ARTICLE
Auteur(s) : Claude GENOT1, Sylvie
EYMARD2, Michèle VIAU1
1 INRA, LEIMA, Centre de Recherche de Nantes,
BP 71627, 44072 Nantes cedex 3.
<genot@nantes.inra.fr, viau@nantes.inra.fr>
2 Ifremer, VP/GA, Centre de Recherche de Nantes,
BP 21105, 44311 Nantes cedex 3.
Il y a un large consensus sur le fait qu’augmenter l’apport
alimentaire en acides gras polyinsaturés oméga 3 (AGPI ω3), et en
particulier en acides gras à longue chaîne (AGPI- LC)
eicosapentaènoïque (EPA ; 20:5 n-3), docosapentaènoïque
(DPA ; 22:5 n-3) et docosahexaènoïque (DHA ;
22:6 n-3) permet de réduire l’incidence de pathologies telles
que les maladies cardiovasculaires et inflammatoires [1, 2]. Le DHA
est également un nutriment indispensable au bon développement
cérébral du fœtus humain et des enfants prématurés. Pour augmenter
la consommation d’AGPI-LC ω3, une double démarche est désormais
adoptée. Il s’agit d’une part d’inciter fortement les consommateurs
à manger plus de poisson et de produits de la mer, et d’autre part
d’enrichir en AGPI-LC ω3 ou en leur précurseur (acide
α-linolénique ; ALA ; 18:3 n-3) certains aliments
traditionnellement peu riches, via l’incorporation directe
des AGPI-LC ω3 ou de l’ALA dans des aliments issus de la seconde
transformation (pain, lait et produits laitiers, sauces, et plus
généralement produits formulés) ou via, dans le cas de la
viande et des produits carnés, des apports accrus d’ALA dans
l’alimentation des animaux. En outre, demeure la possibilité de
proposer des compléments alimentaires sous forme de gélules,
capsules ou concentrés [3]. Malheureusement, la forte insaturation
des AGPI-LC ω3, à l’origine de leur activité biologique, en fait
des molécules très sensibles à l’oxydation. L’oxydation des lipides
est ainsi le premier facteur limitant la durée de vie des huiles
riches en AGPI-LC ω3, comme les huiles de poisson, et des aliments
enrichis en ces acides gras. Cette détérioration est à l’origine de
dégradations des propriétés sensorielles des produits :
odeur et arôme en premier lieu, couleur et texture dans d’autres
cas. Elle contribue également à diminuer leur valeur
nutritionnelle, quand elle n’a pas d’incidence sur leurs
caractéristiques d’usage. Protéger les AGPI-LC ω3 de l’oxydation,
dans les matières premières, lors de leur transformation et au
cours de la conservation des produits finis, est donc un enjeu fort
pour lequel il faut combiner divers moyens d’actions, en prenant en
compte la complexité des mécanismes mis en jeu et la diversité des
facteurs intervenants.
Afin de limiter la dégradation des AGPI-LC ω3, il est
indispensable de contrôler les différents facteurs pro-oxydants et
de mettre à profit la présence des antioxydants naturellement
présents dans les matières premières. Ainsi, en fonction de la
matrice considérée, différents moyens peuvent être mis en œuvre,
tels qu’augmenter les teneurs en antioxydants naturels de la
matière agricole et maîtriser les facteurs physico-chimiques qui
modulent l’oxydation au cours des procédés de transformation, la
formulation et la conservation. L’objectif de cet article est de
faire le point sur les principaux mécanismes et facteurs impliqués
dans les réactions d’oxydation des AGPI-LC afin d’essayer de
proposer une stratégie permettant de limiter le développement de
ces réactions dans les aliments enrichis en ces constituants.
Pourquoi vouloir protéger les AGPI-LC ω3 de
l’oxydation ?
Mécanismes de l’oxydation des acides gras polyinsaturés et
principaux produits formés
L’oxydation des lipides est une réaction auto-catalytique. Il
s’agit d’un enchaînement de réactions radicalaires se déroulant
schématiquement en trois étapes : initiation, propagation et
terminaison (figure 1) [4]. En
présence d’un initiateur, un atome d’hydrogène est arraché de la
chaîne acyle d’un acide gras, formant un radical libre lipidique
(L°). Dans les AGPI-LC ω3, cette phase d’initiation est favorisée
par la présence de 5 ou 6 doubles liaisons non conjuguées, les
hydrogènes en position bis-allylique (4 pour l’EPA, 5 pour
le DHA) étant particulièrement labiles. Possible à température
ambiante, l’initiation de la réaction est favorisée du fait d’une
élévation de température, par la présence d’ions métalliques (Fe,
Cu), d’hydroperoxydes, de systèmes enzymatiques produisant des
espèces activées de l’oxygène ou de catalyseurs enzymatiques
(lipoxygénase). Suite à la phase d’initiation, l’oxygène
moléculaire se fixe d’un côté ou de l’autre du radical pendadiényle
formé par délocalisation des électrons des doubles liaisons
encadrant l’H bis-allylique. Les radicaux peroxyle (LOO°),
très instables, arrachent, lors de la propagation de la réaction,
des hydrogènes labiles appartenant à de nouvelles molécules d’acide
gras ou à des acides gras déjà oxydés, pour former des
hydroperoxydes. L’oxydation de l’EPA aboutit ainsi à la formation
de 8 isomères de position ayant des configurations
cis,trans ou trans,trans, soit
16 monohydroperoxydes et 20 pour le DHA auxquels il faut
ajouter des dihydroperoxydes, des epoxy-hydroperoxydes et des
molécules obtenues par cyclisation des radicaux peroxyle
(hydroperoxy epidioxides, hydroperoxy bicycloendoperoxydes). Les
hydroperoxydes d’AGPI-LC ω3 sont particulièrement instables, en
particulier en présence d’ions des métaux de transition. Ils se
combinent lors de la phase de terminaison pour former des dimères
ou des polymères, ou se décomposent. Ils génèrent alors de nombreux
composés secondaires non radicalaires possédant des fonctions
chimiques variées (aldéhydes saturés et insaturés, cétones,
alcools, acides, hydrocarbures, furanes,...). Ces composés sont,
soit des molécules de faible poids moléculaire volatiles, soit des
produits non volatils qui restent porteurs de la structure
glycéridique initiale ; c’est par exemple le cas des aldéhydes
estérifiés ou « core-aldéhydes ».
