l’eau.
Les groupements hydroxyle de la cellulose peuvent réagir
partiellement ou totalement avec différents réactifs chimiques pour
donner des dérivés cellulosiques possédant des propriétés propres.
Les modifications chimiques peuvent être des estérifications
(acétate de cellulose) ou des éthérifications (hydroxyéthyl
cellulose).
Les résines à base cellulosique ne représentent que 3 % des
capacités de résines biosourcées, ce qui est notamment dû aux
procédés de transformations dont les coûts s’avèrent trop élevés.
Les marchés ciblés par ces résines sont ceux des emballages
cosmétiques et agroalimentaires.
Ces résines sont essentiellement produites en Allemagne par les
sociétés Fkur et Tecnaro, et aux États-Unis par les sociétés Rotuba
et Eastman. Ce dernier est même le premier producteur de résines à
base de cellulose avec 15 ktpa (Rapport ADEME 2011).
3) La transformation, impliquant la déconstruction
et la dépolymérisation de la biomasse par le biais de traitements
hydrolytique et/ou enzymatique, reste aujourd’hui un des enjeux
majeurs en chimie durable pour la production de composés chimiques,
la « plateforme sucre » – qualifiée d’or
vert ! – étant une source inépuisable
d’intermédiaires chimiques et notamment de synthons monomères tel
l’acide lactique. Le poly(acide lactique) (PLA), de la
famille des polyesters, est aujourd’hui un des principaux polymères
biosourcés développés industriellement. Il est majoritairement
obtenu par polymérisation par ouverture de cycle du lactide, dérivé
de l’acide lactique (figure
6).
La production d’acide lactique peut être réalisée à partir du
maïs (société Natureworks), de la canne à sucre, de la betterave,
du manioc (société Purac). Le groupe néerlandais Purac est le
leader mondial de la production d’acide lactique avec 160 ktpa.
Natureworks est le premier producteur mondial de résines à base
de PLA avec une production représentant 95 % des capacités
mondiales, les 5 % restants étant produits par le groupe
chinois Zhejiang Hisun.
Les matières premières sources d’hexoses, utilisées pour la
production de poly(hydroxyalcanoate)s (PHA), selon des procédés de
biotechnologies qualifiées de « blanches », sont très
nombreuses. En effet, outre la canne à sucre, la betterave, les
huiles végétales et le maïs, les déchets alimentaires, les eaux
usées, la sève d’érable peuvent aussi être avantageusement
utilisés.
La production mondiale de résines à base de PHA est estimée à
43 ktpa en 2010 et la société brésilienne Biocycle est
pratiquement en position de monopole puisque ses capacités de
production sont de 36 ktpa (Rapport ADEME 2011) (figure
7).
Les polysaccharides sont également une source majeure de
polyols. Ces derniers représentent une classe importante
d’intermédiaires réactionnels (synthons monomères) en chimie des
polymères, notamment pour la synthèse des polyuréthanes et des
polyesters.
Le Cerenol™, commercialisé par Dupont de Nemours, est un polyol
issu du maïs et possède un taux de carbone renouvelable de
100 %. Il est utilisé pour la synthèse de fibres
polyuréthanes. Le Néosorb® et le Polysorb®
sont deux polyols commercialisés par Roquette. Le premier est à
base de sorbitol, polyol obtenu par hydrogénation du glucose et le
second, à base d’isosorbide, obtenu par déshydratation du sorbitol.
L’isosorbide peut être utilisé pour la synthèse de polymères de
spécialité.
Les huiles végétales
Les huiles végétales peuvent également être sources de nouveaux
polyols en remplacement des polyols d’origine pétrochimique. En
effet, la structure même des huiles (longueur de chaînes, degré
d’insaturation, stéréochimie des doubles liaisons) permet
d’envisager la réalisation de composés multiples et variés. Une
huile est un mélange de triglycérides (triesters) formés par
condensation d’acides gras et du glycérol. Le nombre élevé de types
d’acides gras (jusqu’à 24) potentiellement présents dans
chaque corps gras et les multiples combinaisons possibles avec le
glycérol font que les corps gras sont des mélanges plus ou moins
complexes de composés à l’origine de propriétés variables d’une
huile à l’autre, chacune contenant donc des triglycérides de nature
différente (figure
8).
