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Microbiologie prévisionnelle
Afin de répondre à l'attente croissante des consommateurs
en matières de qualité et de sécurité sanitaire,
les filières agro-alimentaires, encouragées par les pouvoirs
publics et avec l'aide de la recherche et de leurs qualiticiens, ont développé
depuis des années des méthodes et des moyens d'analyse,
de contrôle, de garantie et d'assurance qualité, codifiés
par les différents « Guides de bonnes pratiques d'hygiène
», la certification ISO 9000, la méthode Hazard Analysis
and Critical Control Point (HACCP) [1].
Le développement de flores microbiennes pathogènes - en
cas de contamination à un stade ou un autre de la fabrication ou
de la vie du produit - demeure cependant un problème majeur à
traiter, dont la maîtrise conditionne le temps durant lequel un
produit demeure consommable sans danger. L'estimation de cette durée,
en relation avec ce danger microbien, passe aujourd'hui par la mise en
place de tests en laboratoire avec contaminations artificielles (appelés
« tests d'épreuve » ou « challenge tests »)
situant le produit dans les conditions supposées de son environnement
après sortie de fabrication. Les résultats de ces tests,
associés aux taux limites de populations microbiennes considérés
comme admissibles, et après application d'un coefficient de sécurité,
permettent ainsi la fixation des date limite de consommation (DLC) et
date limite d'utilisation optimale (DLUO) du produit. Quoique donnant
de bons résultats, cette méthode empirique, lourde et coûteuse,
interdit de multiplier à l'infini les expérimentations et
de varier les paramètres afin d'accéder à l'ensemble
des états possibles de l'environnement d'un produit, contraintes
qui en limitent grandement la portée.
La microbiologie prévisionnelle apporte à ce problème
de la détermination du développement des flores microbiennes
pathogènes une solution moderne extrêmement positive, puisqu'elle
permet une exploitation optimisée et élargie des données
obtenues au cours des tests d'épreuve. Par la médiation
de modèles mathématiques, la microbiologie prévisionnelle,
comme son nom l'indique, évalue l'évolution et le comportement
- croissance, survie ou mort - des populations microbiennes. Les modèles
développés à ce jour en laboratoire déterminent
les taux de destruction, de croissance ou de survie, en prenant en compte
principalement trois paramètres : la température, le pH
et l'activité de l'eau (aw). À terme, ils devraient également
prendre en compte des caractéristiques comme les inhibiteurs (chimiques,
organiques...), les interactions, l'état des micro-organismes (stress),
la compétition entre les différentes flores, les effets
« matrice » liés à la nature propre des aliments,
etc. Discipline relativement nouvelle, la microbiologie prévisionnelle
progresse ainsi au travers d'un travail interdisciplinaire réunissant
chercheurs en biologie et mathématiciens, et ce qui était
il y a quinze ans une curiosité de laboratoire est aujourd'hui
en passe de devenir un outil utilisable sur le terrain.
Au-delà de cet apport prioritaire concernant la prévision
de la durée de vie des aliments, la microbiologie prévisionnelle
pourra également se révéler très précieuse
dans le cadre du processus d'analyse des points critiques en HACCP et
être mise à contribution dans le cadre des démarches
de l'analyse quantitative des risques (AQR). Elle devrait aussi jouer
un rôle important dans la formulation et la mise au point de nouveaux
produits.
Telles sont les perspectives qui, pour l'essentiel, ont motivé
le lancement du projet PREVIUS.
Construction de l'outil
La volonté des pouvoirs publics de partir des compétences
existantes a été relayée par l'ACTIA et la Direction
générale de l'Alimentation (DGAL) dont les travaux de préparation
ont abouti en juin 1998 à la rédaction d'un document APS.
Après avis favorable des ministères de l'Agriculture et
de la Recherche, le démarrage proprement dit du projet a eu lieu
fin 1999, l'association UNIR ayant dans un premier temps reçu mandat
de la coordonner (encadré 1).
