ARTICLE
Auteur(s) : Pierre-Yves Vigneron, Béatrice Pasturel
Lesieur R&D, 101, route de Bourbourg, 59210
Coudekerque-Branche
Produire des huiles végétales raffinées et des huiles végétales à
goût nécessite de la part de l’industriel d’établir des
spécifications à même de répondre aux attentes de leurs clients.Si
l’on synthétise les demandes de l’ensemble des clients, la
répartition est différente, selon que l’acheteur est un industriel,
un opérateur de la grande distribution (GMS), un utilisateur en
restauration hors foyer (RHF) ou un consommateur.En exemple, le
tableau 1 répertorie les rubriques les plus fréquemment abordées
par les clients industriels en 2004 dans notre société.Les
questions techniques portent sur :
- – le site de production,
- – le produit et ses caractéristiques
physico-chimiques,
- – le procédé de fabrication,
- – L’élimination des contaminants.
Les questions d’actualité concernent dans l’ordre de
fréquence :
- – les caractères éventuels OGM ou allergènes des
produits ;
- – l’origine des matières premières ;
- – la sécurité alimentaire et l’absence de certains
contaminants ;
- – la traçabilité et la gestion de crise ;
- – la nutrition (acides gras trans, oméga 3, vitamines,
etc.).
Les demandes de certificats sont diverses et concernent le plus
souvent la certification ISO 9001 des usines, le caractère Casher,
parfois des attestations de non-hydrogénation, de
non-ionisation.Les questions diverses peuvent avoir trait aux
problèmes de transport et de livraison, d’étiquetage du produit, de
réglementation, et éventuellement des questions d’environnement
(traitement des emballages, des sous-produits, etc.).Bien sûr,
certains clients industriels peuvent avoir des demandes spécifiques
à formuler car ils sont soumis à des réglementations particulières
(par exemple : alimentation infantile, alimentation animale,
cosmétique, pharmacie…).Schématiquement, on constate que les
dossiers constitués pour les industriels comportent à leur demande
beaucoup de renseignements physico-chimiques et spécifiques alors
que les cahiers des charges de la grande distribution couvrent un
domaine plus large à la fois technique et pratique depuis la
réception des matières premières jusqu’à l’expédition des produits
finis.Cette exigence est probablement due au fait qu’il y a partage
de responsabilités entre la centrale d’achat et le fabricant des
produits à la marque du distributeur.Un cahier des charges
Distributeur comporte donc généralement les différents chapitres
que nous avons listés ci-dessous.1) Informations figurant sur
l’étiquette :
- – Dénomination commerciale et réglementaire.
- – Ingrédients.
- – Valeur énergétique et valeurs nutritionnelles moyennes
(protides, glucides, lipides « dont saturés, mono-insaturés,
polyinsaturés (ω6 et ω3) », vitamines, cholestérol,
etc.).
- – Volume net.
- – Date limite d’utilisation optimale (DLUO).
- – Conseils de conservation.
- – Conseils d’utilisation.
- – Marquage (DLUO, code emballeur, adresse du service
consommateurs).
- – Etc.
2) Caractéristiques techniques du produit mis en vente
- – Certains paramètres physico-chimiques (acidité
oléique, alcalinité, phosphore résiduel, humidité, indice de
peroxydes, composition en acides gras avec les tolérances, note à
l’analyse senrorielle).
- – Description (aspect, couleur, texture, goût).
- – Date limite d’utilisation optimale.
3) Ingrédients mis en œuvre
- – Origines géographiques des matières premières.
- – Caractère éventuel OGM ou allergènes de certains
ingrédients.
- – Composition en pourcentage des ingrédients.
4) Procédé de fabrication
- – Différentes étapes (raffinage et
conditionnement).
5) Plan de contrôle du producteur
- – Matières premières (huiles et emballages).
- – En cours de production (remplissage, bouchage,
étiquetage, marquage, mise en carton, palettisation).
- – Produits finis.Le plan de contrôle détaille les
modalités de l’échantillonnage et la fréquence des mesures.
6) Caractéristiques des emballages
- – Certificat d’alimentarité, nature des matériaux,
couleur, dimensions, poids, volume, etc.
- – Plan de contrôle (corps creux (préformes), bouchons,
étiquettes, suremballage, palettisation).
7) Assurance qualité
- – Certifications (ISO, HACCP, BRC, IFS…), récapitulatif
des CCP (Critical Control Point), gestion des non-conformes,
actions correctives, mode de traitement des réclamations,
conservation d’échantillons témoins de fabrication, audits
(internes, fournisseurs, clients).