Des études académiques décrivent l’utilisation des huiles
végétales et de leurs dérivés (triglycérides et esters méthyliques
d’acides gras) en tant que matières premières pour la préparation
d’agro-matériaux aux propriétés spécifiques dans une multitude
d’applications (Güner et al., 2006 ; Sharma et
al., 2006). La plupart des huiles, hormis l’huile de ricin qui
possède déjà des groupements hydroxyle natifs, peuvent donner des
polyols après transformations chimiques. Des études décrivent des
modifications oléochimiques des huiles insaturées (principalement
composées d’acide oléique et linoléique) pour produire des polyols
qui peuvent être utilisés en tant que monomères fonctionnels pour
la synthèse de polymères biodégradables (Galia et al.,
2010).
Les fonctions ester du triglycéride peuvent subir une réaction
de transestérification (figure 9) en
présence d’un alcool tel que le méthanol, l’éthanol ou le glycérol
et d’un catalyseur homogène ou hétérogène (Meher et al.,
2006). Les catalyseurs les plus communément utilisés sont le
méthanolate de sodium, l’hydroxyde de sodium ou de potassium. Les
catalyseurs acides sont plus particulièrement employés dans le cas
de la transestérification d’huiles ayant une quantité importante
d’acides gras libres et d’eau (Nakatani et al., 2009).
Les réactions d’époxydation (figure 10)
sur des esters d’acides gras ou sur les triglycérides sont
classiquement utilisées et conduisent, après ouverture des cycles
oxirane par différents nucléophiles (alcools, amines), à des
polyols contenant des alcools secondaires. Les réactifs utilisés
pour la réaction d’époxydation sont des peracides comme l’acide
méta-chloroperbenzoïque (m-CPBA) (De Torres et al., 2011) ou
le peracide monoperoxyphthalate hexahydrate de magnésium (MMPP). Il
est également possible de former le peracide in-situ en mélangeant
de l’eau oxygénée et de l’acide acétique (ou formique) (Zlatanic
et al., 2002).
Des fonctions alcool primaires peuvent aussi être introduites
par réactions d’hydroformylation (figure 11)
ou d’ozonolyse (figure 12)
sur des triglycérides suivies de la réduction des fonctions
aldéhyde ainsi obtenues (Petrovic et al., 2000 ;
Zlatanic et al., 2004 ; Petrovic et al.,
2005 ; Zlatanic et al., 2009 ; Petrovic et
al., 2010). Les réactifs utilisés lors de l’étape de réduction
sont le borohydrure de sodium (Petrovic et al., 2005) ou le
dihydrogène en présence de nickel de Raney (Narine et al.,
2007).
La fonctionnalisation des doubles liaisons des acides gras peut
également se faire via la réaction radicalaire de type thiol-ène
(figure
13). Les radicaux peuvent être générés par action de
la lumière ou par décomposition thermique d’un composé azoïque tel
l’AIBN. Dans le cas où le thiol utilisé possède également une
fonction alcool (mercaptoéthanol par exemple), les polyols ainsi
formés présentent exclusivement des fonctions alcool primaires
(Bantchev et al., 2009).
Un certain nombre de polyols commerciaux issus d’huile végétale
existent. Ils sont principalement utilisés dans la synthèse de
polyuréthanes. Citons ceux issus d’huile de soja comme
Renuva™ commercialisé par Dow Chemical,
BiOH® de la société Cargill,
Agrol® de BioBased Technologies, Jeffadd™
de la société Huntsman et Soyol® de
Urethane Soy Systems ou encore Lupranol® de BASF,
issu de l’huile de ricin et la gamme Radia®
d’Oléon à partir des huiles de tournesol et de colza.
