ARTICLE
Auteur(s) : Francis
Flénet
CETIOM, Centre de Grignon, Avenue Lucien-Brétignières,
78850 Thiverval-Grignon, France
L'Union européenne a mis en place une politique de développement
des biocarburants, dans le but de réduire la dépendance à l'égard
des importations d'énergies non renouvelables et de contribuer à
diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES). En 2003, une
Directive européenne (2003/30/CE) a fixé un objectif d'utilisation
de 5,75 % de biocarburants d'ici 2010 (objectif réévalué à 7 % en
France). Elle indiquait également que cette politique de
développement devrait être accompagnée par une analyse des
incidences environnementales, économiques et sociales, pour
vérifier l'intérêt des biocarburants sur l'énergie et les GES, et
pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de conséquences indésirables
sur d'autres enjeux. En 2009, une nouvelle Directive (2009/28/CE) a
confirmé la politique énergétique de l'Union européenne, en fixant
pour 2020 un objectif de 20 % d'énergies renouvelables tout secteur
confondu, et de 10 % dans les transports. Cette nouvelle
réglementation a également établi des critères de durabilité, en
particulier un objectif de réduction minimale d'émissions de GES
par rapport aux énergies non renouvelables (–35 % en 2013 pour les
unités de production déjà en place en janvier 2008, ou dès 2010
pour les unités plus récentes, puis –50 % à partir de 2017).
En France, dans le cadre du « Grenelle de l'environnement », une
expertise exhaustive et contradictoire du bilan écologique et
énergétique des biocarburants de première génération a été
demandée. La finalité est de déterminer s'il est opportun de
faire évoluer les objectifs de développement des biocarburants.
Cette expertise, coordonnée par l'Agence de l'environnement et de
la maîtrise de l'énergie (Ademe) et confiée à BIO intelligence
service, a eu lieu et vient d'être rendue publique (BIO IS, 2010).
Les principaux résultats de cette étude ont été présentés dans
la presse généraliste, mais la diversité d'interprétation a de quoi
surprendre. Par exemple, alors que le Monde titre « Les
agrocarburants ne sont pas si “verts”, confirme l'Ademe » (Caramel,
2010), le Figaro préfère souligner que « le ministre de
l'Agriculture soutient les biocarburants “en s'appuyant” sur un
nouveau rapport de l'Agence de la maîtrise de l'énergie »
(Mennessier, 2010). Les affirmations des acteurs du monde
agricole sont encore plus contradictoires. La filière
betteravière affirme par exemple que « les bilans positifs du
bioéthanol [sont] confirmés par l'Ademe » (Massin, 2010), alors que
« pour la confédération paysanne, l'étude publiée par l'Ademe sur
les biocarburants de première génération est erronée. » (AGRA
Presse, 2010).
Qui croire ? Pourquoi ? Il est bien difficile de répondre à ces
questions sans une analyse fine et globale des résultats de l'étude
réalisée par BIO intelligence service (BIO IS, 2010). C'est ce que
propose cet article. À partir de l'exemple des résultats de l'ester
méthylique d'huile végétale (EMHV) de colza, appelé également
biodiesel de colza, des éléments d'interprétation et les
incertitudes sont présentés, en se basant notamment sur la
description de la méthode d'évaluation environnementale qui a été
utilisée, sur la revue critique de l'étude qui a été confiée à un
cabinet indépendant, ainsi que sur les commentaires des membres du
comité technique de l'étude.
Analyse de cycle de vie (ACV), une méthode
normalisée pour étudier l'impact environnemental d'un
produit
La méthode utilisée pour étudier le bilan écologique et énergétique
des biocarburants de première génération (BIO IS, 2010) est celle
de l'ACV, car elle est particulièrement bien adaptée à la
comparaison globale de l'impact environnemental de deux produits
(en l'occurrence, un biocarburant et un carburant d'origine
fossile) (Wikipedia, 2010).
L'objectif d'une ACV est de fournir un moyen efficace et
systématique pour évaluer les impacts environnementaux d'un
produit, d'un service ou d'un procédé. C'est une méthode couramment
utilisée en gestion de l'environnement, notamment depuis sa
normalisation (série des normes ISO 14040). La première
particularité d'une ACV est d'évaluer les impacts environnementaux
liés à une fonction (par exemple, « transporter une personne sur
une distance de 1 km »), ce qui permet de comparer des
produits différents (par exemple des moyens de transport
différents). La deuxième particularité d'une ACV est d'être
une évaluation globale. Tous les impacts potentiels sont, en effet,
analysés du « berceau à la tombe », c'est-à-dire durant toute la
vie du produit. Il est ainsi possible de détecter qu'un
produit A est meilleur qu'un produit B pour certains impacts
environnementaux, mais moins bon pour d'autres, ou qu'une
amélioration d'une étape de fabrication d'un produit, dans le but
de réduire un impact environnemental, engendre des transferts de
pollution vers d'autres impacts ou d'autres étapes de la vie du
produit.