Conséquences de l’oxydation des AGPI-LC ω3
Les conséquences de l’oxydation des AGPI sont multiples (figure 1). Dans
certaines conditions (friture, conservation à l’état congelé par
exemple), les technologies industrielles ainsi que les préparations
culinaires conduisent à une perte quantitative d’acides gras oméga
3 et diminuent ainsi la valeur nutritionnelle des produits [5]. Par
ailleurs, des données récentes démontrent la présence de produits
d’oxydation dans des aliments enrichis en AGPI comme par exemple
dans les laits infantiles [6]. Ces lipides oxydés pourraient jouer
un rôle direct dans certaines pathogenèses [7-8]. Les produits
primaires de l’oxydation des lipides, radicaux libres et
hydroperoxydes et certains produits secondaires de l’oxydation
(malonaldéhyde, polymères,...) sont en effet potentiellement
toxiques, induisant des dommages protéiques et une altération des
composés cellulaires [9-11]. L’oxydation des lipides s’accompagne
de la détérioration d’autres constituants des aliments, parmi
lesquels les vitamines liposolubles, les stérols et les protéines
[12]. L’incidence de la consommation chronique de ces composés
néoformés issus directement ou indirectement de l’oxydation des
lipides est loin d’être connue [13], hormis les effets délétères
des oxydes de cholestérol ingérés qui sont parfaitement démontrés.
Or, ces dégradations sont favorisées dans les matières premières et
les aliments enrichis en AGPI-LC ω3.
L’oxydation des AGPI-LC ω3 provoque la formation d’une multitude
de composés de faible poids moléculaire et de volatilité élevée
[14]. Certains possèdent un seuil de perception très bas (tableau 1), ce qui explique l’incidence
négative de l’oxydation des AGPI-LC ω3 sur l’arôme des produits,
même quand les quantités de produits formés restent extrêmement
faibles. Ces composés sont globalement moins hydrophobes que ceux
issus de l’oxydation des acides gras des série n-9 ou n-3 [15], ce
qui favorise leur libération et leur perception pour de très
faibles concentrations quand ils sont présents dans des aliments
dans lesquels la phase lipidique est dispersée dans un milieu
aqueux. Ainsi, le même composé volatil issu de l’oxydation des
lipides peut avoir des impacts sensoriels différents en fonction
des systèmes considérés [16]. Enfin, les réactions des protéines
avec les produits primaires et secondaires de l’oxydation des
lipides induisent des modifications de leurs propriétés
fonctionnelles se traduisant notamment par des phénomènes
d’agrégation, des modifications de couleur [17] et des altérations
des propriétés rhéologiques des produits (viscosité,
texture,...).
Tableau 1. Principaux composés volatils issus de
l’oxydation des acides gras polyinsaturés oméga 3, seuils de
perception et descripteurs sensoriels.
| Composé |
Descripteurs |
Proportions
relatives produites lors de l’oxydation (% aire totale) |
log P |
Seuil de
perception de l’arôme dissous dans différents solvants (µg/g) |
| Huile de menhaden |
Huile de foie de morue |
huile* |
eau |
lait |
| propanal |
âpre, irritant |
0,2 |
|
0,59 |
0,2-1,6 |
0,17 |
0,43 |
| 2-propénal |
? |
21,7 |
|
– 0,01 |
|
|
|
| t-2-buténal |
vieux fromage |
8,6-0,4 |
0,1 |
0,6 |
0,7-1,4 |
1,6 |
|
| 1-pentèn-3-ol |
doux - sucré |
10,2 |
|
1,12 |
4,2-10 |
3 |
3 |
| 1-pentèn-3-one |
piquant, rance, vert, colle,
poisson |
1,6-0,7 |
5,7 |
0,9 |
0,003-0,005 |
0,01 |
0,003 |
| t-2-penténal |
piquant, colle, vert, herbeux,
pomme, peinture |
|
|
1,09 |
0,32 |
|
|
| c-2-penténal |
fruité |
10,4-2,8 |
1,4 |
– |
0,8 |
|
|
| t-2-pentèn-1-ol |
vert |
|
|
– |
|
|
|
| c-2-pentèn-1-ol |
moisi, compost |
3,8 |
0,3 |
1,12 |
|
|
|
| c-3-hexénal |
aigre, vieux fromage, tomate,
feuilles vertes fraîches, vert, haricot sec |
0,25 |
|
1,58 |
0,09 |
|
|
| t-2-hexénal |
aigre, vert |
1,9-1,5 |
1,4 |
1,58 |
2,5 |
|
0,07 |
| c-4-hepténal |
crémeux, mastic, rassis, brûlé,
poisson |
nd |
nd |
– |
0,0005 |
|
|
| 2,4-hexadiénal |
? |
0,14 |
0,1 |
1,37 |
0,04 |
|
|
| t,c-2,4-heptadiénal |
poisson, gras, brûlé, friture, pomme
pourrie |
7,2-11,4 |
25,6 |
1,86 |
0,04 |
|
|
| t,t-2,4-heptadiénal |
sale, vert gras, huileux, noix
rance |
|
|
|
0,10-0,46 |
|
0,05 |
| 1,5-octadièn-3-ol |
citron, vert |
|
0,7 |
– |
|
|
|
| 1,5-octadièn-3-one |
géranium, métallique |
|
0,01 |
– |
0,00003 |
|
|
| t,c-2,6-nonadiénal |
concombre |
|
1,1 |
2,84 |
0,0015 |
0,0001 |
|
| 2,4,7-décatriénal |
brûlé, poisson |
0,2 |
2,3 |
– |
|
|
|
| 2-éthyl-furanne |
floral |
1,9 |
|
2,4 |
|
|
|
Adapté de Genot et al. [15] et Kuls et al.