Grandes lignes du projet
L'outil comprendra essentiellement trois groupes d'éléments
:
- une base de données ;
- des modèles mathématiques ;
- un logiciel interactif d'accès.
La base de données, élément central du système,
réunira l'ensemble des informations concernant non seulement les
micro-organismes (les flores pathogènes en premier lieu, puis les
flores d'altération des produits), mais également les procédés
de fabrication, les conditions de conservation de transport des produits
et les produits eux-mêmes. C'est cet ensemble de données
« microflore-procédé-produit » qui constituera
« la base » de tous les calculs prévisionnels.
Les outils mathématiques retenus pour PREVIUS seront des modèles
de croissance du type cardinal (encadré 2), de survie et
de destruction microbiennes.
Le logiciel d'accès, via Internet, permettra la consultation
en ligne de la base et la réalisation de simulations à partir
des données issues de la base ou directement entrées par
l'utilisateur. À ce jour, plusieurs outils étaient à
la disposition des professionnels de l'agro-alimentaire :
- le logiciel Food Micromodel, mis au point au Royaume-Uni et
largement commercialisé mais fondé sur un type de modélisation
considéré aujourd'hui comme dépassé ;
- le Pathogen Modelling Programme (PMP), diffusé par la
FDA, de même type que le précédent mais fournissant
des intervalles de confiance des prévisions ;
- enfin le système Dyn@card, développé par Danone,
et fondé sur le modèle « cardinal » de prévision.
C'est ce système, étudié par Laurent Rosso et considéré
par les spécialistes comme le meilleur existant, qui a été
retenu. Conçu pour être utilisé au sein d'une entreprise
pour le suivi des procédés de fabrication, il préfigurait,
à une échelle réduite, ce à quoi est destiné
PREVIUS : fournir des réponses concrètes aux questions des
professionnels sur le développement des germes dans les aliments,
sur la base de la connaissance des germes, des procédés
et des produits. Conçu pour suivre un nombre relativement réduit
de produits, le système devait subir une évolution afin
de pouvoir traiter les besoins les plus larges possibles, en termes de
famille d'utilisateurs comme de produits.
Déroulement du projet
La phase 1 du projet, démarrée fin 1999, comprend principalement
les opérations de constitution de la base (à partir des
données bibliographiques) et de conception de l'outil d'interrogation.
Pour la base, cinq germes pathogènes ont été retenus
: Salmonella, Listeria, Escherichia coli, Clostridium perfringens,
Bacillus cereus. Parallèlement à cette saisie des données
microbiologiques, est effectuée l'intégration des données
concernant les procédés et les produits.
Cette première phase comprend également la construction
de l'outil logiciel.
Les phases ultérieures du projet seront dédiées
au perfectionnement de tout ce qui aura été démarré
en phase 1 :
- renseignement de la base de données ;
- choix et perfectionnement éventuel des modèles de prévision
;
- développement du logiciel.
L'objectif est de mettre le système à disposition des
utilisateurs à la fin 2002.
Perspectives d'utilisation
Priorité à la confidentialité
L'efficacité et la qualité des résultats du système
dépendront également de la confidentialité qu'il
permettra d'assurer aux industriels utilisateurs, qui entreront leurs
données sur leurs produits et leurs procédés pour
obtenir, en retour, une prévision ou un diagnostic.
Cette question de la confidentialité a été considérée
comme primordiale et a été intégrée en tant
que telle au cahier des charges des équipes de conception.
Implications internationales
Les implications internationales d'un tel projet pourraient naturellement
se révéler importantes, ne serait-ce qu'au niveau européen
où le besoin d'un système d'expertise faisant l'objet d'un
large consensus et concernant la qualité microbiologique des aliments
se fait aujourd'hui largement ressentir.
L'adoption d'un tel système éviterait les désaccords
concernant par exemple les DLC (dates limites de consommation), lors des
passages de frontière des produits.