Les différentes étapes de l'ACV sont :
- – la définition des objectifs et du champ de l'étude
(norme ISO 14041) ;
- – l'inventaire et l'analyse de l'inventaire (norme ISO
14041) ;
- – l'évaluation de l'impact (ISO 14042) et
l'interprétation des résultats (ISO 14043).
Objectifs et champ de l'étude des impacts
environnementaux des biocarburants de première génération
en France
Cette première étape de l'ACV consiste à définir pour qui et pour
quoi l'étude est réalisée. Il s'agit de déterminer si l'étude
est interne ou si elle doit être rendue publique, et si elle
servira à identifier les principaux impacts, à améliorer un produit
existant ou à choisir entre plusieurs produits. La fonction et
sa quantification (choix de l'unité fonctionnelle), le flux de
référence (quantité de produit analysé et de consommables utilisés
pour les besoins de l'unité fonctionnelle) et les frontières du
système (frontières au-delà desquelles la recherche d'informations
ne s'aventurera pas) sont également définis lors de cette première
étape.
L'étude des impacts environnementaux des biocarburants de
première génération en France a été réalisée pour le compte de
l'Ademe, du ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture et
de la Pêche, du ministère de l'Environnement, de l'Énergie, du
Développement durable et de la Mer et de France Agrimer. Sa
vocation était évidemment d'être rendue publique. Elle répondait
aux recommandations du Grenelle de l'Environnement qui demandaient
de réaliser une étude contradictoire qui prenne en compte les
différents aspects du sujet : GES, impact sur l'utilisation de
l'eau, incidence sur la disponibilité des terres fertiles et sur le
prix des produits agricoles. Pour respecter le caractère
contradictoire de l'étude et ainsi éviter les écueils et les
critiques, les pouvoirs publics français ont d'abord souhaité
disposer d'un référentiel méthodologique qui soit partagé par
l'ensemble des parties prenantes (BIO IS, 2008). Dans cette étude
préalable, et dans la réalisation de l'ACV, un comité technique
pluraliste a donc été constitué. Il comprenait notamment des
associations qui avaient critiqué la politique de développement des
biocarburants. L'ACV a par ailleurs été soumise à une revue
critique qui a souligné que la démarche pour obtenir des données a
été exhaustive, impliquant l'ensemble des parties prenantes. On
peut donc conclure que les pouvoirs publics ont mis en œuvre tout
ce qui était possible pour respecter le caractère contradictoire de
l'étude. L'association FNE a cependant fait part de son
mécontentement sur ce point, soulignant que la plupart des
propositions des ONG n'avaient pas été retenues et que les échanges
avaient été insuffisants.
L'unité fonctionnelle utilisée pour l'étude était de « permettre
le déplacement d'un véhicule sur 1 km », mais les résultats
ont été présentés dans une autre unité en les ramenant « par MJ de
carburant consommé » pour permettre la comparaison avec les autres
études sur les biocarburants. Les frontières du système
analysé allaient du champ au réservoir. L'amortissement du matériel
et des bâtiments n'a cependant pas été pris en compte, parce que
les impacts liés à l'amortissement sont relativement faibles, et
pour permettre une comparaison non biaisée avec la filière fossile
dont les résultats d'ACV ignorent ce poste.
Inventaire et analyse de l'inventaire de l'étude
des impacts environnementaux des biocarburants
de première génération en France
Cette phase consiste à inventorier tous les flux à l'intérieur et à
l'extérieur du système d'étude. Il s'agit des flux économiques
(matière, énergie, services, etc.) et des flux échangés avec
l'écosphère (matières premières, déchets et émissions).
Dans l'ACV des biocarburants de première génération (BIO IS,
2010), l'inventaire des flux de l'étape agricole a été basé sur des
données statistiques officielles du ministère de l'Alimentation, de
l'Agriculture et de la Pêche (SCEES), complétées par des données
fournies par les instituts techniques agricoles. Les deux
sources d'information ont été comparées pour vérifier leur
cohérence. Par exemple, la dose d'engrais azoté minéral appliquée
en colza, utilisée pour l'étude provient des statistiques du
CETIOM, car cette information est plus récente que celle du SCEES,
mais la comparaison des deux sources a montré que les valeurs
étaient très proches. Les données pour les étapes
industrielles et les transports ont été fournies par les
industriels, car il n'existe pas de statistiques officielles
représentatives. Les principales données utilisées pour le
colza sont présentées dans le tableau
1.
L'inventaire des intrants utilisés a été examiné attentivement
par les associations qui ont contesté un certain nombre de
chiffres. En ce qui concerne la filière biodiesel de colza, le seul
point de désaccord qui demeure concerne le devenir de la solution
de glycérol. En conséquence, on peut conclure que l'inventaire est
largement consensuel pour cette filière. L'impact lié à la
fabrication des intrants utilisés a été quantifié à l'aide de la
base de données Ecoinvent, mise à jour avec des informations plus
récentes en ce qui concerne les engrais ammonitrate et phosphore.
L'utilisation de la base de données Ecoinvent, qui est l'une des
plus reconnues dans le monde, apporte une garantie sur la
robustesse des valeurs.