[46] ; les données originales proviennent de divers
auteurs.
log P : log du coefficient de partage entre l’octanol et
l’eau, traduit l’hydrophobie de la molécule ;
* Huile de paraffine, huile végétale ou beurre.
Les composés notés en gras seraient très impliqués dans l’odeur
désagréable des huiles de poisson oxydées selon Kuls et al.
[46] et Hartvigsen et al.[14].
Principaux facteurs de l’oxydation des lipides
L’oxydation des lipides limite la durée de vie des produits
alimentaires. De nombreux facteurs sont susceptibles d’influer sur
la réaction, soit en la prévenant, soit en la favorisant (tableau 2). Il s’agit de facteurs
intrinsèques aux produits tels que la structure des lipides, la
présence de molécules pro-oxydantes (hème, ions métalliques,
enzymes) ou d’antioxydants (tocophérols, caroténoïdes, composés
phénoliques,) et des facteurs externes tels que la température, la
lumière, la pression partielle en oxygène, l’activité de l’eau, les
conditions de stockage et de transformation [18]. In vivo,
ces facteurs se compensent et une augmentation du niveau
d’oxydation est généralement le témoin d’un dysfonctionnement. Une
fois rompu l’équilibre entre facteurs pro et antioxydants, ce qui
se produit post mortem ou après la récolte, les réactions
d’oxydation s’initient et s’amplifient au fil des traitements.
Tableau 2. Principaux facteurs,
pro-oxydants et antioxydants, impliqués dans les réactions
d’oxydation des acides gras polyinsaturés.
| Facteurs physico-chimiques |
Pro-oxydant |
Antioxydant |
Pro ou antioxydant |
| Oxygène |
√ |
|
|
| Lumière |
√ |
|
|
| Température |
√ |
|
|
| Potentiel rédox |
|
|
√ |
| pH |
|
|
√ |
| Activité de l’eau |
|
|
√ |
| Facteurs liés à la composition
des produits et à l’état initial des matières premières |
|
|
|
| Insaturation des lipides |
√ |
|
|
| Etat d’oxydation initial |
√ |
|
|
| Structure et organisation des
lipides |
|
|
√ |
| Métaux de transition |
√ |
|
|
| Pigments photosensibilisateurs
(chlorophyle) |
√ |
|
|
| Hème et protéines héminiques |
√ |
|
|
| Enzymes oxydantes (lipoxygénases,
cyclooxygénases) |
√ |
|
|
| Enzymes antioxydantes |
|
√ |
|
| Antioxydants endogènes (vitamine
E, carnosine) |
|
√ |
|
| Antioxydants ajoutés |
|
√ |
|
| Facteurs
technologiques |
|
|
|
| Traitements mécaniques (broyage,
émulsification,... ) |
√ |
|
|
| Traitements thermiques (cuisson,
congélation,... ) |
√ |
|
|
| Déshydratation,
fumage,... |
|
|
√ |
| Fermentation |
√ |
|
|
| Conditions de
conservation |
|
|
|
| Emballage |
|
√ |
|
| Atmosphère modifiée |
|
√ |
|
| Température |
|
|
√ |
| Durée de conservation |
√ |
|
|
Stratégie de protection des produits riches en acides gras
polyinsaturés
L’obtention des aliments fait suite à des étapes successives de
transformation (figure 2). Afin de
prévenir les réactions d’oxydation des lipides dans des produits
riches en AGPI-LC ω3, il est nécessaire de combiner différentes
approches, et ce, aux différentes étapes de la transformation et de
la conservation des produits. La première approche serait
d’empêcher tout contact avec l’oxygène et/ou avec les agents
prooxydants ; mais cette voie est loin d’être toujours
possible. Il est aussi recommandé de minimiser l’effet pro-oxydant
des procédés de transformation [19]. La seconde approche est
d’utiliser des antioxydants ; mais la stabilité des acides
gras polyinsaturés ne peut pas être contrôlée uniquement de cette
façon, ce d’autant plus qu’en fonction du procédé de transformation
leur incorporation n’est pas toujours facilitée. Enfin, il est
indispensable de contrôler les facteurs physiques et chimiques qui
interviennent dans les réactions d’oxydation au cours de la
transformation et de la conservation des produits riches en acides
gras polyinsaturés. En effet, suivant la matrice considérée,
matière agricole (viande, poisson,... ), produit intermédiaire
(surimi,... ), ingrédients (huiles) ou produits finis
(émulsion...), l’environnement des lipides et leur vitesse de
dégradation sont différents.
