ARTICLE
Auteur(s) : Stéphanie Gibot-Leclerc1, Xavier Pinochet2,
Georges Sallé1
1Laboratoire de parasitologie végétale, case courrier
155, Université Pierre et Marie Curie, 4 Place Jussieu, 75252 Paris
cedex 05, France
2CETIOM, Direction scientifique, BP n°4, 78850
Thiverval-Grignon France
Article reçu le 21 Juillet 2005, accepté le 21 Février 2006
Les orobanches sont des angiospermes dépourvues de chlorophylle qui
parasitent de nombreuses plantes cultivées du Moyen-Orient et du
Bassin méditerranéen pour leur alimentation en eau, en éléments
minéraux, en carbone et en azote. Parmi les nombreuses espèces du
genre Orobanche, on peut citer O. cumana Wallr., parasite du
tournesol en Espagne et en Turquie, ainsi qu’O. crenata Forsk.,
parasite de légumineuses à graines comme la fève ou le pois chiche.
O. ramosa possède de nombreux hôtes dont le colza et des plantes
d’intérêt économique comme la tomate, la pomme de terre, le tabac
ou le chanvre. Elle est répertoriée de longue date dans le sud de
la France, y compris dans les cultures de colza [1] et elle est
devenue gênante sur le tabac dès les années 1950 [2]. Sa présence
devient préoccupante sur certaines zones de la région
Poitou-Charentes depuis le milieu des années 90, en particulier
dans le secteur de St-Jean-d’Angély (Charente-Maritime).
L’émergence puis la confirmation de ces difficultés ont incité le
CETIOM à mettre en place une surveillance régulière et à engager,
avec des équipes de spécialistes, des travaux ayant pour principal
objectif de cerner les risques d’extension du parasite et
d’ébaucher des solutions de contrôle de son impact. L’objet de
cette synthèse est de présenter les principaux résultats obtenus
ces dernières années dans le cadre d’une collaboration entre le
CETIOM et l’équipe du laboratoire de parasitologie végétale de
l’université Pierre et Marie Curie.
Les observations de terrain
Outre les remontées d’information de différents acteurs de terrain,
le CETIOM a mis en place depuis 1999 des enquêtes kilométriques
ayant pour objet, sur un parcours prédéterminé dans une région, de
visiter les parcelles de colza rencontrées à écart de distance fixé
afin de constater la présence ou l’absence du parasite. La ( figure 1 ) montre
l’évolution du phénomène dans le secteur géographique de
St-Jean-d’Angély (17, Charente-Maritime), où il est le plus
préoccupant.
La présence de l’orobanche a également été observée dans
d’autres zones de la région Poitou-Charentes. L’étude de
l’extension à l’échelle régionale par des enquêtes kilométriques a
permis de mettre en évidence un secteur également très
contaminé : le triangle défini par les villes de
Fontenay-le-Comte (85, Vendée), Niort (79, Deux-Sèvres), et
St-Maixent-l’école (79, Deux-Sèvres). On trouve également des
parcelles sévèrement parasitées dans le nord du département des
Deux-Sèvres, entre Partenay et Thouard. Par ailleurs, une enquête
récemment conduite dans le cadre d’un groupe de travail de l’AFPP
(Association française de protection des plantes) sur les plantes
envahissantes indique que l’orobanche est signalée dans 74 réponses
(13 %), indiquant sa présence dans de nombreuses régions
telles que Midi-Pyrénées, Aquitaine, Poitou-Charentes, mais aussi
Centre, Bourgogne, Auvergne, Pays-de-Loire, Champagne,
Franche-Comté et Alsace [3]. Ces données devraient bientôt être
confirmées par le dispositif de suivi de l’évolution des flores des
zones cultivées que met en place le ministère de l’Agriculture
(DGAL-SDPV). Ce dispositif prévoit de suivre, par an, 1 000
parcelles au sein desquelles la présence de quelques espèces
réputées envahissantes, dont l’orobanche rameuse, sera
systématiquement recherchée.
Les principaux facteurs d’extension
Les travaux réalisés par Gibot-Leclerc [4] permettent de distinguer
quatre facteurs de risques principaux de l’extension du parasitisme
colza/orobanche rameuse.
