ARTICLE
Caractéristiques agronomiques et utilisations
principales
L'arachide en milieu paysannal traditionnel
La production arachidière mondiale est assurée, pour plus
de 85 %, par de petites exploitations paysannales asiatiques et africaines
dont le mode de production est caractérisé par :
- la culture manuelle éventuellement combinée avec la
traction animale ;
- une faible consommation d'intrants onéreux ;
- une stratégie de réduction du risque, dans le cadre
de rotations ou d'associations diverses où dominent les céréales
(sorgho, mil, maïs, riz).
La rusticité de la plante et sa plasticité lui valent
d'être souvent reléguée sur des sols peu fertiles
et dans des régions à pluviométrie limitante : les
rendements sont alors inférieurs à une tonne par hectare
en culture extensive. Dans ce contexte caractéristique des savanes
sèches africaines, les points sensibles de la filière sont
:
- la disponibilité en semences, limitée par la fragilité
et le faible taux de multiplication de la graine d'arachide ;
- les aléas d'une commercialisation locale hasardeuse qui n'incite
pas le producteur à intensifier sa production ni à consentir
des efforts sur le plan de la qualité ;
- les contraintes d'un marché international de plus en plus exigeant
sur le plan des caractéristiques technologiques et sanitaires des
produits.
L'arachide n'en présente pas moins de nombreux avantages et des
perspectives intéressantes pour les petits producteurs et les économies
des pays du sud, sur les plans :
- agronomique, lié à l'introduction d'une légumineuse
dans des rotations à forte dominante céréalière
;
- nutritionnel, lié à un apport lipidique et protéinique
substantiel dans des régimes alimentaires à très
forte dominante glucidique ;
- économique, lié à la diversité des produits
arachidiers susceptibles d'être autoconsommés ou vendus ainsi
qu'à un marché porteur dont les cours se situent régulièrement
à plus de 30 % au-dessus des cours du soja.
Les produits arachidiers
L'arachide est consommée soit en graine (après décorticage
des gousses), soit sous forme d'huile (après trituration industrielle
ou artisanale des graines), soit sous des formes plus ou moins élaborées
issues du marché de l'arachide de bouche et de confiserie («
beurre », pâte, farine, confiserie, etc.) (figure).
Les sous-produits donnent lieu à des utilisations diverses : fourrage
pour les pailles ; combustible, compostage, panneaux d'agglomérés
pour les coques vides ; alimentation humaine ou animale pour les tourteaux.
La plante et son environnement
La plante : origine du genre Arachis et
extension de l'espèce hypogaea
L'arachide est originaire du bassin amazonien où sont localisées
toutes les espèces du genre Arachis, parmi lesquelles seule
A. hypogaea a été durablement domestiquée.
Sa dissémination, à partir du xvie siècle,
s'est faite en direction de l'Extrême-Orient sur l'axe espagnol
Pérou-Philippines et en direction de l'Afrique sur l'axe portugais
Brésil-côte ouest africaine. L'introduction au nord du Mexique
aurait eu lieu postérieurement en provenance de l'Afrique. La plante
a ensuite progressivement couvert la totalité des zones tropicales
à partir des deux centres de diversification secondaire constitués
par l'Afrique de l'Ouest et le Sud-Est asiatique, d'où sont issus
les types variétaux exploités par la sélection arachidière
pour aboutir aujourd'hui à une collection de plus de 15 000 variétés.
La culture déborde très largement son aire d'origine, puisqu'on
la retrouve jusqu'aux 40e parallèles nord et sud et
sur tous les continents lorsque les étés chauds permettent
à la plante de boucler son cycle malgré la latitude élevée.
Le tableau 1 donne une
appréciation de la répartition actuelle de la production
dans le monde, l'estimation des superficies étant hasardeuse du
fait de l'importance des cultures associées dans de nombreuses
régions. L'essentiel de la production est assuré par l'Asie,
mais ce continent intervient peu sur un marché international restreint
(moins de 15 % du total) dominé par les États-Unis.
Caractéristiques morphologiques et développement
de la plante
L'arachide cultivée est une légumineuse annuelle de 30
à 70 centimètres de haut, érigée ou rampante.