Il en résulte que les stratégies de prévention des réactions
d’oxydation des lipides doivent être adaptées au procédé de
transformation et à la matrice considérée.
Protéger et préserver les matières premières
Les muscles des animaux marins contiennent naturellement des
proportions élevées d’AGPI-LC ω3. Les muscles des animaux
terrestres en sont beaucoup moins riches, mais des apports
contrôlés d’huiles riches en AGPI dans les aliments permettent
d’augmenter significativement la teneur musculaire en ces acides
gras. Ces matières premières, riches ou enrichies en AGPI, sont
très sujettes à l’oxydation dès lors que les régulations
biologiques ne sont plus opérationnelles. In vivo, les
mécanismes de protection contre l’oxydation font intervenir des
effecteurs chimiques (tocophérols, ubiquinol, caroténoïdes,
ascorbate,...) ou enzymatiques (glutathione peroxydase,...). Une
première stratégie, mise en place pour améliorer la stabilité de
ces matières premières, consiste à augmenter la concentration
musculaire en antioxydants naturels en agissant sur le régime
alimentaire de l’animal. En effet, supplémenter en vitamine E le
régime alimentaire permet d’augmenter la concentration musculaire
en cette vitamine et améliore la stabilité de la viande au cours de
sa conservation et de ses transformations [20-22]. Nous avons
comparé par exemple l’oxydabilité de la viande de dindons pour
lesquels la composition de l’apport lipidique et la teneur vitamine
E variaient [23]. Les résultats obtenus montrent que la
supplémentation en vitamine E permet de maîtriser en grande partie
la plus grande oxydabilité de la viande induite par l’augmentation
de son insaturation (tableau 3). De
même, les filets issus de poissons dont le régime alimentaire a été
supplémenté en α-tocophérol présentent une meilleure stabilité
vis-à-vis de l’oxydation au cours de leur conservation [24-25].
Tableau 3. Supplémenter en
vitamine E les aliments de dindons permet de contrecarrer l’effet
prooxydant d’une augmentation de la teneur en AGPI des muscles
(pectoralis) induite par le remplacement, dans les aliments,
d’une partie des acides gras saturés par des AGPI ω6 et ω3. D’après
Genot et al., 1999 [23].
|
Matière
grasse |
alimentaire |
|
Suif |
Huile de
colza |
| Composition
des aliments |
| Vitamine E (mg/kg aliment) |
25 |
190 |
38 |
189 |
| AGPI n-6
(18:2 n-6 ; %AGT) |
18,7 |
18,7 |
30,7 |
30,7 |
| AGPI n-3
(18:3 n-3 ; %AGT) |
1,8 |
1,8 |
6,7 |
6,7 |
| Composition du
muscle pectoral |
| Vitamine E (mg/100 g) |
0,5a |
4,0c |
1,0b |
3,4c |
| Lipides totaux (g/100 g) |
1,1a |
1,1a |
1,5b |
1,6b |
| AGPI dans
les lipides neutres (mg acides gras/100 g muscle) |
| AGPI n-6 (18:2 n-6) |
93a |
111a |
210b |
225b |
| AGPI n-3 (18:3 n-3 :
ALA) |
7,9a |
9,2a |
41b |
45b |
| AGPI dans
les lipides polaires (mg acides gras/100 g
muscle) |
| AGPI n-6 (18:2 n-6
+ 20:4 n-6) |
133a |
124a |
132a |
120a |
| AGPI n-3
(ALA + EPA + DEA + DHA) |
20b |
17b |
25a |
24a |
| Niveau
d’oxydation |
| Muscle
frais |
| sr-TBA1 |
0,04a |
0,03a |
0,04b |
0,04a |
| Viande
conservée 72 h à + 4 °C |
| sr-TBA1 |
0,04a |
0,03a |
0,11b |
0,05a |
| Viande
conservée 6 mois à – 20 °C |
| sr-TBA |
0,26b |
0,06a |
0,19a,b |
0,12a,b |
| Viande
cuite |
| sr-TBA1 |
0,74b |
0,17a |
0,63b |
0,32a |
1 mg équivalent malonaldéhyde (MDA) par kg de
viande crue ; a, b, c : sur une même ligne, les valeurs
dont l’exposant est différent sont significativement différentes n
= 5 (p < 0,05).
Le contrôle de la qualité de la matière première est
indispensable pour limiter le développement des réactions
d’oxydation au cours des procédés de transformation. C’est
notamment le cas des produits transformés à partir de poissons
gras, pour lesquels l’état de fraîcheur de la matière première
détermine la qualité du produit fini. Par exemple, le surimi
fabriqué à partir de chinchards conservés 36 heures sous glace
présente une teneur en produits secondaires d’oxydation (substances
réactives à l’acide thiobarbiturique, sr-TBA) quinze fois plus
élevée que du surimi fabriqué à partir de chinchards conservés
6 heures sous glace (figure 3) [26]. En
effet, une fois les réactions d’oxydation des lipides amorcées au
sein de la matière première, celles-ci s’amplifient très fortement
au cours des transformations.
