ARTICLE
Auteur(s) :, Emile Choné
AGROPOL (Association pour le développement international
agronomique et industriel des protéagineux et des oléagineux), 12,
avenue George V 75008 Paris
Les PECO et leur agriculture
Dix pays d’Europe centrale et orientale ont vu leur candidature
agréée par l’Union européenne. Huit d’entre eux viennent d’entrer
au 1er mai 2004 (la Pologne, les trois Républiques
baltes, la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la
Slovénie). L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie est prévue en
2007.
À la suite de treize années de transition économique, les PECO
accusent encore un retard économique par rapport à l’UE (tableau
1)( Tableau 1 ). Pour les deux plus
grands pays, le PIB par habitant ne représente, en proportion de
celui de l’UE à 15, que 39,6 % pour la Pologne et 24,6 %
pour la Roumanie.
L’agriculture manifeste également un retard de productivité par
rapport au reste de l’économie. L’agriculture emploie 19,6 %
des actifs en Pologne et ne représente que 3,1 % du PIB,
37,7 % des actifs en Roumanie pour 13 % du PIB.
Le débat intense sur la restructuration nécessaire de
l’agriculture des PECO ne doit pas occulter la diversité des
exploitations agricoles de ces pays.
L’agriculture des PECO est en effet caractérisée par la
coexistence d’une agriculture de micro-exploitations de subsistance
et d’une agriculture sur de très grandes exploitations héritées du
passé.
Pour comprendre la situation présente, il est utile de revenir
aux structures d’exploitation de la fin de la période communiste
(Tableau 2( Tableau 2 )).
La collectivisation postérieure à la deuxième guerre mondiale
avait été menée par la mise en place des coopératives agricoles au
sein desquelles les paysans étaient généralement contraints
d’apporter leurs terres et par la nationalisation pure et simple
des grandes propriétés agricoles.
La seule exception notable à cette collectivisation fut la
résistance des paysans polonais à apporter leurs terres aux
coopératives.
Ces coopératives possédaient l’ensemble des moyens de production
y compris la terre. On comprendra dès lors la répugnance profonde
actuelle des agriculteurs des PECO au concept de coopérative et les
explications nécessaires pour leur faire comprendre le succès des
coopératives de services en Europe occidentale.
Partant de cette situation, la transformation des structures
agricoles s’est faite selon des voies et à des vitesses différentes
selon les pays à partir de 1990.
- • En Pologne, la gestion des fermes d’Etat a été confiée
dès le début de la période de transition à des privés, le transfert
de la propriété des terres étant plus progressif et encore en
cours. Ces grandes fermes d’Etat (les PGR, panstwowe gospodarstwa
rolne) n’ont pratiquement pas été démantelées. Elles aboutissent
aujourd’hui à de grandes ou très grandes exploitations agricoles
privées.Les grandes régions qui furent sous régime allemand jusqu’à
la deuxième guerre mondiale (Mazurie, Poméranie, Silésie) comptent
une forte proportion de ces anciennes grandes fermes d’Etat.
- • En Roumanie, la transition s’est passée en deux temps
distincts. Au début de la transition économique a eu lieu la
restitution des parts des coopératives aux ayants droit des terres
correspondantes. Ce processus a conduit à attribuer à une large
population des lopins de terre de 2 à 3 ha en moyenne. Beaucoup de
ces nouveaux propriétaires résident en ville.En 2001, la situation
était la suivante ( (figure 1) ) :
68 % de la surface agricole totale de Roumanie était
constituée de petits propriétaires-exploitants à côté desquels
subsistaient les fermes d’Etat sur 15 % de la surface agricole
totale (SAT). Sur 16 % de la SAT, une partie des attributaires
de lopins de terre avaient choisi de continuer à exploiter ensemble
leurs terres au sein d’associations formelles ou familiales (dotées
ou non d’une forme juridique).Ce n’est que récemment que les
grandes fermes d’Etat ont été totalement privatisées (2002-2003).
Les ayants droit des grandes propriétés nationalisées en 1947 n’ont
récupéré qu’un maximum de 50 ha par propriétaire, le reste a été
vendu à des privés.