Si l'inventaire des intrants et les valeurs d'impacts liés à
leur fabrication sont peu discutables, il en va tout autrement de
certains flux vers l'écosphère. En ce qui concerne l'évaluation de
l'intérêt des biocarburants pour préserver les énergies fossiles et
lutter contre le changement climatique, il y a deux sources
majeures d'incertitude : l'estimation de l'émission de protoxyde
d'azote (N2O) par les sols et l'estimation des émissions
de GES liées au changement indirect d'affectation des sols (CAS
indirect).
Le N2O est un puissant GES (pouvoir de réchauffement
global 296 fois supérieur à celui du CO2) qui, d'après
l'inventaire national 2007 de la France, représente 12 % du pouvoir
de réchauffement global tous secteurs confondus, dont les trois
quarts proviennent du secteur agricole (source : Citepa).
Les émissions de N2O par les sols sont très mal
connues, car trop peu de données mesurées sont disponibles. En
conséquence, le Groupe d'experts intergouvernemental sur
l'évolution du climat (GIEC) propose, pour réaliser les inventaires
nationaux d'émission de GES, une méthode « de niveau 1 » basée sur
les données disponibles à l'échelle mondiale. Cette méthode
consiste à multiplier les apports d'azote minéraux et organiques
(apports exogènes et restitution des résidus de culture) par des
coefficients d'émissions. Le GIEC recommande cependant aux
pays qui disposent de mesures suffisantes de mettre au point des
méthodes de « niveau 2 » (coefficients d'émissions locaux en
remplacement des coefficients mondiaux) ou de « niveau 3 »
(simulations avec un modèle) pour réaliser des inventaires plus
représentatifs de leur situation nationale. La France, qui ne
dispose pas de données mesurées suffisantes, utilise la méthode de
niveau 1 du GIEC. Les émissions de N2O estimées
pour notre pays proviennent donc d'un calcul avec une méthode
valable à l'échelle mondiale, dont l'incertitude est très élevée.
Par exemple, le cœfficient d'émission directe est de 1 % avec un
intervalle de confiance de 0,3 à 3 % !
L'étude des impacts environnementaux des biocarburants de
première génération en France (BIO IS, 2010) utilise les
coefficients de niveau 1 du GIEC pour estimer les émissions de
N2O, avec cependant une adaptation à la situation
française pour deux postes de calcul :
- – apport d'azote lié à la restitution des résidus de
culture ;
- – lessivage de nitrate qui contribue au calcul des
émissions indirectes (augmentation de l'émission des milieux
naturels causée par leur enrichissement en azote à cause du
lessivage de nitrate et de la volatilisation de l'ammoniac et des
oxydes d'azote en provenance des parcelles cultivées).
Le choix de la méthode de niveau 1 dans l'étude de BIO IS (2010)
se justifie par son caractère officiel, alors que d'autres études
ont privilégié l'utilisation de coefficients ou d'un modèle de
simulation non reconnu par le GIEC. Par exemple, la précédente
étude, réalisée à la demande des pouvoirs publics français et
coordonnée par l'Ademe et la Direm (PriceWaterhouseCoopers, 2002),
utilise les coefficients d'émissions publiés par Skiba et al.
(1996), tandis que les valeurs par défaut de la Directive
européenne 2009/28/CE (Annexe V) sont basées sur l'utilisation du
modèle Denitrification-Décomposition (DNDC) (Li et al.,
1992). Le choix de l'étude de BIO IS (2010) est également
justifié par la volonté d'avoir une position prudente par rapport
au risque de sous-estimer l'impact GES des biocarburants, puisque
les émissions calculées avec la méthode de niveau 1 du GIEC font
partie des valeurs hautes. Pour le colza par exemple, les émissions
calculées par BIO IS (2010) sont plus élevées que celles de l'étude
PriceWaterhouseCoopers (2002) ou que celles publiées dans l'annexe
V de la Directive 2009/28/CE.
La question de l'estimation des conséquences du CAS indirect est
encore plus délicate à régler que celle du N2O.
Il s'agit de considérer l'éventuelle extension des surfaces
cultivées causée par l'utilisation pour les biocarburants de
produits auparavant utilisés pour d'autres usages, notamment
l'alimentation. Par exemple, l'utilisation de l'huile de colza pour
produire du biodiesel pourrait limiter l'approvisionnement pour
l'alimentation humaine, et en conséquence augmenter la demande en
huile de palme et les surfaces de cette production au détriment de
la forêt. Ce changement indirect d'usage des terres causerait
l'émission d'une partie du carbone stocké dans l'écosystème
forestier, dont il faudrait tenir compte dans le bilan GES des
biocarburants. En l'absence de modélisation faisant référence sur
la question du CAS indirect, les auteurs de l'étude des impacts
environnementaux des biocarburants de première génération en France
(BIO IS, 2010) ont préféré aborder cette question de façon plus
modeste à travers une analyse de sensibilité servant à alerter sur
les ordres de grandeur des impacts. Ces auteurs insistent sur
le fait que ces valeurs ne prétendent pas être la traduction
quantifiée de la réalité actuelle et doivent être lues comme des
scénarios envisageables.
