ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Louis Bal
ADEME, Direction des énergies renouvelables, des réseaux et des
marchés
L’énergie consommée dans notre pays, malgré le développement du
parc nucléaire, provient majoritairement de ressources fossiles
épuisables qui sont les principales sources de gaz à effet de serre
qui génèrent le changement climatique. Les événements climatiques
récents, comme les tempêtes de décembre 1999 ou bien encore la
canicule de l’été 2003, sont des illustrations de ce que pourrait
être ce changement à plus ou moins brève échéance. Les
consommations toujours plus grandes d’énergies fossiles ont
d’autres conséquences : pollutions nocives pour l’air, le sol,
l’eau, et donc notre santé, raréfaction et renchérissement des
ressources avec les conséquences néfastes pour l’activité
économique et pour l’accès à l’énergie pour les plus démunis.
L’usage de la biomasse comme source d’énergies ou de matières
premières est l’une des éléments de l’indispensable réduction des
émissions de gaz à effet de serre
Dans le cadre du protocole de Kyoto, la France s’est engagée à
maintenir d’ici 2010 ses émissions de gaz à effet de serre à celles
de 1990. Or, l’analyse des tendances à 2010 montre une dérive
supérieure à 50 Mt éq CO2. À l’horizon 2050, on estime
que, compte tenu de la forte et légitime croissance économique des
pays en développement, les pays développés devraient diviser leurs
émissions par 4 afin de limiter le réchauffement climatique à un
plafond de + 2 °C à l’horizon 2100.
La biomasse végétale présente des atouts indéniables dans la
lutte contre l’effet de serre. Utilisée comme source d’énergie,
elle est renouvelable puisque les plantes absorbent pour leur
croissance le CO2 émis pendant la combustion. La
biomasse, qui peut être valorisée sous forme d’énergie (chaleur,
électricité, carburant), peut aussi l’être comme matière première
pour les matériaux, comme le bois dans la construction, par
exemple, et pour la chimie. Ces usages permettent également de
réduire notre dépendance énergétique du fait de leur faible contenu
énergétique, de remplacer des produits issus de la pétrochimie par
des bioproduits moins nocifs pour la santé et l’environnement et
enfin de maintenir et développer l’emploi, notamment en milieu
rural.
Quel est le contexte énergétique français actuel et quelle
peut être la place de la biomasse dans le bouquet
énergétique ?
L’élément dominant est évidemment la hausse du prix du pétrole avec
ses conséquences sur le prix du fioul, du gazole et de l’essence.
Le prix des autres énergies devrait inévitablement connaître les
mêmes évolutions dans les prochains mois.
Dans ce contexte favorable au développement des énergies et
matières premières renouvelables, la France s’est donnée, dans le
cadre de la Loi de programmation fixant les orientations de la
politique énergétique, votée en juillet 2005 les objectifs
suivants :
- 1. Porter à 21 % la part de la consommation
d’électricité d’origine renouvelable, contre 14 % en
2003.
- 2. Augmenter de 50 % la part des EnR thermiques
d’ici 2010, soit passer de 11 à 16 Mtep.
- 3. Atteindre 5,75 % de biocarburants dans les
carburants routiers en 2010, contre moins de 1 %
aujourd’hui.
La Loi d’orientation agricole a ensuite renforcé ce dernier
objectif en proposant de l’atteindre en 2008 et de porter à
7 % le pourcentage de 2010.
Face à ces objectifs ambitieux, la biomasse, qui représente déjà
près de 3,5 % du bilan énergétique national, doit jouer un
rôle primordial. La France, en effet, dispose d’une ressource
forestière et agricole abondante. Avec 15 millions d’ha, elle
détient la 3e surface boisée d’Europe, après la Suède et
la Finlande. 40 % de l’accroissement biologique annuel de nos
forêts ne sont pas exploités aujourd’hui. De même, l’agriculture
couvre beaucoup plus que les besoins alimentaires français. La
jachère et les cultures d’exportation couvrent plus de 5 millions
d’ha dont une partie pourrait être consacrée à des cultures
énergétiques. La part de la biomasse dans les trois objectifs de la
loi pourrait faire passer sa contribution totale en énergie
primaire de 10 à 16 Mtep en 2010, soit 5 % de la consommation
nationale. Or, les experts évaluent à 40 Mtep la ressource en
biomasse valorisable en énergie, dont seuls 10 Mtep sont utilisés
aujourd’hui.
