ARTICLE
ocl.2011.0382
Auteur(s) : Céline Cervek celine.cervek@centre.chambagri.fr
Chargée de projets environnement-biodiversité,
Chambre régionale d’agriculture du Centre,
13, avenue des Droits de l’Homme,
45921 Orleans cedex 9,
France
La prise en compte de la biodiversité sur les exploitations
agricoles est une préoccupation récente et complexe, qui mobilise
des compétences variées, allant de l’agronomie à l’écologie, en
passant par la compréhension du fonctionnement des systèmes
d’exploitations agricoles. La biodiversité est une vaste
thématique, difficile à appréhender, dont la connaissance n’est
d’ailleurs que très partielle. Les agents du développement
agricoles manquent souvent d’expérience et de références sur ce
sujet pour pouvoir répondre aux questions très concrètes des
agriculteurs. Pourtant, la biodiversité devient de plus en plus
présente dans les politiques publiques, du fait du constat de son
érosion mais aussi en lien avec une prise de conscience des
intérêts qu’elle remplit en termes de fonctions et de services,
pour la société et pour l’agriculture.
Le projet IBIS avait pour objectifs de rassembler des références
existantes, d’élaborer et de tester des méthodes de diagnostic et
de conseil co-construit avec l’agriculteur. Il s’agissait
d’apporter des outils aux agents du développement agricole pour les
aider à accompagner les agriculteurs sur cette thématique
(figure
1).
Après une présentation du projet, des outils produits et de la
démarche de diagnostic-conseil menée sur les exploitations, cet
article livre les principaux enseignements tirés des retours
d’expériences des conseillers et des agriculteurs.
Le projet
Le projet Intégrer la biodiversité dans les systèmes
d’exploitations agricoles (IBIS) a été ainsi nommé car son objectif
de départ était de tenter de comprendre comment la prise en compte
de la biodiversité peut être améliorée, à l’échelle de
l’exploitation agricole, en cohérence avec le fonctionnement global
du système d’exploitation, les objectifs de l’agriculteur et les
enjeux présents au niveau du territoire. Ce projet a été déposé par
la Chambre régionale d’agriculture du Centre puis sélectionné dans
le cadre de l’appel à projets de développement agricole et rural de
2007 (financement CasDAR du ministère de l’Agriculture). Il s’est
déroulé de janvier 2008 à décembre 2010 et a associé un large
partenariat issu de 16 départements et quatre régions (Centre,
Lorraine, Picardie, Poitou-Charente) (figure 2) :
chambres d’agriculture, fédérations de chasseurs, Conservatoires
d’espaces naturels, Office national de la chasse et de la faune
sauvage (ONCFS), associations naturalistes, recherche et
enseignement, instituts techniques… (encadré
1).
Encadré 1 Le partenariat
Le projet Intégrer la biodiversité dans les systèmes
d’exploitation agricoles (IBIS), piloté par la Chambre régionale
d’agriculture du Centre a associé des acteurs de tous horizons
répartis dans 16 départements (figure
2) :
les Chambres d’agriculture et les Fédérations de chasseurs du
Centre, de Picardie, de Lorraine, des Deux-Sèvres, de
Charente-Maritime et du Maine et Loire ; l’Office national de
la chasse et de la faune sauvage ; les Conservatoires
régionaux d’espaces naturels de Poitou-Charentes, Picardie et
Lorraine ; la Ligue pour la protection des oiseaux de
Touraine, d’Anjou et de Charente-Maritime ; l’Association
Hommes et Territoires ; les Services régionaux de la formation
et du développement des DRAAF et les lycées agricoles de Bretagne
et du Centre, Agrocampus Ouest site de Beg Meil ; le Centre
d’Expertise et de Transfert Universitaire Innophyt de l’Université
de Tours ; le Centre régional de la propriété forestière de
Picardie, l’INRA SAD Paysage de Rennes, l’INRA de Nancy, l’INRA SAD
de Mirecourt, AgroParisTech, l’École supérieur d’agriculture
d’Angers, Arvalis-Institut du végétal, la Fédération nationale des
chasseurs, le CEZ-Bergerie Nationale de Rambouillet, l’Assemblée
permanente des Chambres d’Agriculture.
Le projet IBIS a bénéficié du soutien financier du ministère de
l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche au travers du fonds
Casdar (Compte d’affectation spécial pour le développement agricole
et rural).