- – Traçabilité tout au long des opérations de production
depuis les matières premières (huiles brutes, emballages) jusqu’aux
entrepôts.
Il est intéressant de croiser les rubriques prévues dans les
cahiers des charges des industriels utilisateurs d’huiles végétales
et des acheteurs GMS avec les attentes du consommateur individuel
dont on a une idée précise par le biais des courriers, des contacts
téléphoniques et via internet. Les questions posées le plus souvent
par ordre décroissant d’importance concernent :
- – La production (origine des matières premières –
procédé d’obtention).
- – Les conseils d’utilisations en cuisson ou en
fritures.
- – L’incidence sur la santé (allergie, régimes
alimentaires, obésité).
- – Les qualités nutritionnelles (acides gras essentiels,
vitamines).
- – Les conseils de conservation.
Pour une représentation encore plus complète des attentes du
consommateur, on peut aussi ajouter la nature des réclamations qui
généralement portent sur :
- • le goût des huiles :
- – Huiles raffinées : défauts perçus par le
consommateur.
- – Huiles à goût : fruité jugé trop intense ou pas
assez, amertume, défauts spécifiques (rance, brûlé, moisi,
artificiel…).
- • l’aspect :
- – Huiles trop claires.
- – Absence de limpidité.
- • le comportement à chaud :
- – Goût des produits frits.
- – Odeur environnante et rémanante.
- – Apparition de mousse lors des fritures.
- • Les emballages :
- – Bouchon peu commode, défectueux
En rassemblant les principales attentes des clients qu’ils soient
industriels acheteurs de GMS ou consommateurs individuels, on
constitue ainsi la partie technique du cahier des charges dans
laquelle figurent différentes rubriques que nous allons examiner
(tableau 2).
Identification du produit
Cas des huiles raffinées
( Tableau 1 )( Tableau 2 )Le producteur doit s’assurer que les
étapes de raffinage ont été correctement réalisées à tous les
niveaux quelle que soit l’huile brute qu’il a à traiter (nature,
qualité) dont il doit vérifier préalablement la pureté.
Cela consiste à s’assurer de l’élimination des impuretés, de
l’acidité libre, des phospholipides, des pigments colorés, des
traces métalliques, des produits odorants, et de contrôler que par
le biais du raffinage, ont été aussi éliminés des réactifs ou des
produits résultant de la réaction de la matière grasse avec les
réactifs comme : l’acide phosphorique, les savons, les terres
actives de décoloration et de filtration, l’eau.
Au final, le raffineur contrôlera dans tous les cas que le
raffinage a été correctement réalisé en mesurant les valeurs
résiduelles de l’acidité, de l’alcalinité (savons), du phosphore
total, de l’humidité, dans certains cas de la chlorophylle ou des
caroténoïdes selon la nature de l’huile.
Ces mesures sont réalisées par des méthodes normalisées ou par
des outils d’analyse plus adaptés au contrôle industriel pour avoir
une réponse rapide (méthodes spécifiques, tests, capteurs sur
ligne) [1].
Pour les installations qui raffinent différentes qualités
d’huile, on devra vérifier que la composition en acides gras de
l’huile raffinée correspond à celle d’une huile pure en se basant
en particulier sur quelques acides gras spécifiques comme C18:2,
C18:3 et s’il s’agit de réaliser un mélange de plusieurs huiles de
s’assurer que la station de mélange a correctement fonctionné en
contrôlant la composition en acides gras et éventuellement celle
des tocophérols.
Tableau 1
|
Clients industriels
|
Autres (RHF, GMS, clients, etc.)
|
|
Questions techniques
|
37 %
|
20 %
|
|
Questions d’actualité
|
48 %
|
70 %
|
|
Demandes de certificats
|
12 %
|
8 %
|
|
Questions diverses spécifiques
|
3 %
|
2 %
|
Tableau 2
|
Identification du produit
|
Nature de l’huile
|
|
Raffinée ou non raffinée
|
|
Composition (cas des mélanges)
|
|
Aspect
|
Limpidité ou non
|
|
Couleur
|
|
Qualité
|
État de fraîcheur
|
|
Caractéristiques organoleptiques et physico-chimiques
|
|
Stabilité organoleptique jusqu’à DLUO
|
|
Innocuité
|
Absence de contaminants, de corps étrangers
|
|
Allégation nutritionnelle
|
Teneur en acides gras essentiels
|
|
Teneur en vitamines E, D
|
|
Conseils d’usage
|
Utilisation en assaisonnement
|
|
Utilisation à chaud
|
Cas des huiles à goût
Pour les huiles vierges d’olive qui représentent la majorité du
marché français de l’olive, les critères qualifiants vierge extra
et vierge sont bien définis. L’industriel doit mettre en place une
organisation qui permet le contrôle des différentes
caractéristiques physico-chimiques prévues par la législation
européenne [2].
