ARTICLE
Auteur(s) : Véronique Rossow
Ets B.Rossow et Cie, 92 Avenue du Général de Gaulle, 92635
Gennevilliers CEDEX
Les nouvelles tendances en cosmétique
La plupart des fabricants de produits cosmétiques développent
aujourd’hui des gammes complètes de produits cosmétiques naturels,
qu’ils font pour la plupart certifier par des organismes agréés
(Ecocert, Qualité-France, etc.) [1, 2]. Cette demande croissante a
amené les fabricants de matières premières à ajuster leurs axes de
recherche et à apporter des produits qui correspondent à ces
nouveaux besoins tant par leur origine (naturelle ou végétale) que
par leurs procédés de fabrication (« chimie verte »).
Depuis ces dernières années, grâce à une disponibilité croissante
de matières premières d’origine végétale, l’enjeu du formulateur
n’est plus de pouvoir développer une formule cosmétique totalement
« verte », mais de développer une formule verte ayant des
propriétés cosmétiques aussi attractives que celles des
formulations plus traditionnelles.
La revendication « substance d’origine naturelle ou
végétale » s’accompagne donc de plus en plus d’autres
revendications plus ciblées qui réfèrent par exemple à l’origine
physique de la source (telle que « matière première
biologique »), ou bien à son origine géographique (connotation
d’exotisme, référence à des coutumes locales, etc.).
Ainsi, dans le cas des beurres et des cires, la plupart des
nouveautés correspondent à ces tendances, soit par une recherche de
nouvelles sources, ou procédés de fabrication moins chimiques, soit
par une valorisation de leurs utilisations.
Les beurres
Par définition, les beurres sont des corps gras solides à
température ambiante, qui fondent à des températures proches de
celle de la peau. On distinguera les beurres natifs (généralement
extraits de noyaux ou de graines, et dont les constituants
principaux sont des triglycérides) des beurres
« fabriqués », obtenus par divers procédés physiques ou
chimiques, et dont les textures sont proches de celles des beurres
natifs.
Ces matières premières connaissent un regain d’intérêt auprès
des formulateurs de produits cosmétiques naturels, car ils sont
faciles à formuler, sont de très bons émollients et participent
grandement à l’amélioration du toucher des formules [3]. Les plus
connus (beurres de Karité, de mangue, du cupuaçu) rentrent dans la
composition aussi bien de produits de soin que de maquillage,
auxquels ils apportent onctuosité, glissant, émollience, et
permettent d’augmenter l’homogénéité des phases grasses [4, 5].
L’impact marketing qu’ils apportent à une formulation reste un
critère important dans le choix que fera un formulateur d’utiliser
une source ou une autre.
Avec la connotation « exotique », on voit apparaître
de plus en plus de matières premières d’origines lointaines. Si
l’Amérique du Sud, avec notamment le Brésil et l’Amazonie, est
toujours très prisée, l’Inde – dont la biodiversité est également
très riche – devient source de nouvelles substances très
intéressantes.
Ainsi on trouve aujourd’hui proposés aux formulateurs ces trois
nouveaux beurres natifs, dont les principales caractéristiques sont
données dans le tableau 1.
La composition chimique de ces beurres influe sur leurs
propriétés d’usage :
- – Le beurre de kokum est un bon candidat pour remplacer
le beurre de cacao car il a une composition en triglycérides
uniforme [6].
- – Le beurre de mowrah, utilisé par les populations
locales aussi bien en cosmétique qu’en alimentaire, présente une
teneur en AGPI qui en fait un bon candidat pour les formulations
« anti-rides » [7].
- – Le beurre de sal, par sa fraction d’insaponifiable,
est également recommandé dans des formulations hydratantes et
anti-âges [8].
Les industriels restent cependant confrontés au besoin de
renouveau constant, dans une industrie où le temps de développement
d’une nouvelle source d’approvisionnement et le respect des
réglementations imposent de trouver d’autres voies que le
100 % naturel.
On voit ainsi de plus en plus de beurres fabriqués être proposés
aux formulateurs.
L’objectif étant de créer un produit ayant une texture similaire
à celle d’un beurre afin d’apporter de l’onctuosité et de
l’émollience, on peut recenser plusieurs procédés physiques et/ou
chimiques permettant d’y parvenir :
- – Le plus couramment utilisé car le plus simple,
consiste à mélanger une huile à des corps gras de divers points de
fusion, afin d’obtenir le beurre équivalent.