Travaux de l’unité mixte technologique (UMT) Polygreen
Dans l’optique de valorisation de la biomasse, le Centre
technique industriel en oléochimie, ITERG, et le Laboratoire de
chimie des polymères organiques (LCPO-Université de Bordeaux) ont
additionné leurs « savoir-faire » en créant une Unité
mixte technologique (UMT Polygreen labellisée en 2007 par le
ministère de l’Agriculture et de la Pêche). L’objectif de l’UMT est
de mettre au point de nouveaux polymères biosourcés à partir de
monomères issus de la transformation oléochimique des huiles
végétales (éventuellement couplés avec des dérivés issus d’autres
filières) et utilisant des procédés de synthèses éco-compatibles.
Les objectifs sont ainsi de concevoir de nouveaux « synthons
monomères verts » de structure chimique et de fonctionnalité
bien définies (Palaskar et al., 2010 ; Boyer et
al., 2010 ; Palaskar et al., 2012 ; Foltran
et al., 2012), d’optimiser à grande échelle leurs procédés
de synthèse (phase scale-up) et d’utiliser ces monomères
pour la synthèse de polyuréthanes et polyesters biosourcés
originaux.
Dans le cadre de cette collaboration, les actions de recherche
ont été principalement orientées vers la modification chimique
d’esters méthyliques d’acides gras (biodiesel) pour la synthèse de
synthons lipidiques di-fonctionnels de type polyols et
polycarbonates, comme précurseurs de polyuréthanes et
polyesters.
Les diols
Les premiers travaux ont porté sur la synthèse d’esters de
butanediol issus d’huile de tournesol oléique, en orientant nos
recherches sur une optimisation des procédés de synthèse. Les
fonctions hydroxyles secondaires sont introduites par réactions
successives d’époxydation et d’ouverture des cycles oxirane selon
un procédé développé à grande échelle (Brevet WO2011030076 ;
Boyer et al., 2010) (figure
14).
Dans l’optique d’accroître la réactivité de ces synthons, toute
une série de polyesters polyols, de structure moléculaire variée et
porteurs de fonctions hydroxyle primaires par réaction thiol-ène a
ensuite été réalisée avec succès (Brevet W02011045536). Quelques
structures chimiques sont indiquées dans la figure 15.
Une autre série de diols non ramifiés ont également été
synthétisés à partir de l’oléate de méthyle et de l’undécénoate de
méthyle. La transestérification ou l’aminolyse de ces esters gras
avec des diols, aminoalcools ou diamines également biosourcés,
conduit à des composés présentant deux insaturations terminales qui
sont ensuite converties en fonctions hydroxyle par réaction
thiol-ène avec le mercaptoéthanol (Brevet EP11306491).
En faisant varier la structure linéaire ou cyclique du diol
employé (1,3 propane diol et isosorbide respectivement) dans
l’étape de transesterification ou celle de l’amine dans l’étape
d’aminolyse, il est possible de préparer une gamme complète de
synthons bien définis et ainsi de moduler les propriétés
thermomécaniques des polyesters et polyuréthanes en résultant.
Quelques-uns des diols ainsi préparés sont donnés dans la figure 16.
Les bis-carbonates
La synthèse de carbonates se fait classiquement par réaction des
oxiranes (époxydes) avec le CO2. Différents
bis-carbonates lipidiques ont été synthétisés selon la voie de
synthèse indiquée dans la figure 17, qui
comporte une réaction de métathèse sur des esters d’acides gras
donnant accès à des dérivés porteurs de deux insaturations
terminales, lesquels sont ensuite époxydés puis carbonatés (Brevet
W02011061452).
Synthèse des polyuréthanes et polyesters
En fonction des synthons utilisés, les polymères présentent un
large panel de propriétés mécaniques et physico-chimiques. En
effet, selon la fonctionnalité (nombre et nature des fonctions
réactives) et la structure moléculaire de ces synthons (ou
pré-polymères), des matériaux polymères linéaires thermoplastiques
amorphes ou semi-cristallins ainsi que des systèmes réticulés
tridimensionnels de type thermo-durs (réseaux denses) ou
élastomères (réseaux lâches) peuvent être obtenus. Les premiers
travaux que nous avons réalisés concernent principalement la
synthèse de polyuréthanes et polyesters linéaires
thermoplastiques.