La production de graines
Le premier facteur est le niveau très élevé de production de
graines de l’espèce. Chaque hampe florale d’orobanche est capable
de disséminer de 105 à 106 graines [4]. Dans
un champ cultivé, chaque pied de colza peut permettre le
développement de 20 à 30 hampes florales du parasite. De plus, le
poids de mille graines de l’orobanche est faible (3 à 10
milligrammes) et la dissémination des graines, ainsi fortement
facilitée, est assimilable à celles du pollen ou de spores de
champignons pathogènes aériens.
Germination
Contrairement à l’étude de Saghir [5], Gibot-Leclerc [4] a montré
qu’il n’existe pas de dormance primaire chez les graines
d’orobanche rameuse récoltées sur différentes années en région
Poitou-Charentes et soumises à un préconditionnement de
14 jours à 20 °C (tableaux 1 et 2)( Tableau 1 )( Tableau 2
). Par ailleurs, ces semences gardent une très bonne aptitude à
germer durant au moins 3 années (tableau 3)( Tableau 3 ). Une dormance secondaire peut
s’installer si le préconditionnement dure trop longtemps, sans
qu’il y ait initiation de la germination par les exsudats
racinaires de la plante hôte ou par un inducteur chimique tel les
analogues du strigol (GR 7, GR 24, GR 41). Ainsi, une dormance
secondaire a été obtenue après 100 jours de préconditionnement
aux températures suboptimales de préconditionnement (5 et
30 °C) mais aucune après un préconditionnement de
100 jours à 20 °C (température optimale de
préconditionnement). Les facteurs du milieu agissent sur le
préconditionnement, même s’ils sont peu déterminants. Le
préconditionnement des graines est donc effectif pour des
températures comprises entre 5 et 30 °C. À 20 °C, le
préconditionnement ne peut avoir lieu en anoxie complète mais il
est effectif pour des tensions en oxygène comprises entre 1 et
21 % et dans une gamme de potentiels hydriques allant de 0 à
–2 MPa. Dès l’instant où les graines sont préconditionnées, il peut
y avoir induction de la germination par les exsudats racinaires de
la plante hôte. Les études menées sur différents hôtes de
l’orobanche et de striga (Striga sp. Scrophulariacée africaine,
parasite des cultures vivrières) montrent qu’il s’agit de molécules
appartenant à la famille des strigolactones [4]. Les semences
d’orobanche sont ensuite capables de germer puis de former un lien
parasitique avec l’hôte pour des plages de facteurs
environnementaux assez larges : de l’anoxie complète à
21 % pour la teneur en oxygène de l’atmosphère, dans une gamme
de potentiels hydriques compris entre 0 et – 3,5 MPa et à des
températures comprises entre 1 et 45 °C. L’effet des facteurs
environnementaux sur la réussite du préconditionnement puis sur la
germination est résumé dans le tableau 4( Tableau 4 )[6].
Le parasitisme du colza par l’orobanche rameuse avait été
surtout observé en sols calcaires. Ce n’est qu’en 2004 que le
phénomène a également été constaté en terres de limons sur trois
sites différents [10]. De plus, un test conduit en serre a montré,
pour chaque substrat de sol testé (tableau 5)( Tableau 5 ), une forte infestation deux mois après
la levée du colza. Ces données montrent qu’il n’y a pas de
limitation majeure des facteurs environnementaux testés sur le
développement de l’orobanche sur colza.
Tableau 1 Fréquences de germination observées
immédiatement après la récolte des graines d’Orobanche ramosa.
|
Année de récolte des graines d’O. ramosa
|
Fréquence de germination après récolte ± intervalle de confiance
à 5 %
|
|
Lot 1999
|
0,85 ± 0,05
|
|
Témoin 1998
|
0,97 ± 0,02
|
|
Lot 2000
|
0,85 ± 0,05
|
|
Témoin 1999
|
0,87 ± 0,03
|
|
Lot 2001
|
0,87 ± 0,04
|
|
Témoin 2000
|
0,85 ± 0,05
|
|
Lot 2002
|
0,98 ± 0,02
|
|
Témoin 2001
|
0,96 ± 0,03
|
Tableau 2 Évolution sur une année de la fréquence de
germination des graines d’Orobanche ramosa récoltées en 2000.