Au cours des toutes dernières années s’amorce la constitution de
grandes exploitations sous forme de sociétés privées qui louent les
terres aux petits propriétaires privés. Il est courant de voir dans
la plaine du Danube des sociétés d’exploitation agricole de un à
plusieurs milliers d’hectares louant les terres à plusieurs
centaines de propriétaires.
En tout état de cause, ces grandes exploitations désormais
totalement gérées par des privés sont a priori bien placées pour
diminuer leurs coûts sachant de plus qu’elles vont bénéficier
progressivement des aides directes de la politique agricole commune
attribuées dans les nouveaux Etats membres. Enfin, en Roumanie et
en Bulgarie, elles bénéficient, d’ici l’adhésion de ces pays, des
fonds SAPARD (Special Adhesion Programme for Agriculture and Rural
Development) de l’Union européenne pour leur modernisation.
Tableau 1 PIB et agriculture des PECO en 2002
|
PIB par habitant
|
Agriculture
|
|
en euros
|
en % de l’UE15
|
en % du PIB
|
en % des actifs
|
|
Bulgarie
|
5 900
|
24,6
|
12,5
|
10,7
|
|
République tchèque
|
14 400
|
60,0
|
3,7
|
4,9
|
|
Estonie
|
10 000
|
41,6
|
5,4
|
6,5
|
|
Hongrie
|
13 600
|
56,6
|
4,3
|
6,0
|
|
Lettonie
|
8 500
|
35,4
|
4,7
|
15,3
|
|
Lituanie
|
9 400
|
39,2
|
7,1
|
18,6
|
|
Pologne
|
9 500
|
39,6
|
3,1
|
19,6
|
|
Roumanie
|
5 900
|
24,6
|
13,0
|
37,7
|
|
Slovaquie
|
11 400
|
47,5
|
4,5
|
6,6
|
|
Slovénie
|
17 700
|
73,7
|
3,3
|
9,7
|
|
UE15
|
24 010
|
100
|
|
|
|
UE25
|
21 910
|
|
|
|
Tableau 2 Structure des exploitations agricoles des
PECO avant la transition économique
|
Coopératives
|
Fermes d’Etat
|
Exploitations individuelles privées
|
|
Part SAT* (%)
|
Taille moyenne (ha)
|
Part SATa (%)
|
Taille moyenne (ha)
|
Part SATa (%)
|
Taille moyenne (ha)
|
|
Pologne
|
4
|
335
|
19
|
3 140
|
77
|
6,6
|
|
Hongrie
|
80
|
4 179
|
14
|
7 138
|
6
|
0,3
|
|
Rép. tchèque
|
61
|
2 578
|
38
|
9 443
|
0
|
5,0
|
|
Rép. slovaque
|
69
|
2 667
|
26
|
5 186
|
5
|
0,3
|
|
Roumanie
|
59
|
2 374
|
29
|
5 001
|
12
|
0,5
|
|
Bulgarie
|
58
|
4 000
|
29
|
1 615
|
13
|
0,4
|
aSurface agricole totale.
Les oléagineux et les structures d’exploitation
Dans la plupart des PECO, la production d’oléagineux est
majoritairement le fait de ces grandes exploitations agricoles,
qu’elles soient issues des anciennes fermes d’Etat ou qu’elles
fassent appel à la location de terres comme en Roumanie.
Cette caractéristique est liée :
- • d’une part à la maîtrise ancienne des cultures
oléagineuses, c’est le cas des régions polonaises de Mazurie,
Poméranie et Silésie pour le colza ;
- • d’autre part à la disponibilité des équipements
spécifiques à ces cultures.
La répartition géographique du colza en Pologne ( (figure 2) ) est
révélatrice des antécédents historiques et de la structure
d’exploitation mentionnée plus haut. On estime dans ce pays que
80 % du colza est produit par les anciens PGR.
Les oléagineux en Roumanie sont concentrés dans les zones les
plus riches qui sont également celles des anciennes grandes fermes
d’Etat et où se constituent de grandes exploitations agricoles
privées en fermage ( (figure 3) ).
Évolution des exploitations de grandes cultures à l’occasion de
l’élargissement
Comme nous l’avons vu, les oléagineux des PECO sont produits
principalement par les grandes exploitations.
Quel va être l’effet de la PAC sur la restructuration de
l’agriculture des PECO en général et sur le développement de leurs
oléagineux en particulier ?