La partie aérienne est portée par une tige principale, toujours
érigée, et deux ramifications latérales primaires
issues du collet de la plante. Les feuilles sont composées de deux
paires de folioles elliptiques opposées au bout d'un pétiole
inséré sur des ramifications alternes ou séquentielles.
Les fleurs jaunes ou orangées, papilionacées, prennent naissance
à l'aisselle des feuilles. Elles flétrissent rapidement.
La base de l'ovaire fécondé s'allonge pour former un pédoncule
appelé gynophore qui s'enfonce dans le sol où se forme le
fruit (gousses) composé d'une coque indéhiscente contenant
de 1 à 4 graines. Le système racinaire pivotant permet d'explorer
un volume de sol important. Il porte des nodosités fixatrices d'azote
atmosphérique, caractéristiques des légumineuses,
qui permettent à la plante d'enrichir le sol en azote lorsque les
conditions sont par ailleurs satisfaisantes : les apports sont alors importants
et ont un effet positif sur la céréale qui suit l'arachide
dans la rotation. Le bon fonctionnement de ces nodosités est commandé
par divers facteurs, dont la présence active de bactéries
fixatrices dans le sol.
La graine est dormante dans le groupe Virginia, non dormante dans les
groupes Spanish et Valencia (tableau
2). Elle lève au bout de 3 à 4 jours ; la plante
aura un développement végétatif limité jusqu'au
début de la floraison qui commence de 25 à 30 jours après
semis (JAS) et se poursuivra tout au long du cycle, avec un maximum entre
40 et 60 JAS. Dix à 20 % des fleurs seulement donneront des gousses
qui parviendront à maturité ; les gynophores émis
dans la partie haute de la plante ne parviendront pas au sol et les dernières
gousses formées ne seront pas mûres à la récolte.
Diverses techniques culturales, telles que le semis en poquets surbaissés
et le buttage pratiqué au moment approprié, permettent d'améliorer
dans une certaine mesure le rapport gousses/fleurs.
Dans les conditions optimales et en cultures pluviales, l'arachide achève
son cycle en 90 jours (variétés hâtives), en 120 jours
(semi-tardives) ou 140 jours (tardives).
Mode de reproduction et ressources génétiques
L'arachide cultivée (A. hypogaea) est un hybride naturel
stabilisé par doublement des chromosomes (2 n = 40, allotétraploïde)
à partir de deux parents sauvages non identifiés. On distingue
deux sous-espèces et trois groupes variétaux correspondant
aux types Virginia, Valencia et Spanish dont les caractéristiques
sont données sur le tableau
2.
La plante est autogame (le taux d'allogamie est généralement
inférieur à 0,5 %), la fertilisation ayant lieu avant ouverture
de la corolle. Les populations naturelles sont donc composées de
types stables qu'il est possible d'isoler, de multiplier et de croiser
entre eux : la diversité variétale actuelle est due essentiellement
à l'action de l'homme (sélection). À signaler l'utilisation,
à ce jour très limitée, d'autres espèces soit
pour la production de fourrage (A. pintoi), soit comme plante de
couverture (diverses espèces sauvages rampantes). Le matériel
génétique sauvage (plus de 70 espèces ont été
recensées) constitue un réservoir génétique
potentiellement intéressant pour l'identification de gènes
utilisables en amélioration variétale, mais aucun croisement
interspécifique ni aucune modification génétique
artificielle n'ont encore abouti à des variétés susceptibles
d'être proposées sur le marché semencier.
L'évolution de la demande et les progrès de la sélection
ont conduit à des modifications importantes du matériel
végétal proposé : passage des types rampants aux
types érigés à fructification groupée ; extension
de variétés hâtives ou tolérantes à
la sécheresse dans les zones exposées aux aléas climatiques
; variétés résistantes à certaines maladies
virales (rosette) et tolérantes à diverses maladies fongiques
(rouille, cercosporiose) ; variétés répondant aux
normes du marché de l'arachide de bouche ; variétés
adaptées à la culture irriguée. Les programmes de
sélection en cours sont orientés sur l'amélioration
sanitaire du produit (tolérance à Aspergillus flavus
et contrôle de l'aflatoxine), l'amélioration de sa valeur
nutritive (optimisation du taux d'acides aminés et d'acides gras
essentiels), sa résistance aux prédateurs, aux maladies
et aux stress abiotiques (salinité, acidité, ombrage).