Les polyuréthanes
Les polyuréthanes sont classiquement issus de la polyaddition
entre un diisocyanate et un diol dans le cas de la synthèse d’un PU
linéaire (thermoplastique) (figure 18).
Ils sont parmi les polymères les plus polyvalents, car la gamme de
monomères, en particulier les diols et les polyols, qui peuvent
être utilisés dans leur synthèse, est très vaste. Notons que la
part des polyols verts dans les polyuréthanes est estimée
aujourd’hui à 1 %, d’où l’enjeu mais aussi l’intérêt que
représente ce marché. La Malaisie fait partie des pays qui
remplacent les polyols d’origine pétrochimique par des polyols
provenant de leurs agro-ressources (en l’occurrence l’huile de
palme) pour la chimie des polyuréthanes2. Ces polyols sont commercialisés par des
compagnies telles que Maskimi Polyol, Green Polyol System, Bina
Puri Holdings, pour une production totale de 3 000 tonnes par
an.
Tous les polyols synthétisés au sein de l’UMT ont été évalués
pour la synthèse de nouveaux polyuréthanes et polyesters. À titre
d’exemples, quelques caractéristiques des PU élaborés à partir des
diols non ramifiés contenant des liens amide (FadA-diol) sont
rassemblées dans le tableau 1.
Tableau 1 Propriétés des polyuréthanes synthétisés à
partir de diols gras contenant des fonctions amide.
| Polyol |
Diisocyanate |
Mn
(g/mol)a |
Mw
(g/mol)a |
Da |
Tg
(°C)b |
Tm (°C)b |
Tmc
(°C)b |
| FAdA-diol |
IPDI |
20 000
(THF) |
30 000
(THF) |
1,5
(THF) |
40,1 |
120 |
- |
| IPDI |
ns |
ns |
ns |
47,2 |
117,3 |
- |
| MDi |
ns |
ns |
ns |
47 |
155/172/
178/173 |
158 |
(a) GPC dans le DMF excepté contre-indication avec une
calibration PS (b) Dsc, en mode classique de 40°C à 200°C, 10°C/min
et en mode modilé, 2°C/min
Ces données montrent très clairement que l’introduction de liens
amide dans le monomère diol de départ apporte une grande cohésion
aux polyuréthanes ainsi obtenus du fait de l’occurrence de liaisons
hydrogène intermoléculaires. Non seulement les PU obtenus
présentent des températures de transition vitreuse, Tg,
plus élevées (Tg = 40/50 ̊C) que celles des PU issus des diols
ramifiés (– 40 ̊C à +10 ̊C) mais ils présentent également une phase
cristalline avec des températures de fusion pouvant atteindre
180 ̊C dans le cas de l’emploi de diisocyanate symétrique tel le
diphénylméthylène diisocyante (MDI). Il est également importer de
noter que les masses molaires des PU n’ont pas toujours pu être
déterminées en raison de l’insolubilité des PU dans les solvants
d’analyse.
Si le polyol est issu d’huiles végétales, l’isocyanate, dérivé
du phosgène, est d’origine pétrochimique et présente une toxicité
non négligeable. Trouver des voies alternatives de synthèse des PU
sans utiliser d’isocyanate est aujourd’hui un véritable enjeu. Une
façon de contourner l’utilisation des isocyanates consiste à faire
réagir une di-amine sur un bis-carbonate donnant l’accès à des
poly(hydroxy-uréthane)s, comme indiqué dans la figure 19. Cette
réaction présente aussi l’avantage de ne pas nécessiter de
catalyseur.
Plusieurs poly(hydroxyuréthane)s ont été synthétisés. Des études
cinétiques de la polyaddition entre diamines et biscarbonates ont
été réalisées par spectroscopie ATR-IR, en suivant la disparition
des bandes carbonates à 1 803 et 772 cm-1 et
l’apparition de bandes à 3 330, 1 714, 1 530 cm-1,
correspondant respectivement aux vibrations de la fonction
hydroxyle, du groupement carbonyle et à la déformation de la
liaison N-H de la fonction uréthane (figure
20).