Quel développement pour les usages chaleur du bois
énergie ?
Le bois énergie représente aujourd’hui environ 4 % de la
consommation nationale énergétique primaire, soit entre 9 et 10
millions de tep par an. Le Plan Bois Énergie 2000-2006 est doté de
moyens substantiels intégrés dans le contrat de plan État-Ademe et
déclinés dans les contractualisations entre l’Ademe et les conseils
régionaux.
Ce programme repose sur les secteurs domestique (qui représente
plus de 80 % de la consommation), industriel et
collectif/tertiaire.
Sur le secteur domestique, les objectifs sont d’améliorer le
rendement énergétique et les performances environnementales du parc
en soutenant le label de qualité « flamme verte » des
appareils de chauffage et d’encourager la diffusion de la marque NF
bois de chauffage, qui garantit un combustible de qualité. Ces
préconisations de performances énergétiques et environnementales
ont été adoptées par les services fiscaux du ministère des Finances
dans le cadre du crédit d’impôt à 40 % mis en œuvre depuis le
1er janvier de cette année et les premiers résultats que
nous annoncent les industriels montrent un très net infléchissement
du marché vers les appareils performants ainsi qu’une augmentation
des volumes de vente. Les émissions nocives du bois énergie, qui ne
sont pas négligeables actuellement, devraient s’en trouver
considérablement diminuées et la contribution du bois à nos besoins
de chauffage augmentée ( (figure 1) ).
Dans le domaine des chaufferies industrielles et collectives
dont l’objectif sur la période 2000 /2006 est de substituer 300 000
tep d’énergie fossile supplémentaire (soit d’éviter 750 000 t
CO2), le développement du marché reste conditionné par
la garantie d’un approvisionnement d’un combustible de qualité et
constant dans le temps. L’objectif premier de l’Ademe est de
veiller à l’organisation efficace et pérenne de l’approvisionnement
des chaufferies et, particulièrement la fourniture de plaquettes
forestières, puisque c’est en forêt que se situe le principal
gisement mais aussi le plus difficile à mobiliser. Les résultats
intermédiaires sont très encourageants car, dans le secteur
collectif et tertiaire, la consommation de plaquettes forestières a
été multipliée par 11 entre 2000 et 2004. Pour les nouvelles
chaufferies créées en 2004, la part des plaquettes forestières dans
l’approvisionnement est de 30 %. De plus, on dénombre
aujourd’hui plus d’une soixantaine de fournisseurs bois énergie de
taille importante, répartis sur l’ensemble du territoire et qui
approvisionnent les chaufferies avec les différents combustibles
bois : plaquette forestière, connexes des industries du bois,
bois d’emballage ou granulé.
Quelles sont les perspectives de développement des
biocarburants ?
Les carburants de première génération, issus des réserves de la
plante (blé, maïs, betteraves, colza, tournesol) pourront
satisfaire aux objectifs annoncés probablement jusqu’en 2010,
suivant les agréments de défiscalisation déjà accordés par appels
d’offres et ceux qui sont prévus pour la fin 2006. La situation est
résumée dans le tableau 1( Tableau 1 ).
Au-delà de cette date, les surfaces à mobiliser deviendront trop
grandes et il faudra pouvoir exploiter la partie lignocellulosique
de la matière végétale.
Le potentiel de biomasse encore mobilisable pour l’énergie et
les matières premières est de l’ordre 30 millions de tep dont
environ 80 % sont constitués par la partie lignocellulosique
de la biomasse. Or, si l’on sait produire des biocarburants à
partir des réserves de la plante, on ne dispose pas, à l’heure
actuelle, de technologie industrielle pour la conversion de la
biomasse lignocellulosique en carburants (tableau 2)( Tableau 2 ).
Pour convertir cette matière lignocellulosique, deux voies
apparaissent possibles : la thermochimie et la biologie.
