ARTICLE
ocl.2011.0423
Auteur(s) : M. Vahid Aissi1, Fidèle P. Tchobo1, Armand K. Natta2, Georges Piombo3, Pierre Villeneuve3, Dominique C. K. Sohounhloue1, Mohamed M Soumanou1 mohamed.soumanou@epac.uac.bj
1 Unité de recherche en génie enzymatique et
alimentaire,
Laboratoire d’étude et de recherche en chimie appliquée (LERCA),
Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi,
Université d’Abomey-Calavi,
01 BP 2009 Cotonou,
Bénin
2 Laboratoire d’études et de recherches forestières
(LERF),
Faculté d’agronomie,
Université de Parakou,
BP 123 Parakou,
Bénin
3 Unité mixte de recherche ingénierie des
agropolymères et technologies émergentes (IATE),
CIRAD,
INRA,
UM II,
Montpellier SupAgro 2,
Place Pierre Viala, Bât. 31,
34060 Montpellier Cedex 1, France
Introduction
Pentadesma butyracea, arbre de la famille des Clusiacées
est l’un des nombreux Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) dont
on peut tirer des amandes un beurre semblable au beurre de karité
(Vitellaria paradoxa). Ce beurre constitue un substitut
appréciable au beurre de karité localement utilisé par les
populations aussi bien en agro-alimentaire, en cosmétique que pour
certains traitements thérapeutiques. Son importance
socio-économique a été mentionnée par Sinsin et Sinadouwirou
(2003). Plus récemment Natta et al. (2010) ont révélé que
les amandes étaient la partie la plus recherchée de P.
butyracea et que l’extraction du beurre était la seule
utilisation commune à plusieurs groupes ethniques au nord-ouest du
Bénin. Le ramassage des fruits de P. butyracea et la
transformation de ses amandes en beurre sont une importante source
de revenu pour les femmes impliquées dans ces activités. L’analyse
commerciale du bénéfice net a prouvé que les femmes impliquées dans
le commerce des amandes et du beurre récupèrent entre 47% et 80% du
prix payé par le consommateur, selon la qualité du produit et les
canaux spécifiques de vente (Avocèvou-Ayisso et al., 2009).
Cependant, en raison de la méconnaissance de ce beurre par les
acheteurs venant des villes, les transformatrices produisent
souvent un beurre mixte, issu d’un mélange à proportion très
variable des amandes de Pentadesma et de karité. Les amandes
de P. butyracea sont également vendues mélangées aux amandes
de V. paradoxa qui coûtent plus chers à certaines périodes
de l’année (novembre à avril) (Avocèvou-Ayisso et al.,
2009). Les amandes et le beurre de Pentadesma pourraient
donc, jouer un grand rôle dans la diversification des filières
agro-forestières au Bénin.
Plusieurs études notamment celles d’Adomako (1977), de Kouadio
et al. (1990), de Dencausse et al. (1995), et de
Tchobo et al. (2007) se sont intéressées aux
caractéristiques physico-chimiques et la composition de ce beurre.
Tous les échantillons de beurre analysés par ces différents auteurs
ont été extraits au laboratoire par des procédés physiques ou par
une extraction au solvant. Or, sur toute l’aire de répartition du
P.butyracea, le beurre de Pentadesma est
essentiellement obtenu en milieu rural par une extraction aqueuse
d’amandes traditionnellement prétraitées. Cependant, à ce jour,
très peu de travaux de recherche se sont intéressés à la
technologie de transformation des amandes en milieu réel et aucun à
l’influence des prétraitements post-récolte des amandes sur les
caractéristiques physico-chimiques et la qualité du beurre extrait
en milieu réel. L’itinéraire technique de la transformation
traditionnelle des amandes provenant des deux espèces forestières
Vitellaria paradoxa et Pentadesma butyracea est
presque le même. La seule différence réside dans l’étape de
décorticage des noix de karité, les amandes de P. butyracea
ne possédant pas de coques. L’extraction du beurre est une activité
essentiellement féminine (Sinsin et Sinadouwirou, 2003). Elle est
précédée des opérations de ramassage, de dépulpage, de
prétraitement, de séchage et de stockage des amandes. Ces
opérations sont suivies de l’extraction proprement dite qui abouti
à l’obtention d’un beurre dont la qualité marchande n’est souvent
pas maîtrisée. Une analyse des procédés traditionnels d’extraction
du beurre de karité suivant un référentiel HACCP (Hazard Analysis
Critical Control Point) a montré que certaines opérations
unitaires : le dépulpage des fruits, le décorticage et la
cuisson des graines, le séchage et le broyage des amandes,
l’extraction proprement dite sont critiques pour la qualité du
beurre (Womeni, 2004). Le séchage des amandes se fait généralement
au soleil ou par fumage (Womeni et al., 2004). Les amandes
de P. butyracea sont quant à elles traditionnellement
bouillies ou rôties selon les ethnies des transformatrices puis
séchées au soleil. Le traitement thermique des produits
alimentaires induit plusieurs modifications biologiques, physiques
et chimiques, entraînant des changements de leurs propriétés
sensorielles, nutritionnelles et de leur texture (Van Boekel et
al., 2010).