En ce qui concerne l'analyse de la filière pétrolière, dont les
résultats ont été comparés à ceux des biocarburants, les
inventaires Ecoinvent de la phase d'extraction du pétrole ont été
utilisés. Les différentes origines géographiques du pétrole
ont été prises en compte, avec une pondération en fonction des
volumes de brut importés en France. L'émission des raffineries a
été estimée à partir des valeurs par étape de raffinage dans le cas
d'une unité moyenne européenne. Le groupe Total qui
participait au comité technique a regretté l'utilisation de la base
de données Ecoinvent, car son origine et son contenu ne sont pas
toujours clairs, notamment pour le cas du raffinage. La revue
critique a également regretté que les données provenant d'acteurs
industriels pétroliers n'aient pas été utilisées pour les rendre
comparables aux données des biocarburants. Ces limites de
l'étude ne sont cependant pas de nature à remettre en cause les
conclusions. En conséquence, compte tenu de la position prudente
sur la question des émissions de N2O, parmi les données
d'inventaire seule la question du CAS indirect pourrait dégrader
significativement le bilan GES des biocarburants.
L'étape d'inventaire de l'ACV présente une autre difficulté dans
le cas de processus multifonctionnels (qui fournit plusieurs
produits). Il est alors nécessaire de répartir les résultats
de l'inventaire entre le produit principal, en l'occurrence le
biocarburant, et les coproduits. Plusieurs approches sont
possibles. L'approche par division consiste à séparer les processus
multifonctionnels en processus monofonctionnels, et ainsi à exclure
les processus qui n'entrent pas directement dans la chaîne du
produit étudié. C'est l'approche à privilégier si c'est possible,
mais elle n'est pas envisageable dans le cas de la production de
biocarburant. L'approche par extension des frontières peut
s'appliquer si le coproduit peut être réalisé par un processus
monofonctionnel. Dans ce cas, les frontières sont étendues à ce
processus monofonctionnel et on soustrait les impacts de ce dernier
au processus multifonctionnel. Cela oblige cependant à réaliser une
analyse plus complexe, voire à faire des hypothèses
simplificatrices quand un coproduit peut remplacer toute une gamme
d'autres produits. C'est notamment le cas de la glycérine produite
lors de la fabrication du biodiesel. C'est pourquoi cette approche
n'a pas été retenue dans l'étude BIO IS (2010). Il ne restait
donc que l'approche par imputation qui consiste à répartir les
entrants et les sortants en fonction d'une mesure (masse, énergie,
valeur monétaire, etc.). La limite de cette approche est
qu'elle impose des choix qui ne reflètent pas pleinement la
réalité. Le prorata énergétique a été décidé dans l'étude BIO
IS (2010), notamment parce que dans le cas de la filière biodiesel
il évite que la majorité des impacts liés à la culture soient
imputés au coproduit tourteau (tableau
2), alors que c'est le cas si le prorata massique est
choisi. La revue critique de l'étude a souligné le caractère
arbitraire de ce choix, tandis que Sofiprotéol qui participait
au comité technique a regretté que cela amène à considérer que le
service rendu du tourteau est énergétique, alors que c'est
plus pour le contenu en protéines qu'il est valorisé.
Tableau 1 Principales données pour la filière EMHV
colza (étude BIO IS, 2010).
|
Étape
|
Données avant allocation
|
|
Agricole
|
32,8 q/ha de graines à 9 % d'humidité 164 unités d'azote
minéral/ha 24 unités d'azote organique/ha 68 L/ha de gazole
pour la mécanisation
|
|
Industrielle
|
Raffinage chimique en catalyse homogène, et séparation de l'ester
et de la glycérine par lavage à l'eau 1350 kg d'EMHV/ha de
colza (50 200 MJ/ha) Consommation de gaz naturel =
0,075 MJ/MJ EMHV Consommation d'électricité = 0,02 MJ/MJ
EMHV Consommation de méthanol = 0,095 t/tEMHV
|
Tableau 2 Allocations pour la filière colza (étude BIO
IS, 2010).
|
Étape
|
Produit
|
Facteur d'allocation (%)
|
|
De la culture à l'extraction de l'huile
|
Produit intermédiaire
|
Huile brute
|
64
|
|
Coproduit
|
Tourteau
|
36
|
|
Semi-raffinage
|
Produit intermédiaire
|
Huile neutre
|
98
|
|
Coproduit
|
Huiles acides
|
2
|
|
Estérification
|
Produit
|
Biodiesel
|
94
|
|
Coproduit
|
Glycérine
|
5
|
|
Coproduit
|
Huiles acides
|
1
|
|
Distribution
|
Produit
|
Biodiesel
|
100
|
Évaluation des impacts environnementaux
des biocarburants de première génération
en France
L'étape d'évaluation prend comme données d'entrée l'analyse de
l'inventaire du cycle de vie et les transforme en impacts.
