ARTICLE
Auteur(s) : Anne Le Guillou
Fats and Oils senior expert, Danone Research
Je souhaite tout d’abord remercier l’ensemble des intervenants
pour la qualité de leurs présentations, ainsi que M. Clavie de la
société Perles de Gascogne, qui a fourni des huiles d’amandon de
pruneau et de noisettes, nous permettant de déguster au restaurant
Drouant un dîner de gala mémorable.
Sources d’oméga-3 et d’oméga-6
Le Pr P. Legrand (Agrocampus, INRA, Rennes) nous a fait un point
des récentes avancées dans le domaine du métabolisme des oméga-3,
en particulier du DHA, dont le rôle dans le bon fonctionnement du
cerveau et du cœur n’est plus à démontrer. En effet, même en
présence d’une quantité importante d’ALA, son taux de conversion
est très faible chez l’Homme (évalué à moins de 1 %), d’où la
nécessité d’apports directs de DHA par l’alimentation.
Comme chacun sait, la source principale de cet acide gras est la
chair de certains poissons. Or, comme l’a bien montré S. Lozachmeur
(Sté Polaris), les stocks de poissons ne sont pas en grande forme,
et on estime qu’en 2010 la demande en huile de poissons sera
supérieure à l’offre. Comment pallier ce manque ? En assurant
une meilleure gestion des stocks, en valorisant les coproduits
(œufs et peaux de poissons), par une aquaculture bien
maîtrisée…
Les huiles d’algues peuvent également permettre de compléter les
besoins en DHA, comme nous l’a présenté le Dr M. Leblanc (Sté
Lonza). Leur mode de production par biofermentation en fait une
source végétale renouvelable.
Les huiles végétales ne contenant que les précurseurs de l’EPA
et du DHA, et vu le faible taux de conversion, elles ne peuvent
être qu’une réponse partielle au rééquilibrage de notre
alimentation. J.M. Maurette (consultant) nous a notamment présenté
les intérêts de l’huile de lin, riche en ALA, qui a reçu en 2006 un
avis favorable de l’AFSSA concernant son alimentarité en version
vierge (demande de la Sté Oenobiol – l’huile de lin raffinée a été
autorisée en mélange en février 2008, suite à une demande de la
filière).
Nous voyons également arriver de nouvelles huiles végétales,
comme l’huile d’Echium présentée par le Dr M. Mir (Ste Croda
Europe), en cours d’approbation Novel Foods, à la fois riche en
oméga-6 et oméga-3 puisqu’elle qui combine de fortes teneurs en GLA
et en SDA. Le SDA étant le précurseur immédiat de l’EPA, et cette
étape métabolique ayant un meilleur rendement que le passage EPA à
DHA, l’huile d’Echium pourrait être intéressante à recommander pour
des régimes végétariens.
M. Mallet (Sté Phythea, France) a illustré le rôle majeur des
huiles marines et végétales utilisées dans les compléments
alimentaires (ophtalmologie, santé osseuse, protection solaire,
gestion du stress…). Ce marché a été multiplié par deux en
6 ans, représentant plus d’un milliard d’euros à la fin 2006.
Il devrait encore doubler d’ici à 2012 (étude Précepta).
Lipides et dermatologie
Avec l’exposé de C. Montastier (Sté Cometap, France), qui nous
a fait partager sa passion pour la peau, nous avons pu voir
l’importance des lipides, et en particulier des acides gras
essentiels, dans le bon fonctionnement de notre peau. Les
applications de crèmes riches en composés lipidiques sont tout à
fait complémentaires d’apports spécifiques dans l’alimentation,
comme également montré par le Dr T. Lassel (Sté Danone Research,
France) avec les études cliniques réalisées avec le produit
Essensis® de Danone, qui contient notamment de l’huile
de bourrache riche en GLA (acide gamma linolénique). À noter le
rôle clé de la matrice produit, puisque l’on obtient une meilleure
biodisponibilité de l’huile émulsifiée dans un yaourt que seule.