Le projet IBIS avait pour finalité de rassembler des références
sur la biodiversité en lien avec les pratiques agricoles et le
fonctionnement des exploitations pour :
- –. améliorer la prise en compte de la biodiversité dans
le conseil à l’échelle de l’exploitation agricole ;
- –. créer des outils pour les acteurs du développement
agricole et formaliser une démarche de
diagnostic-conseil ;
- –. renforcer le lien entre recherche, développement et
formation sur cette thématique, faciliter le transfert des
connaissances et renvoyer des questions vers la recherche.
Les travaux menés dans le cadre du projet ont porté sur les
systèmes de production en grandes cultures et en polyculture
élevage bovin, situés sur des milieux allant de la grande plaine
ouverte au bocage en passant par des milieux intermédiaires.
Le projet comprenait trois grands volets :
- –. la constitution d’un référentiel sur les aménagements
et pratiques favorables à la biodiversité, à destination des
conseillers ;
- –. l’élaboration d’une démarche de diagnostic-conseil et
le test sur 80 exploitations agricoles ;
- –. l’analyse des résultats, la formalisation et la
diffusion d’une boîte à outils.
Constitution d’un référentiel des pratiques agricoles en lien
avec la biodiversité
Ce volet visait à capitaliser les références existantes, pour
élaborer un référentiel sur les aménagements et pratiques agricoles
favorables à la biodiversité. Il a permis de construire un outil
d’aide au conseil, composé de fiches techniques sur les pratiques
et aménagements qui peuvent être préconisés selon le contexte. Ce
référentiel renseigne à la fois sur les modalités de mise en œuvre
de ces pratiques mais également sur leurs avantages et contraintes,
sur les plans environnemental, agronomique, socio-économique et
réglementaire.
Ce travail de recherche bibliographique et de rédaction, qui
s’est appuyé sur de la bibliographie scientifique et de la
« littérature grise », a été réalisé et validé
collectivement par un groupe de travail composé de 16 rédacteurs
issus des différents types d’organismes associés au projet. Ces
fiches ont été relues puis améliorées en partenariat étroit avec le
comité scientifique IBIS et avec 54 re-lecteurs qualifiés
(recherche, naturaliste, enseignement et développement).
Vinqt-quatre fiches-conseil1 ont
été ainsi produites (tableau
1), ainsi qu’un « guide introductif »,
document transversal pour un raisonnement global à l’échelle de
l’exploitation et du territoire, expliquant le contexte et les
enjeux de la prise en compte de la biodiversité.
Tableau 1 Liste des fiches du référentiel sur les
pratiques et aménagements favorables à la biodiversité.
| Aménagements |
Pratiques |
| Bandes enherbées |
Travail du sol |
| Couverts faunistiques et floristiques |
Cultures intermédiaires |
| Couverts pollinisateurs |
Raisonnement des produits phytosanitaires |
| Couverts fleuris |
Méthodes alternatives aux phytosanitaires |
| Bordures de champs |
Absence de traitement en bordure de parcelle de
céréales |
| Arbres isolés |
Gestion de l’irrigation |
| Haies |
Travaux de récolte (hors prairie) |
| Bosquets, boqueteaux, buissons |
Prairies |
| Ripisylves |
Prés-vergers |
| Fossés de drainages et autres fossés |
Agroforesterie |
| Mares et mouillères |
Miscanthus et switchgrassn |
| Bâti agricole |
Taillis à courte et très courte rotation |
On notera néanmoins que des difficultés d’accès et d’utilisation
des références de la recherche ont été rencontrées. En effet, il
existe une multitude de publications, souvent en anglais, qui
abordent la biodiversité chacune sous des angles très spécifiques
et précis et non généralisables, d’où la difficulté pour les
organismes de développement à s’approprier et vulgariser les
résultats de la recherche. De plus, ces résultats sont encore très
parcellaires et partiels. Des synthèses comme celle de l’ESCo ont
néanmoins facilité les recherches bibliographiques du groupe de
travail, mais celui-ci s’est en grande partie basé sur des
résultats de littérature grise, du fait de leur caractère plus
appliqué.
Élaboration d’une démarche de diagnostic-conseil d’exploitation
sur la biodiversité, en s’appuyant sur un réseau de 80 fermes
Deux groupes de travail ont été chargés, avec l’appui d’un
comité scientifique, de définir la méthodologie et d’organiser les
tests :
- –. « GtC » composé d’agents de chambres
d’agriculture, conservatoires d’espaces naturels, fédérations de
chasseurs, ONCFS, instituts techniques, enseignement agricole,
chercheurs ;
- –. et « GtNaturaliste », plus spécifiquement
chargé de formaliser la partie naturaliste des diagnostics (études
des milieux, faune et flore…), composé d’agents à compétences
naturalistes issus des différentes structures partenaires
(associations naturalistes, conservatoires d’espaces naturels,
fédérations de chasseurs, ONCFS, chambres d’agriculture…).
