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Anti-oxydants d’origine alimentaire : diversité, modes d’action anti-oxydante, interactions


Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 13, Numéro 2, 213-22, Mars-Juin 2006, Fondamental


Summary  

Auteur(s) : Claude Louis Léger , UMR 476 INSERM-1260 INRA, Faculté de médecine de la Timone, Marseille.

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Claude Louis Léger

UMR 476 INSERM-1260 INRA, Faculté de médecine de la Timone, Marseille

Les antioxydants d’origine alimentaire se caractérisent par leur diversité : certains sont liposolubles (tocophérols, tocotriénols, β-carotène, lycopène…), d’autres sont hydrosolubles (vitamine C ou acide ascorbique) ou plus hydrosolubles que liposolubles (polyphénols) (figures 1A, 1B, 1C, 1D, 1E, 1F, 1G). La position de l’α-tocophérols et celle du β-carotène dans la matrice lipidique d’une membrane plasmique est illustrée par le schéma de la ( figure 2 ). Certains polyphénols (flavonoïdes, isoflavones, acides phénols), ou l’α-tocophérol, ont des propriétés cellulaires non-antioxydantes [1, 2]. Nous ne traiterons pas cet aspect de leur fonction biologique. Nous nous réservons d’examiner ici succinctement leurs interactions, qui peuvent se traduire en termes de synergies ou de complémentarité. Les conséquences d’une déficience en vitamine C, situation que l’on trouve fréquemment associée au tabagisme, seront présentées.

Consommation – Niveau plasmatique

La consommation journalière strictement alimentaire de ces antioxydants est rapportée dans le tableau 1( Tableau 1 ). Elle est de l’ordre du gramme pour les polyphénols (c’est une estimation), pratiquement nulle pour les isoflavones (en Europe et hors consommation de soja), de l’ordre d’une dizaine de mg pour l’α-tocophérol (le vitamère de la vitamine E le plus abondant dans l’alimentation européenne) et les caroténoïdes, et de plusieurs dizaines de mg (jusqu’à 100 mg) pour l’acide ascorbique. Le pic de la concentration plasmatique post-prandiale se situe entre des valeurs inframicromolaires pour les polyphénols des valeurs de 5 à 10 µM pour les caroténoïdes, et des valeurs de 20 à 65 μM pour l’α-tocophérol et l’acide ascorbique. Il existe donc de grandes différences entre les concentrations maximales circulantes de ces microcomposants alimentaires, différences qui ne sont pas en rapport avec le niveau de consommation.

Le niveau d’apport n’est pas en effet le seul facteur intervenant dans le déterminisme de la concentration circulante. D’autres interviennent, comme l’intensité des passages trans- et paracellulaires au niveau de l’épithélium intestinal. Il semble aussi que des informations importantes puissent être fournies par les recherches actuelles sur l’influx et l’efflux cellulaires au niveau de l’entérocyte, à l’image des recherches sur le cholestérol et les phytostérols qui ont permis dans un passé récent de faire émerger la notion d’absorption nette. Enfin, le maintien de concentrations élevées en dehors de la phase aiguë de l’absorption dépend de systèmes de régénération basés ou bien sur des mécanismes d’oxydoréduction (pour la vitamine C et la vitamine E, voir plus loin) ou bien sur des systèmes de recyclage dépendant de protéines spécifiques (par exemple l’α-tocopherol transfer protein hépatique pour la vitamine E).
Tableau 1 Consommation moyenne et niveaux plasmatiques au pic d’absorption de différents antioxydants naturels d’origine alimentaire.

Consommation par jour

Origine

[C] max Circulante (mM)

Polyphénols

De qq mg à 2 g (?)

Fruits, Légumes, vin, thé

≤ 1 µM / PP totale ??

Isoflavones

0,02 mg hors soja ; 15 mg avec soja 35 mg en Asie

Soja

≤ 0,5 µM ??

Caroténoïdes

Qq mg à 50 mg (?) (cf constion tomates)

Carotte, tomate, abricot, mangue épinard

≤ 10 µM

a-tocophérol

10 mg

Huiles de table,

≤ 50 µM

Ac.ascorbique

85 mg

Fruits, légumes

≤ 65 µM

Modes d’action

Ces antioxydants peuvent agir contre la lipopéroxydation de deux façons : soit en protégeant les lipides cibles (les acides gras polyinsaturés ou AGPI) contre les effets délétères des espèces réactives de l’oxygène (ERO) : ion superoxyde, oxygène singulet, NO• et peroxynitrite, produites notamment par les cellules de l’inflammation, soit en empêchant la propagation de la lipopéroxydation une fois qu’un peroxyde d’acide gras (le radical acylperoxyle) est apparu. Dans le premier cas, ils fonctionnent comme des pièges à ERO (caroténoïdes, vitamine C, polyphénols). Dans le second cas, ils interrompent directement la chaîne de lipopéroxydation (α-tocophérol) ou participent indirectement à cette interruption (acide ascorbique, polyphénols).