Les principales variétés proposées aux producteurs
ouest et centre-africains, dont certaines ont été testées
avec succès dans d'autres zones, sont citées avec leurs
caractéristiques dans le tableau
3. Elles peuvent être fournies par un projet placé
sous l'égide de la FAO, opérant à partir du Sénégal,
du Mali et du Niger (Groundnut Germplasm Project, Dakar). Sur un plan
plus général, l'ICRISAT a mandat international sur la recherche
arachidière, gère une collection mondiale et peut mettre
du matériel végétal à la disposition des sélectionneurs
(International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics, Hyderabad,
Inde).
Influence des facteurs et conditions du milieu
Sol
Les sols doivent être suffisamment meubles ou ameublis pour permettre
la pénétration des gynophores (surtout entre 40 et 70 JAS)
puis l'arrachage des gousses mûres. De plus, l'arachide requiert
des sols bien drainés et aérés car les échanges
respiratoires des gousses en formation sont élevés. Les
sols à texture fine, meubles et perméables, en particulier
les sols sableux, sont ceux qui conviennent le mieux. La culture d'arachide
sur sols lourds et argileux n'est conseillée que si le recours
à la mécanisation et l'irrigation au moment opportun sont
possibles.
L'arachide est sensible à la salinité et à l'acidité
des sols. Les sols très acides (pH inférieur à 5)
ou déficients en CaO peuvent induire des toxicités aluminiques
ou ferriques ; l'acidité inhibe le développement des bactéries
fixatrices d'azote, ce qui est décelable à l'aspect chlorotique
du feuillage et à l'absence de la coloration rouge, à l'intérieur
des nodosités, qui caractérise la présence de bactéries
actives.
Température et ensoleillement
Les températures inférieures à 15 degrés
et supérieures à 45 degrés ralentissent ou bloquent
la croissance, l'optimum se situant entre 25 et 35 degrés. Les
températures trop basses ou trop élevées, auxquelles
on s'expose sous les climats tempérés et en contre-saison
chaude ou froide dans les zones tropicales, ont donc pour effet de prolonger
le cycle, voire de bloquer définitivement la germination ou le
développement : des variétés de 90 jours en Afrique
de l'Ouest pourront mettre 130 à 150 jours pour parvenir à
maturité dans le midi de la France.
L'arachide est peu sensible à la photopériode, mais les
jours longs ont un effet positif sur la productivité : les semis
précoces (lorsque la pluviométrie ou l'irrigation le permet)
seront donc préférés. Les déséquilibres
se traduisent fréquemment par un rapport fanes/gousses défavorable,
que l'on observe également en zone équatoriale et dans les
cultures sous plantations arbustives, lorsque l'ensoleillement devient
limitant.
Régime hydrique
L'arachide présente des stades de sensibilité variables
à la sécheresse : les besoins en eau sont élevés
au moment de l'imbibition de la graine qui, une fois la germination amorcée,
craindra l'excès d'eau. La période de floraison-formation
des gousses (30-70 JAS) correspond à une phase de sensibilité
à la sécheresse, alors que la phase finale de maturation
sera favorisée par une sécheresse relative, des pluies à
ce stade pouvant en outre provoquer des germinations sur pied chez les
variétés non dormantes. Une pluviométrie comprise
entre 500 et 1 000 mm pendant la saison de culture permet généralement
d'obtenir une bonne récolte, mais la bonne répartition des
pluies en fonction du cycle de la variété est plus importante
que le total pluviométrique : des rendements supérieurs
à 1 t/ha en grande culture ont été obtenus au nord
du Sénégal, sous 350 mm de pluies concentrées sur
trois mois, avec la variété hâtive tolérante
à la sécheresse 55-437. L'irrigation d'appoint, permettant
d'intervenir en période de stress hydrique ou de sensibilité
maximale, conduit souvent à une amélioration substantielle
(y compris qualitative) au prix d'un investissement minime. L'utilisation
de variétés tardives, à forte productivité,
sera alors préférée.