Eliminer l’oxygène
Eliminer l’oxygène depuis l’obtention des matières premières
agricoles jusqu’à la consommation des produits est le meilleur
moyen d’éviter toute oxydation des AGPI. Cela suppose utiliser des
procédés au cours desquels les contacts avec l’oxygène sont
proscrits, encapsuler les lipides dans des matrices imperméables à
l’oxygène et conserver les matières premières et les produits sous
vide ou en présence de gaz inertes dans des emballages étanches
et/ou en présence d’absorbeurs d’oxygène.
Néanmoins, il est très difficile d’éviter tout contact des lipides
avec l’oxygène. Tout d’abord, l’oxygène est plus de 4 fois
plus soluble dans les lipides que dans l’eau. Il est donc présent,
en quantité non négligeable dans les matières premières, en
particulier dans les huiles et concentrés lipidiques. Or, si la
quantité totale d’oxygène détermine la quantité maximale de
produits primaires de l’oxydation pouvant être formés, la moindre
trace d’oxygène est suffisante pour permettre le démarrage de la
réaction. La décomposition des quelques hydroperoxydes alors formés
pourra conduire, même si tout l’oxygène est consommé, à la
formation de composés volatils de faible seuil de perception et à
une dégradation marquée de l’odeur des produits. Il est à noter à
ce propos que lorsque la concentration ou la pression partielle en
oxygène sont faibles (moins de 4 à 10 % d’oxygène en phase
gazeuse selon les caractéristiques de la matrice, l’activité de
l’eau, la température et les catalyseurs), la vitesse d’oxydation
dépend de cette concentration ainsi que la nature des produits
formés par décomposition des hydroperoxydes. Par ailleurs, il est
extrêmement difficile d’arrêter, voire même de ralentir la
diffusion de l’oxygène au travers des matériaux, seul un état
vitreux étant le garant d’une réelle imperméabilité à ce gaz.
Enfin, certaines technologies, des raisons économiques ou
simplement les pratiques du consommateur ne permettent pas de
garantir que tout contact des produits sensibles avec l’oxygène
sera évité avant que le produit ne soit consommé.
Encapsuler les huiles et les matières grasses enrichies en
AGPI-LC ω3
Les huiles très sensibles aux réactions d’oxydation telles que
les huiles de poisson peuvent être protégées de l’oxydation par la
technique de microencapsulation. Il s’agit d’utiliser les
propriétés filmogènes, absorbantes et émulsifiantes de
macromolécules qui piègent ou enrobent les lipides. Ceux-ci sont
alors protégés physiquement de la lumière, de l’oxygène et des
autres initiateurs de l’oxydation (métaux, enzymes,...). Les
procédés d’encapsulation par atomisation, extrusion ou coacervation
permettent d’inclure des gouttelettes d’huile dans une matrice à
l’état vitreux constituée de protéines (gélatine, caséine,...),
polysaccharides (amidon, cellulose,...), cires et lécithine [27,
28]. L’inclusion moléculaire utilise la capacité des cyclodextrines
à former des complexes d’inclusion avec certaines molécules (acides
gras, monoglycérides). Il est possible d’encapsuler l’huile en
présence d’antioxydants, ces derniers offrant une protection contre
l’oxydation au cours du procédé d’encapsulation [29]. L’atomisation
serait également une technique de séchage moins agressive vis-à-vis
des AGPI-LC que la lyophilisation. Lors de la conservation des
lipides encapsulés, l’activité de l’eau (aw) est un
paramètre particulièrement critique. D’une part, l’activité de
l’eau détermine en grande partie la température de transition
vitreuse qui va permettre à la matrice de passer d’un état vitreux
à un état cahoutchoutique dans lequel les mobilités moléculaires et
les réactions sont favorisées. D’autre part, une activité de l’eau
très faible favorise l’oxydation, alors que la vitesse de réaction
est la plus faible pour une aw comprise entre 0,2 et
0,4 [30]. Ces valeurs correspondent à la formation d’une
couche monomoléculaire d’eau autour des constituants qui réduirait
l’activité catalytique des métaux de transition. Une aw
comprise entre 0,6 et 0,8 correspond aux vitesses maximales
d’oxydation initiées par les métaux (peroxydation) tandis que
l’oxydation initiée par des activités enzymatiques est généralement
fortement ralentie quand l’activité de l’eau est inférieure à
0,7-0,8.
L’efficacité des techniques d’encapsulation est également limitée
par la capacité d’encapsulation des matrices et par la présence,
dans le produit final, à la fois de lipides piégés au sein de la
matrice et de lipides adsorbés à sa surface (« lipides
libres » ; figure 4) qui sont
alors particulièrement sensibles à l’oxydation [28, 31].
