ARTICLE
Auteur(s) : Marie
Geneviève Maloumbi1, Jocelyne Dhellot2,
Thomas Silou2, Alain Tchapla1, Sylvie Héron1
1Groupe de chimie analytique de Paris-Sud, EA 40-41,
LETIAM, IUT d’Orsay (Univ. Paris Sud), Plateau du Moulon, F 91400
Orsay, France
2Equipe pluridisciplinaire de recherche sur
l’alimentation et la nutrition (EPRAN), Faculté des Sciences BP 69,
Brazzaville, Congo
Article reçu le 15 Juin 2007, accepté le 25 Mai 2008
Introduction
Les huiles non conventionnelles constituent une alternative de
développement pour les populations des pays émergents [1]. Parmi
elles, les graines de cucurbitacées avec leur forte teneur en
lipides sont de bonnes candidates [2, 3]. Nous avons donc entrepris
de déterminer la composition de la fraction saponifiable des
graines de cucurbitacées consommées couramment dans la région
équatoriale et ouest-africaine.
Usuellement cette composition est donnée par le bilan pondéral
des esters méthyliques des acides gras constitutifs issu d’analyses
menées en chromatographie gazeuse capillaire (CGC) [4]. Elle ne
permet pas de connaître la composition réelle en triacylglycérols
(TAG). Bien que l’analyse directe des TAG par CGC soit possible,
elle nécessite de travailler à haute température, des conditions
approchant les limites actuelles de cette technique analytique [5,
6]. La chromatographie liquide haute performance (CLHP) offre une
alternative mieux adaptée à leur analyse. Les études sont alors
menées en mode de polarité inversée de phases non aqueuses (NARP)
[7-9]. Parmi tous les modes de détection des TAG possibles, le
détecteur évaporatif à diffusion de la lumière (DEDL) offre un des
meilleurs compromis [10], bien qu’il ne donne ni de réponse
directement proportionnelle à la concentration pour un soluté
donné, ni identique pour chacun des solutés [11]. En conséquence,
l’analyse quantitative de tous les TAG d’un mélange nécessite la
détermination de la courbe d’étalonnage de chacun d’entre eux.
Dans ce travail nous avons utilisé deux méthodes permettant
d’exploiter de manière quantitative les résultats obtenus en
CLHP-DEDL sans avoir besoin de standards : la première basée
sur la détermination de rapports d’aires normalisés [12], l’autre
basée sur l’établissement préalable de la courbe générale de
réponse du DEDL [13, 14].
Les bilans quantitatifs obtenus par les trois méthodes
chromatographiques (2 en CLHP, 1 en CGC) ont été traités par
analyse de données afin de mettre en évidence leurs avantages et
leurs inconvénients respectifs dans le but de différencier les
huiles qui dans le cas particulier de cette étude ont été des
huiles de cucurbitacées.
Matériel et méthodes
Solvants
L’hexane, le chloroforme, le THF (VWR International,
Fontenay-sous-bois, France), l’acétonitrile (Acros, Noisy le Grand,
France) et le chlorure de méthylène (Carlo Erba, Milan, Italie)
étaient tous de qualité HPLC.
Matériel végétal
Les graines proviennent de cinq pays : la République
Démocratique du Congo (RDC), la République Centrafricaine (RCA), le
Cameroun, le Niger et le Congo Brazzaville. Dans ce dernier cas
elles proviennent des zones suivantes : Bouenza-Lekoumou,
Pool, Plateaux Batékés, Brazzaville et Pointe-Noire.
Trente-quatre huiles de graines issues de huit espèces
différentes de six genres de Cucurbitacées (tableau 1) ont été analysées. Afin de garantir
l’authenticité des espèces sélectionnées, les graines analysées ont
été achetées séchées et non décortiquées. Le décorticage a été fait
manuellement.
L’extraction des lipides totaux a été conduite selon un mode
opératoire précédemment décrit [12].
Tableau 1 Origine et codification des graines de
cucurbitacées analysées (les chiffres représentent les deux
derniers chiffres de l’année de récolte).