Dans le cadre de l’amélioration des techniques de transformation
des amandes de Pentadesma, le présent travail a pour
objectif d’étudier l’effet des prétraitements post-récolte des
amandes sur les caractéristiques physico-chimiques, le rendement
d’extraction et la qualité du beurre de Pentadesma butyracea
d’une part et l’effet des différentes opérations unitaires de la
technologie de transformation sur la qualité du beurre issu des
amandes traitées d’autre part. Ceci peut s’avérer utile dans une
approche rurale de l’amélioration de la technologie traditionnelle
dans le sens où cela contribuerait à renseigner sur les bases
scientifiques des différentes opérations unitaires de la
technologie traditionnelle et sur l’impact des prétraitements
post-récolte appliqués aux amandes sur le rendement d’extraction et
la qualité du beurre.
Matériel et méthodes
La méthodologie adoptée au cours de cette étude comprend un
traitement des amandes et une extraction du beurre en milieu réel
avec les transformatrices selon le diagramme traditionnel
couramment utilisé dans les régions du nord-ouest du Bénin.
Ensuite, une analyse physico-chimique des échantillons prélevés
tout au long du procédé de transformation a été effectuée.
Traitement des amandes
Deux types de prétraitements ont été appliqués aux amandes. Un
premier lot d’amandes a été bouilli à l’eau dans une marmite
pendant 2 heures puis séché au soleil pendant 72 heures. La durée
de l’ébouillantage varie en fonction de la quantité d’amande et de
l’intensité du feu. Le deuxième lot d’amandes a été rôti pendant 48
heures dans un grand four traditionnel spécial fait en terre cuite
avec au dessus une grille faite de tiges d’arbre. Ce four est
alimenté par un feu de bois. La partie supérieure du four est
remplie d’amandes et couverte pour les protéger des intempéries et
concentrer la chaleur venant du feu allumé dans la partie
inférieure du four. L’ébouillantage des amandes de
Pentadesma est pratiqué par les ethnies Waama, Batombu, Yom,
et Natimba tandis que le rôtissage est pratiqué par les Otamari.
Lorsque les amandes rôties ne sont pas suffisamment sèches elles
sont également séchées au soleil jusqu’à ce qu’elles le deviennent.
Les deux types d’amandes ainsi obtenus ont été transformés et le
reste stocké à température ambiante dans des bassines et des sacs
de jute.
Extraction du beurre
Les deux types d’amandes obtenus après les traitements décrits
ci-avant ont été utilisés. Ces amandes provenaient de Yimporma, un
village de la commune de Natitingou au Nord-ouest de la République
du Bénin. Deux types de beurre, l’un issu des amandes bouillies et
l’autre des amandes rôties, ont été extraits selon le même procédé
traditionnel (figure
1).
Rendement du procédé
La transformation des amandes traitées de Pentadesma en
beurre a été faite auprès d’un échantillon de 5 femmes représentant
les ethnies dominantes de la zone d’expérimentation. Des suivis ont
permis de quantifier les rendements d’extraction de beurre. La
masse initiale d’amandes prétraitées sèches transformées en beurre
a été de 5 kg. Le rendement en beurre a été calculé selon la
formule suivante :
[Masse de beurre obtenu × 100]/[Masse d’amandes sèches
transformées].
La durée et les pertes de matière à chaque opération unitaire
ont également été enregistrées.
Analyses physico-chimiques
Deux lots d’échantillons ont été prélevés à différentes étapes
du procédé d’extraction et analysés. Le premier lot est
constitué d’échantillons prélevés au cours de la transformation des
amandes bouillies et le deuxième lot d’échantillons prélevés au
cours de la transformation des amandes rôties. Chaque lot est
constitué d’amandes, d’amandes torréfiées, de pâte d’amandes
torréfiées moulues, de beurre sale, de beurre lavé et de beurre de
Pentadesma. La matière grasse des échantillons d’amandes et
de pâte d’amandes a été extraite par la méthode au Soxhlet.