Ces études cinétiques ont permis, entre autres, de démontrer que
les bis-carbonates terminaux (TCFAD) sont plus réactifs que ceux
intracaténaires (ICFAD). Les masses molaires des
poly(hydroxyuréthane)s ainsi obtenus sont modérées et la formation
de liens amide par réaction secondaire de l’amine sur les fonctions
ester du monomère a été observée, notamment quand l’amine est très
réactive (EDA). Des travaux sont actuellement en cours pour
optimiser cette voie d’accès aux PU (tableau 2).
Tableau 2 Poly(hydroxyuréthane)s à partir de
bis-carbonates biosourcés.
| Monomètres |
T (°C) |
Conversion
totalea |
Mw/g
mol-1 |
Mw/Mn |
% Amide |
Tg (°C) |
| ICFAD/EDA |
70 |
3 h |
4 300 |
1,1 |
22 |
− 25 |
| ICFAD/IPDA |
70 |
20 h |
9 100 |
1,3 |
- |
− 21 |
| ICFAD/IPDA |
110 |
12 h |
11 700 |
1,4 |
- |
− 19 |
| TCFAD/IPDA |
70 |
12 h |
10 700 |
1,4 |
- |
− 16 |
| TCFAD/IPDA |
110 |
9 h |
13 500 |
1,5 |
- |
− 13 |
(a) à disparition complète de la bande à 772 cm-1. (b) DSC,
rampe de température de − 100 °C to 200 °C à 10 °Cmin-1.
D’autres travaux ont également été réalisés dans le cadre de
l’UMT pour trouver de nouvelles voies d’accès aux PUs, évitant
l’emploi de di-isocyanates, Il est en effet possible d’obtenir des
polyuréthanes biosourcés par auto-condensation de synthons
bio-sourcés α-hydroxy, ω-acyl-azoture (Brevet WO2011045546 ;
Palaskar et al., 2010), comme il est illustré dans la figure
21.
Les polyesters
Tous les polyols (diols) décrits précédemment ont également été
testés en chimie des polyesters par réaction de condensation avec
d’autres synthons diesters (ou diacides) issus de lipides, comme
ceux indiqués figure 22.
Une grande variété de polyesters et poly(ester-amide)s ont été
synthétisés par polycondensation de diols (figure 16)
avec les diesters (figure 22)
en présence du 1,5,7-triazabicyclo[4.4.0]dec-5-ène (TBD), comme
catalyseur.
Les résultats obtenus sont présentés dans le tableau 3.
Tableau 3 Caractérisations des polyesters issus de la
polycondensation entre les diols (figure 8) et les diesters
(figure 22).
| Diol |
Diester |
Mw
(g/mol)a |
Mw/Mna |
Tg(°C)b |
Tm1(°C)b |
ΔHm1(J/g)b |
Tm2(°C)b |
ΔHm2(J/g)b |
| FAdE-diol 1 |
dE1 |
35 041 |
1,9 |
− 49,4 |
36,1 |
79,9 |
- |
- |
| dE2 |
33 293 |
1,5 |
− 39,3 |
38,7 |
74,1 |
- |
- |
| dE3 |
15 862 |
1,9 |
− 58,1 |
9,1 |
7,2 |
22,6 |
20,5 |
| dE4 |
34 547 |
1,6 |
− 46,6 |
45,1 |
76,6 |
- |
- |
| FAdE-diol 2 |
dE1 |
13 318 |
1,5 |
− 40,1 |
29,9 |
31,4 |
37,2 |
2,4 |
| dE2 |
17 410 |
1,5 |
− 30,9 |
36,7 |
45,2 |
- |
- |
| dE3 |
22 984 |
2,3 |
− 46,8 |
12,9 |
4,8 |
23,7 |
14,7 |
| dE4 |
16 387 |
1,5 |
− 31.9 |
35,1 |
47,9 |
- |
- |
| FAmE-diol 1 |
dE1 |
7 865 |
1,3 |
− 27,4 |
32,3 |
24,6 |
- |
- |
| dE2 |
27 333 |
2,1 |
− 38,3 |
18 |
41,4 |
29,8 |
51,8 |
| dE3 |
33 050 |
1,6 |
− 61,4 |
− 5,9 |
17,8 |
- |
- |
| dE4 |
7 037 |
1,2 |
− 44,8 |
37,4 |
76,5 |
- |
- |
| FAmE-diol 2 |
dE1 |
14 992 |
1,5 |
− 39,9 |
15,5 |
6,5 |
25,4 |
6,9 |
| dE2 |
18 374 |
1,2 |
− 28,5 |
16,4 |
40,8 |
25,6 |
2,7 |
| dE3 |
33 744 |
1., |
− 43,8 |
− 5,2 |
