ARTICLE
Auteur(s) : Stéphane Lozachmeur, Véronique Sanceau
SAS POLARIS, Moulin du Pont, 29170 Pleuven, France
Chaque année, plus de 80 millions de tonnes de poissons sont
pêchés dans les mers et océans du globe. Un tiers d’entre eux sont
utilisés dans la fabrication d’huiles de poissons.
Nous assisterons dans quelques années au dépeuplement des océans
si les conséquences des actes humains ne cessent pas. Plus de
80 % des réserves de poissons ont été décimées ces 15
dernières années. Les ressources des océans ne sont pas infinies.
De plus, si elles sont, pour la plupart, exploitées à fond, l’accès
à ces ressources reste libre dans un trop grand nombre de
pêcheries. En conséquence, il y a aujourd’hui trop de bateaux de
pêche et pas assez de poissons. D’ici 2050, les ressources de
poissons vont disparaître. Ce constat alarmant est dû à plusieurs
facteurs montants de la société d’aujourd’hui :
- – l’excès d’investissements dans le secteur de la pêche
qui s’est traduit par une surexploitation ;
- – l’appauvrissement des stocks de poissons au niveau
mondial dû à la surpêche ; le problème de la surpêche est le
problème majeur de cet enjeu : on pêche trop et trop de
spécimens jeunes voire immatures ;
- – l’urbanisation du littoral : de plus en plus de
propriétés se construisent sur les littoraux ;
- – le réchauffement climatique : de nouvelles espèces
de poissons apparaissent dans différentes régions à cause de
l’augmentation en température de la mer et s’y adaptent aux dépens
des espèces locales.
La biodiversité est alors un facteur essentiel de la capacité
des espèces à résister à ces perturbations.
État des ressources halieutiques
52 % des ressources sont pleinement exploitées, 20 % sont
modérément exploités, 7 % sont appauvris, 3 % sont
sous-exploités et 1 % des ressources est en voie de
reconstitution. Au total, la production halieutique mondiale
s’élève à 80 millions de tonnes chaque année, dont 75 %
sont destinés à la consommation humaine directe, le reste étant
utilisé pour les farines et huiles de poissons (figure 1).
Il apparaît que certaines zones de pêche sont également plus
exploitées que d’autres et représentent ainsi aujourd’hui de
réelles zones problématiques comme l’Atlantique Sud-Est, le
Pacifique Sud-Est ou l’Atlantique Nord-Ouest.
Certaines espèces de poissons sont bien préservées comme les
saumons sauvages (par exemple en Alaska), les sardines et
maquereaux (intéressants pour les oméga-3), les bars… Mais d’autres
espèces sont réellement menacées de disparition comme les requins,
morues, merlus, colins, raies, thons rouges…
Ces faits ont alors des répercussions sur les huiles de poisson.
Le prix de l’huile de poisson brute augmente et est passé d’un prix
constant de 700 dollars en janvier 2006 à 1
800 dollars en janvier 2008 (figure 2). Cette
augmentation ne joue pas en faveur du marché des compléments
alimentaires alors qu’il y a une prise de conscience générale des
oméga-3 et de leurs bienfaits sur le marché mondial. De plus, nous
assistons à une pénurie de l’huile de poisson
18 EPA- 12 DHA %, huile la plus utilisée dans
les compléments alimentaires destinés à la prévention des maladies
cardiovasculaires. Nous assistons donc à un enjeu global :
augmentation de la demande en huile de poisson, donc augmentation
du prix mais appauvrissement des ressources.
L’huile de thon, qui est particulièrement riche en oméga-3 DHA,
est très utilisée dans les compléments alimentaires visant à
améliorer la santé mentale ou la vision, mais le thon fait partie
des espèces de poissons en sursis… La production mondiale des
principaux thons du marché a augmenté à un rythme régulier :
en 1950, elle était inférieure à 0,5 million de tonnes, pour
atteindre 4,3 millions de tonnes en 2004. La pêche de thons
représente 65 % de la pêche annuelle globale. L’huile est
tirée de la tête du poisson et est très riche en acides gras
polyinsaturés oméga-3 et en phospholipides : 5 % soit
45 mg/g d’EPA et 25 % soit 200 mg/g de DHA. Le
marché des oméga-3 représente 4,6 milliards d’euros en 2006 et les
ventes pourraient atteindre 5,3 milliards en 2011, avec une
domination des oméga-3 d’origine marine sur ceux d’origine
végétale.
Les oméga-3 d’origine marine ont donc le vent en poupe mais font
face à certaines limites : les ressources de poissons et
sources d’approvisionnement diminuent. C’est pourquoi les solutions
alternatives sont en développement.