|
Nombre de mois après la récolte des graines
|
Fréquence de germination ± intervalle de confiance à
5 %
|
|
0
|
0,85 ± 0,05
|
|
2
|
0,90 ± 0,05
|
|
4
|
0,92 ± 0,05
|
|
6
|
0,91 ± 0,05
|
|
8
|
0,91 ± 0,04
|
|
10
|
0,95 ± 0,03
|
|
12
|
0,85 ± 0,05
|
Tableau 3 Comparaison des fréquences de germination
obtenues après récolte et conservation au sec, des graines
d’Orobanche ramosa récoltées en 1999, 2000 et 2001.
|
Année de récolte des graines d’O. ramosa
|
Fréquence de germination observée après récolte ± intervalle de
confiance à 5 %
|
Fréquence de germination observée en 2002 ± intervalle de
confiance à 5 %
|
Test Z sur évolution de la fréquence de germination
|
|
1999
|
0,85 ± 0,05
|
0,93 ± 0,05
|
4,13 (S)
|
|
2000
|
0,85 ± 0,05
|
0,95 ± 0,04
|
5,46 (S)
|
|
2001
|
0,87 ± 0,04
|
0,96 ± 0,03
|
6,76 (S)
|
Tableau 4 Synthèse des effets des facteurs
environnementaux sur le préconditionnement et la germination des
graines d’Orobanche ramosa préconditionnées en présence de GR24
(1ppm).
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Préconditionnement
|
Germination
|
|
Température
|
5-30 °C
|
10-25 °C
|
|
T°C optimale : 20 °C
|
T°C optimale : 20 °C
|
|
Teneur en O2
|
Dès 1% d’O2
|
Dès 3 % d’O2
|
|
Potentiel Hydrique
|
Jusqu’à –2 MPa
|
Jusqu’à –3 MPa
|
Tableau 5 Comparaison des stades de développement
d’Orobanche ramosa et de leur nombre, après culture du couple
Orobanche ramosa/colza d’hiver cv Zénith, dans des échantillons de
terre provenant de Poitou-Charentes.
|
Dates de prélèvement des racines de colza
|
Type de terre artificiellement infestée
|
|
Terre de Bornais (limon)
|
Terre de Champagne (argilo-calcaire)
|
Terre de marais
|
|
60 JAL
|
56 fixations
|
158 fixations
|
48 tubercules âgés
|
|
20 jeunes tubercules
|
54 jeunes tubercules
|
25 bourgeons
|
|
38 tubercules âgés
|
109 tubercules âgés
|
∑ : 73
|
|
∑ : 114
|
∑ : 321
|
|
Des hôtes nombreux
Orobanche ramosa a de nombreux hôtes. De nombreuses espèces sont
capables d’induire la germination de l’orobanche puis de constituer
une liaison parasitique allant jusqu’à la maturité du parasite et
la dissémination des graines. Néanmoins, différents pathotypes
d’O.ramosa sont en cours d’étude. On distingue actuellement, sur la
base de tests moléculaires, le pathotype T qui s’associerait plutôt
au tabac, au chanvre et à la tomate, alors que le pathotype C
serait plus spécifique du colza [7]. Ces groupes de pathotypes
correspondraient également à des groupes de spécificité d’hôtes
sensiblement différents [7]. En associant les différentes sources
d’information disponibles, ce sont au moins une cinquantaine
d’espèces qui peuvent être parasitées par O. ramosa [8-10].