Tenir compte de l’oxydabilité des lipides contenant des AGPL-LC
ω3 en fonction de leur structure chimique et de leur organisation
dans les matrices
Structure chimique et oxydabilité des lipides enrichis en
AGPI
La vitesse d’oxydation des AGPI ne dépend pas uniquement de leur
insaturation, mais également de la structure chimique des lipides
dans lesquels ils sont présents. Par exemple, l’oxydabilité est
plus importante quand le DHA est dans un triglycéride que s’il est
sous forme d’ester éthylique et s’il appartient à une molécule de
phospholipide [32]. Dans les triglycérides, l’oxydabilité des AGPI
dépend de leur position sur le glycérol et de la longueur de chaîne
des acides gras voisins [33]. Ainsi, après interestérification,
certaines huiles de poisson sont plus stables que les huiles
natives, probablement parce que les huiles interestérifiées
contiennent beaucoup moins des triglycérides très insaturés
[34].
Influence de la structure physique et de l’organisation des
lipides dans les matrices sur les cinétiques d’oxydation
L’oxydabilité des lipides dépend également de leur état
d’organisation. Très schématiquement, selon les matériaux
concernés, les lipides sont soit sous forme d’une phase homogène
(huile « en vrac » ou bulk oil), contenant
éventuellement des particules ou des gouttelettes d’eau (émulsion
eau-dans-l’huile), soit dispersés dans une matrice à forte teneur
en eau sous forme de micelles, vésicules lipidiques, membranes, ou
gouttelettes (émulsion huile-dans-l’eau) dont les tailles sont très
différentes, soit enfin dispersés et/ou adsorbés dans et sur une
matrice solide faiblement hydratée (figure 4). L’état physique
des lipides peut également influencer leur oxydabilité [15].
Quand les lipides sont dispersés ou émulsionnés dans une phase
aqueuse, leurs cinétiques d’oxydation sont souvent plus rapides que
celles observées dans le cas des phases lipidiques continues [4,
15, 35]. L’oxydation y est alors régie par des phénomènes locaux
faisant intervenir le positionnement et les interactions des
constituants participant à l’oxydation. Plusieurs facteurs
interviennent alors spécifiquement :
– L’organisation des lipides dispersés dans le milieu
aqueux : dans une phase lipidique continue, la stabilité
chimique des lipides insaturés diminue lorsque le degré
d’insaturation augmente. Cette observation n’est pas toujours
vérifiée en système hétérogène. Par exemple, lorsqu’ils sont
dispersés dans une solution aqueuse en présence d’émulsifiant,
l’oxydabilité des acides gras polyinsaturés à chaîne longue est
d’autant plus faible qu’ils comportent de doubles liaisons [36,
37]. Dans ce cas, les acides gras seraient sous forme de micelles
mixtes. Cette protection contre l’oxydation des AGPL-LC dispersés
en milieu aqueux est attribuée à leur conformation particulière
dans ces systèmes, liée à leur grande insaturation, limitant
l’accès des catalyseurs aux doubles liaisons. Une autre explication
serait liée à la polarité des radicaux peroxyle formés, provoquant
leur migration rapide à la surface des micelles et un arrêt de la
propagation de la réaction. Ce phénomène a conduit Terao [38] à
proposer d’hydrolyser par une lipase les huiles de poissons
émulsionnées comme un moyen de les protéger de l’oxydation.
– La présence d’un film interfacial autour des
gouttelettes : l’interface est un endroit clé pour
contrôler l’initiation de la réaction. C’est un lieu d’échange
facilitant ou freinant pénétration et diffusion des métaux ou des
radicaux hydrosolubles. Ainsi, la nature des émulsifiants, la
charge et la composition des interfaces vont largement déterminer
la stabilité des systèmes. Par exemple, il est attendu qu’une
charge positive de l’interface empêche la fixation des ions
métalliques et ralentisse le développement de l’oxydation [39].
Dans le cas des émulsions, l’état de dispersion de la matière
grasse (taille des gouttelettes d’huile) joue également : plus
les gouttelettes d’huile sont petites, plus la surface d’interface
est grande, ce qui favorise les contacts de la phase lipidique à la
fois avec les agents pro-oxydants (métaux), les antioxydants et les
autres constituants situés dans la phase aqueuse ou à l’interface
[15, 40]. Ainsi, une réduction de la taille des gouttelettes
d’huile peut avoir des effets opposés selon l’ensemble des
constituants en présence.
– Les phénomènes de partage des composés entre la phase
huile, la phase aqueuse et l’interface. Dans les systèmes
émulsionnés, des phénomènes de migration et de partage des
constituants participent largement au déroulement des réactions
d’oxydation. En raison du caractère hydrophile des métaux de
transition, qui sont les initiateurs de l’oxydation les plus
fréquemment rencontrés dans ces systèmes, cette étape se produirait
préférentiellement au niveau de l’interface huile-eau. Le partage
gouverne également en grande partie l’activité des antioxydants
dans les milieux émulsionnés.
– Les caractéristiques de la phase aqueuse tels que le
pH, sa viscosité ou la présence de constituants interagissant par
exemple avec les métaux interviennent également sur le déroulement
de l’oxydation. Ainsi, l’ajout d’EDTA, chélateur des métaux, est
généralement très efficace pour accroître la stabilité des
émulsions. Cependant, du fait des interactions entre les
constituants, on assiste parfois à des développements d’odeurs
désagréables dans des émulsions enrichies en huiles de poisson du
fait d’interactions entre constituants, à l’interface ou en phase
aqueuse, dont les mécanismes sont mal connus [41].