Interruption de la lipopéroxydation

Au contact de la molécule d’acide gras peroxydé, le radical acylpéroxyle ( (figure 3) ) est réduit en groupement acylhydropéroxyde plus stable, alors que l’α-tocophérol est oxydé sous forme du radical tocopheroxyle.

ROO• + α-TOH → ROOH + α-TO•

Celui-ci est régénéré par l’acide ascorbique (ascorbate) qui est à son tour oxydé en déhydroascorbate.

AscO + α-TO• → AscO• + α-TOH

Ces réactions successives d’oxydoréduction ne trouvent en réalité leur terme qu’après régénération du déhydroascorbate en ascorbate par une réductase dépendante du glutathion réduit GSH, processus au cours duquel la forme oxydée du glutathion GSSG apparaît.

AscO• + Enz.GSH → AscO + 1/2 Enz.GSSG

Une réduction de GSSG par la glutathion réductase Enz[(SH)2], elle-même réduite par le NADPH issu des premières étapes du cycle des pentoses (G6PDH et phosphogluconate deshydrogénase) intervient finalement :

Enz[(SH)2] + GSSG → Enz[S-S] + 2 GSH

Enz[S-S] + NADPH + H+ → Enz[(SH)2] + NADP

Glucose-6-P + 2 NADP → Ribulose-5-P + CO2 + 2 NADPH

assurant ainsi la poursuite de la régénération de l’acide ascorbique (ascorbate) et, par voie de conséquence, celle de la vitamine E. Cette chaîne de réactions ne fonctionne pas normalement dans la déficience en G6PDH (favisme), ce qui entraîne une accumulation de peroxydes d’acides gras dans les hématies par suite du défaut de régénération du tocophéroxyle en tocophérol membranaire, et provoque une anémie hémolytique.

En présence du radical acylpéroxyle, le β-carotène subit une réaction d’oxydation en 5 avec délocalisation du radical sur la chaîne latérale ( (figure 4) ). En présence d’oxygène, la forme terminale est un adduit radicalaire, le radical peroxyle ROO-β-CarOO•. En l’absence ou en présence d’une faible pression partielle d’oxygène, la forme époxy apparaît (5,6-époxy-β-Car) avec production concomitante d’un radical alkoxyle RO• [3]. En l’absence de substances capables de réduire ces formes radicalaires, les radicaux produits peuvent avoir des effets délétères sur les structures cellulaires.

Contrairement au β-Car, il ne semble pas que la vitamine E donne lieu à la formation d’un adduit en présence d’un acylperoxyle, même si chimiquement un adduit en position 8a du chromanol a été décrit, la tocophérone 8a-acylperoxyl-α-T=O, qui se dégrade finalement en α-tocophérol quinone [4]. Une telle différence de comportement pourrait être attribuée à la position de ces molécules dans leur milieu lipidique naturel, la membrane. Rappelons en effet que l’α-tocophérol occupe une position qui le rend aisément régénérable à l’interface huile-eau, alors que par suite de l’absence de groupements hydrophiles, le β-carotène reste enfoui dans la membrane. Mais cette explication n’est pas entièrement satisfaisante pour le β-carotène (voir plus loin le cas des formes oxydées réversibles).

Pour des raisons thermodynamiques, le β-carotène est par ailleurs un excellent piège pour l’oxygène singulet 1O2, une forme d’oxygène physiquement activée qui apparaît pour l’essentiel lors de l’exposition aux rayons solaires. En présence de 1O2, ou par suite de l’absorption directe d’un photon en présence d’oxygène, le radical β-Car• est produit et se stabilise sous différentes formes : époxy (déjà évoquée), apo-caroténals (figures 5 et 6) ou β-carotène-5,8(5’,8’)-endoperoxyde, potentiellement pro-oxydantes [5].