Néanmoins, selon les approches et les méthodologies utilisées,
l’information n’est pas tout à fait de même nature. Il y a, d’une
part, les cas où la liaison a été observée à partir d’échantillons
au champ, et d’autre part, les cas où la liaison parasitique a été
reproduite en conditions contrôlées (serre et chambre de culture)
avec observation des stades de développement du parasite. Dans
l’approche de Gibot-Leclerc et al., [8], en se basant sur une liste
de 82 espèces de plantes adventices présentes dans les champs de
colza et après sélection des 22 espèces les plus fréquentes, le
parasitisme a été observé au champ sur 11 d’entre elles, parmi
lesquelles on retrouve des espèces aussi communes que le géranium
disséqué (Geranium dissecum) ou l’alchémille des champs (Aphanes
arvensis). On y trouve également deux monocotylédones, le blé
(Triticum aestivum) et le ray grass (Lolium multiflorum). Ceci est
surprenant dans la mesure où il est généralement admis par les
spécialistes que l’orobanche ne s’associe pas aux monocotylédones,
mais seulement aux dicotylédones. Pour 9 de ces 11 espèces, un test
en serre a permis de reproduire le parasitisme. Pour Lolium
multiflorum le lien parasitique a pu être reproduit en serre, même
si le nombre de hampes florales par plante hôte est resté limité à
quelques individus [8]. Il a également été possible de reproduire
le parasitisme avec des plantes comme la capselle bourse à pasteur
(Capsella bursa pastoris), la renouée persicaire (Polygonum
persicaria) et la ravenelle (Raphanus raphanistrum), mais en
obtenant des hampes florales que pour la dernière espèce citée.
Les résultats des tests effectués en serre à l’université de
Nantes portent sur 35 espèces adventices [9]. Treize d’entre elles
sont considérées comme immunes, et donc incapables de contribuer au
développement de l’orobanche. Dans le cas du cerfeuil (Anthriscus
causalis), une germination tardive de l’orobanche est observée,
mais sans fixation. Pour 7 espèces, Boulet et al. [9], observent
une fixation accompagnée d’une nécrose, et donc un arrêt du
parasitisme. Pour 5 espèces, il y a une fixation, mais jamais
d’émergence. Elles peuvent alors être considérées comme des
faux-hôtes (tableau 6)( Tableau 6 ).
Cependant, des variations de conditions de milieu pourraient
induire l’émergence. Ceci peut expliquer certaines divergences de
résultats entre équipes. Enfin, Boulet et al. [9] identifient
plusieurs espèces considérées comme de vrais hôtes (Capsella bursa
pastoris, Galium aparine, Senecio vulgaris, Sonchus asper, et dans
une moindre mesure Raphanus raphanistrum).
Plusieurs convergences de résultats sont notables : les
deux équipes sont d’accord pour constater l’absence de parasitisme
avec émergence pour la renouée des oiseaux (Polygonum aviculare),
le réséda jaune (Reseda lutea) et l’ammi majus (Ammi majus).
Elles constatent également toutes les deux que le laiteron rude et
le laiteron maraîcher (genre Sonchus) sont de vrais hôtes, ainsi
que la ravenelle (Raphanus raphanistrum). Il y a un désaccord pour
trois espèces importantes : le géranium disséqué (Geranium
dissectum), la mercuriale annuelle (Mercurialis annua), et le
liseron des champs (convolvulus arvensis). Pour ces trois espèces,
il pourrait donc y avoir interaction avec les conditions des tests,
et ceux-ci devront être refaits dans différentes conditions.
De nouvelles observations faites récemment en 2004 au champ [10]
ont montré également que le melon (Cucumis melo, variété inconnue)
peut être un hôte. Il faudra, dans ce cas, faire la vérification
par un test de parasitisme en conditions contrôlées. Robin [10] a
également pu confirmer la présence du parasite sur plusieurs
espèces d’adventices qui peuvent être hôtes : laiteron
maraîcher (Sonchus oleraceus), ravenelle (Raphanus raphanistrum),
helminthie fausse vipérine (Picris echioides), géranium disséqué
(Geranium dissectum), gaillet gratteron (Galium aparine), calépine
(Calepine irregularis), capselle bourse à pasteur (Capsella bursa
pastoris).
Tableau 6 Listes des principales espèces d’adventices
hôtes et faux hôtes d’après Boulet et al. 2001 et Gibot-Leclerc et
al. 2003 (Observations au champ + tests en conditions
contrôlées).