Utiliser des antioxydants
Les antioxydants sont des substances qui, présentes à faibles
concentrations par comparaison au substrat oxydable, sont capables
de supprimer, retarder ou empêcher les processus d’oxydation et ses
conséquences. Les sources d’antioxydants naturels sont nombreuses
et variées : extrait d’herbe, poudre de miel, extraits de
fruits, de légumes, de thé,... [42]. Certains composés
protéiques (protéines, protéines modifiées, hydrolysats ou
peptides) possèdent également une activité antioxydante. C’est le
cas par exemple de la carnosine, de la caséine et d’hydrolysats de
protéines laitières ou végétales [43]. Les antioxydants sont
classés en fonction de leurs mécanismes d’action [4, 10].
• Les antioxydants primaires ou antiradicalaires (AH,
type I) : leur action repose sur leur capacité à inactiver les
radicaux libres. Ils inhibent la propagation des réactions
radicalaires en fournissant des hydrogènes aux radicaux libres
présents. Les radicaux A° sont stables et ne possèdent pas
l’énergie suffisante pour arracher un hydrogène aux lipides, la
propagation s’arrête alors. Les composés phénoliques naturels
(tocophérols) ou de synthèse (butyl-hydroxy-toluène ou BHT, gallate
de propyle) appartiennent à cette classe d’antioxydants [44]. Les
tocophérols sont les meilleurs antioxydants solubles dans les
lipides connus, l’α-tocophérol naturel ou de synthèse étant
l’antioxydant le plus utilisé. Par comparaison à ses isomères β, δ
et γ, il possède la plus grande aptitude à réagir avec les radicaux
peroxyles car c’est un excellent donneur d’hydrogène. Son
efficacité à ralentir le développement de l’oxydation dans
différents milieux et les mécanismes mis en jeu a été bien étudiée
[45-46]. Les tocophérols inhibent en partie la décomposition des
hydroperoxydes tout en la réorientant : en leur présence, la
nature des hydroperoxydes formés et les proportions des différents
composés volatils issus de l’oxydation sont modifiées. Ces composés
ne doivent cependant pas être ajoutés en trop grande
quantité : dans les huiles de poisson quand la concentration
d’α-tocophérol excède les 100 µg/g ou la concentration en
γ-tocophérol les 500 µg/g, la vitesse de formation des
hydroperoxydes augmente [46]. En parallèle les quantités de
produits secondaires (aldéhydes en C3) diminuent, mais
l’accumulation d’hydroperoxydes peut rendre l’huile considérée
particulièrement instable. L’activité antioxydante peut être
amplifiée en utilisant un mélange d’isomères de tocophérol. Parmi
les extraits naturels qui sont susceptibles d’être utilisés
industriellement, les extraits de romarin (Rosemarinus
officinalis L.) possèdent une activité antioxydante
caractérisée par leur capacité à inhiber les radicaux libres [47,
48]. Leur efficacité à prévenir l’oxydation d’huile de poisson en
mélange avec de l’α-tocophérol a été montrée par Wada et Fang
(1992) [49].
• Les antioxydants secondaires ou préventifs (type II)
préviennent la formation des radicaux libres et interviennent par
différents mécanismes. Certains chélatent les ions métalliques
réduisant l’effet pro-oxydant des ions, c’est le cas des acides
phosphorique et citrique ou de protéines phosphorylées comme la
caséine ou certains peptides ou hydrolysats qui en sont issus [43].
D’autres sont des piégeurs d’oxygène, comme par exemple l’acide
ascorbique qui, en outre, possède la propriété de régénérer les
tocophérols avec lesquels il présente souvent un fort effet
synergique. Des systèmes enzymatiques, des piégeurs d’oxygène
singulet comme le β-carotène, les agents de décomposition des
hydroperoxydes en espèces non radicalaires (acide
thiodipropionique) possèdent également une action antioxydante. Il
est à noter que de nombreuses molécules, certains composés
phénoliques par exemple, possèdent à la fois des modes d’action de
types I et II.
• Les agents synergiques sont des molécules qui
améliorent l’action de certains antioxydants, ce qui se traduit
souvent par un accroissement de la période de protection. Parmi eux
se trouvent les acides lactiques, tartriques et orthophosphoriques
et leurs sels de sodium, potassium ou calcium. L’efficacité des
antioxydants est ainsi souvent augmentée par l’utilisation d’un
mélange d’antioxydant de types I et II, comme l’association
tocophérols-acide ascorbique. L’association de ces deux
antioxydants permet d’inhiber les phases d’initiation et de
propagation de l’oxydation des lipides [4]. La
phosphatidyl-éthanolamine présente un fort effet synergique avec
les tocophérols dans les huiles de poisson [50]. Des mélanges
ternaires d’antioxydants contenant à la fois des tocophérols, de
l’acide ascorbique et du palmitate d’ascorbyle et des concentrés de
phospholipides (lécithines) semblent particulièrement prometteurs
pour augmenter la stabilité des huiles de poisson [19].
Par ailleurs, l’activité des antioxydants dans les milieux
hétérogènes comme les émulsions dépend très largement de leur
partage entre la phase huile, la phase aqueuse et l’interface
Ainsi, selon le « paradoxe polaire » décrit par Porter
(1993) [51], un antioxydant hydrophile est plus efficace dans une
phase lipidique continue qu’un antioxydant lipophile. Au contraire,
dans une émulsion huile-dans-l’eau, un antioxydant lipophile comme
l’α-tocophérol est plus efficace qu’un antioxydant hydrophile comme
le palmitate d’ascorbyle. Outre le partage stricto sensu,
les interactions des antioxydants avec les autres constituants de
la matrice, les émulsifiants notamment peuvent modifier notablement
leur activité antioxydante [52, 53].