Aspect
À l’exception des huiles qui contiennent naturellement des cires
(tournesol, maïs, pépins de raisin), les huiles raffinées sont
limpides à température ambiante. L’apparition d’un trouble peut
être due à des traces d’humidité, de particules de terre de
filtration, à la cristallisation de cires et autres lipides
cristallisant dans certaines conditions.
Pour le consommateur, ces défauts sont très souvent l’objet de
questions, le trouble pouvant prendre des aspects divers parfois
peu attractifs : flocons, voiles, billes ou nuage plus ou
moins grisâtre au fond des bouteilles.
Ces défauts peuvent apparaître au niveau du conditionnement à la
suite d’un débourbage accidentel d’un filtre de sécurité ou de la
fuite d’un échangeur de température.
Le producteur devra en particulier vérifier l’absence totale de
gouttelettes d’eau pouvant être à l’origine de graves incidents
lors d’une utilisation de l’huile au chauffage.
Si un décirage est effectué, il n’y a pas de moyens simples de
s’assurer de la complète élimination des produits cristallisés
sinon par un test au froid qui selon les conditions peut donner un
résultat erroné et ne garantira pas que l’huile quelles que soient
les conditions de stockage ne précipitera pas au cours du
temps ; sinon il faut avoir recours au dosage des cires [3].
L’expérience montre qu’une teneur ≤ 30-40 ppm garantit une
limpidité d’au moins 8 jours à 3 °C pour une huile de
tournesol et réduit sensiblement la probabilité d’apparition de
dépôt chez le consommateur.
La couleur de l’huile doit être régulière. Il ne s’agit pas
d’avoir dans un linéaire, des bouteilles remplies d’huiles de
couleur différente. La couleur peut être contrôlée à l’aide d’une
simple mesure de la transmission à 420 nm ou d’un colorimètre type
Lovibond.
Qualité
L’état d’oxydation est traditionnellement évalué par la mesure de
l’indice de peroxydes. Cette mesure n’est pas difficile à pratiquer
mais nécessite beaucoup de soins, la preuve en est la difficulté
d’avoir une bonne reproductibilité dans les analyses circulaires.
Il existe beaucoup d’autres techniques permettant d’évaluer l’état
de fraîcheur de l’huile.
Le problème repose essentiellement sur l’interprétation que l’on
donne à ces indices, le consommateur n’achetant ni un indice de
peroxydes ni un indice de para-anisidine ou autre test Rancimat
mais des qualités fonctionnelles comme le goût, la stabilité de ce
goût jusqu’à la DLUO et des garanties de performances à
l’utilisation.
C’est pourquoi les industriels attachent beaucoup d’importance
aux caractéristiques organoleptiques. L’importance de la
dégustation est considérable puisque les différents indices de
mesure de l’oxydation ne garantissent pas l’absence de flaveurs
désagréables ; une huile ayant un indice de peroxydes assez
élevé peut ne pas avoir de défauts organoleptiques nets tandis que
l’inverse peut se trouver [4].
L’analyse sensorielle requiert une infrastructure spécifique et
en dépit du soin apporté, sa reproductibilité est faible. De plus,
elle nécessite une organisation assez lourde et entraîne un délai
de réponse qui oblige à stocker les produits avant livraison. La
mise sur le marché des nez électroniques depuis plusieurs années a
été un espoir pour les industriels des corps gras. Malheureusement
pour les huiles raffinées, les résultats ont été assez décevants
bien qu’il s’agissait uniquement de détecter un fruité ou un défaut
résiduel [5].
D’autres techniques comme la mesure de certains composés
volatils ou des volatils totaux ne sont pas suffisamment fiables
pour différencier une huile à défaut d’une huile sans défaut.
Dans le cas des huiles à goût, l’évaluation sensorielle est
beaucoup plus délicate car le panéliste doit s’assurer que le
profil organoleptique est proche de celui du référent.