Ce volet visait à bâtir une méthode de diagnostic prenant en
compte à la fois l’approche globale d’exploitation et la composante
plus naturaliste de la biodiversité
Le travail s’est organisé en trois phases :
- –. définition d’une méthode de diagnostic-conseil
d’exploitation ;
- –. test du diagnostic sur 80 exploitations agricoles,
par binômes de conseillers ;
- –. recueil des retours d’expériences des agriculteurs et
des conseillers pour en tirer les enseignements et améliorer la
méthode et les outils.
Définition de la méthode de diagnostic-conseil
La définition de la méthode de diagnostic-conseil a été réalisée
à partir des réflexions de deux groupes (GtC et GtNaturaliste) de
travail interrégionaux. La première étape a été d’inventorier les
méthodes existantes de diagnostic. Trois principaux types de
méthodes ont été recensés :
- –. des diagnostics agri-environnementaux, composés
généralement d’indicateurs, avec barèmes ou note, avec un volet
biodiversité plus ou moins développé ;
- –. des méthodes « naturalistes », de type
inventaires/suivis d’espèces, nécessitant généralement des
compétences en termes d’identifications d’espèces/milieux ainsi que
du temps important pour la réalisation ;
- –. des méthodes avec questions plus ouvertes, visant à
comprendre le système d’exploitation agricole.
Dans le cadre du projet IBIS, la méthode qui a été construite
par les groupes de travail s’est orientée vers une méthode
« ouverte », non uniquement basée sur des indicateurs,
que l’on peut qualifier « d’approche globale de
l’exploitation, des milieux et des pratiques agricoles, appliquée à
la biodiversité ».
En effet, ce type de méthode a été retenu afin de privilégier la
compréhension et l’échange entre les conseillers et l’agriculteur.
Nous sommes partis du postulat que, avant d’apporter un conseil, il
fallait déjà comprendre le fonctionnement de l’exploitation
agricole : afin de prendre en compte les contraintes de
l’agriculteurs, ses projets, ses objectifs…
La difficulté induite : ce diagnostic fait appel à de
multiples compétences de la part du conseiller étant donné que la
méthode ne lui apporte pas de conclusions toutes faites mais qu’il
doit se forger sa propre analyse à partir de références et de
connaissances qui sont mises à sa dispositions par la méthode.
La figure
3 donne le déroulement type d’un diagnostic.
La réalisation des tests du diagnostic
Dans le cadre du projet IBIS, les conseillers qui ont réalisé
les diagnostics tests ont reçu préalablement une formation de deux
jours à la méthode, comprenant des explications théoriques et un
test, en groupe (réalisé par région) sur une exploitation
agricole.
Les 80 agriculteurs volontaires pour tester la méthode (cinq par
département) ont été choisis de façon à avoir une représentation de
différentes situations dans les systèmes étudiés, en respectant les
proportions suivantes :
- –. 50 % des exploitations en grandes cultures,
50 % en polyculture élevage bovin ;
- –. représentation des milieux ouverts à fermés, en
plaine ;
- –. la moitié des agriculteurs déjà sensible à la
thématique, avec différentes motivations possibles
(environnementale, cynégétique, agronomique…), l’autre moitié non
sensible à la thématique (n’ayant pas mis en place d’actions avec
un objectif lié à la biodiversité et non particulièrement intéressé
par le sujet).
La réalisation des 80 diagnostics tests a mobilisé une
cinquantaine d’agents, qui sont intervenus en binômes ou trinômes
aux compétences complémentaires, associant à chaque fois un
conseiller agricole et un conseiller à compétences naturalistes
(issu, selon les départements, d’une fédération des chasseurs d’un
conservatoire d’espaces naturels, d’une association naturaliste ou
de l’ONCFS…), afin de permettre des échanges de connaissances et de
savoir-faire. En effet, très rares sont les agents qui peuvent
prétendre avoir une connaissance suffisante pour aborder à la fois
l’approche globale d’exploitation et les composantes plus
naturalistes.