Ce sont là les deux grands axes du Programme national de
recherche sur les bioénergies qui a été adopté par l’Agence
nationale de la recherche et qui vise l’horizon 2010 pour disposer
de technologies industriellement exploitables. Le premier appel à
propositions doté d’un budget de 10 M€, mis en œuvre par l’Ademe,
devrait voir ses résultats publiés dans les prochains jours. Une
seconde tranche devrait être lancée en 2006.
Tableau 1 Biomasse et carburants. Multiplication des
agréments.
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Agréments
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Biodiesel
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Éthanol
|
Total cumulé (t)
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2004 (acquis)
|
387 500
|
111 000
|
498 500
|
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2007 (acquis)
|
947 500
|
427 000
|
1 374 500
|
|
2008 (acquis)
|
2 282 500
|
892 000
|
3 174 500
|
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2010 (prévision)
|
+ 995 000
|
+ 105 000
|
4 274 500
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Tableau 2 Biomasse et carburants. Production de
biocarburants et surfaces agricoles, avec les technologies
actuelles.
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2004
|
2008
|
2010
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% substitution carburants
|
0,8 %
|
5,75 %
|
7 %
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Production biocarburants
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0,34 Mtep
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2,63 Mtep (acquis)
|
3,6 Mtep
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Surface agricole (terres arables : 18,35 Mha)
|
0,29 Mha
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1,76 Mha
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2,45 Mha
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De la biomasse énergie pour quels usages ?
La biomasse ne résoudra pas à elle seule les problèmes
d’approvisionnement en énergie et de réduction d’émissions de gaz à
effet de serre. Cependant, 40 Mtep disponibles dans un pays qui en
consomme 275, c’est une marge de manœuvre appréciable mais limitée,
dont il conviendra d’arbitrer entre les différents usages (chaleur,
électricité et carburants) pour en tirer le meilleur parti.
Dans l’état actuel des technologies, la production d’électricité
seule apparaît réellement comme un gaspillage de ressources, les
rendements de conversion de la combustion en chaudière suivie de
production de vapeur alimentant une turbine sont de l’ordre de
20 %. Même en supposant que les technologies de gazéification
permettent dans les prochaines années d’atteindre 40 % de
conversion électrique, vision qui ne manque pas d’optimisme, la
cogénération semble une meilleure voie pour valoriser au mieux une
ressource limitée. L’usage chauffage, quant à lui, doit en premier
lieu être modernisé particulièrement dans l’habitat individuel où
le même service pourrait être rendu en utilisant deux fois moins de
biomasse (5,6 millions de foyers chauffés totalement ou
partiellement au bois). Parallèlement, il devra être développé sur
des usages collectifs et industriels, sur des réseaux de chaleur
notamment et pourquoi pas en cogénération ?
Mais, l’usage qui apparaît le plus précieux et qui devrait donc
être prioritaire si les promesses de la production de carburants
lignocellulosiques se confirment, c’est bien celui de substitution
aux carburants fossiles dans les transports. Il n’y a pas
aujourd’hui d’autres possibilités réalistes de substitution à court
et à moyen terme par des énergies sans émission de carbone.
Peut-on mieux exploiter la forêt française ?
Pour exploiter au mieux la ressource forestière existante, il
semble nécessaire de réfléchir à l’ensemble des usages de la
biomasse. La partie utilisée à des fins énergétiques n’est qu’un
sous-produit de l’exploitation forestière et, pour pouvoir
augmenter les prélèvements énergétiques, il faut en premier lieu
augmenter l’exploitation du bois d’œuvre, ce qui tout à fait
possible du fait de la sous-utilisation actuelle de la croissance
de la forêt. Une augmentation de l’usage du bois dans la
construction aurait alors une cohérence parfaite avec une politique
de valorisation énergétique de la biomasse. Les besoins en énergie
à la construction seraient réduits, du carbone serait stocké, les
performances thermiques des bâtiments s’en trouveraient améliorées
et la disponibilité de la biomasse énergie augmentée. Un plan
d’action biomasse, matériau/énergie, serait une vraie stratégie
« gagnant gagnant ».
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