7,7 |
10,5 |
0,7 |
| dE4 |
21 034 |
1,2 |
− 30,5 |
21 |
31 |
- |
- |
| FAdA-diol |
dE1 |
29 028 |
1,5 |
− 10 |
121,1 |
64,3 |
126,5 |
7,1 |
| dE2 |
12 641 |
1,3 |
2 |
119,8 |
31,3 |
125,7 |
15,8 |
| dE3 |
17 610 |
1,6 |
− 13 |
118,3 |
63,83 |
- |
- |
| dE4 |
9 524 |
1,5 |
5 |
129,3 |
8,7 |
138,4 |
32,64 |
Catalyseur : TBD/10 % par fonction ester (a) SEC THF
clibration PS (b) DSC, − 80°C à 170 °C, 10 °C/min (c)TGA,
25 °C à 700 °C, 10 °C/min
Comme attendu, les résultats de polymérisation ont permis de
souligner des différences significatives en termes de propriétés
thermomécaniques des polyesters obtenus selon la structure chimique
du diol utilisé. On peut notamment observer que l’incorporation
d’une unité isosorbide a pour effet de limiter la cristallinité
(enthalpie de fusion plus faible) comparé aux polyesters
synthétisés à partir des diols issus du propanediol. Cependant
l’isosorbide a pour effet d’augmenter légèrement la température de
transition vitreuse des polymères. Les polymères issus du diester
dE3 ont un caractère semi-cristallin beaucoup moins prononcé en
raison de la présence d’une chaîne pendante qui limite la
cristallisation. Tous les matériaux issus des diesters diols et
mono-esters diols présentent des Tg inférieures à 0 ̊C et des
températures de fusion relativement faibles (entre 0 et 40 ̊C). Ces
propriétés sont donc insuffisantes pour un grand nombre
d’applications.
Pour pallier cet inconvénient, le FAdA-diol contenant des liens
amide a été synthétisé et utilisé en substitution des diesters
diols. Les polyesters ainsi obtenus présentent une température de
fusion voisine de 120 ̊C et des températures de transition vitreuse
autour de 0 ̊C, ce qui rend ces polyesters très compétitifs en
regard d’autres polyesters aliphatiques.
Conclusion
Parmi les grands enjeux actuels de la recherche en chimie, la
valorisation de la biomasse pour la production d’intermédiaires
chimiques bien définis reste un véritable défi scientifique,
technologique et environnemental. Les recherches menées au sein de
l’UMT Polygreen s’inscrivent dans cette démarche et visent la mise
au point de nouveaux synthons lipidiques pour la production de
polymères bio-sourcés de spécialité. Des résultats encourageants
ont été obtenus en chimie des polyuréthanes et des polyesters. Ces
recherches nécessitent encore de nombreux approfondissements et
optimisations notamment pour rendre les procédés de synthèse et
production plus efficients et performants, condition nécessaire à
la substitution (même partielle) des dérivés de la pétrochimie par
ceux issus de la biomasse.
L’ITERG et sa plateforme technologique CEDOP (Centre Européen de
Développement des Oléo-Produits) sont en parfaite adéquation avec
ces objectifs et répondent parfaitement aux attentes en termes
d’innovation et de développement de la chimie verte.
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1 KT /an.
2 La production d’huile de palme est estimée
à 12 millions de tonnes.
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