La teneur en eau et matières volatiles, la teneur en impuretés
insolubles, l’acidité, les indices de réfraction, de peroxyde et de
saponification des beurres ont respectivement été déterminés
suivant les normes de l’AFNOR (Association Française de
Normalisation): NF 60-201, NF T60-202, NF 60-204, ISO 6320, NF
T 60-220 et NF ISO 3657 (AFNOR, 1993).
La force nécessaire à la rupture par pression des amandes
prétraitées a été mesurée à l’aide d’une presse de type compression
(Satec Systems, Model MKIII 60 TVL serial 1002).
La couleur des farines d’amandes et des beurres a été mesurée
dans l’espace L*, a*, b* (CIELAB) à l’aide d’un chromamètre
(Minolta CR 200 b) préalablement étalonné avec une céramique
blanche. Les paramètres de couleur mesurés sont : la luminance
ou clarté ou blancheur (L*), la saturation en rouge (a*), la
saturation en jaune (b*) et l’écart de couleur par rapport à la
céramique blanche de référence (ΔE).
Détermination de la composition en acide gras
Les esters méthyliques des échantillons de beurre ont été
préparés par trans-estérification avec du méthylate de sodium selon
la norme NF T60-233. Les esters méthyliques ainsi préparés ont été
ensuite analysés au moyen d’un chromatographe Agilent 6890 series
équipé d’une colonne capillaire supelcowax 10 {L = 30 m; D = 320 μm
; e = 0,25 μm)}, d’un injecteur split (rapport de fuite : 1/80) et
d’un détecteur à ionisation de flamme. Les températures du
détecteur et de l’injecteur étaient respectivement de 250 et
270 ̊C et le four a été programmé de 150 ̊C à 225 ̊C
avec un gradient de 5 ̊C/minute. Le gaz vecteur était de l’Hélium
avec un débit de 1 mL/minute. L’identification des esters
méthyliques a été faite par comparaison des temps de rétention avec
les esters méthyliques de témoins préalablement analysés.
Détermination de la composition en tocophérols
La composition en tocophérols des beurres a été déterminée selon
la norme ISO 9936. La chaîne HPLC utilisée était composée d’une
pompe (Modèle Spectra System P1000xR), d’un injecteur automatique
(Modèle Spectra System AS1000) et d’un détecteur à fluorescence
(Modèle Spectra System FL3000). La colonne était de type Hypersil
Silica (Si 60, 5 μm, 250 × 4,6 mm) et le mélange de solvant
d’élution composé d’hexane et de dioxane pour HPLC (97/3, v/v). Le
débit dans la colonne maintenue à 30 ̊C a été de 1 mL/minute,
la pression de 350 psi, les longueurs d’onde d’excitation et
d’émission respectivement de 290 nm et de 330 nm, la boucle
d’injection de 100 μL et le volume d’injection de 20 μL. Les
tocophérols ont été identifiés et quantifiés par rapport aux
témoins injectés.
Résultats et discussion
Caractéristiques physico-chimiques des amandes et rendement
d’extraction
Les caractéristiques physico-chimiques des amandes de
Pentadesma non traitées, bouillies ou rôties sont présentées
dans le tableau 1. Les teneurs en eau et
matières volatiles des amandes prétraitées ou non et séchées
étaient inférieures à 8 % avec néanmoins quelques différences. Les
prétraitements post-récolte et le séchage des amandes ont donc
permis de réduire la teneur en eau et matières volatiles des
amandes à des valeurs favorables à leur bonne conservation.
Cependant, leurs aspects (figure 2) et
leurs textures ont été différents. Les amandes prétraitées sont
devenues lisses. Ceci s’explique par le fait que les prétraitements
thermiques appliqués ont entraîné le décollage des téguments
résiduels encore accolés aux amandes non traitées et qui leur
confèrent une texture rugueuse. De plus, remarquons que les amandes
bouillies ont présenté une fente longitudinale caractéristique du
prétraitement. Cette fente favoriserait leur infestation rapide par
les insectes. Les différences observées quant à la teneur en eau et
matières volatiles seraient dues au type de prétraitement
post-récolte appliqué. L’ébouillantage favoriserait une hydratation
des amandes contrairement au rôtissage traditionnel qui se fait
sans eau. Le séchage solaire effectué après l’ébouillantage n’a pas
permis d’éliminer toute l’eau qu’auraient absorbée les cellules
pendant la cuisson.