Il y a deux types de méthode d'évaluation. Dans la chaîne de
causes à effets, on peut distinguer des effets primaires découlant
directement de l'activité, comme l'émission de CFC, et les effets
secondaires qui sont la conséquence, comme la déplétion de la
couche d'ozone. Les méthodes « orientées problèmes » (ou «
mid-point ») vont s'attacher à catégoriser les impacts de premier
ordre, alors que les méthodes « orientées dommages » (ou «
end-point ») consistent à regrouper les impacts en fonction des
résultats, aussi loin que possible dans la chaîne de causes à
effets. Dans l'exemple des CFC, la méthode « orientée dommages »
considère l'effet sur la santé humaine (cancer…). Les méthodes
« orientées problèmes » sont souvent préférées, car la chaîne de
causalité n'est pas toujours clairement établie.
Les catégories d'impacts sont multiples. Pour les méthodes «
orientées dommages », trois catégories sont considérées :
l'épuisement des ressources, la santé humaine et les impacts
écologiques. Pour celles « orientées problèmes », on considère le
réchauffement climatique, la destruction de l'ozone
stratosphérique, l'acidification, l'eutrophisation, la formation
d'agents photo-oxydants, l'atteinte des ressources abiotiques,
l'atteinte des ressources biotiques, l'utilisation des terres,
l'impact écotoxicologique et l'impact toxicologique (chez
l'humain).
L'étude méthodologique réalisée par BIO IS (2008) s'est
focalisée sur les deux enjeux environnementaux qui constituent
l'intérêt des biocarburants, la déplétion des ressources en énergie
non renouvelable et le changement climatique. Dans l'étude des
impacts environnementaux de 2010, trois catégories d'impact
supplémentaires ont été étudiées afin de s'assurer qu'on n'assiste
pas à un transfert de pollution : la toxicité humaine, l'oxydation
photochimique et l'eutrophisation. La revue critique a
regretté que le nombre d'indicateurs d'impact soit limité à cinq
catégories, ce qui ne permet pas d'étudier tous les risques de
transfert de pollution.
Pour chaque impact, un indicateur est calculé. Il s'agit de
caractériser les flux en fonction de leur contribution à cet
impact. Cela amène à convertir tous les éléments participant à un
impact en une mesure commune. Par exemple, pour le réchauffement
climatique, il est généralement admis que le CO2 est la
substance de référence. En conséquence, le pouvoir de réchauffement
global de chaque GES est exprimé en gramme équivalent
CO2, ce qui permet d'additionner la contribution de
chaque substance. Par exemple, 1 g de N2O a un
pouvoir de réchauffement global de 296 g équivalent
CO2. D'après les auteurs de l'étude BIO IS (2010), les
indicateurs d'eutrophisation, de toxicité humaine et d'oxydation
photochimique sont plus complexes et moins robustes que ceux sur la
déplétion des ressources en énergie non renouvelable et sur le
changement climatique. Une grande vigilance est donc nécessaire
dans l'interprétation des résultats. Par ailleurs, comme l'a
souligné la revue critique, il manque d'autres indicateurs pour
pouvoir réellement étudier les risques de transfert de pollution.
C'est pourquoi seuls les indicateurs sur la déplétion des
ressources en énergie non renouvelable et sur le changement
climatique sont présentés et discutés dans la suite de cet
article.
Interprétation des résultats d'évaluation des impacts
environnementaux des biocarburants de première génération
en France
Cette étape de l'ACV consiste à analyser des résultats, établir des
conclusions et expliquer les limites de l'analyse.
Les résultats de l'étude BIO IS (2010) montrent que le
biodiesel de colza permet une réduction de 65 % des consommations
en énergie non renouvelable par rapport au gazole d'origine
pétrolière (tableau 3). Pour les GES, la
réduction est de 59 % en l'absence de prise en compte du CAS
indirect. Les niveaux exacts d'émission sont davantage liés
aux choix de modélisation que pour l'énergie, en raison de la
difficulté d'estimer l'émission de N2O, mais la
réduction est substantielle, ce qui confirme les gains en terme de
changement climatique si aucun changement d'affectation des sols
n'est pris en compte.
Dans la méthode de l'ACV, l'étape d'interprétation des résultats
prévoit des analyses de la contribution des paramètres d'entrée,
pour faire ressortir les processus et les éléments qui contribuent
le plus aux impacts. Dans le cas du biodiesel de colza, c'est
l'étape de transformation industrielle qui représente le principal
poste de consommation d'énergie fossile, tandis que l'étape
agricole représente le deuxième poste (tableau
3). Les engrais représentent la principale
consommation d'énergie de l'étape agricole (résultats non
présentés). La partie la plus émettrice de GES est l'étape
agricole, en raison de la fabrication des engrais et de l'émission
de N2O. Le protoxyde d'azote émis par les sols est
le principal poste de GES. Il représente à lui seul environ 40
% de l'ensemble des émissions (résultats non présentés).