Pour les huiles d’olive vierge extra, la législation a normalisé
la procédure d’évaluation en recherchant d’abord l’absence de
défauts avant de noter les caractéristiques positives.
Pour les autres huiles (noix, noisettes, amandes, etc.) qui
peuvent être des mélanges d’huiles vierges produites à partir de
fruits plus ou moins torréfiés et d’huiles raffinées, le caractère
organoleptique est essentiel et il s’agit de contrôler que le
produit correspond au standard du client ce qui nécessite
l’utilisation des tests duo-trio.
Dans le cas des huiles aromatisées, là encore l’aspect
organoleptique est très important. On dispose cependant en plus du
panel, de l’analyse des constituants de la préparation aromatique
ajoutée qui se fait facilement par SPME et chromatographie en phase
gazeuse.
Pour toutes les huiles qu’elles soient raffinées, vierges ou
aromatisées, il est bien sûr indispensable d’évaluer préalablement
leur stabilité organoleptique par des tests de vieillissement
adéquats et des tests d’usage pour établir leur DLUO.
Garantie d’innocuité du produit
La liste des résidus de contaminants les plus souvent recherchés
figure au tableau 3( Tableau 3 ).
La recherche de traces de contaminants dans les huiles nécessite
des techniques spécifiques et des équipements généralement de haut
de gamme. Des laboratoires officiels habitués à ces déterminations
assurent les mesures mais l’expérience montre que les résultats
sont parfois erronés du fait qu’ils n’ont pas nécessairement
l’habitude de traiter les matrices des corps gras ou qu’il n’existe
pas de méthodes d’analyses normalisées.
Les temps de réponse sont longs et ne permettent pas à
l’industriel de réagir rapidement.
À partir de divers éléments permettant d’évaluer les risques de
contamination (origine des matières premières, qualité, historique
des résultats antérieurs), le producteur d’huiles décidera de la
fréquence des déterminations à effectuer et pourra ainsi soit
sous-traiter à un laboratoire extérieur spécialisé soit investir
dans un équipement spécifique avec un personnel qualifié.
Dans la quasi-totalité des cas, les huiles raffinées ou à goût
ne contiennent pas de contaminants.
Il faut cependant porter une attention particulière aux
hydrocarbures polyaromatiques (HAP) et aux pesticides.
Dans le cas des HAP, il faut environ 2 jours pour doser une
quinzaine de HAP ou alors investir dans un équipement spécifique
qui permettrait d’avoir le résultat en moins de
2 h 00.
Heureusement l’adoption récente par la législation européenne de
la limite à 2 ppb du benzo(a)pyrène (BaP) permet éventuellement
d’éviter cet investissement et de multiplier les contrôles du BaP à
l’aide d’une méthode de dosage plus simple sans devoir recourir à
la méthode ISO beaucoup plus longue ni sans être systématiquement
tributaire de laboratoires extérieurs [6].
Le cas des pesticides est plus délicat à traiter car la
législation n’est pas toujours claire et peut être différente selon
les pays, les organismes (Codex, Fédiol) et la nature des
huiles.
Contrairement aux HAP, il n’y a pas de méthodes normalisées. En
pratique chacun se limite aux pesticides qu’il sait doser, avec les
équipements dont il dispose, faisant abstraction des autres pics
non identifiés du chromatogramme.
Les études que nous avons réalisées dans ce domaine ont montré
comme d’autres que la majorité des pesticides était éliminée à la
désodorisation à condition que les paramètres temps, température et
surtout vide soient parfaitement contrôlés (tableau 4( Tableau 4 )).
Tableau 3
|
Métaux lourds
|
|
Solvants résiduels
|
|
Dioxines
|
|
Toxines
|
|
Benzo(a)pyrène-(HAP – HAP « lourds »)
|
|
Pesticides et PCB
|
Tableau 4 Élimination des pesticides phosphorés à la
désodorisation. Concentrations exprimées en μg/kg).
|
Teneur initiale
|
Teneur avant désodo.
|
Essai 1
|
Essai 2
|
Essai 3
|
Essai 4
|
Essai 5
|
Conditions de désodo.