Tableau 1 Caractéristiques physico-chimiques des amandes
de Pentadesma
| Paramètres |
| Amandes
non traitées |
Amandes rôties |
Amandes bouillies |
| Teneur en eau et matières volatiles [%] |
| 7,40 ± 0,02 |
7, 02 ± 0,04 |
7,34 ± 0,01 |
| Couleur |
L* |
53,07 ± 0,06 |
56,00 ± 0,05 |
57,15 ± 0,07 |
|
| a* |
11,77 ± 0,25 |
10,07 ± 0,06 |
13,33 ± 0,21 |
|
| b* |
7,76 ± 0,86 |
8,80 ± 0,22 |
10,03 ± 0,96 |
|
| ΔE* |
44,43 ± 0,38 |
41,35 ± 0,05 |
41,8 ± 0,02 |
| Texture |
| Rugueuse |
Lisse |
Lisse
avec une fente |
Force de rupture par pression
[kN] |
| 2,65 ± 0,15 |
0,75 ± 0,05 |
1,35 ± 0,15 |
Les couleurs des amandes bouillies, des amandes rôties et de
celles n’ayant subi aucun prétraitement étaient différentes.
Comparées aux amandes non traitées, les amandes prétraitées ont
présenté une clarté et une saturation en rouge plus élevées.
L’augmentation de la rougeur (b*) et de la couleur jaune (a*) a été
nette pour les amandes bouillies. Les amandes rôties devenues moins
jaunes après rôtissage ont bruni. Il a été affirmé pour beaucoup de
produits rôtis que les changements de couleur sont principalement
liés au brunissement non enzymatique puisque les enzymes sont
dénaturées du fait des températures élevées (Özdemir et Devres,
2000 ; Kahyaoglu et Kaya, 2006). Ces résultats montrent que la
couleur prise par les amandes est caractéristique du prétraitement
de ces dernières. La force minimale nécessaire à la rupture par
pression des amandes a varié en fonction du prétraitement appliqué.
Il a fallu exercer une force moyenne de 1,35 kN pour rompre la
structure des amandes bouillies séchées pendant que déjà à 0,75 kN
celle des amandes rôties séchées a été rompue. La rupture de la
structure des amandes non traitées séchées a nécessité la plus
grande force. Ces dernières sont en effet très dures. Le
prétraitement a donc rendu les amandes moins dures et plus faciles
à transformer. Ceci justifie le fait qu’en milieu rural, seules les
amandes prétraitées sont transformées en beurre. Les
caractéristiques physico-chimiques des amandes varient donc en
fonction du prétraitement post-récolte appliqué. Les observations
faites suggèrent que le rôtissage au four traditionnel serait plus
approprié si les amandes doivent être conservées plus
longtemps.
Les résultats présentés dans le tableau
2 montrent que le rendement en beurre du procédé
traditionnel de transformation des amandes de Pentadesma
bouillies a été plus élevé que celui des amandes rôties. Cependant,
les pertes de matière et la durée de chaque opération unitaire de
transformation des amandes rôties ont été moins grandes. Les
différences observées quant aux rendements en beurre du procédé de
transformation traditionnel des amandes de Pentadesma sont
liées aux caractéristiques physico-chimiques des amandes
prétraitées. En effet, les amandes bouillies séchées étaient plus
dures que les amandes rôties séchées. Ainsi, la transformation de
ces dernières a nécessité beaucoup moins d’énergie et de temps que
celle des amandes bouillies. De même, les pertes plus élevées de
matière au cours des différentes opérations unitaires de
transformation des amandes bouillies sont dues à la résistance
qu’elles opposent aux pressions exercées par les transformatrices
via les différents équipements/outils de transformation. Ces
pertes justifient partiellement, le faible rendement de la méthode
traditionnelle en plus de son inefficacité à extraire le maximum de
matière grasse contenue dans les amandes prétraitées en général et
dans les amandes rôties en particulier. Cette technologie
traditionnelle est en effet, essentiellement manuelle avec tout au
plus l’utilisation de moulin pour la mouture des amandes
torréfiées. Elle est basée sur l’extraction aqueuse de la matière
grasse des amandes avec un rendement qui n’excède guère 38 % de la
masse de ces dernières. Ces observations confirment celles de
Houngbédji (1997) qui avait déjà affirmé que les procédés actuels
permettaient d’obtenir un beurre de type bio avec un rendement de
25 %. Toutefois, en rapportant ces rendements à la masse grasse
réelle de ces amandes, soit en moyenne 50 % de leur masse totale
(Adomako, 1977 ; Tchobo et al., 2007), ils se situent
entre 45,4 et 75,2 %, ce qui montre la relative efficacité de la
technologie d’extraction traditionnelle.