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D’après Boulet et al. 2001
|
D’après Gibot-Leclerc et al. 2003
|
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Espèces hôtes
|
Galium asparine
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Aphanes arvensis
|
|
Capsella bursa-pastoris
|
Crepis foetida
|
|
Senecio vulgaris
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Lolium multiflorum
|
|
Sonchus asper
|
Mercurialis annua
|
|
Raphanus raphanistrum
|
Calepine irregularis
|
|
Euphorbia helioscopia
|
|
Geranium dissectum
|
|
Picris echinoides
|
|
Sonchus oleraceus
|
|
Raphanus raphanistrum
|
|
Espèces faux hôtes
|
Ridolfia segetum
|
Capsella bursa-pastoris
|
|
Veronica persica
|
Sinapsis arvensis
|
|
Epilobium tetragonum
|
Reseda lutea
|
|
Geranium dissectum
|
Anthriscus caucalis
|
|
Lapsana communis
|
|
|
Avena sterilis
|
|
|
Conyza canadense
|
|
|
Ammi majus
|
|
|
Datura stramonium
|
|
|
Cichorium endivia
|
|
|
Anagallis arvensis
|
|
|
Solanum nigrum
|
|
|
Espèces immunes
|
Amaranthus deflexus
|
Polygonum aviculare
|
|
Astragalus boeticus
|
|
Chenopodium album
|
|
Convolvulus arvensis
|
|
Echinochloa crus-galli
|
|
Fumaria officinalis
|
|
Mercurialis annua ssp annua
|
|
Plantago major ssp major
|
|
Polygonum persicaria
|
|
Polygonum aviculare ssp aviculare
|
|
Portulaca oleracea
|
|
Stellaria media ssp media
|
Climat plus ou moins favorable
L’orobanche rameuse est un parasite potentiel de nombreuses espèces
dont les durées de cycle de développement diffèrent. Ainsi,
associée à Arabidopsis thaliana, l’orobanche est capable de faire
un cycle complet en quelques semaines. Par contre, le cycle peut
durer quelques mois sur la tomate ou le tabac, et 10 ou
11 mois sur colza. Par ailleurs, si le cycle du parasite
s’adapte à la durée du cycle de développement de l’hôte, il existe
des variations selon la température. Ainsi, en cas d’hiver et de
printemps doux, l’émergence de l’orobanche se fera plus tôt au
cours du cycle et pourra de ce fait se développer abondamment et
produire davantage de semences. Lorsqu’une parcelle est abondamment
parasitée, et lorsque l’émergence a lieu précocement (dès mars), la
nuisibilité exercée sur le rendement du colza est très importante
(2000 et 2001). Elle peut, dans certains cas, aller jusqu’à
l’absence de récolte, avec une dizaine de hampes florales
d’orobanche par plante de colza. Elle l’est moins (de l’ordre de
10 %) lorsque l’émergence est plus tardive (fin mai ;
1999 ou 2004 par exemple). Le positionnement relatif des stades de
développement du parasite et de son hôte sur une échelle thermique
permet, d’une part, de confirmer une stabilité des stades du
parasite par rapport à ceux d’un hôte donné et, d’autre part, de
définir avec un indicateur exprimé en somme de températures le
stade de développement du parasite alors que celui-ci est encore
souterrain et invisible pour l’agriculteur.
Les ébauches de solutions
Les préconisations à court terme visent soit à avantager la plante
hôte par rapport au parasite dans leur compétition nutritionnelle,
soit à éviter au maximum l’entretien ou l’augmentation du stock
semencier du parasite dans le sol. En favorisant le développement
de l’hôte, et donc en augmentant ses capacités nutritionnelles
(carbone, azote, etc.), on peut penser que la part relative
prélevée par le parasite sera plus faible, et qu’en conséquence
l’hôte sera moins pénalisé. Ceci a amené à recommander
l’utilisation de matériel hybride plus vigoureux, à diminuer les
densités de semis de l’hôte et à éviter les semis trop précoces
pour rechercher des conditions climatiques freinant davantage le
développement du parasite. Des essais de comportement variétal en
situation infestée ont permis de tester l’hypothèse variétale avec
succès, à condition toutefois que la densité d’orobanche ne soit
pas trop forte. Le tableau 7( Tableau 7
) illustre les résultats obtenus deux années de suite dans des
parcelles infestées de Poitou-Charentes. La forte infestation de la
première année (270 à 360 orobanches par mètre carré) n’a pas
permis la récolte de l’essai, alors que cela a été possible l’année
suivante. Pour les deux essais, on remarque effectivement un
avantage pour le matériel hybride (composites hybrides lignées et
hybrides restaurés) sur lequel les notes de gravité sont plus
faibles, les pourcentages de réduction de population d’orobanche
par rapport au témoin adjacent plus forts. Pour l’essai récolté, on
constate qu’il y a une nette distinction de niveaux de productivité
entre matériels hybrides et lignées. Par ailleurs, dans ces essais
figuraient également les lignées parentales de l’un des hybrides
restaurés. La lignée mâle a un comportement vis-à-vis de
l’orobanche qui s’apparente à celui des autres matériels hybrides.