H.S. Black a proposé récemment un schéma ( (figure 7) ) destiné à rendre compte de l’interdépendance des réactions d’oxydoréduction impliquant les antioxydants d’origine alimentaire [6]. Il faut préciser que l’auteur fait intervenir les radicaux cationiques TOH•+, β-Car•+ et Asc•+, ce qui d’une part ne permet pas l’abstraction d’un hydrogène impliqué dans la réaction ROO• → ROOH et, d’autre part, nécessite un milieu aprotique qui ne se rencontre probablement qu’exceptionnellement en biologie1.

Interactions des antioxydants

Vitamine E – Vitamine C – Polyphénols

La réduction privilégiée de l’acylperoxyle par la vitamine E (en absence – ou en présence de quantités beaucoup plus faibles – de β-carotène) s’explique par les constantes de vitesse [7] de la ( figure 8 ) et les concentrations relatives des acides gras et de l’α-tocophérol dans l’édifice lipidique (membranes plasmatiques, lipoprotéines). Le rôle protecteur de la vitamine E par rapport à la formation de diènes conjugués – elle-même témoin de la formation d’un groupe peroxyle – a été très largement étudié par l’équipe d’Esterbauer in vitro. Ce rôle est également démontré in vivo. En regroupant les données de différentes études d’intervention [8] nous avons en effet rapporté que l’augmentation de la résistance à l’oxydation des LDL circulantes était directement liée à la dose d’apports supranutritionnels de vitamine E.

La régénération du radical tocophéroxyle par la vitamine C a été déjà mentionnée. Elle fait partie du système de protection antiradicalaire des membranes biologiques. Elle est largement documentée, aussi bien in vitro [9] qu’in vivo ([10] et ( figure 9 )). Les polyphénols dont le cycle B présente une structure « catéchol » agissent selon toute vraisemblance de la même façon que la vitamine C [11]. Ainsi, la vitamine C et les polyphénols « épargnent » la vitamine E [12] en protégeant la vitamine E d’une attaque oxydative plus complète et d’une oxydation irréversible ( (figure 10) ). En théorie, la vitamine C et les polyphénols pourraient être capables de réduire directement les radicaux acylperoxyle [13], mais leur éloignement de ces radicaux lipophiles dû leur hydrophilicité les empêche d’avoir cette action. Après régénération du chromanoxyle en chromanol, les polyphénols oxydés apparaissent sous la forme du radical phénoxyle dont il serait intéressant de connaître le devenir dans l’organisme. Contrairement au cas du radical ascorbyle, on ne connaît pas aujourd’hui de systèmes régénérateurs du radical phénoxyle en phénol dans le règne animal. Leur éloignement de la phase lipidique les empêche également d’intervenir dans des réactions d’autoxidation. Enfin, les polyphénols piègent des ERO comme les anions superoxyde et peroxynitrite naturellement produits par différentes cellules dans l’organisme.

Vitamine E – β-carotène

Lorsque la vitamine E et le β-carotène sont en présence d’un radical acylpéroxyle, la réduction du radical est réalisée préférentiellement par la vitamine E en raison de la combinaison des deux caractéristiques à prendre en compte : les constantes de vitesse [7, 14] et les concentrations relatives des deux antioxydants (on estime que la vitamine E est environ 30 fois plus abondante que le β-carotène [15]). Les LDL circulantes dont l’oxydo-résistance est testée ex vivo sont protégées par les apports alimentaires de vitamine E et non par ceux de β-carotène (tableau 2)( Tableau 2 )[16, 17]). Les caractéristiques cinétiques du β-carotène ne sont pas toutefois défavorables à son implication dans l’interruption de la lipopéroxydation en chaîne lorsque l’α-tocophérol est absent ( (figure 11) ) réaction C). Ceci apparaît expérimentalement lorsque l’on suit la chute des teneurs en tocophérols et caroténoïdes au cours de l’oxydation des LDL [18]. C’est en effet seulement lorsque l’α-tocophérol et le γ-tocophérol ont été entièrement oxydés que la teneur en β-carotène des LDL commence à chuter. Les diènes conjugués, marqueurs de l’attaque radicalaire des carbones bis allyliques des AGPI, n’apparaissent finalement que lorsque le β-carotène a entièrement disparu. En d’autres termes, la vitamine E protège le β-carotène de l’oxydation, qui protège lui-même les AGPI. Le potentiel réducteur des autres caroténoïdes est intermédiaire entre celui des tocophérols et celui du β-carotène (lycopène > lutéine ≈ cryptoxanthine ≈ astaxanthine).