La méthode a également été testée avec des étudiants de lycées
agricoles, en Bretagne, dans un cadre pédagogique mené par les
équipes enseignantes.
Les tests se sont déroulés en trois phases.
Automne-hiver 2008 : phase de diagnostic global
La phase de diagnostic global est, composée d’une phase
préparatoire et d’une ou plusieurs visites des conseillers sur
l’exploitation, pour un échange avec l’agriculteur.
Lors de la phase préparatoire, l’agriculteur remplit un
questionnaire (environ une demi-heure) qui renseigne sur ses
productions, ses pratiques, ses projets, ses motivations, la vision
qu’il a du territoire, ses objectifs par rapport à la biodiversité.
Les conseillers quant à eux préparent les données qu’ils ont sur le
territoire (zonages environnementaux, données connues
d’inventaires, milieux, espèces potentiellement présentes,
cartographies…) et récupèrent les cartes de l’exploitation (contour
des parcelles de l’exploitation sur orthophoto-plan et fond de
carte IGN).
L’analyse du questionnaire préalable complété par l’agriculteur
et des données sur le territoire permet aux conseillers d’avoir une
vue d’ensemble de l’exploitation et du territoire, et de prévoir
les types d’enjeux qui pourront être rencontrés sur
l’exploitation.
Les visites sur l’exploitation permettent d’affiner cette
analyse au travers d’un échange avec l’agriculteur, sur ses
pratiques, ses projets… La cartographie (assolement et éléments
fixes du paysage), renseignée avec lui est un bon support pour
visualiser la situation initiale et commencer à esquisser des
pistes d’aménagements. La visite terrain avec l’agriculteur permet
d’observer les zones à enjeux et de discuter des aménagements
possibles.
Printemps 2009 : compléments d’observations
naturalistes
Les investigations naturalistes complémentaires ont avant tout
eu un rôle pédagogique et non un rôle d’évaluation de l’état de la
biodiversité. Il s’agissait de montrer à l’agriculteur la
biodiversité présente sur son exploitation pour lui apporter un
nouveau regard sur son territoire, lui expliquer l’écologie des
espèces, le lien avec les milieux présents et ses pratiques, les
intérêts de préserver telle ou telle espèce… Dans le cadre du
projet nous aurions souhaité standardiser un protocole commun pour
l’ensemble des fermes, mais cela s’est avéré difficile. En effet,
le faible temps d’observation imparti pour cette étape (de l’ordre
d’une journée) ne permettait pas de réaliser des inventaires
complets. De plus, les milieux et les espèces qui peuvent être
observés dépendent naturellement du territoire, de la période de
passage ainsi que des connaissances de l’expert naturaliste. Dans
le cadre du projet IBIS, cette phase a donc pris différentes
formes, comme : la réalisation de relevés floristiques
(quadrats), de points d’écoutes oiseaux ou encore de
« promenade naturaliste » sur l’exploitation afin
d’observer avec un expert naturaliste les espèces visibles à
l’instant de la visite.
Les comptes-rendus
Les diagnostics-tests ont donné lieu à la rédaction d’un
compte-rendu formalisé et détaillé, pour l’agriculteur, selon une
trame commune, comprenant notamment une cartographie de
l’exploitation sous SIG et des propositions d’améliorations à
mettre en œuvre. Les différents outils formalisés dans le cadre du
projet et notamment le référentiel des pratiques et aménagements
favorables à la biodiversité ont pour but d’aider les conseillers
dans leurs préconisations.
Recueil des retours d’expériences des agriculteurs et des
conseillers pour en tirer les enseignements et améliorer la méthode
et les outils
Suite à chaque phase de test, des réunions de bilan ont eu lieu,
dans chacune des quatre régions concernées, afin de capitaliser les
retours d’expériences des agents de terrain. Le bilan général de
ces réunions a permis de lancer le travail d’amélioration des
outils et de la méthode de diagnostic-conseil. Cette analyse a
également permis d’appréhender le raisonnement des agriculteurs au
regard de la biodiversité et d’évaluer différents modes de conseil.
Les avis des agriculteurs ont été recueillis après la réalisation
des diagnostics, au travers d’un questionnaire d’évaluation de la
démarche (cf. paragraphe suivant).
Ces diagnostics-tests et leur analyse ont permis de produire une
méthodologie reproductible, sous forme d’un guide accompagné
d’outils d’appui (questionnaire, clé d’interprétation, fiche de
caractérisation des milieux…).