La spécificité de cette lignée restauratrice de fertilité mâle
Ogu-Inra est d’avoir intégré un fragment de génome de radis qui
apporte ce caractère de restauration. Cette restauration est
souvent accompagnée d’effets indésirables tels que la baisse de
fertilité femelle chez l’hybride, ou des modifications du niveau de
glucosinolates dans les graines. On ne peut pas non plus exclure
l’hypothèse que cette introgression « radis » ait
également apporté un élément favorable pour la tolérance à
l’orobanche. Néanmoins, la sélection poursuivant ses travaux pour
réduire au maximum les effets indésirables, en réduisant
l’introgression le plus possible aux séquences responsables de la
restauration, il n’est pas certain que l’avantage introduit pour le
contrôle de l’orobanche subsiste dans les générations plus récentes
d’hybrides restaurés Ogu-Inra.
L’effet d’un décalage des dates de semis a été testé en
1999-2000 et en 2000-2001. La première année un décalage de la date
de semis de 3 semaines (24 septembre au lieu du 30 août) a
permis de réduire de 279 à 38 le nombre d’orobanches au mètre
carré. Par contre, le rendement a été fortement affecté dans les
deux cas avec peu d’écart (respectivement 17,9 et 18,6 qx/ha). La
deuxième année, trois dates de semis ont été testées. Les résultats
sont présentés dans la ( figure 2 ) et montrent que
la cinétique de mise en place du parasitisme a été très fortement
freinée. Par contre, un retard trop important de la date de semis
expose l’agriculteur à d’autres risques tels que l’enherbement et
la contamination par le Phoma. Dans le cas présent, les dates de
semis du 13 et du 29 septembre ont produit de petits colzas peu
compétitifs vis-à-vis des plantes adventices.
Des essais de traitement herbicides ont été menés par le Cétiom
entre 1998 et 2002 [11]. Après une première année qui a permis de
trier une quinzaine de molécules herbicides systémiques sur une
base de sélectivité pour le colza, trois molécules ont ensuite fait
l’objet d’expérimentations plus complètes pour déterminer dose et
période d’application à la fois sur l’efficacité et la sélectivité
pour le colza. Deux molécules présentent un intérêt, le glyphosate
(2 fois 0,3 litre/ha en entrée puis pendant l’hiver) et l’hydrazine
maléique (régulateur de croissance utilisé pour supprimer les
germes pendant la conservation des légumes, ou comme
ébourgeonnement chimique sur tabac) (2 fois 750 g/ha aux mêmes
périodes). Cependant, si les efficacités atteintes sont
satisfaisantes, on est la plupart du temps à la limite de la
sélectivité. Compte tenu de l’équilibre très instable entre
sélectivité et efficacité, ce type de solution ne pourra pas
satisfaire aux critères et aux conditions d’obtention d’une
autorisation de mise sur le marché, et ne pourra donc en aucun cas
être conseillé aux agriculteurs. Néanmoins, une nouvelle
formulation de l’hydrazine maléique permettrait une amélioration de
la sélectivité (Source Anitta, Institut technique du Tabac).