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Pays/Lieux de collecte de graines
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Genres et espèces de graines
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Codification des graines
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Congo BZV/Mouyondzi (Mouy)
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Citrullus lanatus
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Cl Mouy 03
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- Cucurbita moschata
- Ntsouéké
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Congo BZV/Tshiguiri (Tshi)
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Cucurbita pepo
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Cp Tshi03
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Congo BZV/Plateau Batéké (Plat)
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- Cucurbita moschata
- Cucurbita pepo
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Congo BZV/Kibouendé (Kiboué)
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Lagenaria siceraria
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Ls Kiboué 03
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Congo BZV/Kibongui (Kibo)
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Cucurbita pepo
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Cp Kibo 03
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Congo BZV/Louingui (Loui)
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Lagenaria siceraria
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Ls Loui 03
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Congo BZV/Mati (Mat)
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Lagenaria siceraria
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Ls Mat 03
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Congo BZV/Mbanza-Nkolo (Mbk)
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- Cucurbita moschata
- Cucurbita pepo
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Congo BZV/Mbanza- Ndounga (MbNd)
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Lagenaria siceraria
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Ls MbNd 03
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Congo BZV/Brazzaville (Bzv)
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- Citrullus lanatus
- Cucurbita moschata
- Cucurbita pepo
- Luffa cilindrica
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- Cl Bzv 01, Cl Bzv 03
- Cmo Bzv 03
- Cp Bzv 01, Cp Bzv 03
- Lc 03
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Congo BZV/Pointe Noire (P/N)
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- Citrullus lanatus
- Cucurbita moschata
- Cucurbita pepo
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- Cl P/N 03
- Cmo P/N 03
- Cp P/N 03
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RDC/Bas-Ndoudou (RDC)
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Citrullus lanatus
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Cl RDC 03
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RDC/Bas-Zaïre (RDC)
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Mbika
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Mbi 03
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République centrafricaine (RCA)
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- Citrullus lanatus
- Cucurbita pepo
- Lagenaria siceraria
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- Cl RCA04
- Cp RCA 04
- Ls RCA 04
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Cameroun (Cam)
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- Cucurbita pepo
- Lagenaria siceraria
- Cucumis sativus
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- Cp Cam 04
- Ls Cam04
- Cs Cam04
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Niger
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Lagenaria siceraria
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Ls Niger04
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Analyse des acides gras par chromatographie en phase gazeuse
(CGC) (méthode 1)
L’analyse des esters méthyliques d’acides gras obtenus après
transestérification a été réalisée en suivant les conditions
expérimentales décrites par Silou el al. [15]. L’ester méthylique
de l’acide heptadécanoïque a été choisi comme étalon interne.
Analyse des triacylglycérols par chromatographie liquide haute
performance (CLHP) (méthodes 2 et 3)
Les conditions analytiques ont été précédemment décrites [8, 9].
L’identification des TAG a été effectuée selon la méthodologie de
Héron et al. [16] en prenant les huiles de courge, soja et
calophyllum [9] comme référence.
L’analyse des TAG dans le cas de la méthode 3 a été conduite en
mode gradient d’élution MeCN/CH2Cl2 (70/30 à
40/60 en 35 min) à un débit de 1 ml/min.
Pour chaque méthode, chaque huile a fait l’objet de six analyses
indépendantes.
Analyse de données
Le grand nombre de données à traiter, (5×34) pour les esters
méthyliques et (18×34) pour les triacylglycérols, l’a été en
analyse factorielle discriminante et en analyse en composantes
principales (XL-stat. Version 7.1, Addinsoft, Paris, France).
Méthodologie
Analyse par CLHP basée sur des valeurs relatives, rapports
d’aires normalisés (méthode 2)
Afin de pouvoir comparer les différentes huiles, la concentration
et le volume injectés ont été adaptés de telle façon que l’aire du
TAG PLL pris en référence et présent dans toutes les huiles soit la
même. Le rapport : aire du pic de chaque TAG/aire du pic de
PLL permet alors de comparer l’abondance relative de chaque TAG
pour les différentes huiles analysées [12].
Analyse par CLHP basée sur la détermination de la courbe
générale de réponse du DEDL (méthode 3)
La réponse d’un DEDL est couramment modélisée par la relation
empirique : A = a.mb, avec A surface du pic
chromatographique, m masse du composé, a coefficient de réponse du
détecteur et b, exposant de la loi de puissance. a et b dépendent
de nombreux paramètres [11] et sont déterminés expérimentalement à
partir des courbes de réponse tracées pour chaque TAG sous la forme
dérivée Log A = Log a + b Log m.