Analyse des résultats, formalisation et diffusion d’une boîte à
outils
L’année 2010, dernière année du projet, a été consacrée à
l’analyse, la formalisation et à la diffusion des résultats.
Les outils produits
Le projet IBIS a abouti à la construction d’une boîte à outils à
destination des conseillers, comprenant :
- –. un référentiel sur les pratiques et aménagements
favorables à la biodiversité, composé de 24 fiches techniques
d’aide au conseil, présentant les intérêts des mesures pouvant être
préconisées, apportant des recommandations techniques, des éléments
de chiffrage des coÛts… Exemples de fiches : bandes enherbées,
couverts pollinisations, haies, mares, travail du sol, cultures
intermédiaires… ;
- –. Une méthode de diagnostic-conseil d’exploitation sur
la biodiversité, basée sur une analyse globale du fonctionnement de
l’exploitation agricole, des enjeux du territoire, des milieux
présents et des pratiques agricoles, ainsi que sur des observations
complémentaires naturalistes. Il permet de co-construire avec
l’agriculteur un plan d’action ;
- –. divers éléments : guide introductif expliquant
le contexte et les enjeux, argumentaire pour la prise en compte de
la biodiversité en milieu agricole, témoignages d’agriculteurs,
exemples de comptes-rendus de diagnostics rédigés, fiches
pédagogiques d’appui au diagnostic sur les espèces et les
milieux…
Le colloque national de restitution du projet IBIS a eu lieu le
16 novembre 2010 à Paris. Il a rassemblé près de 200 participants,
avec des retours très positifs. La « boîte à outils » a
été distribuée sous forme d’un CD-rom.
L’ensemble des outils produits est aujourd’hui disponible sur
Internet, sur le site :
http://www.centre.chambagri.fr/developpement-agricole/ibis.html
L’analyse de la démarche menée et les principaux
enseignements
Une élève ingénieur a réalisé son stage de fin d’études sur
l’analyse des éléments contenus dans les dossiers des 80
exploitations : données des questionnaires préalables
complétés par les agriculteurs (renseignant notamment sur leurs
pratiques en place, leur perception de la biodiversité, leurs
motivations…), comptes-rendus des diagnostics (préconisations,
cartographie…), fiches d’évaluation de la démarche par les
agriculteurs (58 ont été retournées), retours d’expériences des
conseillers…
Les enseignements qui en ressortent sont les suivants.
Les principaux avis formulés par les conseillers
Globalement, les retours des conseillers sont positifs sur la
méthode de diagnostic, qui permet d’aborder la biodiversité au
travers d’une approche globale du fonctionnement de l’exploitation
resituée dans son milieu et prenant en compte les objectifs et la
stratégie de l’agriculteur. La principale difficulté soulevée est
le temps nécessaire pour la réalisation d’un diagnostic (de l’ordre
de trois jours, du premier contact à la remise du compte-rendu) qui
rend son coÛt élevé, hors d’un cadre expérimental, même si l’on
peut espérer qu’en phase de routine et après une bonne
appropriation de la méthode, les conseillers pourront optimiser ce
temps. Néanmoins la plupart des conseillers s’accordent à dire que
ce temps est nécessaire pour faire un diagnostic complet et de
qualité.
La complémentarité entre les conseillers, au sein des binômes ou
trinômes a été jugée, à l’unanimité, très enrichissante : les
naturalistes disent avoir progressé dans la connaissance du
fonctionnement de l’exploitation permettant des conseils plus
pertinents ; les conseillers agricoles disent avoir acquis des
connaissances sur la biologie des espèces permettant d’argumenter
des préconisations sur les pratiques et aménagements.
La liaison entre approche globale de l’exploitation et
l’approche naturaliste a donc été des plus riches.
Au cours des échanges avec les agriculteurs, différents freins
et leviers à la prise en compte de la biodiversité ont pu être
identifiés. La figure 4 en donne
une liste non exhaustive.
Les principaux avis formulés par les agriculteurs
Remarque préalable : notre échantillon de 80 agriculteurs
n’était pas représentatif de l’ensemble des agriculteurs. En effet,
malgré les critères de choix des exploitations fixés initialement,
il s’est avéré que notre panel d’agriculteurs était déjà sensible à
l’environnement : en témoigne l’analyse des questionnaires
préalable qui montre une plus forte proportion, comparée à la
moyenne nationale, d’agriculteurs engagés dans des démarches
contractuelles ou de qualification en faveur de
l’environnement.