Des vérifications sont également prévues dans la méthode de
l'ACV, pour définir les limites de l'analyse. Elles consistent
notamment à étudier les sources d'incertitudes, en fonction de la
précision des données, de données manquantes, mais également celles
qui sont liées aux choix et hypothèses. Ce contrôle peut
s'appliquer à n'importe quel élément de l'analyse (imputation,
critère d'exclusion, frontière du système, catégorie d'impact
choisie, etc.).
L'étude BIO IS 2010 présente plusieurs analyses de sensibilité.
L'effet du mode d'imputation des impacts a notamment été étudié
pour le biodiesel de colza (tableau 4).
Cette analyse de sensibilité montre que le choix du mode
d'imputation a peu d'impact sur l'énergie non renouvelable
consommée, et que celui retenu (prorata énergétique) est le plus
défavorable au biocarburant. Malheureusement, la méthode de
substitution n'a pas été étudiée pour la consommation en énergie.
Les conclusions sur l'effet du mode d'imputation sur les
émissions de GES sont similaires, mais les différences entre le
prorata massique et les deux autres méthodes sont plus importantes
que pour l'énergie. Par ailleurs, la méthode de substitution a été
appliquée au calcul des émissions de GES, en retenant des
hypothèses simplificatrices sur l'utilisation des coproduits.
Ce résultat est le plus défavorable au biodiesel de colza,
mais il permet quand même d'atteindre le seuil de –35 % fixé par la
Directive 2009/28/CE. Il faut cependant rappeler la forte
incertitude liée à la mise en œuvre de cette méthode de
substitution.
L'analyse de sensibilité sur l'effet du CAS indirect illustre la
nécessité de conduire des études pour préciser cet effet, car les
conséquences sont majeures (tableau 5).
Le scénario optimiste, qui considère un stockage de carbone
grâce à la reforestation de surfaces de soja libérées par le
remplacement de ses tourteaux par ceux de colza, conclut à des
émissions négatives de GES pour le biodiesel (stockage net de
carbone). En revanche, avec le scénario maximal, qui considère que
l'huile de colza utilisée pour le biodiesel est en totalité
remplacée par de l'huile de palme produite sur une surface
déforestée, les émissions sont de 40 à 105 % supérieures à celles
du gazole d'origine fossile, selon qu'on impute ou pas une partie
de l'impact aux coproduits. L'interprétation de cette analyse de
sensibilité explique une bonne part des divergences dans les
commentaires sur les résultats de l'étude BIO IS (2010), notamment
de la part des membres du comité technique. Alors que les instituts
techniques soulignent que les scénarios extrêmes ne sont pas
réalistes, c'est le scénario extrême défavorable aux biocarburants
que retient l'association FNE pour affirmer que les résultats sont
sans appels : plus du double de GES émis par rapport au carburant
fossile.
Malgré les différentes analyses de sensibilité réalisées par BIO
IS (2010), la revue critique regrette l'absence d'analyse de
complétude (vérifier que les approximations sur les données
d'entrée n'ont pas de conséquences), de cohérence entre les données
et de qualité des données d'inventaire, ainsi que le manque
d'analyse d'incertitude des résultats en fonction des modèles de
caractérisation des impacts, et de l'incertitude associée aux flux
inventoriés et aux données d'entrée. Par ailleurs, Cristal Union et
TEREOS, deux producteurs d'éthanol qui participaient au comité
technique de l'étude, regrettent que les filières fossiles n'aient
pas fait l'objet de tant d'études de sensibilité et de scénarios
prospectifs que les biocarburants. D'après eux, ces études auraient
été justifiées, notamment parce que selon les lieux d'extraction ou
la composition des bruts, les résultats de la filière pétrolière
pourraient être plus défavorables. C'est par exemple le cas de
l'exploitation des schistes bitumineux.
Tableau 3 Résultats pour la filière principale de
biodiesel de colza (étude BIO IS, 2010).
|
Énergie primaire non renouvelable consommée (MJ/MJ EMHV)
|
Émission GES (g éq. CO2/MJ EMHV)
|
|
Filière fossile de référence
|
1,25
|
91,4
|
|
Filière principale étudiée
|
Étape agricole
|
0,17
|
28,7
|
|
Étape industrielle
|
0,23
|
7,1
|
|
Transport-distribution
|
0,04
|
1,5
|
|
Total
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0,43
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37,3
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Réduction
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65 %
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59 %
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Tableau 4 Comparaison des différents modes d'allocation
pour l'EMHV de colza (étude BIO IS, 2010).
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Modes d'allocation
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Énergie primaire non renouvelable consommée (MJ/MJ EMHV)
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Émission GES (g éq. CO2/MJ EMHV)
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Filière fossile de référence
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1,25
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91,4
|
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Energétique
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0,43
|
37,3
|
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Massique
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0,37
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27,9
|
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Économique avec « prix réalistes »
|
0,42
|
36,3
|
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Substitution sans CAS soja
|
Non analysé
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59,1
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Tableau 5 Prise en compte de l'effet du changement
indirect d'affectation des sols pour l'EMHV de colza (étude BIO IS,
2010).