D’autres données expérimentales vont dans le même sens. Il a été montré par exemple que le β-carotène n’interagit pas avec α-TO• [19]. En d’autres termes, le β-carotène ne régénère pas α-TOH à partir d’α-TO•. En revanche, α-TOH protège in vitro le β-carotène de l’oxydation [20], tout comme le fait la vitamine C in vitro [21] et in vivo ([10, 16, 22] et ( figure 12 )). Il faut remarquer que la régénération par la vitamine C du β-carotène à partir de formes intermédiaires oxydées réversibles répond à un mécanisme mal connu. Elle est cependant rendue possible grâce à l’augmentation de polarité des formes intermédiaires oxydées qui, devenant plus hydrophiles, peuvent s’approcher de l’interface huile-eau des membranes biologiques et être réduites par la vitamine C.

Il est nécessaire de considérer les résultats de la ( figure 13 ). Ceux-ci montrent en effet que les niveaux plus élevés d’apport en caroténoïdes coïncident avec des niveaux plasmatiques plus élevés de vitamine E. Ces résultats étant obtenus pour des niveaux d’apport identiques de vitamine E et pour des taux optimaux de vitamine C circulante, tout se passe comme si les caroténoïdes étaient capables in vivo de protéger la vitamine E, ce qui est en contradiction avec les résultats rapportés précédemment. On peut en fait poser l’hypothèse que ce résultat est la conséquence d’une moindre utilisation de la vitamine C pour la protection du β-carotène des membranes cellulaires, puisque des apports élevés assurent son renouvellement, entraînant une plus grande utilisation de la vitamine C pour régénérer la vitamine E et favorisant son augmentation. Mais on pourrait tout aussi bien avancer que des quantités plus élevées de β-carotène génèrent davantage de formes oxydées qui pourraient être régénérées prioritairement par la vitamine C, sauvegardant ainsi la vitamine E. Dans ce cas, la vitamine E ne pourrait, au mieux, que rester à un niveau constant, et le résultat de la ( figure 12 ) ne s’explique pas.

En tout état de cause le statut de la vitamine C joue un rôle non seulement dans la protection de la vitamine E et du β-carotène, mais aussi dans la protection de la vitamine E par le β-carotène. La fumée de cigarettes (ou le tabagisme) est connue pour effondrer le niveau de la vitamine C et le cofacteur de sa régénération, le glutathion réduit. Dans un modèle d’exposition à la fumée de cigarettes, Arora et al. [23] ont examiné l’effet de la fumée en fonction du temps sur le niveau d’α-tocophérol cellulaire d’une lignée bronchopulmonaire en présence et en absence de β-carotène. En l’absence de β-carotène, l’α-tocophérol diminue avec le temps d’exposition. En présence de concentrations en β-carotène élevées mais compatibles avec des conditions physiologiques connues, les niveaux d’α-tocophérol diminuent comme en absence de β-carotène, mais, dans ce cas, la diminution tend à être plus marquée quel que soit le temps d’exposition à la fumée. Ceci est probablement attribuable à l’effondrement de la vitamine C lors de l’exposition à la fumée. Palozza et al. [24] ont par ailleurs montré que l’addition de β-carotène à des concentrations dix fois plus élevées que dans l’étude précédente entraînait une perte de vitamine E dans des thymocytes normaux en culture soumis à une oxydation radicalaire dont l’un des résultats est de déprimer totalement les teneurs cellulaires en vitamine C. Cette perte a été aggravée d’un facteur 3 lorsque l’étude était effectuée avec des thymocytes tumoraux. Ainsi, en absence de vitamine C, le β-carotène accélère la perte de vitamine E.

On peut regretter que les études épidémiologiques ayant porté sur la relation entre le niveau de consommation en β-carotène et le risque de cancers n’aient pas inclus un suivi des niveaux d’apport ou des niveaux plasmatiques de la vitamine C. Ces études ont permis cependant de montrer qu’un risque accru apparaît chez les sujets « tabagiques » en cas de supplémentation en β-carotène [25], et que ce risque n’apparaît pas chez les sujets non-tabagiques [26]. Il a été par ailleurs rapporté que la défense antioxydante de l’organisme, évaluée par la résistance à l’oxydation des LDL, n’est pas affectée chez des sujets tabagiques qui recevaient une supplémentation en β-carotène, probablement en raison du fait qu’ils recevaient en même temps une supplémentation en vitamine C et vitamine E [27].
Tableau 2 Effets de la supplémentation en vitamine E et du β-carotène sur leur teneurs dans les LDL et la résistance des LDL à l’oxydation.