- – L’hydrogénation partielle d’une huile permet également
d’obtenir une texture proche d’un beurre. Ce procédé industriel
présente l’intérêt d’être accepté par des référentiels de
certification « produits cosmétiques naturels » tel que
Ecocert.
- – Le mélange d’une huile et de cette même huile
hydrogénée est aussi une autre voie d’obtention.
Mais selon le procédé de fabrication, on pourra sous une même
dénomination générique trouver de très grandes différences
physico-chimiques.
Si l’on prend l’exemple du beurre d’avocat et de son point de
fusion : obtenu par mélange d’huile vierge d’avocat à divers
corps gras, son point de fusion de 48,9 à 60 °C (méthode ASTM
D-127) [9], alors qu’il est de 38 à 48 °C (méthode NFT60-121)
quand il est obtenu par hydrogénation partielle d’une huile
d’avocat raffinée [10]. Les caractéristiques données ici dépendent
également du producteur autant que de la méthode de fabrication
utilisée.
Cependant, certaines huiles véhiculent une très bonne image
marketing, qui se répercute sur les beurres correspondants (exemple
du beurre de germe de blé, beurre de neem, beurre d’olive, beurre
d’orange, etc.).
Tableau 1 Compositions et propriétés physico-chimiques
de 3 beurres natifs (origine : Inde). D’après [6-8]).
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|
Beurre de kokum
|
Beurre de mowrah
|
Beurre de sal
|
|
Nom INCI
|
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Garcinia Indica Seed Butter
|
Madhuca Latifolia & Madhuca Longifolia
|
Shorea Robusta
|
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Composition
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AGS
|
52-68 %
|
36-59 %
|
48-63
|
|
AGMI
|
30-42 %
|
28-44
|
37-43
|
|
AGPI
|
0-2 %
|
11-20
|
0-4
|
|
Insaponifiable
|
0,2-1 %
|
ND
|
0.6-2.2
|
|
Propriétés physico-chimique
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|
- Point de fusion
- (AOCS Cc3-25)
|
37-40 °C
|
34-38 °C
|
34-38 °C
|
|
Indice d’acide (AOCS Cd3a-63)
|
< 2
|
ND
|
ND
|
|
Indice d’iode (AOCS Tg2a-64)
|
30-50
|
53-70
|
35-43
|
|
Indice de saponification (ISO 3657-1988)
|
187-193
|
187-200
|
178-192
|
Les cires
Et l’on retrouve cette même démarche pour les cires,
puisqu’aujourd’hui, sont proposées sous la terminologie de
« cire », des substances natives ou bien fabriquées (par
hydrogénation).
Les cires sont par définition des composés ayant un point de
fusion élevé, et leur composition chimique varie selon les espèces
végétales.
Aujourd’hui, les nouvelles cires d’origine naturelle proposées
aux formulateurs sont extraites principalement des fruits et des
fleurs. Elles jouent alors plus un rôle d’actif que d’excipient par
les revendications auxquelles elles sont associées.
- – La cire de mimosa (nom INCI : Acacia Decurrens
Flower Wax) est de couleur jaune, a un point de fusion de
60-65 °C, un indice d’acide entre 8 et 18, et un indice de
saponification entre 50 et 70. Elle est principalement constituée
d’esters à longues chaînes, et contient des phytostérols [11].
- – La cire d’orange (nom INCI : Orange peel wax) est
quant à elle semi-solide, et contient des molécules biologiquement
actives telles que des caroténoïdes (pigments naturels,
antioxydants et précurseurs de vitamines), des stérols
(anti-inflammatoires) et des flavonoïdes (antioxydants,
antimicrobiens) [12].
- – La cire de citron (nom INCI : Citrus Medica
Limonum (Lemon) Peel Extract) dérive des cires contenues dans
l’écorce du fruit. Elle contient des bioflavonoïdes (polyphénols)
et porte ainsi des revendications cosmétiques multiples telles que
anti-inflammatoire, hydratante, émolliente, anti-cellulite, etc.
[13].
Les substituts
En parallèle de la tendance « produits naturels »,
plusieurs excipients utilisés depuis longtemps en formulation
cosmétique ont vu leur réputation mise à mal. C’est le cas de la
vaseline, produit dérivé du pétrole, et de la lanoline et ses
dérivés (origine animale).