Choisir et adapter les procédés de transformation, maîtriser
les conditions de conservation
Contrôle des procédés de transformation
Au cours des procédés de transformation, différents facteurs
(composés sanguins, température, incorporation d’oxygène,
élimination des antioxydants naturels,... ) favorisent les
réactions d’oxydation des lipides [54]. Il est nécessaire d’adapter
ces procédés afin de protéger les produits contre les agents
favorisant des réactions d’oxydation tels que les ions métalliques,
la température, l’oxygène et la lumière. Différentes stratégies de
protection des acides gras peuvent être appliquées en fonction de
la matière première et du procédé mis en œuvre.
Dans le cas de la fabrication du surimi de poisson gras, l’étape
de lavage des filets, préliminaire au procédé, permet d’éliminer
une partie du sang présent en surface limitant ainsi la
concentration en hémoglobine, catalyseur de l’oxydation [55]. La
stratégie la plus efficace consisterait à rincer à l’eau les filets
de poisson immédiatement après filetage et à les tremper ensuite
dans une solution d’antioxydants. Puis, il faut limiter au maximum
le contact avec l’oxygène en travaillant si possible sous vide et
en purgeant les eaux de lavage avec de l’azote [56].
L’addition d’antioxydants permet de limiter les réactions
d’oxydation au cours des procédés mais des études préliminaires
sont indispensable afin de déterminer la nature, le mode
d’incorporation et la ou les étapes d’incorporation du ou des
antioxydants. Dans le cas de la fabrication du surimi,
l’incorporation d’antioxydants dès l’étape de broyage de la chair
et dans l’eau de chacune des étapes de lavage permet de limiter le
développement des réactions d’oxydation [57].
Enfin, le contrôle de la température, en réfrigérant les lignes de
transformation, permet de limiter le développement des réactions
d’oxydation. La vitesse des réactions d’oxydation est en effet
environ deux fois plus élevée à 10 °C qu’à 0 °C.
Ces mesures sont adaptables à différents procédés et matrices,
l’objectif commun étant de limiter au maximum l’action des facteurs
prooxydants en agissant de façon technique (réfrigération, mise
sous vide,... ) ou chimique (antioxydants).
Maîtrise des conditions de conservation
L’emballage joue un rôle prépondérant pour protéger les aliments
contre l’oxygène et la lumière au cours de leur conservation. Les
emballages opaques permettent de protéger de la lumière. Les
contenants des huiles doivent être à la fois imperméables à l’air
et opaques à la lumière pour prévenir les réactions d’oxydation
lors de stockages prolongés à température ambiante. L’emballage
sous gaz inerte, sous atmosphère modifiée ou sous vide permet de
limiter la présence d’oxygène. De nouvelles techniques d’emballage
permettent d’incorporer des piégeurs d’oxygène, des dessicatifs ou
des antioxydants volatils. L’enrobage de la matière première par
des polymères tels que les polysaccharides, en constituant une
barrière vis-à-vis des solutés et des gaz, permettrait de limiter
les dégradations oxydatives mais également la déshydratation et la
croissance bactérienne au cours de la conservation des produits
[58, 59].
L’appertisation permet une bonne préservation de l’EPA et du DHA
au cours de la conservation de maquereaux appertisés [60]. Par
contre, les procédés de conservation tels que la réfrigération ou
la congélation n’empêchent pas les réactions d’oxydation des
lipides de se produire, même si les vitesses sont ralenties. Ainsi,
au cours de la conservation à l’état congelé des poissons, les
réactions d’oxydation des lipides provoquent une dégradation des
produits [61, 62] et une perte sensible d’AGPI-LC ω3 [60, 63]. La
durée et les conditions de conservation des poissons avant
congélation sont des facteurs déterminants pour le maintien de la
qualité du produit au cours de sa conservation à l’état congelé.
Par exemple, les teneurs en produits d’oxydation des lipides et la
perte en α-tocophérol sont plus élevées pour des filets de harengs
stockés entre 3 et 6 jours sous glace que s’ils ont été
conservés moins de 3 jours [64]. Pour limiter les réactions
d’oxydation au cours de la conservation des produits à l’état
congelé, il est impératif de réduire la durée de stockage de la
matière première avant congélation. La durée de conservation à
l’état congelé doit également être adaptée à l’aliment
considéré ; la durée de conservation d’un aliment riche en
acides gras polyinsaturés étant inférieure à celle d’un aliment
moins concentré en ces acides gras.
Conclusion
Pour protéger les AGPI-LC ω3 de l’oxydation, il est nécessaire
de combiner des moyens qui prennent en compte la différence de
comportement des molécules (substrats, pro et antioxydants) en
fonction de la matrice, tout en contrôlant chacune des étapes de
transformation et de conservation. Pour mieux maîtriser l’oxydation
des AGPI-LC ω3 dans les milieux alimentaires complexes, une
question d’actualité est celle d’une meilleure connaissance de
l’implication des phénomènes de partage au sein des matrices et des
interactions entre les lipides porteurs de ces acides gras, les
antioxydants et les autres constituants impliqués dans les
réactions. n
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