Plusieurs auteurs ont remarqué que lorsque b augmente, Log a
diminue [14]. Récemment Héron et al. ont montré que b et Log a
varient proportionnellement [14], que l’analyse soit conduite en
phase mobile partiellement aqueuse ou non aqueuse, pour un seul
composé analysé dans différentes conditions, pour plusieurs
composés de classes chimiques différentes analysés dans une même
phase mobile ou encore avec différentes températures du tube
évaporateur du DEDL. Ceci a été mis à profit pour proposer une
nouvelle méthode de dosage lorsque les standards de chaque soluté
ne sont pas disponibles. Elle nécessite la détermination préalable
de cette relation de proportionnalité. La démarche qui a été
proposée se décompose en trois étapes [13].
Détermination de la réponse générale du DEDL
Cela nécessite de déterminer expérimentalement le couple de valeurs
(b, Log a) à partir du tracé de la courbe d’étalonnage Log A = Log
a + b Log m de composés standard choisis préalablement, que ces
standards soient présents ou non dans le mélange. Il suffit alors
de tracer la droite de réponse générale du détecteur b = f (Log a).
Afin d’avoir une bonne précision sur le tracé de cette droite il
faut déterminer un minimum de six valeurs différentes de couples
(b, Log a) couvrant une grande étendue de valeurs expérimentales de
b. Plus les composés standard choisis sont de structures chimiques
proches de celles des composés à analyser, meilleure sera la
précision du dosage.
Détermination de la valeur de b de chacun des solutés d’un
mélange
Elle nécessite l’analyse chromatographique d’au moins trois
solutions du mélange à analyser de dilution différente. La valeur
numérique de b est donnée par la pente des courbes Log
A = f(coefficient de dilution) établies pour chacun des
composés, à la seule condition que la mesure de sa surface de pic A
soit précise, c’est-à-dire que les pics soient bien résolus.
Détermination des quantités de solutés présents dans un mélange
complexe
Connaissant pour chacun des composés du mélange (qu’ils soient
identifiés ou non) la valeur de b, on remonte à (Log a) grâce à
l’équation établie à la première étape. Finalement, à partir de la
surface du pic chromatographique, la masse de chacun des solutés
présents dans l’échantillon est obtenue grâce à la relation :
réciproque de A = a.mb
Résultats obtenus
Composition en acides gras (méthode 1)
L’ensemble des huiles analysées présente la même composition
qualitative. Les esters méthyliques de cinq acides gras ont été
identifiés : les esters palmitique EP, stéarique ES, oléïque
EO, linoléïque EL et linolénique ELn.
Composition en triacylglycérols (TAG)
Les 18 mêmes TAG ont été identifiés, quelle que soit l’huile
analysée : six majoritaires (LLL, OLL, PLL, OOL, SLL, POL),
neuf minoritaires (PPL, OOO, SOL, POO, PSL, PPO, SOO, SSL, PSO) et
trois à l’état de traces (LnLnLn, LLnLn, LLLn).
Comme en CGC, les chromatogrammes HPLC des huiles présentent des
profils similaires.
Analyse statistique des résultats
Les résultats obtenus par les trois méthodes de dosages pour
chacune des 34 huiles, ont été comparés en analyse factorielle
discriminante (AFD) et en analyse en composantes principales (ACP).
Dans le cadre de cette étude, l’AFD a été utilisée pour
déterminer si une huile classée a priori dans un groupe appartenait
bien à ce groupe et pour mettre en évidence les variables
analytiques permettant de les regrouper. La donnée qualitative dont
on a cherché à contrôler la pertinence était le genre et l’espèce
de chaque graine, à savoir : Citrullus lanatus (Cl), Cucurbita
moschata (Cmo), Cucurbita pepo (Cp) et Lagenaria siceraria (Ls).
Les huiles de Mbika (Mbi), Cucumis sativus (Cs Cam), Ntsouéki
Mouyondzi (NTS Mouy) et Luffa cilindrica (Lc) ont été enlevées de
l’étude en AFD car obtenues à partir d’un seul individu. L’analyse
en composantes principales a été utilisée pour voir comment les
différentes huiles de Cucurbitacées se répartissent les unes par
rapport aux autres, et sur quel critère elles se ressemblent ou se
différencient.
Analyse factorielle discriminante : AFD
Les diagrammes obtenus sont représentés sur les figures 1A, 2A et
3A (pour la représentation des vecteurs correspondants aux
variables) et 1B, 2B et 3B (pour la position des individus dans ce
diagramme).