|
|
235 °C
|
220 °C
|
250 °C
|
220 °C
|
250 °C
|
Température
|
|
2 h 00
|
3 h 00
|
3 h 00
|
3 h 00
|
3 h 00
|
Durée
|
|
12 mbars
|
8 mbars
|
8 mbars
|
2 mbars
|
2 mbars
|
Vide (mbars)
|
|
Dichlorvos
|
374
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Heptonophos
|
438
|
< 20
|
/
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Diazinon
|
296
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Diméthoate
|
326
|
< 20
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Chlorpyrifos
|
296
|
195
|
< 20
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Malathion
|
443
|
116
|
/
|
/
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Fénitrothion
|
461
|
240
|
< 20
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Parathion
|
411
|
335
|
< 20
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Fenthion
|
388
|
240
|
25
|
< 20
|
|
|
|
|
|
Méthidathion
|
302
|
115
|
22
|
< 20
|
/
|
/
|
/
|
|
|
Carbophénothion
|
358
|
280
|
143
|
113
|
< 20
|
/
|
/
|
|
|
Azinphos méthyl
|
235
|
96
|
44
|
60
|
< 20
|
< 20
|
/
|
|
|
Azinphos éthyl
|
243
|
142
|
85
|
105
|
20
|
30
|
/
|
|
|
Consommation vapeur g/heure/2,8 kg
|
43
|
63
|
56
|
61
|
65
|
|
Allégations nutritionnelles
Il est important que le producteur s’assure que le traitement
thermique du raffinage en particulier la désodorisation n’a pas
isomérisé significativement les acides ω3 et ω6 ni entraîné une
baisse trop importante de la vitamine E.
Par chromatographie en phase gazeuse, on s’assure que le degré
d’isomérisation de l’acide linolénique – rapport isomères
trans/total ω3 – est inférieur à 10 % et celui de l’acide
linoléique à 1 %.
Les pertes en tocophérols sont généralement inférieures à
10 %. La teneur garantie en vitamine E (naturelle ou ajoutée)
est contrôlée facilement par HPLC.
Le contrôle de l’ajout de vitamine D à faibles teneurs se fait
par une méthode beaucoup plus longue nécessitant l’extraction de
l’insaponifiable puis la récupération par HPLC de la fraction
contenant la vitamine D et enfin le dosage par HPLC de la vitamine
D avec détection dans l’UV.
Conseils d’usage
La législation française exclut pour le moment l’usage en friture
des huiles contenant plus de 2 % d’acide linolénique.
Les conseils d’usage pour une utilisation à chaud doivent
reposer sur des essais réalisés préalablement en interne par le
producteur d’huiles, essais intégrant divers paramètres comme la
formation des produits de dégradation (polymères, composés
polaires) ou évaluant de possibles effets rédhibitoires comme la
formation de mousse dans différentes conditions de fritures et bien
sûr l’odeur dégagée par le bain.
Il est indispensable de constituer ces dossiers pour conseiller
les utilisateurs en RHF ou le particulier.
Conclusion
Les attentes des consommateurs de matières grasses sont en
constante progression depuis quelques années. Cela est en partie dû
aux préoccupations en matière de nutrition, les matières grasses
ayant souvent été mises en cause dans certaines pathologies alors
qu’elles sont indispensables à l’organisme humain.
De ce fait, les grandes marques communiquent désormais sur des
points précis (rapport ω3/ω6, stérols végétaux, régime
méditerranéen), proposent des huiles qui répondent mieux aux
exigences nutritionnelles en collaborant avec des organismes
spécialisés et développent ainsi une politique d’assurance qualité,
garantie de sécurité pour tous les consommateurs.
Références
1 Vigneron PY. Attentes des industriels en matière d’analyse
des oléagineux et des corps gras. OCL 2003 ; 4 : 242-6.
2 Ue J Off Union européenne. Règlement n° 1989/2003 – 295 ;
57-77.
3 Henon G, Recseg K, Kovari K. Wax analysis of
vegetable oils using liquid chromatography on a double adsorbent
layer of silicagel and silver nitrate – impregnated silicagel.
JAOCS 2001 ; 78(4) : 401-10.
4 Vigneron PY, Georgin R. In : Quality control of
refined oils – requirements and organization. World conference
proceedings. AOCS, 1990 : 380-4.
5 Vigneron PY, Vanhemelrijck J, Stoclin B,
Caigniez J. Evaluation de la neutralité organoleptique des
huiles raffinées à l’aide d’un nez électronique. OCL 2002 ;
4 : 264-9.
6 Vigneron PY, Allaert JP, Stoclin B.
Determination of polycyclic aromatic hydrocarbons in vegetable
oils : proposal for industrial quality control. OCL
2003 ; 2 : 155-8.
|