Tableau 2 Rendement, temps et pertes de matière au cours
de l’extraction du beurre de Pentadesma en milieu réel
| Paramètres |
Transformation d’amandes rôties |
Transformation d’amandes bouillies |
| Rendement à l’extraction (%) |
25 ± 2,3 |
33,5 ± 4,1 |
Pertes au pilage (%)
Durée du pilage (h) |
2 ± 0,2
0,67 ± 0,2 |
4 ± 0,5
0,78 ± 0,15 |
Pertes à la torréfaction (%)
Durée de la torréfaction (h) |
6,12 ± 0,2
0,25 ± 0,08 |
6,25 ± 0,3
0,37 ± 0,1 |
Pertes à la mouture au moulin (%)
Durée de la mouture (h) |
4,35 ± 0,22
0,08 ± 0,01 |
4,44 ± 0,18
0,18 ± 0,08 |
| Durée du barattage (h) |
0,58 ± 0,23 |
1 ± 0,21 |
Caractéristiques physico-chimiques et qualité des beurres
Les beurres de Pentadesma sont toujours extraits à partir
d’amandes prétraitées séchées. Les aspects des beurres obtenus sont
différents (figure 2).
Les caractéristiques physico-chimiques des beurres issus des
amandes de Pentadesma rôties et bouillies sont présentées
dans le tableau 3. Les valeurs trouvées
notamment l’indice de saponification sont voisines de celles
obtenues par Adomako (1977), Kouadio et al. (1990) et
Dencausse et al. (1995). Les prétraitements post-récolte
n’ont pas influé sur l’indice de réfraction des beurres. La figure 3
montre la couleur des beurres extraits. Le beurre issu des amandes
bouillies a une couleur jaune plus intense (b* plus grand) que
celui provenant des amandes rôties. Le paramètre (a* < 0) révèle
une saturation en vert de la couleur des beurres. Le beurre issu
des amandes rôties est plus saturé en vert. Les pigments colorés
seraient donc moins préservés dans les amandes rôties que dans les
amandes bouillies. Les acidités des beurres sont voisines des
faibles valeurs obtenues par Tchobo et al. (2007). Le beurre
de Pentadesma ne disposant pas encore de critères
internationaux de qualité, il a été apprécié en comparaison à ceux
proposés sur le plan régional africain pour le beurre de karité non
raffiné (RTC, 2006). Ainsi, les beurres de Pentadesma et en
particulier celui extrait des amandes rôties ont une acidité, un
indice de peroxyde et une teneur en eau inférieur aux limites
imposées par les critères de qualité pour l’utilisation du beurre
en industrie alimentaire et même en cosmétique et en pharmacie. Les
faibles acidités et indices de peroxyde obtenus témoignent de
l’efficacité des prétraitements post-récolte et de la technologie
traditionnelle d’extraction du beurre. Néanmoins, la teneur en
impuretés insolubles des beurres est relativement élevée et suggère
que des améliorations telles que la filtration sur toile doivent
être apportées à l’opération de décantation dans le but de réduire
leur taux.
Tableau 3 Caractéristiques physicochimiques des beurres
de Pentadesma
| Paramètres |
Beurre issu
des amandes
rôties |
Beurre issu
des amandes bouillies |
Caractéristiques
de qualité
du beurre de karité |
Indice de saponification
[en mg de KOH/ g de beurre] |
192,6 ± 2,1 |
194,4 ± 2,2 |
|
| Indice de réfraction |
1,466 ± 0,001 |
1,467 ± 0,001 |
|
Teneur en eau et matières
volatiles [%] |
0,05 ± 0,03 |
0,22 ± 0,01 |
≤ 0,05 (a) |
| > 0,05-0,2 (b) |
| > 0,2-2,0 (c) |
Acidité
[% acide oléique] |
0,28 ± 0,06 |
0,41 ± 0,06 |
≤ 1 (a) |
| > 1,0-3,0 (b) |
| > 3,0-8,0 (c) |
Indice de peroxyde
[meq d’O2/Kg de beurre] |
1 ± 0,02 |
0,83 ± 0,00 |
≤ 10,0 (a) |
| > 10,0-15,0 (b) |
| > 15,0-50,0 (c) |
Teneur en impuretés
insolubles
[%] |
0,83 ± 0,16 |
0,91 ± 0,27 |
≤ 0,09 (a) |
| > 0,09-0,2 (b) |
| > 0,2-2 (c) |
(a): Utilisation en pharmacie, cosmétique et consommation
directe
(b): Utilisation en agroalimentaire
(c): Utilisation en savonnerie ou à raffiner pour consommation
directe
L’acidité exprimée en pourcentage d’acide oléique varie en
fonction des divers prétraitements et des opérations unitaires
mises en œuvre pendant l’extraction des beurres (figure 4).