Culture
Grands systèmes de culture
La production arachidière mondiale est dominée par le
secteur paysannal traditionnel qui assure plus de 85 % de la récolte
brute ; le taux de transformation industrielle est faible (moins de 50
%) et le marché international, encore restreint, est axé
sur deux filières différentes mais complémentaires
: l'arachide de bouche, aux exigences qualitatives élevées
et à fort revenu ; l'arachide d'huilerie et ses dérivés
(tourteaux), moins rémunératrice, composée souvent
(aux États-Unis par exemple) par les refus de l'arachide de bouche.
Le degré d'ouverture sur un marché très sélectif
constitue donc le principal critère de caractérisation et
le principal facteur d'évolution des systèmes de culture
arachidière tels que décrits dans le tableau
4.
Itinéraires techniques
Mise en place de la culture
On distingue trois opérations.
* Préparation des semences : en milieu paysannal, les
semences sont conservées ou achetées en coque, afin de conserver
le plus longtemps possible leur protection naturelle. Le décorticage
mécanique à l'aide d'appareils rudimentaires ou mal réglés,
de lots eux-mêmes souvent hétérogènes, brise
une proportion non négligeable des graines. Le rendement en semence
est alors généralement inférieur à 50 %. Le
décorticage manuel est préférable, d'autant qu'il
peut être effectué en morte saison par la main-d'uvre
familiale. Prévoir 10-15 kg par jour et par personne de graines
triées. Il est recommandé de traiter ces semences avant
semis (voir plus loin, défense des cultures). La vérification
de la qualité semencière peut être effectuée
au moyen d'un test simple (germination sur sable humidifié et comptage
des graines germées au bout de quatre jours). Un lot destiné
à être utilisé comme semences devra présenter
un taux de germination de 85 % au moins (ce test indicatif n'a aucune
valeur réglementaire au niveau des transactions internationales
régies par les dispositions beaucoup plus astreignantes de l'ISTA).
* Préparation du sol : choisir un terrain n'ayant pas
porté d'arachide la saison précédente. Brûler
ou évacuer les débris végétaux et effectuer
une façon culturale légère (passage croisé
de houe) dès que le sol aura été humecté par
une pluie. Le sol est alors prêt à recevoir la semence. Le
labour, pratiqué dans certaines situations (sol lourd, enherbement
particulièrement vivace), est une opération contraignante
rarement justifiée sur sol sableux ; l'arachide y répond
peu ou mal. Le billonnage, traditionnel dans certaines régions,
est justifié sur sols gravillonnaires, peu profonds, peu perméables,
exposés au ruissellement, fréquents en zone soudano-guinéenne
d'Afrique.
* Date et mode de semis : la date de semis devra avoir pour effet
de caler le cycle de la plante en fonction de la répartition prévisible
des pluies et des autres paramètres climatiques, avec un impératif
majeur : semer le plus tôt possible en sol bien humide. Le semis
pourra avoir lieu si la température du sol atteint 20 degrés
à 4 cm de profondeur pendant trois jours consécutifs lorsque
la température est limitante (indicateur utilisé en Australie)
; en zone de savanes sèches ouest-africaines, où l'eau est
le facteur limitant, le semis est effectué traditionnellement sur
la première pluie de 20 mm au moins postérieure au 30 juin.
Les paysans ne sèmeront qu'une seule journée pour 20 mm
et prolongeront le semis de 24 heures par tranche de 10 mm de pluie supplémentaire.
En régime unimodal, une pluviométrie utile de 400 mm/an
répartis sur 4 mois permet de cultiver les variétés
hâtives (90 jours) ; les semi-tardives (120 jours) seront cultivées
sous 600 à 900 mm en 5 mois tandis que les tardives seront réservées
aux zones à plus de 900 mm de pluie utile.
Le mode de semis doit conduire à respecter des écartements
moyens de 60 x 15 cm (110 000 pieds/ha, 50-60 kg de graines/ha) pour les
grosses graines de type Virginia et de 40 x 15 cm (170 000 pieds/ha, 50-60
kg de graines/ha) pour les petites graines de type Spanish où Valencia.