D’autres mesures à court terme sont envisageables. Compte tenu
du nombre important d’hôtes pouvant contribuer à la multiplication
de l’orobanche, des recommandations en matière de qualité de
désherbage avant floraison sont nécessaires. Les programmes de
désherbage s’efforceront de cibler en priorité les espèces
répertoriées comme hôtes potentiels. La vigilance en ce domaine
devra également s’exercer vis-à-vis des bordures de parcelles, des
intercultures et des jachères, autant de milieux dans lesquels des
adventices hôtes sont susceptibles de contribuer à la
multiplication de l’orobanche. Le parasite apparaissant souvent en
foyer dans une parcelle, il ne faudra pas non plus hésiter à
détruire avec un désherbant total un foyer important. Il est en
effet préférable de perdre quelques centaines de m2 de
récolte, plutôt que de contribuer à la dissémination de semences
d’orobanche. Une diversification des espèces présentes dans la
rotation, avec un retour moins fréquent d’espèces pouvant être des
hôtes au profit d’espèces étant plus probablement des faux hôtes
(plantes capables de provoquer la germination, mais sans
association parasitique allant à terme) doit également pouvoir
constituer une mesure utile au contrôle de l’extension du
phénomène.
À plus long terme, on envisage d’exploiter plus rationnellement
l’utilisation dans la rotation et dans les intercultures, des
espèces faux hôtes qui peuvent contribuer à faire baisser
significativement le stock semencier d’orobanche du sol. Pour cela,
il est nécessaire de poursuivre les efforts d’inventaire et de
caractérisation des espèces hôtes pouvant être utilisées comme
plantes pièges dans l’interculture, et les espèces faux hôtes
utilisables dans la rotation en culture principale ou en
interculture. La conception de rotations permettant de diminuer
significativement le stock semencier du parasite dans le sol
devrait pouvoir s’appuyer sur un travail de modélisation du stock
semencier permettant d’explorer le champ des possibles.
Il est également envisageable de sélectionner des colzas moins
sensibles. Ce recours à la génétique a été largement utilisé sur
tournesol pour la résistance à Orobanche cumana, mais
principalement avec des introductions successives de gènes de
résistances spécifiques qui ont ensuite été régulièrement
contournés [12]. Nos essais au champ ainsi que des études
préliminaires réalisées à l’université de Nantes [13] suggèrent
qu’il existe une variabilité génétique chez le colza pour la
tolérance à l’orobanche. Ceci doit permettre une étude génétique de
recherche de facteurs de résistance.
Une autre démarche possible est l’utilisation de plantes hôtes
résistantes à un herbicide à large spectre appliqué en post-levée
et suffisamment systémique et efficace contre l’orobanche. Des
colzas OGM résistants au glyphosate et des colzas résistants
(obtenus par mutagénèse) aux imidazolinones ont été testés avec
succès [14]. Aujourd’hui des variétés de tournesol résistantes aux
imidazolinones sont commercialisées en Turquie, et bientôt en
Espagne, et permettent une lutte efficace contre l’orobanche.
Néanmoins, reste posée la question de la durabilité de cette
solution, dans la mesure où la famille des imidazolinones est la
famille d’herbicide pour laquelle la liste des espèces sauvages
présentant des résistances naturelles est la plus longue [15].
Tableau 7 Résultats des essais variétés conduits en
Poitou-Charentes en 2000-2001 (non récolté- 270 à 360 plantes
/m2) et en 2001-2002 (130 à 200
plantes/m2).
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Variétés
|
2000-2002 % réduction peuplement d’orobanches p/ témoin adjacent
(cv Zénith)
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Rendement Qx/Ha (Newman et Keuls 5%)
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Gravité au 16 mai 2002
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2000-2001 Gravité au 20 mars 2001
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Gravité au 16 mai 2001
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Zénith
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0%
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13,2 a
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5
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3
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7
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Capitol
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0%
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11,6 a
|
6
|
2
|
9
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Extra
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40%
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25,9 b
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2
|
1
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4
|
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Parent Mâle
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75%
|
24,9 b
|
1
|
1
|
1
|
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Parent Femelle
|
0%
|
11,7 a
|
7
|
3
|
9
|
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Explus
|
0%
|
23,8 b
|
2
|
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Lutin
|
82%
|
21,7 b
|
1
|
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Talent
|
87%
|
31,8 b
|
1
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Constant
|
82%
|
30,3 b
|
1
|
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Cordial
|
85%
|
28,9 b
|
1
|
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Standy
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25%
|
24,0 b
|
2
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Remerciements
Les auteurs remercient leurs collègues du CETIOM qui ont participé
aux travaux sur l’orobanche, et particulièrement ceux de la station
d’expérimentation de Surgères [17] qui ont réalisé la plupart des
expérimentations au champ et des prélèvements en parcelles
agriculteurs. La thèse de S. Gibot-Leclerc a été financée par le
CETIOM et par le conseil régional de Poitou-Charentes.