Les amandes bouillies sont plus acides que les amandes rôties. Il
en est de même pour les beurres dérivés. Ceci serait dû à
l’humidité de ces dernières et aux conditions inadéquates de
séchage solaire favorables à leur hydrolyse chimique et/ou
enzymatique. La torréfaction, le chauffage et le lavage ont permis
de réduire cette acidité ou de limiter l’hydrolyse post-extraction
du beurre, soit par effet de dissolution des acides gras libres
lors de l’extraction aqueuse soit par inactivation des lipases
éventuellement présentes. Ces observations confirment celles de
Womeni et al. (2003) qui ont comparé l’effet des traitements
traditionnels qui affectent la qualité du beurre de karité extrait
selon deux procédés différents.
La figure
5 montre les variations de l’indice de peroxyde en fonction
des divers prétraitements et des opérations unitaires mises en
œuvre pendant l’extraction des beurres. Les amandes bouillies ont
les indices de peroxyde les plus élevés, cependant le beurre dérivé
présente un indice de peroxyde voisin de celui dérivant des amandes
rôties. La cuisson et la mouture des amandes ont favorisé
l’augmentation de l’indice de peroxyde. Ces observations pourraient
s’expliquer selon Womeni et al. (2003) par le fait que la
température élevée de la cuisson aurait inactivé les enzymes
responsables de l’oxydation enzymatique mais elle aurait, avec le
concours d’une humidité élevée, catalysé une oxydation non
enzymatique d’où la production des peroxydes. De plus, la mouture
augmenterait la surface de contact entre l’oxygène, les acides gras
et l’humidité élevée. Il est à remarquer qu’au minimum douze heures
de temps s’écoulent entre la mouture et le barattage. Ceci est dû
au fait qu’en milieu rural, la mouture des amandes de
Pentadesma est fastidieuse et longue, ce qui expose
longtemps les amandes moulues à l’air et à la lumière. Ainsi, les
amandes torréfiées ne sont souvent moulues que tard le soir et la
transformation ne se poursuit que tôt le lendemain matin. Cette
perte de temps favoriserait aussi la formation des peroxydes. La
torréfaction et le lavage ont réduit la teneur en peroxydes. Ces
peroxydes sont détruits par la chaleur et éliminés lors de
l’extraction aqueuse par effet de dissolution lors du lavage à
l’eau du beurre.
Le profil en acide gras (tableau
4) montre que le beurre de Pentadesma est
majoritairement composé de deux acides gras, l’acide oléique et
l’acide stéarique et est pauvre en acides gras essentiels. Ce
profil est semblable à ceux obtenus dans la littérature (Adomako,
1977 ; Kouadio et al., 1990 ; Dencausse et
al., 1995, Tchobo et al., 2007). La composition en
acides gras des beurres a été influencée par les prétraitements des
amandes. Les amandes rôties ont fourni un beurre plus riche en
acide stéarique et moins riche en acide oléique que celui extrait à
partir des amandes bouillies. Les prétraitements en général et le
rôtissage en particulier auraient influencé les compositions en
acides gras notamment les acides stéarique et oléique des beurres
extraits en milieu aqueux comparativement à celles du beurre
extrait au soxhlet à partir d’amandes non traitées provenant de la
même région. Des résultats similaires, ont été obtenus par Žilić
et al. (2010) au cours de l’étude de l’effet des élévations
de température sur l’activité de la lipoxygénase et la composition
en acides gras des graines de soja transformées. Selon ces auteurs,
les températures élevées ont induit des changements au niveau de la
composition en acides gras insaturés à 18 atomes de carbone
entraînant l’augmentation relative du taux d’acide stéarique.
Toutefois, les variations de la composition physico-chimique
d’huiles végétales obtenues à partir d’amandes ont souvent été
attribuées aux facteurs environnementaux tels que les
précipitations, la fertilité du sol, la période de maturation, les
pratiques agronomiques et la substitution génétique (Maranz et
al., 2004). Kowalski (2007) avait déjà observé que les fortes
températures avaient un effet négatif sur la composition en acides
gras des huiles d’olive et de tournesol chauffées à 90 ̊C pendant
72 à 120 h. De même, Pai et al. (1979) qui ont étudié
l’effet du chauffage sur la teneur en composés volatiles de l’huile
de coco ont également affirmé que le chauffage à l’air augmente de
manière significative les quantités des acides gras produits.