Le poids de graines nécessaire pour ensemencer un hectare, ou «
valeur culturale », est donné par la formule indicative ci-après
:
[110 000 (ou 170 000) x poids de 100 graines (g) x 10]
/ [Rendement au décorticage (%) x rendement en semence (%) x faculté
germinative (%)]
Cette valeur se situe entre 120 et 150 kg/ha de coques, selon la variété
et la qualité des semences.
Divers fabricants opérant en Afrique de l'Ouest proposent des
semoirs monorangs à traction animale permettant à un attelage
de semer un hectare en huit heures contre dix hommes/jour par hectare
pour le semis manuel. Une gamme de disques et de cuillers permet de s'adapter
à plusieurs calibres de graines de diverses cultures. Des modèles
plus élaborés existent (multirangs), ainsi que de plus simples
(roues à godets matérialisant les trous de semis à
l'écartement requis).
Entretien et irrigation
* Travail du sol : un ou deux binages, ou un rebillonnage, seront
suffisants lorsque le sol aura été préalablement
labouré ou billonné. Lorsque l'arachide aura été
cultivée à plat sans labour (cas le plus fréquent),
plusieurs interventions seront nécessaires selon la virulence de
la flore. Dans tous les cas, le premier binage est important car la jeune
plante est très sensible à la concurrence des adventices
; il devra être effectué à la main sur la ligne, les
autres binages étant limités à l'interligne. On prendra
bien garde, à partir du 40e jour, à ne pas déterrer
les gynophores. L'utilisation raisonnée d'herbicides de préémergence,
en combinaison avec le travail du sol, permet de retarder le premier binage
qui correspond à une période de pointe du calendrier agricole,
mais la nécessité demeure d'ameublir le sol au moins une
fois au cours du cycle. Divers produits herbicides ont été
testés (l'arachide présente une bonne tolérance aux
herbicides de préémergence, grâce à sa plantule
vigoureuse et à son enracinement rapide et profond). Citons les
produits à base de métolachlor, de prometryne, de trifluraline.
* Irrigation : ce mode de production coûteux sera réservé,
dans les pays en développement, à l'arachide de bouche d'exportation
et à la sécurisation du capital semencier. Le calage de
l'arachide dans le cycle de culture devra tenir compte du froid, qui provoquera
un ralentissement de la croissance (novembre-février en hémisphère
nord), et des pluies, qui rendent difficiles les opérations de
battage-séchage. La saison sèche chaude est la plus favorable
: en hémisphère Nord, elle permet un cycle de hâtives
entre février et mai ou de semi-tardives entre février et
juin. L'irrigation permet toujours une augmentation sensible de la production
de gousses et une augmentation très considérable de la production
de fanes, ce qui constitue un appoint financier substantiel dans les zones
où sont implantés les périmètres irrigués
ouest-africains et indiens. Dans les zones où l'irrigation est
traditionnelle (sud-est asiatique), la priorité absolue est accordée
à la céréale (riz généralement) ou
à la culture dominante (tabac, maïs), l'arachide étant
alors conduite en culture dérobée ou intercalaire avec des
rendements moyens ou faibles. Il est recommandé d'assurer un apport
d'eau important aux phases critiques du développement : saturer
le profil avant le semis, puis en période de forte floraison et
de formation des gousses. Ménager un léger déficit
hydrique avant floraison, puis en fin de cycle afin d'assurer une maturation
plus uniforme. La norme moyenne, en contre-saison et en zone sub-sahélienne,
est de 4 000 à 6 000 mètres cubes par hectare par aspersion
et de 6 000 à 10 000 mètres cubes par hectare par gravité.
Fumure et défense des cultures
* Fertilisation : une fumure minérale annuelle légère
NS-P-K ou S-P procure sur l'arachide une plus-value intéressante
encore valorisée par une fumure organique à apporter de
préférence sur la céréale cultivée
en rotation. À ce schéma de base, qui correspond aux recommandations
théoriques destinées aux petits producteurs des pays du
Sud, s'ajoute la fumure calcique destinée à corriger l'acidité
des sols et à améliorer la qualité technologique
du produit (semences et arachide de bouche). Les doses et formes d'apports
sont généralement calculées sur une base annuelle
et dans la perspective d'une rentabilité l'année même
de leur application : c'est dire qu'elles ne compensent pas les exportations
des cultures. En Afrique de l'Ouest et centrale, seul le Sénégal
vulgarise diverses formules correspondant à des proportions variables
de NS-P-K (6-20-10 dans le bassin arachidier Sud), ainsi que 500 kilos
par hectare de plâtre agricole ou phosphogypse réservés
aux multiplications semencières de premières générations.