Le GLA a été présenté par M. Van Hoorn (Sté Bioriginal Food
& Sciences, Pays-Bas) comme le « bon oméga-6 ». En
effet, si notre alimentation est globalement trop riche en oméga-6,
elle peut être déficience en GLA du fait notamment d’un taux de
conversion limité du LA. Des études montrent le rôle du GLA sur la
santé de la peau, mais également sur l’état inflammatoire en
général, en particulier les maladies coronaires et l’arthrite.
A. Castera (Iterg, France) a également présenté un tableau très
complet des nouvelles huiles végétales disponibles pour des
formulations cosmétiques, venant de nombreuses zones géographiques,
avec des compositions en acides gras et en insaponifiables
spécifiques très intéressantes.
Les huiles et la peau possèdent les mêmes composés naturels, de
même que les lipides des plantes et de la peau jouent les mêmes
rôles.
Cet exposé a été complété par celui de V. Rossow (Ets B. Rossow
et Cie), sur de nouveaux beurres et cires végétaux utilisés en
cosmétique, répondant à des tendances « bio »,
« exotiques », notamment des « beurres » en
provenance d’Inde (sal, kokum, mowrah). La tendance est de
substituer des ingrédients peu appréciés des consommateurs
(lanoline).
Huiles à bénéfices mixtes
Le Pr Z. Charouf (Faculté des Sciences, Université Mohammed V,
Rabat) nous a montré l’importance du développement durable lié à la
production de l’huile d’argane, avec la mise en place d’un réseau
de coopérative de femmes au Maroc, mettant en avant les enjeux
socio-économiques du développement de l’arganeraie marocaine. Cette
huile a de nombreux intérêts, à la fois en cosmétique et en
alimentation.
Avec également des applications cosmétiques et alimentaires, une
huile de germe de blé obtenue par pression à froid
Viogerm® nous a été présentée par M. Genet (Sté Hochdorf
Nutrition), qui a également insisté sur la richesse de cette huile
en composés à haute valeur nutritionnelle comme la vitamine E, les
phytosterols et les phospholipides.
Les Dr A. Saunois et D. Daguet (Laboratoires Expansciene)
ont eux aussi insisté sur la richesse de l’insaponifiable de leurs
huiles de colza et de maïs concentrées obtenues par distillation
moléculaire, une technologie « propre ». Avec une
quantité moindre de matière grasse, il est possible d’enrichir un
aliment en composés sous forme native ayant un rôle physiologique
clé.
À partir d’huiles plus connues, comme le colza ou le tournesol,
il est possible par sélection variétale traditionnelle d’obtenir
des variétés plus adaptées à certaines applications. P. Lesigne
(Sté Monsanto International) nous a notamment présenté des huiles
riches en acide oléique plus résistantes à l’oxydation, à teneur
réduite en saturés et permettant de réduire la formation d’AGT.
Lipides et satiété
Le Pr P. Besnard (Ensbana, UMR Inserm U866) nous a tout d’abord
présenté l’influence non seulement de l’odeur et de la texture des
lipides, mais aussi de leur goût « biochimique », sur la
régulation de la prise alimentaire. Des résultats récents suggèrent
que la gustation est impliquée dans la consommation excessive de
lipides, en plus des perceptions tactiles et olfactives associées
au plaisir.
Puis nous avons eu 2 présentations sur des nouveaux
ingrédients :
Le Dr H. Keizer (Lipid Nutrition, IOI Group, Pays-Bas) nous
a parlé de PinnoThin™, huile de pin de Corée riche en acide
pinolenique, acide gras de la famille des oméga-6, qui a montré
lors d’études cliniques son effet sur les hormones liées à la
satiété (augmentation de la production de GLP-1 et de CCK) ainsi
qu’une réduction de la prise alimentaire et une baisse de poids
corporel associée.