Références
1 Perny A. La phélipée rameuse plante parasite du colza.
Phytoma Défense Végétaux 1991 ; 424 : 45-6.
2 Izard C, Hitier H. Obtention de la germination in
vitro des graines d’Orobanche du Tabac. Ann Inst Expérimental Tabac
Bergerac 1953 ; 1 : 47-56.
3 Chauvel B, Dessaint F, Lonchamp JP,
Gasquez J. Cinq élues et des candidates, enquête sur les
mauvaises herbes envahissantes en grandes cultures en France.
Phytoma Défense Végétaux 2005 ; 578 : 16-20.
4 Gibot-Leclerc S. Etude épidémiologique, écophysiologique et
agronomique du couple Orobanche ramosa L. / Brassica napus L. Thèse
de Doctorat Université Paris VI Pierre et Marie Curie, 2004.
5 Saghir AR. Dormancy and germination of Orobanche seeds in
relation to control methods. In : Biology and control of
Orobanche, Proceedings of a workshop Wagueningen. 1986, SJ ter Borg
(ed), Pays Bas, p. 25-34.
6 Gibot-Leclerc S, Corbineau F, Salle G,
Côme D. Responsiveness of Orobanche ramosa L. seeds to GR24 as
related to temperature, Oxygen avaibility and water potential
during preconditioning and subsequent germination. Plant Growth
Regul 2004 ; 43 : 63-71.
7 Benharrat H, Veronesi C, Theodet C,
Thalouarn P. Orobanche species and population discrimination
using intersimple sequence repeat (ISSR). Weed Res 2002 ;
42 : 470-5.
8 Gibot-Leclerc S, Brault M, Pinochet X,
Salle G. Rôle potentiel des plantes adventices du colza
d’hiver dans l’extension de l’orobanche rameuse en
Poitou-Charentes. Comptes Rendus Biologies Paris 2003 ;
326 : 645-58.
9 Boulet C, Labrousse P, Arnaud MC, Zehhar N, Fer A. Weed
species present various responses to Orobanche ramosa. In : A.
Fer, P. Thalouarn, DM Joel, LJ Musselman, C Parker, JAC Verkleij
(eds). Proceedings of the seventh international parasitic Weed
Symposium. Faculté des Sciences de Nantes : 228-231, 2001.
10 Robin P. Evaluation et compréhension des facteurs d’extension
de l’orobanche rameuse en region Poitou-Charentes. Mémoire de DESS
productions végétales ENSAR-Université Rennes 1 ; 2004.
11 Chicote-Emeidi H, Levengeux T, Arjaure G,
Pinochet X, Pilorge E. Search for chemicals able to
control the parasitic plant Orobanche ramosa L. and enough
selective of a field winter oilseed rape. 11th
International rapeseed Congress. Copenhagen Danmark 2003 ;
4 : 1201-3.
12 Melero-Vara JM, Dominguez J,
Fernandez-Martinez JM. Update on sunflower broomrape situation
in spain racial status and sunflower breeding for resistance. Helia
2000 ; 23 : 15-56.
13 Zehhar N, Labrousse P, Arnaud MC,
Boulet C, Bouya D, Fer A. Study of resistance to
Orobanche ramosa in host (Oilseed rape and carrot) and non-host
(maize) plants. Eur J Plant Pathol 2003 ; 109 :
75-82.
14 Joel DM, Portnoy VH, Gressel J, Amsellem Z. Treatment of
transgenic Herbicide-resistant seeds for broomrape Control.
Abstract of papers presented at the 15th conference of
the weed science society of Israel Bet Dagan March 1998.
Phyoparasitica 27 : 7.
15 www.weedscience.org/in.asp. 2005.
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