Tableau 4 Composition (%) en acides gras des beurres de
Pentadesma
| Acide gras |
Beurre extrait au Soxhlet des amandes non
traitées |
*Beurre issu
des amandes rôties |
*Beurre issu
des amandes bouillies |
| C16:0 |
3,9 |
3,2 |
3,7 |
| C16:1 |
0,1 |
0,0 |
0,1 |
| C18:0 |
42,4 |
49,8 |
41,8 |
| C18:1 (n-9) |
52,5 |
45,3 |
52,1 |
| C18:2 (n-6) |
0,7 |
1,0 |
1,2 |
| C18:3 (n-3) |
0,2 |
0,0 |
0,0 |
| C20:0 |
0,2 |
0,2 |
0,2 |
*Beurre extrait selon la technologie traditionnelle
Les tocophérols sont globalement reconnus comme étant de la
vitamine E et représentent une classe importante d’antioxydants
(Pocklington et Dieffenbacher, 1988). Le tableau
5 donne le profil en tocophérols des différents beurres de
Pentadesma en fonction des prétraitements des amandes. Les
prétraitements post-récolte ont favorisé un enrichissement des
beurres en γ-tocophérol, une perte totale des β et δ-tocophérols et
une diminution de la teneur en α-tocophérol. Cette même observation
a été faite par Moreau et al. (1999) qui ont étudié l’effet
des prétraitements thermiques sur le rendement et la composition
d’huile extraite à partir de germe de maïs. D’autres études ont
mentionné une diminution de la teneur en tocophérols totaux en
réponse à l’élévation de la température de quelques produits
agricoles (Dolde et al., 1999) ou des augmentations du
pourcentage d’un type de tocophérol sans affecter la teneur en
tocophérols totaux (Britz et Kremer, 2002). Selon Maranz et Wiesman
(2004), la teneur en α-tocophérol des beurres de karité semble être
directement liée à la température de la zone climatique de
provenance.
Tableau 5 Composition (μg/g) en tocophérols des beurres
de Pentadesma
| Tocophérols |
Beurre extrait au Soxhlet des amandes non
traitées |
*Beurre issu
des amandes rôties |
*Beurre issu
des amandes bouillies |
| alpha |
96,7 |
14,6 |
9,8 |
| bêta |
8,5 |
0,0 |
0,0 |
| gamma |
17.8 |
20,9 |
19,6 |
| delta |
13.2 |
0,0 |
0,0 |
| gamma tocotriénols |
- |
3,1 |
2,8 |
*Beurre extrait selon la technologie traditionnelle
- : non déterminé
Conclusion
Les prétraitements traditionnels assurent la conservation des
amandes mais influencent leurs caractéristiques physico-chimiques,
le rendement d’extraction et la qualité du beurre. Les amandes
rôties pourraient être mieux conservées que les amandes bouillies.
L’extraction à partir des amandes bouillies a été plus pénible mais
a donné le meilleur rendement. Le beurre issu des amandes rôties a
présenté la meilleure acidité et la plus faible teneur en eau et
matières volatiles. L’acide linolénique, le β et le δ-tocophérol
sont totalement perdus après les prétraitements post-récolte. Il
faudra donc trouver un compromis entre le choix du prétraitement,
la durée de conservation des amandes et la qualité du beurre et
enfin éviter les pertes de temps entre les différentes opérations
unitaires de transformation pour obtenir un beurre de bonne
qualité. De plus, la mise au point d’équipements destinés à la
transformation de ces amandes ou l’adaptation d’équipements de
transformation du karité permettrait de contrôler les conditions de
prétraitements, d’améliorer le rendement d’extraction et la qualité
du beurre. Le beurre de Pentadesma présente de nombreux
atouts pour son utilisation en cosmétique, pharmacie et en
agroalimentaire. Pour cette raison la valorisation de cette filière
devrait être encouragée au même titre que celle de la filière
karité parce qu’elles peuvent être jumelées et permettre ainsi aux
transformatrices d’améliorer leurs revenus sans être obligées de
continuer à mélanger les amandes et/ou les beurres issus de ces
deux espèces forestières.
Remerciements
Cette étude a été réalisée grâce à la franche collaboration des
transformatrices de Natitingou, une commune située au Nord-ouest de
la République du Bénin et au soutien financier de l’Institut
National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB).
Références
Adomako D. Fatty acid composition and characteristics of
Pentadesma butyracea fat extracted from Ghana seeds. J
Sci Food Agric 1977 ; 28 : 384-6.
Avocèvou-Ayisso C, Sinsin B, Adégbidi A, Dossou G, Van Damme P.
Sustainable use of non-timber forest products: Impact of fruit
harvesting on Pentadesma butyracea regeneration and
financial analysis of its products trade in Benin, Forest Ecol
Manag 2009 ; 257 : 1930-8.
AFNOR (Association Française de Normalisation). Recueil de
normes françaises. Corps Gras Graines Oléagineuses Produits
Dérivés. 5e édition, Paris : Afnor, 1993.
Britz SJ, Kremer DF. Warm temperatures or drought during seed
maturation increase free α-tocopherol in seeds of soybean
(Glycine max [L.] Merr.). J Agric Food Chem 2002 ;
50: 6058-63.