Quelle que soit la méthode quantitative utilisée, la somme des
variabilités des axes F1 et F2 est supérieure à 96,5 %. Cela
conduit à une excellente représentation de l’ensemble de
l’information, permettant de classer et de discriminer les huiles
de graine à partir de leur composition pondérale en AG ou en
TAG.
AFD à partir de la composition en esters méthyliques (méthode
1)
Toutes les huiles issues d’un même genre et espèce de graine se
regroupent à l’exception de Cl Bzv 03 et Cp Cam qui se retrouvent
respectivement au milieu de Ls et Cp (figure 1B).
L’axe F1 (94 % de l’information) est corrélé à l’abondance
relative de EO et EL (figure 1A) qui gouvernent
principalement la classification des huiles.
Les huiles Cmo sont caractérisées par un plus fort taux de EO
alors que celles de Cl, Cp et Ls le sont par un plus fort taux de
EL. À taux de EL proche, le groupe Cl se distingue par une quantité
plus importante de ES, tandis que le groupe Ls est caractérisé par
une quantité plus importante en ELn et EP (cf. la position par
rapport à l’axe F2), le groupe Cp étant intermédiaire.
L’axe F2 ne représente que 4,5 % de la variabilité totale.
Il peut expliquer que la faible différence de composition pour Cl
Bzv 03 et Cp Cam comparativement aux autres graines Cl et Cp
conduise à leur déplacement dans le plan F1F2 et éloigne chacune
d’entre elles des autres huiles classées a priori dans le même
groupe.
AFD à partir de la composition relative en TAG (méthode 2)
Les huiles se regroupent très bien en fonction de leur genre et
espèce (figure
2B). Les huiles du genre et espèce Cmo sont très bien
séparées des huiles issues des trois autres genres ou espèces Cl,
Cp et Ls qui sont très proches. Seule l’huile ClBzv03 est mal
classée.
Avec 17 variables, 99 % de la variabilité s’exprime dans le
plan F1F2 (figure
2A). L’axe F1 est principalement gouverné par le taux de
TAG à résidu O (OOL, OOO, POO) qui est anti-corrélé à celui de LLL.
Ainsi, les huiles Cmo sont plus riches en TAG à résidu O et moins
riches en LLL que Cp, Ls et Cl. La deuxième composante principale
représentant une contribution totale mineure (1 %) est reliée
à la quantité de SSL.
AFD à partir de la composition absolue en TAG (méthode 3)
Les huiles se regroupent très bien en fonction de leur genre et
espèce, les groupes étant très bien séparés les uns des autres
(figure 3B).
Aucune huile n’est mal classée.
96,5 % de la variabilité s’exprime dans le plan F1F2. L’axe
F1 est principalement gouverné par un taux de TAG à résidu O très
fort qui est anti-corrélé à celui de TAG à résidu L. Ainsi, on
retrouve le fait que les huiles Cmo sont plus riches en TAG à
résidu O et moins riches en TAG à résidu L que Cp, Ls et Cl. La
deuxième composante principale représente une contribution non
négligeable (20 %), montrant que les Ls se caractérisent par
un taux en OLL plus riche que les Cp et Cl et les Cp par un taux en
PSL et PPL plus grand que les Ls ou les Cl.
Analyse en composantes principales : ACP
ACP à partir de la composition en esters méthyliques (méthode
1)
Les résultats obtenus en ACP sont donnés figures 4A (représentation
des variables sur F1F2) et 4B (représentation des individus). Les
variables EL, ELn, EO et ES sont très bien représentées, car très
proches des axes et du cercle de corrélation (figure 4A).
Les Cmo sont caractérisés par un fort taux en EO, tandis que les
Ls, Cl et Cp sont caractérisés par un taux proche en EL, les Ls se
marginalisant des autres par un taux plus élevé en ELn (figure 4B). Cl Bzv 03
se retrouve avec les Cp, tandis que Cp Cam se regroupe avec les Ls.
L’ensemble est cohérent avec les résultats obtenus en AFD.
Dans cette représentation qui reflète 69,5 % de la
variabilité, Ls Niger apparaît comme individu isolé. En ce qui
concerne les quatre huiles non étudiables en AFD, Lc est proche des
Cmo, mais tout de même isolé, Cs Cam se retrouve dans le groupe des
Cp ; Mbi 03 est au milieu des Cl et Ls ; NTS Mouy 03 est
très différente de toutes les autres huiles.