Pour autant la biodiversité n’est pas une finalité en soi pour
la plupart d’entre eux. En effet, à la question « quels sont
vos objectifs », à choisir dans une liste de dix possibilités
(figure
5), les premières réponses mentionnées sont
« maintenir le potentiel agronomique du sol » et
« limiter les intrants ». Cela atteste que les finalités
agro-économiques priment. Donner une entrée agronomique au conseil
sur la prise en compte de la biodiversité et démontrer ses intérêts
sur ce plan, semble donc être un nécessaire levier pour
sensibiliser une majorité d’agriculteurs.
Les principaux avis formulés par les agriculteurs sur la
démarche dans les questionnaires d’évaluation (58 réponses) sont
les suivants :
- –. une satisfaction, de la part de 75 % des
agriculteurs participants, par rapport aux diagnostics-conseils
réalisés, 85 % sont prêts à recommander le diagnostic IBIS à
leurs collègues ;
- –. les causes d’insatisfaction (pour les 25 % non
satisfaits) : le manque de connaissance ou d’implication de la
part du conseiller, l’absence de proposition ou des préconisations
non réalisables (raisons techniques, économiques ou en désaccord
avec les objectifs de l’agriculteur) ;
- –. ont été particulièrement appréciés :
- •. un regard extérieur sur leur exploitation, d’autant
plus que la biodiversité est un thème qu’ils ont peu l’habitude
d’aborder avec leurs conseillers habituels,
- •. l’apport de connaissances nouvelles, notamment la
remise de document pédagogiques,
- •. l’évaluation de leurs pratiques (points positifs et
négatifs),
- •. l’aide à la construction de projet,
- •. la cartographie de l’exploitation (avant/après
aménagement, qui permet de bien visualiser les projets).
Les attentes complémentaires formulées par les
agriculteurs :
- –. améliorer la précision du conseil apporté (détails
techniques et réglementaires) exemple : sur la nature des
couverts à implanter, où se procurer les semences, le coÛt,
etc ;
- –. aller plus loin en termes d’acquisition de références
locales, d’échanges techniques avec d’autres agriculteurs,
d’indicateurs pour se situer ou de suivis faune-flore.
Pour deux cinquièmes des agriculteurs ayant répondu au
questionnaire d’évaluation, le diagnostic est le déclencheur à la
mise en place d’actions envisagées. À noter qu’aucun financement
n’était possible, dans le cadre du projet IBIS, pour ce type
d’actions.
L’analyse des comptes-rendus des diagnostics renseigne également
sur les préconisations qui ont été faites, comme le montre le tableau 2.
Tableau 2 Principaux types de préconisations figurant
dans les comptes-rendus des 80 diagnostics-tests (l’effectif
correspond au nombre de fois où la préconisation a été
formulée).
| Préconisation |
Effectif |
| Entretien d’éléments fixes du paysage (haies,
bosquets…) |
38 |
| Plantation d’éléments fixes du paysage |
33 |
| Plantation et/ou entretien de bandes
enherbées |
25 |
| Mise en place ou entretien de
« jachères » (JEFS, mellifères, fleuries…) |
12 |
| Autres création ou entretien d’éléments fixes
(mares, ripisylves, fossés) |
10 |
| Date de broyage des jachères ou sens de fauche des
prairies |
26 |
| Mise en place ou entretien de couverts
d’intercultures |
23 |
| Diversification de l’assolement, allongement de
rotation, taille des parcelles |
22 |
| Gestion des prairies (fertilisation,
chargement…) |
8 |
| Réduction des produits phytosanitaires (sur les
bords de champs, les éléments fixes du paysage et les
parcelles) |
10 |
| Travail du sol simplifié |
10 |
| Gestion des cultures (dates de semis,
matériel…) |
4 |
On peut ainsi remarquer que la majorité des préconisations qui
ont été faites concernent l’implantation ou l’entretien des
éléments fixes du paysage.
Conclusions
Le projet IBIS a permis de développer des méthodes et outils
pour le conseil sur la biodiversité à l’échelle de l’exploitation
agricole à destination des agents du développement agricole :
guide introductif de présentation des enjeux, référentiel sur les
pratiques favorables à la biodiversité, méthode de
diagnostic-conseil d’exploitation, fiches sur les milieux et
espèces, témoignages d’agriculteurs, argumentaire…
Les outils IBIS ont fait l’objet d’un consensus entre différents
acteurs. Ils sont maintenant entre les mains des organismes qui
souhaitent se les approprier.
Pour en savoir plus
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