Dencausse L, Nsourankoua H, Artaud J, Clamou JL. Comparaison des
compositions lipidiques des beurres de pentadesma et de karité.
OCL 1995 ; 2 : 143-7.
Dolde D, Vlahakis C, Hazebroek J. Tocopherols in breeding lines
and effects of planting location, fatty acid composition and
temperature during development. J Am Oil Chem Soc 1999 ; 76
: 349-55.
Houngbédji A. Etude phytotechnique, écologique et des
technologies endogènes de transformation du Pentadesma
butyracea, espèce des galeries forestières de la région de
Bassila. Mémoire du DEAT, LTAM, Sékou, Bénin, 1997 ;
59 p.
Kahyaoglu T, Kaya S. Modeling of moisture, color and texture
changes in sesame seeds during the conventional roasting. J Food
Eng 2006 ; 2 : 167-77.
Kouadio KG, Kossa A, Kamenan A. Potentialités nutritionnelles de
la graine de lami Pentadesma butyracea Sabine. Agron
Afr 1990 ; 2 : 126-9.
Kowalski R. GC analysis of changes in the fatty acid composition
of sunflower and olive oils heated with quercetin, caffeic acid,
protocatechuic acid, and butylated hydroxyanisole. Acta
Chromatogr 2007 ; 18 : 15-23.
Maranz S, Wiesman Z. Influence of climate on the tocopherol
content of shea butter. J Agric Food Chem 2004 ; 52 :
2934-7.
Maranz S, Wiesman Z, Bisgaard J, Bianchi G. Germplasm resources
of Vitellaria paradoxa based on variation in fat composition
across the distribution range. Agroforest Syst 2004 ; 60 :
71-6.
Moreau RA, Hicks KB, Powell MJ. Effect of heat pretreatment on
the yield and composition of oil extracted from corn fiber. J
Agric Food Chem 1999 ; 7 : 2871-3.
Natta A, Sogbégnon R, Tchobo F. Connaissances endogènes et
importance du Pentadesma butyracea (Clusiaceae) pour les
populations autochtones au Nord Ouest Bénin. Fruit Veg Cereal
Sci Biotech 2010 ; 4 : 18-25.
Özdemir M, Devres O. Kinetics of color changes of hazelnuts
during roasting. J Food Eng 2000 ; 44 : 31-8.
Pai JS, Lomanno SS, Nawar WW. Effect of heat treatments on the
volatile composition of coconut oil. J Am Oil Chem Soc 1979
; 56 : 494-7.
Pocklington WD, Dieffenbacher A. Determination of tocopherols
and tocotrienols in vegetable oils and fats by high performance
liquid chromatography. Pure Appl Chem 1988 ; 60 :
877-92.
Regional Technical Committee comments on Draft African regional
Standards for unrefined shea butter, RTC 2006 ; 29p.
Sinsin B, Sinadouwirou TA. Valorisation socio-économique et
pérennité du Pentadesma butyracea Sabine en galeries
forestières au Bénin. Cah Agric 2003 ; 12 : 75-9.
Tchobo FP, Natta AK, Barea B, et al. Characterization of
Pentadesma butyracea Sabine butters of different production
regions in Benin. J Am Oil Chem Soc 2007 ; 84 : 755-60.
Van Boekel M, Fogliano V, Pellegrini N, et al. A review
on the beneficial aspects of food processing. Mol Nutr Food
Res 2010 ; 54 : 1215-47.
Womeni HM, Tchagna DT, Ndjouenkeu R, et al. Influence des
traitements traditionnels des graines et amandes de karité sur la
qualité du beurre. Food Africa: Improving food systems in
sub-Saharan Africa: Responding to a changing environment, Yaoundé,
Cameroun, 2003 ; pp. 1-8.
Womeni HM. Identification et analyse des opérations critiques de
préparation des fruits, graines et amandes de karité
(Butyrospermum parkii (G. Don) Kotschy): étude de leur
influence sur la qualité du beurre. Thèse de Doctorat/PhD en
technologie alimentaire, ENSAI, Université de Ngaoundéré, Cameroun
2004.
Womeni HM, Ndjouenkeu R, Kapseu C, Parmentier M. Application du
procédé séchage-friture aux amandes de karité : cinétique de
séchage. OCL 2004 ; 6 : 457-63.
Žilić SM, Šobajić SS, Mladenović Drinić SD, Kresović BJ, Vasić
MG. Effects of heat processing on soya bean fatty acids content and
the lipoxygenase activity. J Agr Sci 2010 ; 55 :
55-64.
|