Développement de solutions alternatives
Près d’un poisson sur deux provient de l’aquaculture. L’essor de
l’aquaculture (plus de 10 % par an), qui nécessite de plus en
plus d’aliments composés riches en lipides (60 % de l’huile de
poisson produite), fait fortement augmenter la demande en huile de
poisson (figure
3). D’ici 2030, l’aquaculture sera la principale source
d’approvisionnement en poisson. L’intérêt de la production accrue
de l’aquaculture permettra de contrebalancer les pertes de prises
de pêche. L’aquaculture apparaît donc comme une alternative aux
captures de pêche et surpêche qui ne cessent d’augmenter dans le
monde. Cependant, le risque est une modification du profil des
acides gras des huiles de poissons issus de l’aquaculture si leur
nourriture s’épuise en source marine.
Une autre alternative aux huiles marines pourrait être les
huiles végétales. Certaines sont riches en oméga-3. Par exemple,
l’huile de colza est riche en acide alphalinolénique (9 %),
acide gras essentiel précurseur de la famille des oméga-3.
Cependant, des études montrent des taux de conversion de l’ALA en
EPA et DHA inférieurs à 5 % chez l’Homme [1]. Les huiles
végétales n’ont donc pas la même valeur nutritionnelle ni la même
biodisponibilité que les huiles de poissons.
La valorisation des co-produits constitue une solution
alternative à l’huile de poisson. La nécessité de mieux valoriser
les ressources halieutiques grâce à la valorisation des co-produits
est importante pour diverses raisons : le déficit nutritionnel
protéique de certaines populations, la nécessité de rentabilité
économique, la demande croissante du marché en produits élaborés,
le besoin de diversification des unités de transformation et la
préservation des ressources halieutiques. Selon le rapport de la
FAO [2], la part de poisson consommée n’est que de 50 %, ce
qui représente un total de 70 millions de tonnes de produits
halieutiques pêchés et non consommés. 96 % des co-produits
sont valorisés en masse ; ils sont répartis ainsi : 80
000 tonnes pour les farines et huiles, 30 000 tonnes pour les
hydrolysats protéiques et 33 000 tonnes pour les hachis congelés.
Les procédés technologiques actuels pour la valorisation des
co-produits sont les productions de pulpes de poissons stabilisées,
les produits alimentaires intermédiaires ou filières, les
productions associées de farines et huiles de poissons par
extraction à froid et l’extraction des acides gras
polyinsaturés.
Les micro-algues constituent également une solution alternative
en tant que biotechnologie. Les micro-algues sont des organismes
microscopiques unicellulaires procaryotes (cyanobactéries) et
eucaryotes (micro-algues). Cet ensemble forme le phytoplancton,
ensemble très hétérogène (en termes de morphologie et de
physiologie), à la base de la chaine alimentaire marine. Certaines
micro-algues sont capables de produire des triglycérides jusqu’à
70 % de leur biomasse et certaines d’entre elles sont riches
en acides gras oméga-3 EPA ou DHA. Le marché des Single Cell Oil
(SCO) reste réservé, en raison des coûts élevés de production, à la
production d’acides gras à longueur de chaine supérieur à 20, en
plein développement.
Conclusion
Les ressources halieutiques sont de plus en plus limitées dans le
monde pour diverses raisons : problème de surpêche, pollution,
réchauffement climatique… « Optimiser et gérer les ressources
halieutiques mondiales en promouvant une meilleure connaissance des
biomasses » paraît très important pour la protection des
ressources aujourd’hui et à l’avenir, et est ainsi ancré dans
l’éthique de Polaris. Les solutions sont nombreuses : la
valorisation des co-produits, optimisation de la transformation
« on-board » des co-produits, les biotechnologies, le
génie génétique… Ces alternatives donnent ainsi de l’espoir à
l’avenir des ressources d’huiles de poissons. La nécessité d’une
prise de conscience collective pour une utilisation raisonnée de la
biomasse marine est primordiale pour tous les acteurs de la
pêche et des professionnels des ingrédients.
Références
1 Brenna JT. Efficiency of conversion of alpha-linolenic acid
to long chain n-3 fatty acids in man. Curr Opin Clin Nutr Metab
Care 2002 ; 5 : 127-32.
2 FAO. Situation mondiale de l’aquaculture 2006. Document
technique sur les pêches n°500. Rome, 2006.
Pour en savoir plus
3 Lipid Technology August 2007, WILEY-VCH Verlag GmbH&Co, KGaA,
Weinheim.
4 IFFO : International Fishmeal and Fish oil
Organization.
5
http ://www.fao.org/fi/website/FIRetrieveAction.do?dom=countysector&xml=FI-CP_PE.xml&Lang=en.
6 http ://imarpe.GOB.PE
http ://www.imarpe.gob.pe/imarpe/pelagicos/anch_mar07.pfd.
7 Guide des espèces à l’usage des professionnels –
www.seafoodchoices.org.
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