Dans les autres pays producteurs ouest-africains, les fumures préconisées
sont composées de super-phosphate simple (60 à 100 kilos
par hectare) ou d'engrais coton selon disponibilité. L'utilisation
d'engrais, en fait, connaît un fort déclin lié à
la dégradation des structures et dispositifs d'aide au monde rural
(crédit, subventions, sociétés de développement),
alors que la réduction des jachères conduit à un
déclin alarmant de la fertilité des sols, notamment dans
les zones arachidières des savanes africaines.
* Protection contre ravageurs et maladies : l'arachide, bien
que moins exposée que d'autres légumineuses tropicales (niébé
et soja), est sensible à des maladies et ravageurs divers contre
lesquels l'agriculteur se protège en utilisant des variétés
tolérantes ou résistantes (notamment à la rosette),
en appliquant des mesures agronomiques préventives d'efficacité
partielle et en recourant aux traitements chimiques, en fait limités
aux deux extrémités du cycle : le traitement fongicide des
semences et le traitement insecticide des stocks individuels ou collectifs.
Des traitements à grande échelle contre les nématodes,
ainsi que d'autres actions telles que l'utilisation d'appâts empoisonnés
contre les iules (myriapodes), ont donné de bons résultats
dans les conditions privilégiées (projets) où ils
étaient appliqués, mais n'ont pas été diffusés
durablement faute d'appui technique et d'incitations économiques
suffisantes.
* Traitement des semences : il est recommandé d'effectuer
un enrobage à sec des graines de semences avec un produit fongicide
auquel on ajoute parfois un insecticide à titre répulsif.
L'effet, en termes de pourcentage de graines germées, est toujours
important et parfois considérable (30 % et plus) si les graines
ont été semées dans des conditions d'hygrométrie
défavorables, trop profondément ou trop superficiellement.
L'opération s'effectue soit par brassage manuel dans une bassine,
soit dans un tambour mélangeur constitué d'un fût
posé sur un trépied actionné par une manivelle servant
d'axe décentré. La formulation sera fonction des produits
recommandés ou disponibles localement ; citons la formulation commerciale
Granox employée au Sénégal à la dose de 2
(100 grammes pour 50 kilos de graines), composée de Captafol
+ Benomyl + Carbofuran en proportions 10-10-20, le reste étant
composé de poudre adhésive (talc ou attapulgite).
* Traitement des stocks : l'insecte le plus nuisible à
ce stade est la bruche de l'arachide (Caryedon fuscus), présente
aux champs à la récolte et sur certaines légumineuses
pérennes toute l'année. Les petits lots mal protégés
par un effet de masse insuffisant peuvent être détruits en
une intersaison. Différentes méthodes de lutte peuvent être
préconisées (sous réserve de l'agrément des
produits) :
- comprimés de phosphure d'aluminium dans des récipients
métalliques hermétiques (actions d'autant moins efficace
que l'air est plus sec) ;
- traitement sous bâches par fumigation au gaz toxique (bromure
de méthyle lorsqu'il est autorisé) : 48 heures à
la dose de 30 g/m3, suivi de ventilation forcée. Ne
traiter que des arachides bien sèches si l'on souhaite les utiliser
comme semences ;
- poudrage insecticide réalisé à mesure du remplissage
des magasins ou de la constitution des tas, complété par
un traitement de couverture en surface (sacs ou coques en vrac). Produits
à déterminer selon les conditions locales et les réglementations
en vigueur, à utiliser souvent en panachage.
Technologie post-récolte
La récolte de l'arachide est suivie du séchage et du battage,
l'ordre de ces deux opérations pouvant être inversé.
La teneur en eau des gousses passe ainsi de 30-40 % à la récolte
à 6-8 % avant stockage, mettant ainsi le produit à l'abri
de contaminations fongiques ultérieures.