Apport

Variation des teneurs dans les LDL

Protection contre l’oxydation

Réf.

Vitamine E : (1 g/j)

x 2,4

x 1,5

[8]

β-carotène : (60 mg/j)

x 12,5

Pas d’effet

[15]

β-carotène : (40 mg puis 20 mg/j)

x 17

Pas d’effet

[16]

Conclusion

Dans le cas d’un statut vitaminique C normal, il existe une protection de la vitamine E et du β-carotène par la vitamine C, conforme aux données de la thermodynamique. En cas d’un large excès de la vitamine E par rapport au β-carotène (qui est la situation physiologique normale), ou en cas de supplémentation nutritionnelle en vitamine E, la vitamine C régénère la vitamine E et la vitamine E protège le β-carotène, aidée en cela par les polyphénols. En cas de supplémentation en β-carotène, la vitamine C régénère la vitamine E et le β-carotène, et le β-carotène semble protéger la vitamine E sans qu’on puisse expliquer réellement ce phénomène.

Dans le cas d’un statut vitaminique C anormalement bas (concentration plasmatique < 20 µmol/L) [28], et dans des conditions physiologiques normales d’apport en vitamine E et β-carotène, la défense contre un stress oxydant utilise prioritairement la vitamine E. Le β-carotène étant également oxydé, sa régénération « consomme » de la vitamine E. Cette double régénération conduit à une perte importante de vitamine E qui, de plus, ne peut être combattue par la vitamine C. Cette perte est d’autant plus importante que la quantité de β-carotène oxydée est plus grande, donc que l’apport en β-carotène est plus élevé.

Pour illustrer ces interactions, nous proposons la ( figure 14 ), qui nous semble mieux rendre compte de l’interdépendance que la ( figure 7 ) et prendre en considération notamment l’ambiguïté des résultats actuels concernant les réactions d’oxydoréduction entre α-tocophérol et β-carotène in vivo.

Dans des situations de stress oxydant endogène ou d’attaque radicalaire exogène intense, des sujets recevant une supplémentation en β-carotène peuvent présenter un risque de cancer augmenté. Ceci devrait être validé par des études mécanistiques, car le rôle carcinogénique des dérivés d’oxydation irréversible du β-carotène est encore mal connu. À notre connaissance, une seule étude a permis de montrer qu’un dérivé oxydé de type apo-caroténal pouvait avoir un rôle dans la modulation de l’expression d’une enzyme détoxifiante [29].

Plus généralement, en cas d’effondrement de la vitamine C, l’α-tocophérol produit aussi des formes d’oxydation irréversibles : des tocopheronolactones et des métabolites de Simon, dont le rôle biologique, comme dans le cas du β-carotène, est largement méconnu.

Le propre de toute molécule antioxydante est de s’oxyder. Il est donc important que les produits d’oxydation – au moins les moins instables – des antioxydants soient considérés comme des « molécules-signal » potentielles et soient étudiées en tant que telles.

Au terme de cette conclusion, il semble important de souligner le rôle antioxydant majeur de la vitamine C, aidée ou non par les polyphénols. Dans le système de défense de l’organisme contre le stress oxydant, elle représente la plaque centrale – les véritables fondations – de la défense antioxydante. Elle permet aux autres antioxydants d’exprimer leur potentiel antioxydant. Elle développe des synergies actives avec les antioxydants lipophiles, la vitamine E et le β-carotène, alors que ces derniers développent entre eux des actions de type complémentaire. Au-delà d’observations ponctuelles montrant par exemple le danger de la supplémentation en β-carotène [25], il existe aujourd’hui un ensemble de données qui permet probablement d’affirmer que tout apport supra nutritionnel d’antioxydants en l’absence d’apport de vitamine C, ou a fortiori chez un sujet présentant un tableau de carence ou sub-carence en vitamine C, peut s’avérer une pratique à risque. Les fruits et les légumes, qui permettent d’apporter généralement un cocktail naturel de ces différentes substances antioxydantes, incluant la vitamine C, sont donc d’un grand intérêt en termes de santé.

Faut-il enfin rappeler que les interactions entre antioxydants in vivo n’ont pas pour seul site la membrane biologique. Elles prennent place également dans la lumière du tube digestif où leur étude, tenant compte de la variété des matrices alimentaires, doit être développée.

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1 En biologie, même les phases lipidiques membranaires ou lipoprotéiques ne réalisent pas les conditions d’un milieu aprotique.


 

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