Le toucher reste la propriété première d’un émollient, et dans
le cas de la vaseline, c’est ce paramètre qui a été ciblé pour la
mise au point des substituts d’origine végétale [14].
Pour la lanoline et ses dérivés, qui sont largement utilisés
dans les applications maquillages, les propriétés apportées sont à
la fois cosmétiques (brillant, pouvoir humectant) et techniques
(aide à la dispersion de pigment, augmentation de la plasticité des
cires) [15].
Les nouvelles alternatives « vertes » proposées
aujourd’hui proviennent de la chimie des esters de polyglycérols,
qui combinent plusieurs des propriétés de la lanoline, tout en
ayant une meilleure stabilité thermique, et présentant des
propriétés organoleptiques neutres [16].
Les nouveaux usages
La bougie de massage est une très bonne illustration de la maîtrise
d’un savoir-faire et de son adaptation aux attentes du marché
croissant du bien-être.
Constituée d’un mélange d’huiles et de cires d’origine
naturelle, cette nouvelle forme galénique présente deux propriétés
principales : un point de goutte faible du mélange de corps
gras, pour qu’une fois la mèche allumée, la bougie fonde à une
température proche de celle de la peau ; associé à une faible
pénétration de l’huile de massage obtenue après fusion de la
bougie.
Conclusion
Ces différents exemples de nouvelles matières premières répondent à
la fois à la demande du consommateur final, mais aussi aux
préoccupations des industriels par rapport à l’évolution des
réglementations, et principalement la nouvelle réglementation
européenne CE 1907/2006 (REACH) [17], laquelle favorise le
développement durable au travers du respect de la santé humaine et
de l’environnement.
Les perspectives de développement s’inscrivent ainsi dans une
logique partagée par toute la chaîne d’approvisionnement, où la
traçabilité et l’innocuité d’une matière première (de sa source à
sa formulation) deviennent aussi importantes que ses propriétés
intrinsèques.
Références
1 ECOCERT.
http ://www.ecocert.fr/-Nos-services-et-notre-savoir-faire.html.
2 QUALITÉ FRANCE. http ://www.qualite-france.com.
3 Ramirez J, Moroni L. Formulating with exotic
butters. Pers Care Mag March 2008 : 13-5.
4 Mouloungui Z, Alfos C, Rossignol-Castera A.
Utilisation des lipides non polaires dans les rouges à
lèvres : état de l’art et perspectives. OCL 2006 ;
13(5) : 326-8.
5 De Clermont-Gallerande H. Evolution des corps gras dans
la formulation des rouges à lèvres au cours des quinze dernières
années. OCL 2006 ; 13(5) : 322-5.
6 OILS BY NATURE. Fiche Technique Kokum Butter.
http ://www.oilsbynature.com/products/kokum-butter-refined.htm.
7 OILS BY NATURE. Fiche Technique Mowrah Butter.
http ://www.oilsbynature.com/products/mowrah-butter-refined.htm.
8 OILS BY NATURE. Fiche Technique Sal Butter.
http ://www.oilsbynature.com/products/sal-butter-refined.htm.
9 STRAHL & PITSCH INC. Fiche Technique Butters.
http ://www.spwax.com/newprods.htm.
10 OILS BY NATURE. Fiche Technique Avocado Butter.
http ://www.oilsbynature.com/products/avocado-butter.htm.
11 KAHL. Fiche Technique Mimosa Wax 6602.
http ://www.kahlwax.de.
12 KOSTER KEUNEN. Fiche Technique Orange Peel Wax.
http ://www.kosterkeunen.com.
13 KOSTER KEUNEN. Fiche Technique Lemon Peel Wax.
http ://www.kosterkeunen.com.
14 STRAHL & PITSCH INC. Fiche Technique « Natural wax
Jellies. http ://www.spwax.com/newprods.htm.
15 BARONE S, COHEN I, SCHLOSSMAN M. Lipstick technology. SCC
2006 – Monograph Number 8.
16 ROSSOW COSMÉTIQUES. Fiche Technique Lanoline substitutes
(Rossow Cosmétiques pour Sakamoto).
17 COMMISSION EUROPEENNE.
http ://ec.europa.eu/environment/chemicals/reach/reach_intro.htm.
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