* Récolte : le critère de maturité le plus
net est le dessèchement du parenchyme interne des gousses qui devient
brunâtre. Dès avant la date théorique de fin de cycle,
procéder à des sondages et procéder à l'arrachage
lorsque 70-80 % des gousses présentent le caractère ci-dessus.
L'arrachage peut être manuel en sol meuble. Sinon, sectionner (avec
un outil manuel, une houe ou toute autre souleveuse adaptée) le
pivot racinaire à 10-15 cm sous terre. Secouer pour éliminer
la terre et laisser ressuyer en andains gousses en l'air.
* Séchage : des gousses fraîches ne peuvent être
stockées sans s'échauffer. En cultures traditionnelles de
savane sèche, mettre en meules au bout de deux jours, gousses vers
l'intérieur en aménageant une cheminée centrale d'aération.
Laisser sécher au moins trois semaines. En climat humide, opérer
un séchage sur perroquet ou sur un bâti surélevé,
finir le séchage en couches minces sous abri. Un séchage
artificiel pourra être conduit dans des séchoirs de type
riz en respectant les règles suivantes :
- hauteur optimale : de 0,6 m pour 35 % d'humidité à 3
m pour 20 % d'humidité ;
- ne pas dépasser 35 degrés pour l'air soufflé
à travers la masse ou, mieux, ne pas dépasser de 5 degrés
la température ambiante ;
- adopter un débit moyen compris entre 300 et 600 m3/h
et par m3 d'arachide ;
- procéder en deux temps : une phase rapide et une phase lente
de finissage.
* Égoussage : en culture traditionnelle, l'égoussage
manuel aboutit à un produit parfait et préserve les fanes.
Des bâtons, fléaux et divers types de batteuses mécaniques
inspirées des batteuses à riz sont utilisés. Il faudra
ensuite vanner pour séparer les gousses des brisures. Des précautions
particulières seront prises pour traiter les semences et l'arachide
de bouche. Des batteuses mobiles ou à postes fixes sont utilisées
dans les pays de culture mécanisée, les plus performantes
intervenant directement après arrachage et déversant le
produit dans des vannes équipées de séchoirs.
* Stockage : le stockage individuel (semences et auto-consommation)
est aléatoire, notamment après décorticage. Le stockage
collectif, villageois ou industriel, est toujours préférable.
L'opération devra obéir aux règles suivantes :
- s'assurer de la propreté et de la sécheresse des coques
à traiter ;
- procéder, si possible, à une désinsectisation
au gaz toxique sous bâches ;
- nettoyer et désinsectiser préalablement le magasin et
la sacherie ;
- poudrer avec un insecticide à mesure du stockage (vrac) ou
du remplissage des sacs et faire un poudrage final de couverture ;
- effectuer un contrôle par échantillonnage toutes les
trois semaines.
Le stockage des graines devra être limité aux produits
finis avant expédition (bouche) ou distribution (semences). Il
nécessitera des précautions et des infrastructures particulières
(entreposage sous bâches, magasin climatisé ou réfrigéré
lorsque la période de stockage excède huit mois).
* Temps de travaux : les temps de travaux cités au tableau
5 ont été relevés dans trois situations correspondant
à la culture manuelle intégrale, à la culture attelée
et à la culture motorisée de niveau moyen (États-Unis
en 1970).