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Émission GES (g éq. CO2/MJ EMHV)
|
|
Filière fossile de référence
|
91,4
|
|
Allocation énergétique
|
37,3
|
|
CAS maximal sans allocation
|
187
|
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CAS maximal
|
128
|
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CAS intermédiaire
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73,7
|
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CAS modéré
|
46,6
|
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CAS optimiste
|
25,5
|
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CAS très optimiste
|
–33,1
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Conclusion et perspectives
L'étude des impacts environnementaux des biocarburants de première
génération en France (BIO IS, 2010) a été conduite en réponse aux
recommandations du Grenelle de l'Environnement. Une étude
contradictoire qui prend en compte les différents aspects du sujet
était demandée. La réponse apportée par l'étude est
incomplète, car certains impacts identifiés dans les
recommandations du Grenelle, comme l'utilisation de l'eau, la
disponibilité des terres fertiles et le prix des produits
agricoles, n'ont pas été étudiés. Par ailleurs, parmi toutes les
catégories d'impact normalement étudiés dans une ACV, seules la
consommation en énergie non renouvelable et l'émission de GES ont
été suffisamment étudiées pour contribuer au débat sur l'intérêt
des biocarburants.
Malgré toutes les précautions prises par les auteurs de l'étude
pour évaluer l'impact sur la consommation en énergie non
renouvelable et les émissions de GES, les articles qui présentent
les résultats apparaissent contradictoires. Alors, qui croire et
pourquoi ? La réponse est qu'il ne faut croire aucune personne
qui prétendrait que l'étude apporte une réponse définitive sur
l'intérêt des biocarburants. Elle fournit cependant « des résultats
intéressants et représente une contribution importante dans le
débat sur les biocarburants », comme le souligne la revue
critique.
Le premier résultat intéressant est que les biocarburants
permettent de réduire significativement la consommation en énergie
non renouvelable et les émissions de GES, alors que les choix
méthodologiques et les modèles retenus sont moins favorables que
ceux de la précédente étude demandée par les pouvoirs publics
(PriceWaterhouseCoopers, 2002). L'imputation des impacts au prorata
énergétique plutôt que massique, et l'utilisation de la méthode de
niveau 1 du GIEC pour estimer les émissions de N2O
plutôt que les coefficients publiés par Skiba et al. (1996)
dégradent en effet le bilan des biocarburants. Les calculs
réalisés par BIO IS (2010) se rapprochent ainsi de ceux qui
accompagnent la Directive 2009/28/CE, et pour tous les
biocarburants ou presque, la réduction des émissions de GES par
rapport au carburant de référence est conforme au critère de –50 %
imposé à partir de 2017. Le deuxième résultat intéressant de
l'étude est qu'elle identifie les principales incertitudes sur la
signification des résultats, grâce à la réalisation d'une série
d'analyses de sensibilités. La principale question qui demeure
concerne l'effet du CAS indirect, tandis que l'estimation des
émissions de N2O pose également question, mais dans une
moindre mesure.
La prise en compte de l'effet du CAS indirect est inscrite dans
l'agenda de la Commission européenne. Une étude est en cours sur
cette question, et si cela est possible un calcul sera proposé.
L'étude BIO IS (2010) confirme que les émissions ou le stockage de
carbone en cas de changement d'usage des sols ne peuvent pas être
négligés, car les ordres de grandeurs sont suffisants pour modifier
significativement les conclusions. Mais, aucun des scénarios de
l'analyse de sensibilité sur l'effet du CAS indirect ne correspond
à la réalité. Il ne faut donc pas considérer les valeurs de
l'analyse de sensibilité comme une preuve par rapport au débat sur
l'intérêt des biocarburants. Une telle utilisation de ces chiffres
est par ailleurs à éviter parce que la prise en compte du CAS
indirect ne consiste pas à faire une simple addition avec les
résultats de l'ACV du biocarburant. La question du CAS
indirect doit en effet être traitée avec une approche
conséquentielle de l'ACV.
Il existe en effet deux types d'ACV (Brander et al., 2008).
L'ACV appelée « attributionnelle » ne prend en compte que les
processus et les flux directement utilisés dans le cycle de vie.
C'est la méthode qui a été retenue dans l'étude BIO IS (2010).