Enfin, le Dr P. Rijken (DSM Food Specialties, Pays-Bas) a
présenté Fabuless™, un ingrédient constitué d’une émulsion de
fraction d’huiles de palme et d’avoine. La qualité de l’émulsion
lui permet de ne pas être totalement détruite par les lipases, et
l’arrivée de lipides non digérés dans l’iléon génère des signaux de
satiété. Les produits laitiers sont un véhicule intéressant et
approprié pour cet ingrédient.
Conclusion
Concernant les applications alimentaires, comme nous l’a rappelé C.
Kohler (Conseil Alimentation Santé), il convient avant tout
lancement d’un nouvel ingrédient de s’assurer de son statut
réglementaire, afin de vérifier si un dossier Novel Food est ou non
nécessaire. Importance de la législation, qui peut être vue comme
un frein à l’innovation, mais qui garantit la sécurité du
consommateur.
Nous avons pu voir que les huiles et leurs dérivés sont
largement concernés par cette procédure, avec notamment durant ces
2 jours les exemples de l’huile de lin, de l’huile d’Echium,
des concentrés d’huile de colza et de germe de maïs. Certaines
huiles échappent au statut de Novel Food, du fait d’une utilisation
traditionnelle locale, comme c’est le cas de l’huile de pin de
Corée.
Si notre diète est trop riche en lipides, les preuves sont de
plus en plus nombreuses pour démontrer que la quantité n’est pas le
seul facteur à prendre en compte, mais que la qualité des lipides
est également fondamentale.
Ainsi, de même que tous les oméga-3 ne sont pas équivalents
(ALA, EPA, DHA), tous les oméga-6 ne sont pas équivalents (GLA,
pinolénique). Tous les acides gras saturés non plus, comme le
rappelait P. Legrand avec le rôle de l’acide myristique dans le
métabolisme des O3.
Dans la lutte contre l’obésité, nous avons également vu le rôle
des lipides sur leur propre métabolisme, et leur influence sur la
régulation hormonale de l’appétit et de la prise de poids. Bien
qu’étant de nature lipidique, de nouveaux ingrédients semblent
avoir une action positive sur la gestion du poids.
Nous avons vu aussi que les compléments alimentaires et les
aliments peuvent jouer des rôles complémentaires pour le
rééquilibrage de la diète.
De même, traitements cosmétiques et alimentation peuvent
permettre une approche globale et synergique des problématiques
liées à la peau et son équilibre. C’est ce qu’A. Castera a nommé
dermo- et nutri-cosmétique, inside and outside nutrition.
Les aliments fonctionnels vont donc vraisemblablement continuer
à se développer avec succès, en particulier dans le domaine de la
dermonutrition.
Les fournisseurs découvrent ou redécouvrent de nombreuses
sources de lipides fonctionnels, on peut citer : fenugrec,
baobab, amarante, pépins de grenade, bourrache, buruti, ciste,
kokum, mowrah, sal, echium…, qui permettent des bénéfices multiples
et des approches marketing innovantes.
Le rôle des constituants dits « mineurs », tels que
caroténoïdes, polyphenols, squalène…, a été également mis en avant
à de nombreuses reprises.
Dans tous les domaines d’application, et comme l’on souligné
plusieurs intervenants, il faut noter l’importance de la
préservation et de la meilleure exploitation des ressources
halieutiques, mais aussi des sources végétales terrestres.
Ces aspects de développement durable et de biodiversité sont
maintenant pris en compte quasi systématiquement, que ce soit en
alimentaire, pour les compléments ou en cosmétique. Ceci est
particulièrement vrai dans le cas de sources provenant de cultures
à faibles échelles (ex : argan, baobab…), dans des pays
émergents où les aspects socioéconomiques sont clés.
Ces journées ont également été l’occasion de rendre un
chaleureux hommage à la mémoire de Michel Ollivon, disparu l’an
dernier (In memoriam dans OCL, 2007, n° 5, p. 257), en lui
remettant la médaille Chevreul à titre posthume en présence de son
épouse, de ses collègues et amis.
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