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La mondialisation des biocarburants et ses limites |
Oléagineux, Corps Gras, Lipides. Volume 13, Numéro 2, Mars-Juin 2006, Éditorial
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DOI : 10.1684/ocl.2006.0036
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Auteur(s) : Jean-Luc Gurtler, Jean-Claude Icart , . |
ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Luc Gurtler, Jean-Claude Icart
« Étape intermédiaire pour réduire les émissions de gaz à
effet de serre, diversifier les sources d’énergie dans le secteur
des transports et préparer l’économie de l’Union européenne à
d’autres substituts pas encore prêts pour l’utilisation »1, les biocarburants connaissent un
engouement généralisé à travers le monde.Aux États-Unis, 20 %
de la production de maïs en 2007 devraient être dédiés selon l’USDA
à la production d’éthanol, avec lequel l’Energy Policy Act
ambitionne de couvrir 30 % de la consommation d’essence en
2030. Et la même évolution est attendue avec le soja pour le
biodiesel, avec un doublement cette année des tonnages
utilisés.Premier exportateur et deuxième producteur mondial
derrière les USA, le Brésil, avec déjà 70 % de son parc
automobile neuf fonctionnant à l’éthanol (moteur flex fuel),
accroît ses investissements (73 usines nouvelles s’ajouteront dans
les cinq prochaines années aux 359 existantes en 2006) et se lance
également dans la production de biodiesel.En Chine, la capacité de
production de biocarburants atteindra selon l’administration 12
millions de tonnes en 2020 contre 1,02 million de tonnes
aujourd’hui.Intéressée par ce nouveau marché mondial en phase
ascendante, la Malaisie mise sur le biodiesel à partir de l’huile
de palme, et s’équipe en conséquence, tandis que les Philippines,
la Thaïlande et l’Inde construisent des unités de production
d’éthanol.C’est dans ce contexte mondialisé que l’Union européenne
est en passe de devenir le troisième acteur majeur de ce secteur.
Dévoilé en début d’année, son plan d’action (orienté
majoritairement vers le biodiesel obtenu à partir des huiles
végétales) fixe le taux d’incorporation des biocarburants à
5,75 % en 2010 et à 10 % en 2015 (des objectifs portés en
France, par la Loi d’orientation sur l’Énergie à 5,75 % en
2008 et 7 % en 2010). Une perspective qui devrait amener la
demande européenne en biodiesel (essentiellement composée d’ester
de colza) à progresser sur une pente de 20 % par an jusqu’en
2010.Ces chiffres se traduiront pour la France par la mise en place
de six nouveaux sites de production, la création de 15 000 emplois
et une extension à 2,5 millions d’hectares de la sole totale
oléagineuse (contre près de 2 millions aujourd’hui).Cette
« success story » industrielle au niveau mondial de la
production des biocarburants dits de première génération, suscite
l’enthousiasme légitime de ceux qui en ont porté l’idée durant des
années. Mais elle rend aussi d’autant plus vive la nécessité de
conformer ces productions aux caractéristiques du contexte général
auquel elles se rapportent.Le premier aspect à prendre en compte
tient à la lutte contre le réchauffement climatique. « On ne
peut plus raisonner sur une offre qui s’adapterait toujours à une
demande en croissance… Aujourd’hui il y a une contrainte absolue,
un plafond de gaz à effet de serre qu’il faut tenir durablement
dans le temps et à l’échelle de l’humanité2 ». Cette contrainte de réduction des
émissions des gaz à effet de serre devra s’appliquer en particulier
aux conditions de production culturales des matières premières
(colza, soja, palme) et en particulier aussi aux conditions de
production culturales des huiles importées (4 Mt pour l’Europe à
l’horizon 2010). Les textes européens sont clairs sur ce sujet
(pour la France, le Cetiom travaille à la mise en place d’une
nouvelle Charte pour l’environnement sur la base d’un suivi des
bilans énergétiques). Les producteurs d’huile de palme
réfléchissent à la définition de critères de durabilité3. Mais on peut conjecturer que les règles de
commercialisation d’âpres débats seront l’objet à tous les niveaux
concernés (UE, OMC, etc).Le deuxième aspect, au moins aussi
important, est lié à l’impact des biocarburants sur le
fonctionnement des marchés de matières premières agricoles
céréales, oléagineux, sucre. Pourra-t-on laisser aux seuls marchés
le soin d’arbitrer entre les besoins alimentaires et les usages
énergétiques et, comme le prévoit ici même M. Von Wissel, laisser
le prix de l’huile énergétique déterminer le prix de l’huile
alimentaire ? Et si non, quelle instance internationale ou
régionale pourrait assurer cette tâche ?Annonçant une ère
nouvelle impliquant « un retour important de l’État qui devra
fixer les orientations, organiser la coordination, mettre en place
les cadres institutionnels adaptés, promouvoir des mécanismes
économiques permettant de relayer l’ensemble de ces actions auprès
de millions d’agents économiques »4…les biocarburants de première génération et
leur extension demeurent tributaires de ces questions liées aux
dimensions mêmes de leur succès.Enfin, et pour revenir au niveau
plus spécifique corps gras, notons que le biodiesel devrait aussi
contribuer dans son sillage à inscrire durablement la chimie verte
dans le paysage industriel, et stimuler le développement des
bioproduits (biosolvants, biolubrifiants, biotensioactifs, et
intermédaires de synthèse sur base oléagineuse) auquel le secteur
des huiles et corps gras travaille aussi depuis des années.Gageons
de ce point de vue que « l’or vert » sera tout sauf une
« étape intermédiaire »5.2 Olivier Godard, Rapport au nom de la mission
d’information sur l’effet de serre, Assemblée nationale, T2, avril
2006.3 OMONT H. Roundtable on Sustainable
Palm Oil - RSPO. The second RSPO meeting in Jakarta in October
2004. OCL 2005 ; 12(2) : 125-8.4
O. Godard, op.cité.5 Sur l’ensemble de ces
sujets voir ici (dossier) les contributions des intervenants aux
Journées Chevreul 2006, organisées par l’Ademe et l’AFECG.1 Stratégie de l’UE en faveur des biocarburants,
SEC 2006142.
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