Ce type d'analyse permet notamment d'identifier les principaux
postes contributeurs aux impacts et de rechercher des voies
d'amélioration. En revanche, elle n'est pas adaptée pour évaluer
l'effet d'une politique de développement des biocarburants, car
elle ne prend pas en compte l'ensemble des impacts. Pour réaliser
cette évaluation, une autre approche appelée ACV « conséquentielle
» consiste à prendre en compte tous les processus qui sont
directement et indirectement affectés. Avec cette approche, on ne
compte que les impacts marginaux au sens économique du terme. Dans
le cas du biodiesel de colza, il s'agirait de considérer d'une part
les surfaces de colza déjà existantes, mais dont les graines
seraient utilisées pour le biodiesel au lieu d'être valorisées pour
les débouchés « habituels », et d'autre part l'extension des
surfaces de colza au détriment d'autres cultures. Pour les surfaces
déjà en colza, il faudrait prendre en compte l'éventuelle
augmentation de rendement en graines pour satisfaire le nouveau
débouché, mais actuellement il n'y a aucune différence de conduites
culturales entre les débouchés. Par ailleurs, il conviendrait de
considérer les conséquences de la différence de production de
coproduits entre la filière biocarburant et les filières
habituelles (par exemple, la glycérine est spécifique de la
production de biodiesel), et la diminution de la disponibilité en
huile pour les usages habituels. C'est ainsi qu'interviendrait la
comptabilisation de l'éventuelle déforestation pour étendre la
surface d'oléagineux (palme par exemple). L'évaluation globale
consisterait à faire l'addition de l'ensemble de ces impacts, y
compris les émissions directes des nouvelles surfaces d'oléagineux
(palme…). En revanche, les impacts directs de la culture de colza «
habituelle » tels qu'ils ont été comptabilisés dans l'étude BIO IS
(2010) ne seraient pas pris en compte, car ils existaient déjà
avant le développement des biocarburants (ce n'est pas une
conséquence de cette évolution). L'analyse des impacts réels est
donc loin d'une simple addition des impacts directs de la culture
qui fournit la matière première pour le biocarburant et du CAS
indirect. En ce qui concerne l'extension des surfaces de colza,
l'approche est la même. Il s'agirait de considérer
l'éventuelle différence d'impact de la culture de colza par rapport
à la culture qui est remplacée, ainsi que les effets des coproduits
du biodiesel et de la diminution de la production de la culture qui
est remplacée. Une telle approche est complexe et nécessite
l'utilisation de modèles économiques pour simuler l'ensemble des
conséquences du développement des biocarburants. Un projet
associant le CETIOM, AgroParisTech, l'INRA et Art (Suisse) est en
cours de montage pour traiter cette question. Par ailleurs, une
Unité mixte technologique (UMT « GES-N2O ») située sur
le campus de Grignon a été constituée en septembre 2008 pour mieux
connaître et gérer les émissions de N2O.
Les résultats permettront de meilleures estimations des
émissions de GES, mais également d'identifier des leviers pour
réduire cet impact et ainsi améliorer le bilan des cultures.
Références
[AGRA Presse] AGRA Presse. Un bilan positif pour les biocarburants
malgré des incertitudes. AGRA Presse Hebdo 2010 ; 3247 :
33-4.
[BIO IS] BIO IS. Élaboration d'un référentiel méthodologique
pour la réalisation d'Analyses de cycle de vie appliquées aux
biocarburants de première génération en France – Rapport final.
Coordination Ademe, 2008. http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?sort=
1&cid=96&m=3&id=54215&ref=&nocache=yes&p1=111
[BIO IS] BIO IS. Analyses de cycle de vie appliquées aux
biocarburants de première génération consommés en France – Rapport
final. Coordination Ademe, 2010.
http://agriculture.gouv.fr/sections/presse5022/communiques/remise-etude-sur-analyse/downloadFile/FichierAttache_2_f0/rapport_final_acv_Biocarburants_France_version-definitive.pdf?nocache=1270718762.51
[Brander et al., 2008] Brander M, Tipper R, Hutchinson C,
Davis G. Consequential and attributional approaches to LCA: a guide
to policy makers with specific reference to greenhouse gas LCA of
biofuels. Ecometrica Press, 2008.
http://www.ecometrica.co.uk/wp-content/uploads/Consequential_and_attributional_approaches_to_LCA.pdf
[Caramel, 2010] Caramel L. Les agrocarburants ne sont pas
si « verts », confirme l'Ademe. Le Monde, 2010.
[Li et al., 1992] Li C, Frolking S,
Frolking T. A model of nitroux oxide evolution from soil
driven by rainfall events: 1. model structure and sensitivity. J
Geophys Res 1992 ; 97 : 9759-76.
[Massin, 2010] Massin E. Les bilans positifs du bioéthanol
confirmés par l'Ademe. Le betteravier français 2010 ; 930 : 3.
[Mennessier, 2010] Mennessier M. Le ministre de
l'Agriculture soutient les biocarburants. Le Figaro, 2010.
[PriceWaterhouseCoopers] PriceWaterhouseCoopers. Bilans
énergétiques et gaz à effet de serre des filières de production de
biocarburants en France – Note de synthèse. Coordination
Ademe-Direm, 2002.
http://www.ademe.fr/partenaires/agrice/publications/documents_francais/synthese_bilans_energetiques_fr.pdf
[Skiba et al., 1996] Skiba UM, Mc Taggart IP,
Smith KA, Hargreaves KJ, Fowler D. Estimates of
nitrous oxide emissions from soil in the UK. Energy Convers Manag
1996 ; 37 : 1303-8.
[Wikipedia] Wikipedia. Analyse du Cycle de Vie. wikipedia.org,
2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Analyse_du_cycle_de_vie
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