Le pays le plus concerné par la restructuration de son
agriculture est la Pologne. Or ce pays vient de décider d’ouvrir
les aides directes à toutes les exploitations agricoles de un
hectare et plus. Dès lors, il est douteux que ces aides accélèrent
la restructuration des petites exploitations. En conséquence, c’est
toute une partie de la Pologne (centre, centre-sud et sud-est) qui
ne sera pas concernée par le développement des oléagineux.
Pour les grandes exploitations céréalières de l’ensemble des
PECO produisant la plus grande partie de oléagineux,
avec l’accès aux aides directes de la PAC, au crédit bancaire
pour optimiser les équipements et la conduite des cultures, et aux
aides SAPARD, elles vont pouvoir accélérer leur modernisation et
améliorer leur compétitivité en baissant leurs coûts de
production.
Dans bien des cas, elles disposent d’un avantage compétitif dû à
leur taille comparée à celle des fermes de l’UE à 15.
Dans le processus de modernisation en cours, il est utile de
mentionner le cas de la restauration des équipements d’irrigation
en Roumanie qui vont améliorer la compétitivité de l’agriculture et
permettre la relance de la production de soja. La Roumanie a en
effet cultivé jusqu’à 500 000 ha de soja à la fin de la
période communiste. À cette époque, 3 millions d’ha de terres
avaient été aménagés pour l’irrigation. On sait que 90 % de
ces aménagements ont été rendus inutilisables pour l’irrigation dès
le début de la transition. La restauration de l’irrigation est en
cours et devrait permettre à nouveau de produire du soja sur des
surfaces potentiellement comparables à celles ayant existé dans le
passé.
Le rôle de l’organisation professionnelle dans l’évolution des
oléagineux
Tous les PECO disposent d’une filière oléagineuse avec en aval de
la production des usines de trituration et de raffinage des huiles.
L’organisation de la filière sous la période communiste avait
privilégié le transfert direct des graines des grandes
exploitations aux huileries sans prise en charge financière par un
organisme collecteur intermédiaire, le stockage étant assuré, à
façon, pour le compte du triturateur.
L’absence d’organisme collecteur acheteur se fait sentir
actuellement, les triturateurs devant assurer dès la moisson
l’achat de toute la récolte et son stockage pour toute la
campagne.
Autre conséquence de cette organisation : le triturateur passe
un grand nombre de contrats directement avec les producteurs
agricoles avec les inconvénients d’une dissymétrie de la
concentration de la demande par rapport à celle de l’offre et une
différence d’accès à l’information et aux outils de marché.
Ceci amène les producteurs à s’organiser. Les producteurs de
colza polonais ont mis en place avec l’appui d’Agropol le KZPR
(Krajowe Zrzeszenie Producentow Rzepaku : Association
nationale des producteurs de colza) afin de pallier ces
inconvénients. En République tchèque, l’organisation a été poussée
plus loin par le regroupement de tous les opérateurs de toute la
filière avec le SPZO (Svaz Pěstitelů a Zpracovatelů Olejnin :
Union des producteurs et transformateurs d’oléagineux) qui gère des
actions d’intérêt commun dont celle de l’appui technique aux
producteurs d’oléagineux.
L’élargissement et l’équilibre des productions
L’arrivée des PECO, encore très marqués par leur activité agricole,
et à la recherche de tous les leviers de développement possibles,
justifie de reposer la question de l’équilibre du développement des
grandes cultures tant en termes d’adéquation au marché qu’en termes
d’équilibre des productions et des assolements.
La reconquête du marché de l’UE des MRP et des huiles est un cas
d’école. Faut-il continuer à ouvrir ce marché au tout soja importé
et à cantonner ces pays à la production de céréales dont
l’excédent, à l’échelle de l’UE, devra être exporté ?
Conclusion
Au total, l’élargissement et la politique agricole commune vont
avoir un impact sur les structures d’exploitations agricoles
surtout par le renforcement des exploitations agricoles les plus
importantes. On peut en attendre une amélioration sensible de la
productivité des oléagineux mais une extension limitée des
surfaces. Le marché du biodiesel en pleine expansion dans l’UE par
son effet sur les prix peut déplacer vers les oléagineux
l’équilibre des grandes cultures.
En tout état de cause, l’application de la PAC dans les PECO ne
changera pas significativement le déficit en MRP de l’UE.
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