Perspectives de la filière
Évolution récente de la filière
La filière arachide, à l'aube du xxie siècle,
est caractérisée par :
- une augmentation lente et constante de la production, passée
de 23 à 30 millions de tonnes (coques) en une décennie,
imputable pour l'essentiel à des progrès considérables
de la productivité aux États-Unis et en Chine et accessoirement
à des accroissements de superficies difficilement vérifiables
en Afrique (Nigeria) ;
- une monétarisation croissante de la production dans des zones
jusque-là vouées à l'auto- consommation, liée
au développement de marchés urbains et de réseaux
d'approvisionnement informels mal connus ;
- la régression des exportations de produit brut (coques et graines
non triées en vrac) au profit de l'industrie locale et surtout
d'un secteur artisanal en fort développement, parallèlement
avec la régression des ventes de tourteaux qui compromet la rentabilité
de la filière huilerie industrielle (Sénégal) ;
- une évolution croissante du marché vers le secteur le
plus rémunérateur : l'arachide de bouche, au détriment
de la filière huilerie en déclin sur le plan international
;
- la régression du secteur para-étatique (sociétés
de développement et de commercialisation) et une transition difficile
vers la privatisation de la filière dans un contexte institutionnel
encore mal stabilisé dans nombre de pays du Sud ;
- le durcissement des normes de qualité technologique et surtout
sanitaire (contrôle de l'aflatoxine) imposé par les pays
importateurs (Union européenne surtout), auquel les pays du Sud
devront s'adapter s'ils veulent rester présents sur le marché
;
- l'émergence sur le marché de producteurs asiatiques
(Vietnam) et de clients potentiels (Europe de l'Est) susceptibles de modifier
l'équilibre actuel des forces dans un sens encore incertain.
Situation et perspectives de la recherche arachidière
Les enjeux de la recherche arachidière sont déterminés
par une double nécessité :
* améliorer durablement la productivité dans le contexte
des petites exploitations des pays en développement ;
* améliorer la qualité des produits en réponse
à la demande des marchés tant locaux qu'internationaux.
Ceci implique que des actions de recherche soient conduites à plusieurs
niveaux :
- développer les travaux d'agro-physiologie pour l'étude
des composantes du rendement afin de définir les stades de sensibilité
et d'identifier les causes des limitations du rendement, dans le but de
raisonner les interventions agronomiques, de les déclencher à
bon escient et d'en optimiser les effets (fertilisation, irrigation, cohérence
des itinéraires techniques) ;
- définir des itinéraires techniques intégrant
les aspects agronomiques et socio-économiques afin d'insérer
l'arachide dans des systèmes de culture pluviaux et irrigués
reproductibles adaptés aux grandes zones agro-écologiques
: savane sèche, savane humide, zones bi-modales, cultures irriguées
;
- améliorer la qualité sanitaire, nutritionnelle et technologique
des produits arachidiers en intervenant à plusieurs niveaux :
. la sélection : tolérance à la sécheresse,
à l'aflatoxine, aux maladies et prédateurs ; amélioration
de la composition en acides aminés et acides gras essentiels,
. la phytotechnie : développer les méthodes agronomiques
préventives de la sécheresse (en combinaison avec l'irrigation),
des maladies et des prédateurs (en combinaison avec les traitements
chimiques),
. la technologie post-récolte : contribuer à l'amélioration
et à la diversification des produits et sous-produits de la plante
au niveau de l'exploitation : qualité semencière, arachide
de bouche, valeur fourragère des fanes. Permettre ainsi à
l'agriculteur, en participant à la première transformation,
de bénéficier d'une partie de la plus-value à ce
jour réservée aux opérateurs industriels ou artisanaux.
Les opérateurs de la recherche arachidière se situent
à différents niveaux :
- international : l'Icrisat conduit, à partir de son centre principal
situé à Hyderabad, des recherches portant principalement
sur la sélection et la défense des cultures. Il gère
des centres régionaux en Afrique de l'Ouest et australe ;
- régional : un « réseau arachide » est mis
à la disposition des institutions nationales Ouest et centrafricaines
par le Coraf (Conseil ouest et centrafricain pour la recherche et le développement
agricoles, basé à Dakar) ;
- coopération technique : citons le programme cultures alimentaires
du Cirad, qui intervient sur l'arachide surtout en Afrique, et le Peanut
CRSP (Cooperative Research Support Program) des États-Unis qui
intervient en Afrique et en Asie ;
- national : tous les systèmes nationaux des pays producteurs
(en particulier l'ISRA au Sénégal et le Groundnut Research
Center au Shandong en Chine) interviennent sur l'arachide.
Note :
* Texte à paraître dans le Memento de l'agronome,
publication du ministère délégué à
la Coopération (France).
REFERENCES
SCHILLING R, et al. (1997). L'arachide. Paris : Maisonneuve
et Larose.
SMARTT J, ed. The groundnut crop. Chapman and Hall, 1994.
Peanut Science, the journal of the American Research and Education
Society, Raleigh, NC, USA.
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