Les équipes du projet s'efforceront d'agir dans ce sens, en mettant
en place, pour commencer, un échange d'informations avec les équipes
européennes travaillant sur ces sujets.
Un outil évolutif
Une fois en service, PREVIUS deviendrait rapidement obsolète
s'il demeurait un système figé.
La base de données sera régulièrement enrichie
des données en provenance de ses utilisateurs ou résultant
de programmes de recherches complémentaires, afin de permettre
des prévisions de mieux en mieux « documentées ».
Simultanément une réflexion visera l'amélioration
continue des modèles de prévision et la prise en compte,
s'il y a lieu, de paramètres supplémentaires. Des travaux
de recherche associés au projet, orientés vers des questions
spécifiques comme par exemple la compréhension de phénomènes
de compétition et de stress bactériens, contribueront à
enrichir et affiner le système.
Conçu pour évoluer, ce n'est qu'à cette condition
que PREVIUS pouvait et pourra demeurer un outil tourné vers ses
utilisateurs.
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Encadré 1
Participants actuels et organisation
Participent actuellement au projet des centres
techniques de l'agro-alimentaire (ADRIA, AERIAL, ARILAIT, CTSCCV)
: l'ACTIA, des écoles ou instituts de recherche publics ou
privés (ENVA, INRA, INA-PG, IPL), des entreprises (Bongrain,
Danone, Pernod-Ricard, BEL), l'association UNIR ainsi que le ministère
chargé de la Recherche (MESR) et le ministère de l'Agriculture.
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Un conseil prend toutes les grandes décisions et un comité
technique assure le suivi des travaux en collaboration avec le laboratoire
principal nommé « cellule opérationnelle ».
Des groupes de travail, constitués de membres du comité
technique, réfléchissent sur les points importants et préparent
le travail des laboratoires.
À ce jour, cinq groupes de travail ont été constitués
:
- collection de souches de référence ;
- méthodologies ;
- cahier des charges ;
- évaluation des apports ;
- communication.
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Encadré 2
Modèles « cardinaux » de
croissance
Les spécialistes en microbiologie prévisionnelle
distinguent deux grandes familles de modèles : les modèles
primaires et les modèles secondaires.
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Les modèles primaires décrivent l'évolution
des micro-organismes en fonction du temps (dans un environnement déterminé).
Les modèles secondaires décrivent la dépendance
des paramètres des modèles primaires (c'est-à-dire
principalement le temps de latence, le taux de croissance maximal et la
concentration cellulaire maximale) par rapport aux conditions de l'environnement,
décrites par la température, le pH, l'activité de
l'eau, etc.
On distingue plusieurs types de modèles secondaires, parmi
lesquels les modèles polynomiaux et les modèles cardinaux.
Les premiers sont utilisés pour décrire une croissance
liée à plus de deux facteurs, sous la forme d'une expression
de type polynomial de la forme : « Croissance = ax + by + cz + dx2
+ ey2 + ... + nzn ». Ces modèles fournissent
des prévisions jugées acceptables, leur défaut principal
étant de ne pas permettre de donner une interprétation biologique
de leurs paramètres (a, b, c... n).
Les modèles cardinaux sont fondés, quant à
eux, sur les températures cardinales (Tmin, Topt, Tmax) et les
pH cardinaux (pHmin, pHopt, pHmax), c'est-à-dire sur les valeurs
de ces deux paramètres respectivement aux conditions minimales,
optimales et maximales de croissance.
Au travers de leurs outils mathématiques, ces modèles
cardinaux, étudiés en particulier en France par Laurent
Rosso, restent proches de la dimension biologique des phénomènes
et offrent de larges possibilités d'application, avec une bonne
précision d'ajustement.
C'est pourquoi ce modèle, développé par le groupe
Danone dans le cadre de son système Dyn@card et modulant les évolutions
nécessaires, a été adopté par les concepteurs
du projet PREVIUS.
REFERENCES 1. JOUVE
JL (1995). Qualité microbiologique et système HACCP. OCL,
2 : 290-6. |