ACP à partir de la composition relative en TAG (méthode 2)
Deux séries d’ACP ont été effectuées : l’une sur les 5 TAG
majeurs, l’autre sur l’ensemble des TAG. Les conclusions déduites
étant très similaires, nous ne présenterons que le traitement avec
les TAG majeurs. Les diagrammes sont reportés figures 5A et 5B. Plus
de 88 % de la variabilité est exprimée dans ce plan.
Les huiles du genre et espèces Cmo sont plus riches en OOL, OLL
et POL et moins riches en LLL que celles de l’ensemble des groupes
Cl, Cp et Ls, qui sont de ce point de vue équivalentes. L’axe F2
gouverné par SLL et en partie par LLL fait apparaître une
différenciation dans le groupe Cl, Cp et Ls. Les huiles du genre et
espèce Ls ont tendance à être moins riches en SLL et en LLL que
celles des genres et espèces Cp et Cl qui ne sont pas séparés. Pour
les quatre huiles non étudiables en AFD, les mêmes conclusions que
celles déduites de l’analyse quantitative à partir des esters
méthyliques d’acides gras peuvent être tirées. Seule l’huile NTS
qui était isolée, intègre le groupe des Cmo.
ACP à partir de la composition absolue en TAG (méthode 3)
Les diagrammes sont reportés figures 6A et 6B.
Les Cmo sont caractérisés par un taux important en OOL et POL,
et se distinguent entre eux par le taux en OLL (sur l’axe F2). Les
autres classes, Cp, Cl et Ls, sont caractérisées par leur taux en
LLL, PLL et SLL.
En ce qui concerne les individus isolés, NTS Mouy et Lc sont
comparables au groupe des Cmo, Mbi est très voisin des Cl et Cs Cam
des Cp.
Comparaison des 3 méthodes
Si l’on compare les résultats déduits des AFD par les deux méthodes
CLHP, il apparaît très nettement que normaliser les résultats par
rapport à PLL (méthode 2) fait perdre de l’information. La
variabilité qui s’exprime dans le plan F1F2 est toujours très
grande mais, avec la méthode basée sur les aires normalisées, on
perd beaucoup de discrimination selon l’axe F2. En effet, la
variabilité passe de 20 % pour la méthode basée sur
l’étalonnage préalable du DEDL (méthode 3) à 1 % pour la
méthode basée sur les aires normalisées (méthode 2). On perd alors
aussi en information selon l’axe F1 puisque la quantité de PLL
varie d’une huile à une autre et que PLL s’exprime principalement
suivant l’axe F1.
La réduction des données (méthode 2) conduit à de mauvaises
attributions pour des huiles dont la composition se situe à la
frange entre deux genres, alors qu’aucune huile n’est mal classée
par la nouvelle méthode d’analyse quantitative proposée ici
(méthode 3). Dans cette méthode, les quatre genres et espèces se
distinguent bien les uns des autres.
Les pourcentages en EM (méthode 1) donnent des informations
similaires mais moins précises que celles obtenues à partir
des pourcentages des TAG. Tous les genres et espèces ne sont
donc pas facilement discernables par la simple analyse de la
composition primaire en acides gras. La répartition dans le plan
ACP est beaucoup moins fiable puisqu’elle ne représente que
69,5 % de la variabilité pour la méthode des EM, alors qu’elle
représente 86 % par la méthode des TAG. Ainsi, certains
individus isolés apparaissent comme isolés en utilisant un dosage
CGC des EM, alors qu’avec le dosage des TAG, ils ne le sont
plus.
Conclusion
Trois méthodes de dosage différentes ont été menées et comparées
afin de voir laquelle permettait de différencier au mieux les
huiles à partir de l’analyse de leur fraction saponifiable. Les
huiles des graines de cucurbitacées de la zone équato-guinéenne ont
été prises comme exemple.
Une méthode CLHP originale de dosage des TAG sans avoir besoin
de standards a été proposée conduisant à la composition
quantitative des huiles. Elle nécessite au préalable un étalonnage
du détecteur (DEDL). Une méthode CLHP alternative basée sur des
valeurs relatives donne des informations moins précises que la
méthode originale proposée. La méthode classique de dosage des EM
plus simple à mettre en œuvre, conduit à une elle aussi à une
caractérisation moins précise, et donne des résultats voisins de la
méthode CLHP normalisée des TAG.
La mise en évidence de variabilité intraspécifique entre des
huiles de genre proche, n’a pu se conduire qu’à partir de la
nouvelle méthode CLHP de dosage des TAG proposée dans cet
article.
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